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Full text of "Les insectes de la vigne"

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M 


m  D.  H.  HILL  LIBM?y 

NORTW    C/GOLirM    ST4TE    COLLEGE 


ENTOMOL06IG4L   COLLECTION 


This  book  may  be  kept  out  TWO  WEEKS 
ONLY,  and  is  subject  to  a  fine  of  FIVE 
CENTS  a  day  thereafter.  It  is  due  on  the 
day  indicated  below: 


50M— May-54— Form    3 


LES 


INSECTES  DE  LA  VIGNE 


Tous  droits  de  Traduction  réservés. 


MONTPELLIER.    —   TYfOGHAFHJE  ET   LITHOGUAI  IUK   CHAULES    BOEHM 


/UyO^lA**^ 


BIBLIOTHÈQUE  DU  PROGRÈS    iGRICOLEK 


LES 


INSECTES 

DE  LA  VIGNE 


L'Ait 


VALÉRY  MAYET 

PROFESSEUR   DE   ZOOLOGIE  GÉNÉRALE   ET   d' ENTOMOLOGIE   A   L'ÉCOLE   NATIONALE 

d'aGKICDLTURE    DE    MONTPELLIER,     SOUS-DIRECTEUR     DE     LA     STATION     SÉRICICOLE, 

DÉLÉGUÉ      DE      l' ACADÉMIE     DES     SCIENCES, 

MEMBRE    DE    LA    SOCIÉTÉ    ENTOMOLOGIQUE    DE    FRANCE, 

DE    L'ACADÉMIE    DES    SCIENCES    ET    LETTRES    DE    MONTPELLIER, 

DE     LA      SOCIÉTÉ     CENTRALE      d'  AGRICULTURE      DE      l'hÉRAULT,      ETC. 

Avec  5  Planches  dont  4  en  Chromo  et  SO  Figures  dans  le  Texte. 


MONTPELLIER 
CAMILLE  GOULET,   LIBRAIRE-ÉDITEUR 

LIBRAIRE   DE    La     BIBLIOTHÈQUE    UNIVERSITAIRE,    DE    L'ÉCOLE    NATIONALE 

d'agriculture  et  de  l'académie  des  sciences  et  lettres, 
grand'rue,  5. 

PARIS 
GEORGES  MASSON,  LIBRAIRE-ÉDITEUR 

LIBRAIRIE    DE    LACADÉMIE    DE    MÉDECINE. 

120,  Boulevard  Saint-Germain  (en  face  l'Ecole  de  Médecine) 

1890 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2009  with  funding  from 

NCSU  Libraries 


http://www.archive.org/details/lesinsectesdelavOOmaye 


A  MON  FRÈRE  AINE 
ALBIN    MAYET 


Hommage  affectueux. 


VALERY    MAYET. 


INTRODUCTION. 


La  liste  des  parasites,  animaux  ou  végétaux,  qui  s'attaquent  ;i 
nos  récoltes  augmente  d'année  en  année.  Par  leur  histoire  mieux 
connue,  leur  développement  mieux  étudié  et  aussi  par  ses  applica- 
tions empruntées  à  la  chimie  et  à  la  physique,  la  science  semble- 
rait, au  premier  abord,  devoir  en  diminuer  le  nombre  ;  il  n'en  est 
rien  cependant.  Si  la  quantité  des  individus  décroît  beaucoup  dans 
certains  cas,  celle  des  espèces  s'accroît  sensiblement. 

Depuis  un  demi-siècle,  la  facilité  de  plus  en  plus  grande  des 
communications  ',  la  tendance  des  agriculteurs  à  se  borner  h  une 
même  culture  dans  un  milieu  approprié,  permettent  l'acclimatation 
de  nombreux  types  étrangers  et  leur  diffusion  rapide. 

Il  y  a  une  vingtaine  d'années  que  nous  nous  occupons  de  cette 
question  au  point  de  vue  entomologique.  Différentes  études  pu- 
bliées déjà  par  nous  sur  les  insectes  qui  attaquent  la  vigne,  la  cul- 
ture française  par  excellence,  divers  documents  recueillis  et  encore 
inédits,  nous  ont  engagé  à  donner  aujourd'hui  une  revision  de  ce 
qui  a  été  écrit  et  observé  sur  les  Insectes  ampélophages2. 

Nous  n'avons  pas  la  prétention  d'avoir  réuni  tous  les  documents  : 
le  sujet  est  trop  vaste  !  Chaque  année,  en  France  et  à  l'Étranger, 
se  publient  des  travaux,  de  tous  les  pays  vignobles  nous  viennent 

1  On  ne  met  aujourd'hui  que  7  à  8  jours  pour  aller  du  Havre  à  New-York  et 
G  à  7  seulement  si  l'on  part  de  Liverpool.  Voici,  comme  temps,  le  chiffre  officiel 
des  traversées  récentes  les  plus  rapides  opérées  par  les  navires  de  la  Compagnie 
transatlantique:  du  Havre  à  New-York,  paquebot  la  Bourgogne,  7 jours  13  heures  ; 
la  Champagne,  7  jours  20  heures-,  de  New-York  au  Havre,  la  Bourgogne,  7  jours 
14  heures,  la  Champagne,  7  jours  20  heures.  L'Oricnl-Exprcss  a  mis  Constan- 
tinople  à  4  jours  de  Paris,  et  les  chemins  de  fer  établis  par  les  Russes  dans  l'Asie 
centrale  réduiront  prochainement  à  10  ou  12  jours  le  voyage  de  Paris  aux  Indes. 

2  Arnpélophage,  de  y.pnù.'};  vigne,  et  tpKyuv  manger. 


VI  INTRODUCTION. 

des  communications  nouvelles  et  intéressantes,  et,  s'il  nous  est 
donné  de  publier  une  seconde  édition,  elle  sera  certainement  plus 
complète  que  la  première. 

Comme  toute  œuvre  qui  n'est  pas  parfaite,  celle-ci  fera  naître 
des  critiques,  provoquera  des  observations  dont  nous  profiterons 
avec  empressement,  en  vue  de  cette  seconde  édition. 

Tout  en  donnant  des  détails  techniques,  nous  tâcherons  de  res- 
te r  clair  et  pratique,  citant  les  étymologies,  expliquant  les  obscu- 
rités, évitant  les  formules,  nous  mettant,  en  un  mot,  à  la  portée  du 
plus  grand  nombre. 

Donner  un  historique  succinct  complété  par  une  note  bibliogra- 
phique, décrire  l'insecte,  ses  métamorphoses,  ses  mœurs,  ses  ra- 
vages, indiquer  les  moyens  de  lutte  :  tel  est  le  plan  de  notre  travail. 

Qu'est-ce  qu'un  insecte?  Pour  bien  des  gens,  c'est  un  petit  ani- 
mal quelconque,  et  tout  petit  animal  peut  être  appelé  insecte.  De- 
puis Réaumur,  qui  volontiers  parlait  ainsi,  la  science  a  marché.  A 
ce  groupe  des  Insectes  que  les  naturalistes  appellent  une  classe, 
nous  ne  laisserons  pas  même  l'extension  que  lui  donnait  Linné, 
et  avec  les  entomologistes  modernes  nous  ne  comprendrons  sous 
ce  nom  que  les  animaux  Articulés  ou  Arthropodes  ayant  six 
pieds,  jamais  plus,  jamais  moins,  ayant  d'ordinaire  quatre  ailes, 
subissant  des  métamorphoses,  ne  grossissant  pas  à  Vétat  parfait, 
mourant  aussitôt  lacté  de  la  reproduction  accompli. 

Laissant  donc  de  côté  les  Mollusques,  escargots  ou  autres,  qui 
al  laquent  les  jeunes  pousses,  ne  parlant  pas  davantage  des  An- 
guillules  des  racines  ',  qui  sont  des  Vers,  nous  ne  ferons  excep- 
tion à  notre  règle  que  pour  les  Acariens  produisant  la  maladie 
des  feuilles  appelée  Érinose,  qui  sont  des  Arachnides  ou  Articulés 
à  huit  pieds  et  que  les  entomologistes  de  tous  les  pays  compren- 
nent dans  leurs  études. 
-A  Les  naturalistes  ont  divisé  la  classe  des  Insectes  en  sept  grou- 

1  Anguillula  radicicola  Greef.  Voir  au  sujet  de  ce  petit  Ver  Nematoïde,  trouvé 
à  Montpellier  par  M.  Ravaz,  produisant  des  renflements  comparables  à  ceux  du 
Phylloxéra  et  qui,  à  ce  titre,  nous  intéresse  :  Max.  Cornu  ;  Élude  sur  le  Phyl- 
loxéra vastatrix,  pag.  172  (imprimerie  nationale,  1878).  — Bellati  et  Saccardo  ; 
Alti  dcl  R.  Instituto  Veneto  di  Scienze,  Letterc  e  Arti,  1881.  —  F.  de  Almedia  e 
Brito  ;  Le  Phylloxéra  cl  autres  épiphyties  de  la  vigne  en  Portugal.  Lisbonne, 
1884,  pag.  27.  —  Prof.  Ottavio  Ottavi  ;  Viticoltura  teoricopratica.  Casale,  1885, 
pag.  888.  —  Foëx  ;  Cours  complet  de  viticulture.  Montpellier,  1888,  pag.  520. 


INTRODUCTION. 


VU 


pes.  qu'ils  ont  appelés  des  ordres.  Ces  divisions  étant  basées  sur  la 
conformation  de  la  bouche,  le  nombre  et  la  forme  des  ailes,  nous 
avons  pu  dresser  le  petit  tableau  suivant,  destiné  à  montrer  les 
affinités  des  différents  ordres  entre  eux  : 


A.PPABEIL 

lilCCAL 


Ailes 


Ordres 


Types 


2  ailes  supérieures  développées  ;  les  ( 

inférieures  réduites  à  des  balan-  i  Diptères  '. 

n.iftre 


Suceur. 


4  ailes 


Les  supérieures,  souvent 
1/2  solides,  1  /2  membra- 
neuses-, les  inférieures, 
membraneuses. 


Hémiptères. 


on 
w 
H 


I  Recouvertes  d'écaillé?  bril 
F     lantes  et  colorées,  imbri 

quées  comme 
1     d'un  toit. 


4  ailes  membraneuses  et  réticulées 


Broyeur. 


4  ailes,  les  supérieures  parchemi- 
nées, les  inférieures  pliées  en 
éventail 


K  Sri  i  Lôp|d0Ptôres- 

Névroptères. 
Orthoptères. 


4  ailes,  les  supérieures  solides,  ap- 
pelées élytres,  servant  d'étui  aux 
inférieures,  qui  sont  membraneuses 
et  pliées  transversalement. 

Lécheur.    4  ailes  membraneuses  transparentes. 


Coléoptères. 
Hyménoptères 


Cécidomie 

Phylloxéra 

Pyrale 

Termite 
Criquet 

Altise 
Guêpe 


Appareil  buccal  suceur,  broyeur,  lécheur  :  ceci  demande  une 
explication  !  Sans  donner  une  description  complète  de  la  bouche 
des  insectes,  nous  devons  entrer  dans  quelques  détails,  inutiles 
peut-être  à  la  plupart  de  nos  lecteurs,  mais  qui  rendront  quel- 
ques services  à  ceux  qui  ont  écrit  que  la  vigne  succombait  sous 
la  dent  du  Phylloxéra. 

Les  parties  de  la  bouche  des  insectes  étudiées  chez  un   animal 


1  Les  étymologies  de  ces  noms  d'ordres  sont  les  suivantes  :  Diptères,  deôc's 
deux,  nrepôt  aile  ;  Hémiptères,  de  -/jpuau;  demi  ;  Lépidoptèras,  de  ïzni;  écaille  ; 
Névroptères,  de  vêûpov  nervure  ;  Orthoptères,  de  ofâç  droit  ;  Coléoptères,  de  xo).eôî 
étui  ;  Hyménoptères,  de  û^v  membrane. 


VIII  INTRODUCTION*. 

broyeur,  le  Criquet  par  exemple,  se  composent  dune  lèvre  supé- 
rieure, d'une  lèvre  inférieure,  d'une  paire  de  mandibules  appelées 
vulgairement  pinces,  placées  latéralement  au-dessous  de  la  lèvre 
supérieure,  et  d'une  paire  de  mâchoires  situées  au-dessous  des 
mandibules.  Celles-ci  sont  destinées  à  saisir,  à  couper  la  feuille  ; 
les  mâchoires,  à  la  mâcher  et  à  la  pousser  dans  l'œsophage. 

La  position  latérale  des  mandibules  et  des  mâchoires  indique 
que  leurs  mouvements  s'exécutent  horizontalement  et  non  vertica- 
lement, comme  chez  les  animaux  supérieurs.  Cette  bouche,  que 
nous  appellerons  normale,  se  modifie  profondément  chez  les  insec- 
tes appelés  à  lécher  ou  à  sucer.  La  bouche  d'un  insecte  suceur,  le 
Phylloxéra  par  exemple,  nous  servira  de  type  pour  montrer  une 
de  ces  adaptations  particulières  qui  permettent  cependant  de  re- 
trouver toutes  les  parties  constitutives  delà  bouche  normale. 

Chez  le  Phylloxéra,  comme  chez  tous  les  Hémiptères,  du  reste, 
la  lèvre  supérieure  est  atrophiée,  la  lèvre  inférieure  est  au  con- 
traire longue  et  transformée  en  gaîne  articulée,  pouvant  s'allon- 
ger ou  se  raccourcir  comme  une  lunette  d'approche.  Cette  gaîne 
sert  d'étui  protecteur  à  quatre  stylets  solides,  dont  deux  sont  sou- 
dés ensemble,  entre  lesquels  se  trouve  l'ouverture  buccale  ;  ils 
constituent  l'appareil  perforant  et  ne  sont  que  les  mandibules  et 
les  mâchoires  modifiées. 

Fidèle  à  notre  habitude,  qui  est  de  procéder  du  simple  au  com- 
posé, nous  avons  mis  en  première  ligne  sur  notre  tableau  les  Dip- 
tères, considérés  comme  insectes  inférieurs,  et  nous  terminons  par 
les  Hyménoptères,  qui  peuvent  être  appelés  insectes  supérieurs. 

Les  insectes,  avons-nous  dit,  subissent  des  métamorphoses  ; 
on  nomme  ainsi  des  changements  de  formes  qui  d'un  œuf  font  une 
larve  (chenille),  d'une  larve  une  nymphe  (chrysalide),  d'une  nym- 
phe un  insecte  parfait,  apte  à  se  reproduire.  Tous  les  insectes 
passent  par  ces  quatre  états;  mais  il  y  a  parfois  simplification. 
Dans  ce  cas,  l'animal  sort  de  l'œuf  avec  sa  forme  définitive  ou  à 
peu  près  ;  les  métamorphoses  se  réduisent  à  de  simples  mues  et  le 
passage  d'une  forme  à  l'autre  est  peu  sensible  (blattes,  sauterelles, 
punaises,  etc.)  Parfois,  au  contraire,  le  phénomène  se  complique. 
Certains  Insectes  passent  par  plusieurs  formes  larvaires,  dans  le 
détail  desquelles  nous  n'avons  pas  à  entrer  ici  (Insectes  vésicants)  ; 
ou  bien  encore,  pendant  la  série  des  générations,  divers  états  par- 
faits apparaissent.  Les  uns,  appelés  formes  agames,  se  multiplient 


INTRODUCTION.  IX 

sans  fécondation  apparente,  autrement  dit  par  parthénogenèse ', 
et  la  forme  sexuée,  pondant  des  œufs  normalement  fécondés, n'ap- 
paraît qu'à  un  moment  donné  (cynips,  pucerons,  phylloxéra,  etc.). 
La  larve,  au  point  de  vue  agricole,  est  bien  plus  importante  que 
l'insecte  parfait.  Ce  dernier  n'est  généralement  destiné  qu'à  assu- 
rer la  perpétuité  de  la  race.  C'est  sous  la  forme  embryonnaire, 
qu'on  appelle  larve,  que  l'insecte  accomplit  le  plus  souvent  le  man- 
dat qui  lui  a  été  tracé.  Que  sont  en  effet  les  vingt  ou  trente  jours 
de  forme  parfaite  pour  les  deux  cigales  américaines  observées 
par  M.  Riley  aux  environs  de  Saint-Louis  (Missouri)  ?  L'une,  la 
Cicada  tredecim,  passe  sous  terre,  suçant  les  racines,  treize  ans 
à  l'état  larvaire;  l'autre,  la  Cicada  septemdecim,  dix-sept  ans  dans 
le  même  état.  La  larve  est  une  forme  embryonnaire,  si  l'on  veut, 
mais  un  embryon  qui  vit  plus  longtemps  que  l'animal  parfait  ;  qui 
marche,  broute,  taille,  perfore,  suce,  détruit  en  un  mot,  non  seu- 
lement pour  se  nourrir  sur  le  moment,  mais  pour  emmagasiner  des 
réserves  physiologiques  qui  lui  permettent  de  vivre,  sans  manger, 
à  l'état  de  nymphe  et  même  d'insecte  parfait.  La  Pyrale,  qui,  à  une 
époque,  amis  en  question  l'existence  même  de  la  vigne,  sort  de  la 
chrysalide,  s'accouple  et  meurt  sans  avoir  mangé;  il  en  est  de 
même  de  la  Cochylis  et  d'un  grand  nombre  d'autres  insectes. 

De  tous  les  végétaux  cultivés,  la  vigne  est  certainement  celui 
qui  aie  plus  d'ennemis.  Elle  a  non  seulement  les  parasites  qui  lui 
sont  particuliers,  mais  aussi  ceux  d'un  grand  nombre  de  végétaux 
sauvages  et  cultivés.  Quand  nous  semons  du  blé  ou  de  la  luzerne, 
nous  savons  que  l'une  ou  l'autre  de  ces  cultures  risquent  fort 
d'être  attaquées  par  les  insectes  ;  mais  nous  sommes  certains  que 
les  parasites  du  blé  n'attaqueront  pas  la  luzerne,  et  vice  versa. 
Pourquoi  cette  exception  au  détriment  d'une  de  nos  principales 
cultures  ?  C'est  ce  que  je  vais  tâcher  d'expliquer. 

Nous  avons  fait  de  la  vigne  un  végétal  essentiellement  favora- 
ble au  développement  des  insectes. Soit  par  le  semis,  soit  par  l'hy- 
bridation, pour  l'obtention  de  variétés  nouvelles,  soit  par  la  greffe, 
nous  avons  profondément  modifié  sa  constitution,  ses  tissus,  ses 
organes  végétatifs  et  ses  fruits,  l'éloignant  ainsi  de  plus  en  plus 
du  type  sauvage,  bien  mieux  armé  pour  la  résistance.  Chaque  an- 

'  Agame,  de  «  sans,  et  '/ipo;  mariage  ;  parthénogenèse,  de  nx^ivo;  vierge,  et 
'/£v£7t;  génération. 


X  INTRODUCTION. 

née,  la  vigne  est  taillée,  fumée,  labourée,  irriguée,  et  même  sub- 
mergée. En  lui  donnant  de  l'eau,  en  la  fumant,  nous  lui  faisons 
pousser  de  gros  bourgeons  remplis  de  sève  sucrée,  portant  des 
feuilles  également  riches  en  sucre,  comme  toutes  celles  des  végé- 
taux en  voie  de  développement  rapide  '.  Les  tissus  ne  renferment 
ni  huiles  essentielles,  ni  alcaloïdes, ni  acides  en  excès  dont  l'odeur 
ou  la  saveur  puisse  écarter  les  insectes  étrangers  au  végétal.  La 
feuille  est  très  aqueuse,  très  peu  lignifiée;  le  tissu  en  palissade 
sous-épidermique  n'a  qu'une  seule  couche,  le  tissu  lacuneux  l'est 
fortement;  la  feuille,  en  un  mot,  est  très  tendre.  Le  fait  de  cette  pré- 
férence malheureuse  accordée  à  la  vigne  parles  insectes polyphages 
est  ce  que  le  Dr  Laboulbène  (Comptes  rendus  Acad.  des  Se,  mai 
1888)  a  très  bien  appelé  V adaptation  d'un  parasite  à  un  hâte  plus 
favorable  ou  meilleur. 

De  plus,  en  labourant  ou  en  piochant  trois  ou  quatre  fois  dans 
l'année,  nous  fournissons  un  abri  assuré  et  d'un  accès  facile  à 
tous  les  insectes  (et  ils  sont  nombreux)  dont  les  métamorphoses 
s'opèrent  dans  le  sol.  A  ces  conditions,  si  propres  déjà  à  attirer  et 
à  multiplier  les  parasites,  nous  en  ajoutons  d'autres  :  nous  faisons 
souvent  de  la  vigne  notre  culture  exclusive,  nous  arrachons  les 
bois,  les  haies,  les  arbres  isolés,  les  plantes  basses  qui  poussent 
entre  les  souches.  Nous  forçons  ainsi  certains  insectes  qui  sont 
polyphages  2  à  se  réfugier  sur  la  vigne. 

En  ce  qui  concerne  ces  usages  viticoles,  sur  lesquels  nous  revien- 
drons, usages  qui  d'insectes  inoffensifs  font  parfois  des  ampélo- 
phages  dangereux,  il  est  a  propos,  croyons-nous,  de  mentionner 
ici  une  des  observations  intéressantes  faites  par  nous  à  ce  sujet. 

Nous  nous  sommes  assuré  de  la  présence  d'une  grande  quan- 
tité de  sucre  (glucose)  dans  les  jeunes  pousses  de  la  vigne,  au 
moyen  du  réactif  ordinaire,  la  liqueur  de  Fehling  (tartrate  cupro- 
potassique).  Ces  recherches  ont  été  faites  au  laboratoire  de  bota- 
nique de  la  Faculté  des  Sciences  de  Montpellier.  Après  ébullition, 
le  cuivre,  réduit  par  le  glucose,  est,  comme  on  le  sait,  précipité  à 
l'état  d'oxyde  de  cuivre  sous  forme  de  granulations  amorphes  de 

1  Les  accumulations  de  substances  sucrées  se  forment  chez  les  plantes  dans 
le  voisinage  des  régions  qui  doivent  pren  Ire  ultérieurement  un  développement 
spécial  (ovaire)  ou  près  des  organes  en  voie  de  développement  (bourgeon). 
(G.  Bonnier;  Les  Nectaires.  Ann.  des  Se.  nat  ,  Bot.,  Ge  série  1379,  pag.  202.) 

2  Polyphage,  de  nolxjç  nombreux,  et  yaysïv  manger. 


INTRODUCTION'.  Xt 

couleur  rouge.  La  réaction,  très  faible  avec  les  feuilles  adultes,  a 
été  au  contraire  très  accentuée  avec  des  tiges  et  des  jeunes  feuilles, 
aussi  accentuée  qu'avec  des  coupes  pratiquées  dans  un  nectaire 
de  rose  ou  des  bases  de  pétales  de  la  même  fleur. 

Nous  tenions  à  établir  ce  point  de  comparaison,  car,  à  plusieurs 
reprises  depuis  trois  ans,  nous  avons  reçu  de  Provence,  d'Algérie, 
de  Corse  et  de  l'île  de  Négrepont  (Grèce)  des  cétoines  envoyées 
comme  insectes  ampélophages  et  exerçant,  dès  la  fin  de  mars,  de 
très  grands  ravages  sur  les  bourgeons.  Ces  Coléoptères,  dont  le 
type  connu  de  tous  est  la  Cétoine  dorée,  si  commune  sur  les  roses, 
passent  pour  vivre  exclusivement  sur  les  fleurs  des  Rosacées,  des 
Crucifères,  etc.,  broutant  les  parties  riches  en  sucre.  Les  espèces 
envoyées  comme  ampélophages  sont  les  Cetonia  hirtella  et  stictici  ; 
la  première  est  commune  tout  autour  de  la  Méditerranée.  A  défaut 
de  fleurs  à  leur  convenance,  multipliés  peut-être  par  les  fumures 
(les  larves  de  cétoines  vivent  de  détritus),  ces  insectes  se  sont 
abattus  sur  de  jeunes  pousses  de  vignes  leur  offrant,  comme  com- 
position chimique,  une  certaine  analogie  aVec  leur  nourriture  ha- 
bituelle. Déjà,  au  siècle  dernier,  le  fait  avait  été  signalé  par  un 
naturaliste  d'outre-Rhin,  Gmelin,  qui  avait  rencontré  abondam- 
ment la  C.  hirtella  sur  la  vigne  au  bord  du  Volga  '. 

Nous  avons  personnellement  fait  sur  cette  même  espèce  une 
observation,  intéressante  en  ce  qu'elle  prouve  que  certaines 
cétoines  vont  chercher  leur  nourriture  sucrée  partout  où  elles 
peuvent  la  trouver.  Dans  un  voyage  récent  dans  le  Sahara  tuni- 
sien, il  nous  est  arrivé  plusieurs  fois  de  trouver  sous  les  déjec- 
tions de  nos  chevaux  des  C.  hirtella  occupées  à  manger  des  grains 
d'orge  dont  sans  doute  l'amidon  avait  été  en  partie  changé  en 
sucre  par  la  digestion.  Vivant  dans  des  pays  où  il  n'y  a  ni  fleurs 
ni  feuilles  tendres  à  brouter,  ces  insectes,  toujours  floricoles  en 
France,  deviennent  coprophages  2  dans  le  désert,  comme  ailleurs 
ils  deviennent  ampélophages. 

Nous  pourrions  multiplier  ces  exemples  à'ampélophagie  acci- 
dentelle ;  mais  ici  un  seul  suffit  pour  que  nous  ayons  été  compris 
du  lecteur.  Nous  aurons  du  reste  l'occasion  de  revenir  sur  ce 
sujet. 

En  ce  qui  concerne  l'envahissement  extraordinaire  des  vignes, 

'  Gmelin  ;  Systema  nalurx  Linnœi,  editio  XIII,  1788. 
1  Copropliage,  de  v.onf>o;  tiente,  et  çpayîîv  manger. 


XII  INTRODUCTION. 

disons  enfin  que  l'étendue  elle-même  de  nos  champs  est  une  con- 
dition très  défavorable  au  végétal.  Quand  les  immenses  vigno- 
bles qu'on  appelle  la  Bourgogne,  le  Bordelais  ou  le  Languedoc 
sont  attaqués  à  l'une  de  leurs  extrémités,  il  n'y  a  pas  de  raison 
pour  que  le  fléau,  de  proche  en  proche,  n'envahisse  tout  le  pays. 
Nous  en  avons  fait  la  triste  expérience  avec  le  Phylloxéra.  Telles 
sont  les  causes  multiples  qui,  selon  nous,  attirent  sur  la  vigne  un 
si  grand  nombre  de  parasites. 

Est-ce  à  dire  pour  cela  qu'il  faille  cesser  de  tailler,  de  greffer, 
de  fumer,  de  biner,  etc.  ?  Loin  de  moi  cette  pensée,  et  ceux  qui 
conseillaient  comme  remède  contre  le  Phylloxéra  de  laisser 
pousser  la  vigne  à  son  gré,  de  tasser  la  terre  au  lieu  de  la  piocher, 
n'étaient  pas,  à  coup  sûr,  des  agriculteurs  pratiques.  Il  y  en  a 
même  qui  ont  été  jusqu'à  conseiller  de  paver  le  sol  entre  les  sou- 
ches. Tout  cela  doit  être  relégué  dans  le  domaine  de  la  fantaisie,  et 
l'on  continuera  toujours  à  tailler,  à  greffer,  à  fumer,  à  labourer,  à 
cultiver  des  plants  délicats,  parce  que  les  avantages  de  ces  divers 
procédés  de  culture  sont  plus  grands  que  leurs  inconvénients.  J'ai 
tenu  seulement  à  signaler  ces  inconvénients,  parce  qu'ils  sont 
ignorés  de  bien  des  gens  qui  ne  cessent  de  s'étonner  de  la  quan- 
tité des  ennemis  de  la  vigne.  Le  nombre  des  espèces  exclusive- 
ment ampélophages  est,  en  somme,  minime  et  peut  être  évalué  à 
une  dizaine  ;  celui  des  ampélophages  de  circonstance  est  plus  que 
décuple,  comme  on  le  verra  plus  loin. 

D'une  manière  générale  et  comme  conclusion  de  ce  qui  précède, 
nous  dirons  que  la  loi  du  parasitisme  est  une  loi  bienfaisante  tant 
qu'elle  reste  dans  les  limites  tracées  par  la  nature,  elle  maintient 
l'équilibre  des  espèces,  dont  telle  ou  telle  tendrait  à  supplanter  les 
autres  ;  mais  dès  que,  pour  une  raison  quelconque,  nous  diminuons 
la  résistance  de  l'une  d'elles,  l'équilibre  est  rompu.  Nous  avons 
alors  à  lutter  aux  lieu  et  place  de  cette  espèce  affaiblie  et  désarmée1. 
Citons  un  exemple  qui,  pour  nous,  est  typique.  Certains  coteaux 

1  M.  le  professeur  Marion  (Revue  générale  d'Agriculture  et  de  Viticulture 
méridionale,  20  mai  1888,  pag.  6)  dit  de  son  côté  :  «  Il  faut  bien  comprendre  que 
les  parasites  des  plantes  trouvent  l'occasion  d'une  multiplication  excessive  préci- 
sément dans  la  culture  du  végétal  auquel  ils  sont  liés.  L'agriculteur  crée  ainsi  des 
conditions  artificielles,  il  rompt  l'équilibre  qui  s'était  établi  dans  la  nature  entre 
les  divers  êtres.  Il  ne  peut  donc  se  dispenser  d'intervenir  directement  pour  corriger 
l'effet  iuattendu  de  son  industrie.» 


INTRODUCTION.  Mil 

rocheux  et  incultes  des  environs  de  Montpellier,  le  versant  nord 
du  Pic  Saint- Loup,  par  exemple,  sont  remplis  de  lambrusques  ou 
vignes  sauvages.  Ce  pays-là,  jadis  très  riche  par  sa  plaine,  un  des 
premiers  atteint  par  le  PhyVoxera,  a  eu  toutes  ses  vignes  cultivées 
détruites  en  deux  ou  trois  ans.  Nous  le  parcourions  récemment, 
et  nous  n'avons  pas  remarqué  qu'une  seule  de  ces  lambrusques 
fût  morte  du  parasite.  Livrées  à  elles-mêmes,  assez  loin  du  contact 
de  l'homme  et  de  ses  cultures  pour  ne  pas  être  trop  hybridées, 
elles  ont  résisté.  Les  paysans  pauvres  du  pays  continuent  tous  les 
automnes  à  cueillir  le  petit  raisin  noir  qui,  additionné  d'eau,  donne 
tant  de  couleur  à  l'âpre  piquette  ainsi  fabriquée.  Le  propriétaire 
aisé  a  lutté,  a  commencé  par  sulfurer  ses  cépages  perfectionnés, 
les  a  perdus,  puis  replantés  sur  pied  américain  résistant. 

Sans  donner  ici  une  place  capitale  au  côté  historique  du  sujet 
qui  nous  occupe,  nous  proposant  à  chaque  description  d'espèce  d'y 
consacrer  tout  au  moins  quelques  lignes,  nous  voulons  indiquer 
cependant  depuis  quelle  époque  les  petits  parasites  de  la  vigne  ont 
été  observés,  quelle  a  été,  dans  le  cours  des  siècles,  l'importance 
de  leur  étude,  et  arriver  graduellement  à  notre  époque,  à  leur 
bibliographie  générale.  Seule,  elle  devra  nous  arrêter  longtemps 
et  sera  l'objet  de  Notes  bibliographiques  spéciales. 

De  tout  temps,  on  peut  le  dire,  la  culture  chère  à  Noé  a  été 
entravée  par  les  insectes.  A  plusieurs  reprises,  la  Bible  parle  de 
vers  ou  larves  attaquant  la  vigne.  Dans  un  des  livres  de  Moïse,  le 
Deutéronome,  nous  trouvons  en  effet  le  verset  suivant  :  «Vous 
planterez  une  vigne,  la  labourerez,  mais  n'en  boirez  pas  le  vin  et 
n'en  recueillerez  rien,  parce  qu'elle  sera  gâtée  par  le  Thola  (ver)». 
Dans  le  prophète  Amos  (vme  siècle  avant  J.-C),  nous  lisons  :  «Je 
vous  ai  frappés  par  un  vent  brûlant,  dit  le  Seigneur,  Gaza  '  a 
dévasté  vos  jardins,  vos  vignes,  tous  vos  plants  d'olivier  et  de 
figuier,  et  vous  n'êtes  pas  revenus  à  moi».  Si  des  Hébreux  nous 
passons  aux  Grecs,  nous  voyons  Ctésiasive  siècle  avant  J. -G.)  parler 
du  Phieir  (pou)  qui  attaque  et  fait  périr  la  vigne  ;  sans  doute  une 
de  nos  cochenilles  ampélophages.  Théophraste  (ive  siècle  avant 
J.-C.)  dit  :  «Les  Ipcs  qui   attaquent  la  vigne  s'engendrent  par  le 

1  Suivant  Walckenaer  (Ann.  Soc.  ont.  de  France,  1835  et  183G),  auquel  nous 
empruntons  une  partie  de  ces  citations,  le  mot  hébreu  Gaza  est  employé  dans  la 
Bible  comme  insecte  dévastateur  en  général.  La  Vulgatc  traduit  par  Eruca 
(chenille)  ,  mais  le  Talmud  en  lait  une  sauterelle. 


XIV  INTRODUCTION. 

vent  du  midi  ;  il  est  cependant  des  lieux  où  ils  ne  s'engendrent 
pas:  les  endroits  aérés,  bien  exposés  aux  vents  et  qui  ne  sont  pas 
trop  chargés  d'humidité».  Strabon,  de  son  côté,  raconte  que  «les 
Erythréens  donnent  à  Hercule  le  nom  à'Ipoctone,  c'est-à-dire  des- 
tructeur des  Ipes,  insectes  qui  rongent  les  vignes». 

Les  auteurs  latins  ne  sont  pas  moins  explicites.  Plaute  (111e  siècle 
avant  J. -G.)  parle  de  VInvolvulus,  qui  s'enferme  dans  des  feuilles  de 
vigne  roulée,  «quœ  in  pampini  folio  intorta  implicat  se  ».  Pom- 
ponius  Festus,  de  son  côté,  dit  dans  son  dictionnaire,  au  mot 
Involvulus  :  «  Vermiculi  genus  qui  involvit  se  pampino  ».  Gaton 
l'ancien  (11e  siècle  avant  J.-C.),  dans  son  traité  De  re  rustica,  parlant 
du  Convolvulus,  donne  une  recette  pour  le  combattre  :  «Convolvulus 
invinea  ne  siet  amurca  condita,  le  Convoloulus  ne  se  trouve  pas 
sur  une  vigne  enduite  de  marc  d'huile  ».  On  voit  que  les  badigeon- 
nages  insecticides  ne  datent  pas  d'hier  ! 

Pline  parle  également  du  Convolvulus,  ainsi  que  d'un  autre  in- 
secte qui  ronge  les  raisins  naissants  et  qu'il  appelle  Volvox  :  «Alii 
Volvocem  appellant  animal  praerodens  pubescentes  uuas».  Suivent 
les  recettes  empiriques  familières  à  cet  auteur:  graisse  d'ours,  peau 
de  castor,  dont  il  faut  frotter  la  serpe,  etc.  Columelle,  dans  son 
traité  De  arb or ib us,  cite  un  animal,  qu'il  nomme  Volucra,  rongeant 
les  pousses  tendres  et  les  raisins  :  «Genus  est  animalis,  Volucra 
appcllatur,  id  fere  prœrodet  teneras  adhuc  pampinos  et  uvas». 
Galien,  dans  son  livre  De  simplic.  médicament,  facultatibus,  lib. 
IX,  rappelle  les  dégâts  produits  par  le  Scnips,  insecte  ennemi  de 
la  vigne.  Nous  pourrions  multiplier  ces  citations  d'auteurs  latins, 
mais  nous  n'en  voyons  pas  l'utilité. 

De  l'époque  romaine,  il  nous  faut  arriver  au  xvi"  siècle,  à  Ch. 
Estienne  et  Liebault,  à  l'italien  Aldrovande  et  à  Olivier  de  Serres, 
pour  trouver  quelque  chose  concernant  notre  sujet.  Pendant  cette 
longue  période,  on  vivait  dans  l'admiration  des  anciens  et  de  leurs 
écrits.  Gomme  le  dit  Walckenaer  :  «  Avant  l'invention  de  l'impri- 
merie, on  n'avait  d'autre  source  d'instruction  que  les  anciens;  l'ad- 
miration qu'ils  avaient  excitée,  l'ascendant  qu'ils  avaient  acquis 
sur  l'esprit  humain,  s'accrurent  encore  par  l'effet  de  cette  invention. 
Les  bien  comprendre,  les  commenter,  classer  les  notions  qu'ils 
nous  avaient  transmises,  telle  était  toute  l'ambition  des  savants. 
Tout  traité  sur  une  branche  quelconque  des  connaissances  humai- 
nes n'était  qu'une  compilation  de  ce  que  les  anciens  avaient  écrit 
sur  la  matière.  On  y  ajoutait  parfois  ce  que  les  modernes  avaient 


INTRODUCTION.  XV 

pensé  ou  observé  ;  mais  ces  suppléments  n'avaient,  dans  l'intention 
de  l'auteur  et  dans  l'esprit  des  lecteurs,  ni  le  même  poids  ni  la 
môme  autorité  que  le  reste  de  l'ouvrage.  On  faisait  bien  peu  de  cas 
de  toute  proposition,  de  toute  remarque  à  la  suite  de  laquelle  on 
ne  pouvait  ajouter  :  ut  ait  Aristoteles,  ut  ait  Plinius,  ut  ait  Hip- 
pocrates.  Heureusement,  pour  les  progrès  de  l'histoire  naturelle, 
que  le  grand  nombre  de  productions  nouvelles  importées  en  Eu- 
rope des  contrées  récemment  découvertes  à  la  fin  du  xve  et  au  com- 
mencement du  xvie  siècle  ouvrirent  bientôt  les  yeux  sur  l'insuffi- 
sance des  ouvrages  des  anciens.  On  s'aperçut  que  la  plupart  des 
objets  qu'on  avait  occasion  d'observer  leur  avaient  été  inconnus. 
Pour  ce  qui  concerne  les  insectes  particulièrement,  il  fut  facile  de 
s'apercevoir  que  les  anciens  n'avaient  traité  que  d'un  petit  nombre, 
fort  inexactement.  Dès  lors,  on  cessa  de  s'occuper  de  ce  qu'ils 
avaient  écrit,  on  se  livra  exclusivement  à  l'étude  de  la  nature,  et  la 
science  prit  aussitôt  un  nouvel  essor.  » 

La  Maison  rustique,  de  Ch.  Estienne  et  Liebault,  est  de  1554. 
Après  avoir  parlé  des  petits  ennemis  du  vigneron,  ces  auteurs 
ajoutent  :  «  Les  chenilles  et  poux,  n'austres  bestelettes  ne  gaste- 
ront  le  bourgeon  ne  la  feuille  de  vigne,  si  la  serpe  de  laquelle 
l'on  eslaguera  et  taillera  est  oinste  avec  sang  de  bouc  ou  graisse 
d'asne  ou  d'ours,  ou  d'huile  où  auront  bouilli  les  chenilles,  ou  ail 
pilez,  etc.  »  On  voit,  par  cette  citation,  que  la  science  à  la  manière 
de  Pline  n'avait  pas  dit  son  dernier  mot  aune  époque  relativement 
récente. 

Aldrovande,  dans  son  traité  De  animalibus  insectis  (1602),  s'étend 
assez  longuement  sur  les  parasites  de  la  vigne,  et,  selon  Vallot,  qui 
a  consacré  un  long  paragraphe  à  cet  auteur,  celui-ci,  parle  mot  Can- 
tharis,  désigne  plusieurs  coléoptères  ;  ce  qu'il  nomme  Ips  serait 
un  coupe-bourgeons,  peut-être  un  Otiorhynchus  ;  quant  au  Ta- 
glindizzo,  sa  neuvième  cantharis,  qui  est  grossièrement  figuré, 
mais  reconnaissable,  c'est  le  rhynchite,  ou  attelabe.  Olivier  de 
Serres  a  très  bien  décrit  le  rhynchite,  qu'il  appelle  Coigniau. 

Au  xvn'  siècle,  Olivier  de  Serres  restait  l'oracle  ;  on  se  contentait 
de  ce  qu'avait  dit  le  Père  de  l'Agriculture  dans  son  Théâtre  d'Agri- 
culture et  mesnage  des  champs,  publié  en  1604.  En  1732,  dans  son 
Spectacle  de  la  Nature,  tom.  II,  pag.  353,  Pluche  cite  plusieurs 
ennemis  de  la  vigne  ;  mais  la  confusion  est  telle  dans  son  livre 
entre  ceux  qui  roulent  les  feuilles,  piquent  les  fruits  ou  filent  des 
toiles,  que  le  gribouri  et  le  rhynchite  seuls  se  distinguent  nette- 


XVI  INTRODUCTION'. 

ment.  Pluche,  le  premier,  a  adopté  le  nom  de  gribouri,  employé 
si  souvent  depuis  cette  époque. 

Il  nous  faut  arriver  en  1771  pour  trouver  une  œuvre  conscien- 
cieuse (Journal  de  Physique,  tom.  I,  lre.  2«  et  3e  parties),  le  Mé- 
moire de  l'abbé  Rozier,  intitulé  :  Des  Insectes  essentiellement 
nuisibles  à  la  vigne.  Malgré  certaines  erreurs,  et  les  noms  français 
correspondant  parfois  assez  mal  à  la  nomenclature  latine  de  Linné, 
ce  travail  peut  être  considéré  comme  le  point  de  départ  de  tous 
ceux  (et  ils  sont  nombreux)  qui  ont  été  publiés  au  xixe  siècle.  C'est 
à  lui  que  nous  arrêterons  cette  Revue  historique  et  bibliographique 
des  siècles  passés  concernant  les  Insectes  de  la  vigne. 

Primitivement  notre  intention  était  de  dresser  ici  une  liste  gé- 
nérale de  tous  les  travaux  publiés  pendant  ce  siècle  ;  mais,  entre- 
prise par  nous,  cette  liste  s'est  trouvée  être  si  considérable  qu'elle 
dépassait  le  cadre  que  nous  nous  sommes  assigné  pour  cette  Intro- 
duction. A  chaque  chapitre  consacré  à  une  espèce,  nous  citerons 
dans  une  Note  bibliographique  les  principaux  travaux  publiés  sur 
elle.  Mentionnons  toutefois,  de  suite,  les  quelques  auteurs  qu'il 
est  indispensable  de  connaître  dès  le  début,  dont  les  travaux,  com- 
prenant l'ensemble  de  la  question,  sont,  en  quelque  sorte,  devenus 
classiques  et  dont  les  noms  sont  liés  à  l'histoire  de  la  vigne.  Pour 
la  France,  nous  citerons  Walckenaer,  Dunal,  Vallot  et  Audouin  ; 
pour  les  États-Unis,  Asa  Fitch  et  Riley.  Citons  encore,  bien  que 
d'une  importance  moindre,  le  nom  de  M.  André  (de  Beaune)  l. 

Les  auteurs  que  nous  venons  de  nommer  parlent,  les  uns  d'une 
trentaine  d'espèces,  les  autres  de  quarante  ou  cinquante.  Nous 
étonnerons  peut-être  le  lecteur  en  disant  qu'il  sera  parlé  de  beau- 

1  Le  Baron  "Walckenaer;  Recherches  sur  les  insectes  nuisibles  à  la  vigne 
(Ann.  soc.  ent.  de  Fr.,  1835  et  1836  ;  Entom.  Magazine,  1837,  lom.  IV,  pag.  117 
ei  293).  —  Dunal;  Des  insectes  qui  attaquent  la  vigne  (Bull.  Soc.  d'Agr.  de 
l'Hérault,  1832  à  1839;  Comp:es  rendus  de  l'Acad.  de  Montpellier,  tom.  IV, 
pag.  834).  —  Vallot;  Des  insectes  nuisibles  à  la  vigne  (Mémoires  de  l'Acad.  de 
Dijon,  1839-40  ;  Revue  et  Magasin  de  Zool.,  1840  ;  Ann.  des  Sciences  physiques 
et  naturelles  de  Lyon,  1841.  —  Audouin;  Histoire  des  insectes  nuisibles  à  la 
vigne  et  particulièrement  de  la  Pyrale  (Paris,  Fortin-Masson,  1842).  —  Asa 
Fitch;  Annual  Report  of  agricuUural  Society  of  New -York  de  1854  à  1859.  — 
Riley;  First  annual  Report  on  noxious  Insects  of  the  state  Missouri,  1869  et 
années  suivantes;  American  entom.,  1869  et  années  suivantes.  —  André;  Les 
parasites  et  les  maladies  de  la  vigne  (Beaune,  1882). 


INTHODl'CTIO.V.  XVII 

coup  plus  d'une  centaine1,  cl  cependant  nous  avons  écarté  toutes 
lus  espèces  restées  américaines  et  retranché  des  listes  classiques 
plusieurs  insectes  qui  n'ont  jamais  vécu  sur  la  vigne  2. 

Nous  comprenons,  il  est  vrai,  dans  notre  travail  les  espèces  de 
tous  les  pays  viticoles  de  l'Europe  et  de  l'Afrique  française. 

La  liste  générale  des  ampélophages  étudiés  avec  quelques  détails 
dans  ce  livre  peut  se  dresser  comme  suit 5  : 


CLASSE  DES  ARACHNIDES. 


Ordre  des  Acariens Phytoptus  vitis  Dujardin. 

CLASSE  DES  INSECTES. 

|  Ordre  des  Diptères Cecidomyia  œnophila.  Haimhoffen. 

Ordre  des  Hémiptères  . .   Puluinaria  vitis  Linné. 

Aspidiotus  vitis  Signoret. 
Dactylopius  vitis  Niedelsky. 

1  Comme  nombre  d'ennemis,  la  vigne  sauvage,  la  lambrusque  de  nos  bois, 
comparée  aux  autres  espèces  forestières,  est  au  contraire  bien  au-dessous  de  la 
moyenne.  Elle  n'a  guère  qu'une  dizaine  d'espèces  parasites,  tandis  que  si  nous 
consultons  le  précieux  travail  de  Kaltenbach  {Die  Planzenfeinde  aus  der  Klasse 
der  Insccten.  Les  insectes  ennemis  des  plantes.  Stuttgard,  1874),  où  sont  énu- 
mérés  les  iusectes  vivant  aux  dépens  des  espèces  botaniques  les  plus  répandues, 
nous  trouvons  pour  nos  principales  essences  forestières  les  chiffres  suivants  :  les 
différents  chênes  537  espèces  parasites,  les  saules  396,  les  pins  et  sapins  299, 
le  bouleau  270,  les  peupliers  264,  l'aulne_ll9,  le  hêtre  154,  l'orme  107,  le  tilleul 
102,  le  noisetier  98,  le  charme  88,  le  frêne  51,  etc.  La  vigne  est  donc  naturelle- 
ment favorisée,  et  c'est  bien  aux  divers  usages  culturaux  qu'est  dû  le  grand  nombre 
de  ses  ennemis. 

2  Nous  pouvons  citer  entre  autres  le  Rhynchiies  Bacchus  et  YAltica  Lylhri.  Le 
premier,  parasite  du  pommier,  vit  à  l'état  de  larve  dans  l'intérieur  des  fruits  de 
cet  arbre  et  n'a  jamais  brouté  le  parenchyme  d'une  feuille  de  vigne  roulée  en 
cigare.  L'erreur  vient  de  Linné  (Syst.  naturœ,  lom.  II,  pag.  611),  a  été  répétée 
par  Audouinet  tous  ceux  qui  ont  copié  Audouin.  Pour  YAltica  Lylhri,  c'est  dans 
Y  Exploration  scientifique  de  l'Algérie,  pag.  5  i  4 .  pi.  44,  par  M.  Lucas  (Paris, 
impr.  nat.,  1849),  qu'il  faut  chercher  l'origine  de  la  confusion  avec  YAltica  am- 
pelophaga.  L'A.  Lylhri  n'a  jamais  vécu  que  sur  la  salicaire  [Lythrum  salicaria). 

3  Le  nom  d'uue  bonne  partie  des  insectes  composant  cette  liste  générale  n'ayant 
pu  être  francisé,  nous  avons  dû  la  dresser  avec  les  noms  latins  seuls.  Par  contre, 
tous  les  noms  irançais  existant  ou  qui  ont  pu  être  créés,  serviront  de  titre,  autant 
que  possible,  aux  chapitres  ou  paragraphes  composant  ce  livre,  et  le  nom  latin 
ne  viendra  qu'en  seconde  ligne. 


XVIII  INTRODUCTION. 

Ordre  des  Hémiptères  . .  Phylloxéra  vaslalrix  Planchon. 

Aphls  vitis  Scopoli. 
Typhlocyba  flauescens  Fabricius. 

—         viticola  Targioni. 
Penlhimia  atra  Fabricius. 
Hysteropterum  grylloides  Fabricius. 
Cicacla  atra  Olivier. 

—  hsematodes  Scopoli. 

—  plebeja  Scopoli. 

—  orni  Linné. 
Lopus  sulcalus  Fieber. 
PyrrJwcoris  apterus  Linné. 
Camptotclus  minutus  Jakowleff. 
Nysius  senecionis  Schiller. 
Eurydema  oleraceum  Linné. 
Sehirus  bicolor  Linné. 

^      Ordre  des  Lépidoptères..  Anlispih  Rivillei  Stainton. 

Tortrix  Pilleriana  Schiffermuller. 

—  ambiguella  Hubner. 

—  botrana  Schiffermuller. 
Ephestia  gnidiella  Millière. 
Agrolis  crassa  Linné. 

—  segetum  Schiffermuller. 

—  exclamationis  Linné. 

—  pronuba  Linné. 
Chelonia  caja  Linné. 

—  villica  Linné. 

—  mendica  Linné. 

—  lubricipeda  Linné. 
Ino  ampelophaga  Bayle. 
Sphinx  lineata  Linné. 

—  porcellus  Linné. 

—  Elpenor  Linné. 
Ordre  des  Névroptères..  Termes  lucijugus  Rossi. 

—  flavicollis  Fabricius. 
Ordre  des  Orthoptères...  Smynthurus  luteus  Lubbock. 

Thrips  hœmorrhoidalis  Bouché. 

—  Syriacus  Mayet. 
Acridium  migratorium  Linné. 

—        Italicum  Linné. 


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INTRODUCTION.  Xl\ 

Ordre  des  Orthoptères  ..  Acridium  Ma.rocca.num  Thunberg. 

Ephippiger  vitium  Serville. 

—         Bitterensis  Marquet. 
Barbitistes  Berenguieri  Mayet. 
Phaneroptera  falcala  Serville. 
Œcanthus  pellucens  Scopoli. 
(s      Ordre  des  Coléoptères...  Altica  ampelophaga  Guérin. 

Malacosoma  Lusitanicum  Linné. 
Aulacophora  abdominalis  Fabricius. 
Adoxus  vitis  Fonrcroy. 
Clytlira  taxicornis  Fabricius. 
Cerambyx  miles  Bonelli. 
Clytus  Verbasci  Linné. 
Callidium  unifasciatum  Olivier. 
Vesperus  Xatarti  Mulsant. 
Rhynchites  Betuleti  Fabricius. 
Geonemus  fîabellipes  Olivier. 
Cneorhinus  geminatus  Fabricius. 
Peritelus  subdepressus  Mulsant. 

—  griseus  Olivier. 

—  senex  Bohemann. 

—  familiaris  Bohemann. 
Otiorhynchus  planithorax  Bohemann. 

—  Ligustici  Linné. 

—  asphaltinus  Germar. 

—  populeti  Bohemann . 

—  sulcatus  Fabricius. 

—  globus  Bohemann. 

—  singularis  Linné. 

—  raucus  Fabricius. 
Opatrum  sabulosum  Linné. 
Apate  sexdentata  Olivier. 

—  muricata  Fabricius. 

—  sinuata  Fabricius. 

—  bimaculata  Olivier. 
Agrilus  derasofasciatus  Lacordaire. 
Cetonia  hirtella  Linné. 

—  stictica  Linné. 
Pentodon  punctatus  Villers. 
Anomala  vitis  Fabricius. 


XX  INTRODUCTION'. 

Ordre  des  Coléoptères. .  Anomala.  senea  Degeer. 

Melolontha  vulgaris  Fabricius. 

—  fullo  Linné. 
Rhizolrogus  tnarginipes  Mulsant. 

—  euphytus  Buquet. 

—  inflatus  Buquet. 

—  sinuatocollis  Fairmaire. 
Lethrus  cephalotes  Fabricius. 

Ordre  des  Hyménoptères.  Vespa  vulgaris  Linné. 
'  J^  Tenthredo  strigosa  Fabricius. 

En  tout,  95  espèces.  En  plus  de  cela,  sans  parler  ici  des  insectes 
ennemis  naturels  de  nos  ampélophages,  dont  la  description  ou  la 
mention  accompagnera  l'histoire  de  chacun  de  ceux-ci;  sans  faire 
entrer  non  plus  en  ligne  de  compte  les  Hyménoptères  vivant  dans 
les  sarments  secs,  dont  il  sera  parlé  page  443,  nous  décrirons  suc- 
cinctement ou  nommerons  tout  au  moins  36  autres  insectes  cités 
par  divers  auteurs.  Ces  espèces,  que  nous  n'avons  pas  cru  devoir 
décrire  en  détail  ni  même  ranger  parmi  les  principaux  ennemis 
à  combattre,  jointes  aux  95  de  notre  liste  générale,  forment  un  total 
de  131  espèces  décrites  ou  mentionnées  dans  ce  livre.  Sur  ces  131 
espèces,  109  environ  sont  françaises. 

Devant  cette  masse  d'ennemis,  le  viticulteur  devra- t-il  parfois 
désespérer  de  défendre  ses  vignes  ?  Loin  de  là  !  Il  devra  tout  d'a- 
bord se  dire  que  ce  nombre  comprend  tous  les  Ampélophages  des 
régions  les  plus  diverses,  des  bords  de  la  Seine  à  ceux  du  Volga,  de 
l'Andalousie  et  de  la  Barbarie  à  la  Syrie,  et  qu'il  n'aura  jamais  à 
lutter  contre  plus  d'une  demi-douzaine  d'ennemis  à  la  fois.  Il  devra 
se  dire  ensuite  que  tous  ces  parasites  pourront  être  vaincus  ;  à  une 
condition,  toutefois,  c'est  que  leurs  mœurs  seront  bien  connues. 

En  recueillant  les  matériaux  destinés  à  composer  ce  livre,  ce 
sont  sans  doute  les  insectes  eux-mêmes  et  les  meilleurs  moyens  de 
lutter  contre  eux  que  nous  nous  sommes  proposé  d'étudier  ;  mais 
c'est  aussi  et  surtout  vers  la  connaissance  de  leurs  premiers  états 
et  de  leurs  mœurs  que  nos  efforts  ont  été  dirigés. 

Nous  suivrons  dans  le  cours  de  ce  travail  l'ordre  adopté  dans  le 
tableau  dressé  au  début  de  ces  lignes  et  dans  la  liste  ci-dessus, 
allant  du  simple  au  composé.  Les  Arachnides,  à  tort  ou  à  raison, 
étant  considérés  comme  inférieurs  aux  insectes,  nous  parlerons 


INTRODUCTION.  XXI 

donc  tout  d'abord  du  l'h ytoptus  vitis,  petit  Arachnide  de  la  famille 
des  Acariens  qui  occasionne  la  maladie  de  l'Erinose.  L'étude  des 
Insectes  sera  commencée  par  celle  des  Diptères  ou  mouches  à  deux 
ailes,  regardés  comme  formes  inférieures,  et  nous  la  terminerons 

par  colle  >\t'^  Hyménoptères  OU  mouches  à  quatre  ailes,  considérés 
comme  Insectes  supérieurs. 

Nous  nous  faisons  un  devoir  de  citer  ici  tous  ceux  qui  nous  ont 
prêté  leur  concours  dévoué.  Nous  avons  correspondu  en  Italie 
avec  M.  Targioni-Tozzeti,  en  Espagne  avec  M.  Graëlls,  en  Grèce 
avec  M.  Gonnadius,  en  Autriche  avec  M.  Bolle,  en  Hongrie  avec 
M.  llorvalli,  en  Allemagne  avec  MM.  Von  Heyden,  Osten-Saken 
et  Blankenhorn  ;  en  Suisse  avec  MM.  Fatio  et  Govelle,  en  Russie 
avec  M.  Kowalesky,  et  nous  saisissons  l'occasion  de  les  remercier 
de  nouveau.  Nommer  ces  naturalistes,  c'est  indiquer  la  valeur  des 
documents  qu'ils  nous  ont  transmis. 

En  France  et  dans  nos  colonies  du  nord  de  l'Afrique,  nous  devons 
des  renseignements  précieux  à  MM.  Flahault,  de  Fischer,  Foëx, 
Vialaet  Ravaz,  de  Montpellier;  Balbiani,  Megnin,  Bedel,  Sedillot. 
Gazagnaire  et  Ragonot,  de  Paris;  André,  de  Beaune  ;  Puton,  de 
Remiremont  ;  Marquet,  de  Toulouse  ;  Gobert,  de  Mont-de-Marsan  ; 
Perez,  de  Bordeaux;  Boiteau,  de  Libourne  ;  De  Lafïitte  ,  de 
Lajoannenque  ;  Marion,  de  Marseille;  Rivière,  Lecq,  Barbier  et 
Delamotbc,  d'Alger  ;  Mangiavachi  et  Chapelle,  de  Tunis,  etc.  Nous 
tenons  à  leur  témoigner  toute  notre  gratitude. 


LEXIQUE 

POUR   SERVIR  A  L'ÉTUDE  DES  INSECTES   DE   LA  VIGNE 


Abdomen.  —  Partie  postérieure  du  corps  des  Insectes  comprenant  l'ensemble 
des  segments  ventraux. 

Acuminé.  —  Terminé  en  pointe. 

Agame.  —  Qui  se  reproduit  sans  accouplement. 

Aiguillon.  —  Arme  de  défense,  aiguë,  rétractile,  faisant  partie  de  l'armure  gé- 
nitale femelle  des  Insectes  Hyménoptères. 

Ailes.  —  Organes  du  vol,  au  nombre  de  quatre  généralement  chez  les  Insectes, 
parfois  réduits  à  deux,  parfois  complètement  atrophiés. 

Anal.  —  Voisin  ou  taisant  partie  de  l'orifice  postérieur  du  tube  digestif. 

Anneau.  —  Segment  ou  portion  dont  la  réunion  constitue  l'ensemble  du  sque- 
lette extérieur  des  Insectes. 

Annelé.  —  Composé  d'anneaux  ou  segments. 

Anté.  —  (En  composition)  situé  en  avant  de. . .  aniéoeuiaire,  situé  en  avant  de 
l'œil. 

Antennes.  —  Appendices  mobiles  au  nombre  de  deux  chez  les  Insectes,  placés 
sur  la  tête  et  composés  d'un  nombre  variable  d'articles  ou  parties.  Elles  servent 
à  palper  et  sont  le  siège  de  l'odorat. 

Aphidiphage.  —  Qui  se  nourrit  de  Pucerons  (Aphis). 

Apical.  —  Placé  au  sommet. 

Apode.  —  Dépourvu  de  pattes. 

Apophyse.  —  Saillie  ou  prolongement  des  pièces  du  squelette. 

Aptère.  —  Dépourvu  d'ailes. 

Arête. —  Ligne  en  relief  et  un  peu  tranchante  faisant  saillie  sur  les  jambes, 
l'abdomen,  etc. 

Armure  génitale. —  Parties  cornées  fortement  chilineuses  des  organes  sexuels. 

Article.  — Partie  d'un  appendice,  antenne,  palpe  ou  tarse,  comprise  entre  deux 
articulations. 

Atténué.  —  Graduellement  diminué. 

Balanciers .  —  Petits  appendices  placés  sur  le  métathorax  et  qui  ne  sont  que 
les  ailes  inférieures  atrophiées. 

Basai  ou  basiiaire.  —  Dépendant  ou  voisin  de  la  base. 

Bec.  —  Ensemble  des  pièces  buccales  solides  d'un  insecte  suceur  (Hémiptères 
principalement).  Se  dit  aussi  pour  la  tête  fortement  prolongée  des  Charan- 
çons, etc. 

Buccal.  —  Qui  dépend  de  la  bouche. 


LEXIQUE.  XXIII 

Calus.  —  Saillie  en  bosse.  Calus  humerai  situé  sur  les  élytres  vers  l'épaule, 

Capité.  —  Terminé  par  un  boulon,  poil  capité. 

Carène.  —  Ligne  longitudinale  saillante. 

Cellule.  —  Élément  anatomique,  généralement  microscopique,  constituant  les 
tissus  'lu  corps  d  s  êlres  organi  é  . 

Cellules  des  ailes. —  Espaces  circonscrits  par  les  nervures. 

Cellulose.  —  Substance  ternaire  (carbone,  hydrogène  et  oxygène)  dont  la  for- 
mule est  G,a  II10  O10,  qui  constitue  l'enveloppe  do  la  cellule  des  végétaux  et  se 
retrouve  dans  les  tissus  de  certains  animaux. 

Céphalique.  —  Qui  dépend  de  la  tête. 

Céphalothorax.  —  Partie  du  corps  formée  de  la  tête  et  du  thorax  réunis. 

Cerques.  —  Appea  lices  ou  filets  au  nombre  de  deux,  terminant  la  partie  dorsale 
de  L'abdomen  chez  les  Orthoptères  et  placés  sous  la  plaque  sus-anale. 

Chaperon.—  Partie  antérieure  et  saillante  de  l'épistome. 

Chenille.  —  Nom  sous  lequel  on  désigne  les  larves  des  Lépidoptères. 

Chitine.  —  Substance  incrustante  composée  d'une  matière  albuminoïde  et  de 
cellulose, destinée  à  solidifier  le  squelette  extérieur  des  Insectes. 

Chitineux.  —  Incrusté  de  chitine. 

Chlorophylle.  —  Matière  azotée  de  couleur  verte,  constituant  le  plus  impor- 
tant des  principes  colorants  des  végétaux,  décomposant  l'acide  carbonique  de 
l'air  au  profit  de  la  piaule  qui  retient  le  carbone  et  dont  la  formule  peut  s'é- 
crire ainsi  :  C:iG  H30  Az  O1. 

Cilié.  —  Garni  de  cils  ou  poils  raides. 

Cocon.  —  Coque  de  soie  destinée  à  proléger  l'Insecte. 

Coléoptères.  —  Insectes  dont  les  ailes  supérieures,  appelées  élyt.-es,  sont  soli- 
des et  servent  d'étui  aux  deux  inférieures,  qui  sont  pliées  transversalement. 

Conchiforme.  —  Eu  forme  de  conque,  de  coquille. 

Concolore.  —  De  même  couleur. 

Contractile.  —  Qui  peut  se  contracter,  se  replier  sur  lui-même. 

Coprophage.  —  Qui  vit  de  déjections. 

Coque.  —  Enveloppe  formée  de  substances  diverses  où  sont  enfermés  les  œufs, 
les  larves  ou  les  nymphes. 

Cordiforme.  —  En  forme  de  coeur. 

Cornicule.  —  Petits  tubes  au  nombre  de  deux,  particuliers  aux  Pucerons,  pla- 
cés sur  le  sixième  segment  abdominal  et  desquels  sort  une  liqueur  sucrée. 

Côte.  —  Ligue  longitudinale  saillante  comparable  à  celles  des  feuilles  et  des 
fruits . 

Crête.  —  Ligne  élevée  et  dentelée. 

Crochets.  — Pointes  recourbées  qui  terminent  les  tarses,  etc. 

Cuisse  — La  partie  la  plus  robuste  de  la  patte  appelée  aussifémur,  placée  outre 
le  trochanter  et  le  tibia . 

Cupules.  —  Organes  concaves  en  forme  de  petite  coupe. 

Déhiscent.  —  S''  dit  de  deux  pièces  qui  s'écartent  vers  leur  extrémité. 


XXIV  LEXIQUE. 

Dent.  —  Petite  saillie  formant  pointe. 

Digitule.  —  Poil  terminé  par  une  partie  élargie  en  forme  de  ventouse. 

Dimère.  —  A  deux  articles  (tarse). 

Dimorphe.  —  Se  dit  d'une  espèce  qui  présente  deux  types  distincts. 

Diptères.  —  Insectes  n'ayant  que  deux  ailes  développées. 

Disque.  —  Régi. m  centrale  d'un  organe  développé  en  surface. 

Écailles.  —  Poils  modifiés,  aplatis  et  imbriqués  les  uns  sur  les  autres. 

Écusson  —  Pièce  du  thorax  appartenant  au  mésouotum,  souvent  triangulaire  et 
apparaissant  au  sommet  de  la  suture  des  élytres. 

Efflorescence.  —  Couche  d'aspect  farineux,  rappelant  la  Heur  île  certains  fruits, 
généralement  de  nature  cireuse. 

Élytres.  —  Ailes  supérieures  modifiées  et  servant  d'étui  aux  inférieures. 

Entomophage.  —  Qui  mange  des  Insectes. 

Épaule.  —  Partie  autéro- externe  des  élytres. 

Épistome.  —  Partie  antérieure  des  pièces  fixes  de  la  tête  en  dessus,  immédia- 
tement au-dessus  de  la  lèvre  supérieure. 

Éruciforme.  —  En  forme  de  chenille. 

Faciès.  —  Aspect  particulier  d'un  insecte  ou  d'un  groupe  d'insectes. 
Fausse-chenille.  —  Nom  donné  aux  larves  de  certains  Hyménoptères  (Ten- 

Ibrédides),  larves  qui  ressemblent  à  des  chenilles. 
Fausses-pattes.  —  Protubérances  char.iues  par  fois  munies  de  crochets,  rétrac- 
tiles,  placées  sous  les  segments  abdominaux  et  servant  à  la  marche  chez  certaines 
larves.  Les  chei  illes  en  sont  toutes  pourvues. 
Fémur.  —  Cuisse. 

Filets. —  Prolongements  en  forme  de  fil  très  déliés  qui  terminent   parfois  l'ab- 
domen. 
Filiforme.  —  En  forme  dr>  lil. 
Floricole.  —  Qui  vit  sur  les  fleurs, 
Foliacé.  —  Aminci  comme  une  feuille. 
Front.  —  Partie  moyenne  du  dessus  de  la  tète,  entre   l'épistome,  les  yeux  et  le 

verteï. 
Frugivore. —  Qui  se  nourrit  de  fruits. 
Funicule.  —  Articles   des  antennes  compris  entre  le  scape  (premier  article)  et 

les  articles  terminaux  plus  ou  moins  groupés. 
Fusiforme.  —  En  forme  de  fuseau. 

Gallicole.  —  Qui  vit  daus  une  galle. 

Hanche.  —  Pièce  d'insertion  des  pattes  dans  le  thorax. 

Hémiptères.  —  Insectes  dont  les  ailes  supérieures  sont  souvent  demi-solides  et 

opaques,  demi-transparentes,  les  inférieures  membraneuses. 
Hétéromères.  —  Insectes  à  tarses  postérieurs  composés  de  moins  d'articles  que 

les  antérieurs. 


LEXIQUE.  XXV 

Hexagonal.  —  A  six  pans. 
Hexapodes. —  Ayant  six  pieds. 
Humerai.  —  Qui  dépend  de  l'épaule. 
Hyalin.  —  Transparenl  comme  du  verre. 

Hybride.  —  Produit  de  deux  espèces  différentes. 

Hyménoptères.  —  Insectes  à    quatre  ailes  membraneuses,  transparentes  et  à 

bouche  organisée  pour  lécher. 
Hypogé.  —  Qui  vit  sous  terre. 

Imbriqué.  —  Se  dit  des  écailles  disposées  comme  les  tuiles  d'un  toit. 
Inerme. —  Sans  pointe  ni  épine. 

Joue.  —  Pailie  latérale  de  la  tète. 

Labial.  —  Qui  dépend  de  la  lèvre  inférieure. 

Labre.  —  Lèvre  supérieure. 

Larve.  —  Plat  sous  lequel  l'insecte  sort  de  l'œuf  et  qui  est  généralement  ver- 
miforme. 

Lépidoptères.  —  Insectes  à  quatre  ailes  recouvertes  d'écaillés  brillantes  im- 
briquées, connus  sous  le  nom  vulgaire  de  papillons. 

Ligne  médiane.  —  Ligue  idéale  divisant  longitudinalement  le  corps  ou  un  or- 
gane en  deux  parties  égales. 

Lignivore.  —  Qui  se  nourrit  de  bois. 

Mâchoires.  —  Pièces  buccales  au  nombre  de  deux,  situées  entre  les  mandibules 

et  la  lèvre  inférieure,  souvent  recouvertes  par  les  mandibules  et  portant  la  paire 

de  palpes  la  plus  développée. 
Mandibules.  —  Pièces  buccales  au  nombre  de  deux  placées  au-dessus  des 

mâchoires,  très    solides,  parfois  très  développées  (cerf ■volant';,  mues   par  des 

muscles  puissants,  destinées  à  saisir  et  à  couper. 
Massue.  —  Renflement  terminal  d'un  organe  tel  que  les  antennes. 
Maxillaire. —  Qui  dépend  des  mâchoires. 
Médian  —  Qui  est  au  milieu. 
Mésosternum.  —  Face  inférieure  du  deuxième  segment  Ihoracique  sur  laquelle 

sont  insérées  les  pattes  intermédiaires. 
Mésothorax.  —  Deuxième  segment  du   thorax  pris  dans  son  ensemble. 
Mésothoracique.  —  Qui  dépend  du  mésothorax. 
Métasternum.  —  Face  inférieure  du  troisième  segment  thoracique  sur  laquelle 

sont  insérées  les  pattes  postérieures. 
Métathorax.  —  Troisième  segment  du  thorax  pris  dans  sou  ensemble. 
Métathoracique.  —  Qui  dépend  du  métathorax. 
Micropyle.  —   Peti'.e   ouverture  par   laquelle  les  spermatozoïdes   ou   éléments 

mâles  pénètrent  dans  l'œuf. 
Monomère. —  Qui  n'est  composé  que  d'un  article  :  tarse  monomère. 

Névroptéres.  — Insectes  à  quatre  ailes  membraneuses  égales,  réticulées. 


XXVI  LEXIQUE. 

Oblitéré. —  Un  peu  effacé. 

Ocelles.  —  Yeux  simples  des  Insectes. 

Octopode.  —  Qui  a  huit  pieds. 

Œil.  —  Organe  de  la  vision,  de  deux   sortes   chez  les  Insectes  :    œil  simple  ou 

ocelle;  œil  composé,  formé  de  la  réunion  d'un  grand  nombre  d'yeux. 
Ongles.  —  Crochets  terminaux  des  tarses. 
Orthoptères.— Insectes  ayant  quatre  ailes  droites,  les  inférieures  généralement 

pliées  en  éventail. 
Ovaires.  —  Glandes  génitales  femelles. 

Oviducte.—  Partie  des  organes  génitaux  femel'es  qui  conduit  les  œufs  au  dehors. 
Ovigère.  —  Qui  produit  et  porte  les  œufs. 
Ovipare.  —  Qui  pond  des  œufs. 
Oviscapte.  —  Partie  des  organes  génitaux  femelles  terminant  parfois  l'oviducle 

et  propre  à  insérer  les  œufs  dans  un  milieu  résistant. 
Ovovivipare.  —  Qui  pond  des  petits  vivant-,  mais  sortis  d'un  œuf  éclos  dans 

le  corps  de  la  mère. 

Palpes. —  Appendices  mobiles  et  articulés  des  parties  de  la  bouche,  au  nombre 

de  deux  ou  trois  paires. 
Pattes.—  Organes  de  la  locomotion,  au  nombre  de  six  chez  les  Insectes,  insérés 
sous  les  trois  anneaux  du  thorax  et   composés  de   cinq  pièces  :    la  hanche,  le 
trcchanter,  le  fémur,  le  tibia  et  le  tarse.  Par  opposition  aux  fausses-pattes,  on 
leur  donne  parfois  le  nom  de  pattes  écailleuses. 
Pectine. —  En  forme  de  peigne. 
Pédicelle.  —  Pièce  amincie  servant  de  support. 
Pédoncule. —  Pièce  de  support,  généralement  grêle. 
Pénis.—  Partie  des  organes  génitaux  mâles  faisant  saillie  à  l'extérieur  ;  ce  nom 

s'applique  plus  spécialement  à  la  verge. 
Pentagone.  —  A  cinq  pans. 

Pentamère. —  Composé  de  cinq  articles  :  tarse  pentamère. 
Pénultième.  —  Avant-dernier. 
Phytophage.  —  Qui  se  nourrit  de  végétaux. 
Pilifère.  —  Qui  porte  ou  donne  naissance  à  des  puils. 
Pilifornie.  —  En  forme  de  poil. 
Piriforine.  —  En  forme  de  poire. 

Poitrine.  —  Ensemble  des  méso  et  métasternum. 

Polymorphe.  —  De  formes  variables. 

Polyphage.  —  Qui  vit  de  végétaux  ou  de  substances  différentes. 

Post...  —  (En  composition)  situé  en  arrière  de. 

Pré...  —  (En  composition)  situé  en  avant  de. 

Pronotum.  —  Surface  dorsale  du  prothorax. 

Prosternum.  —  Face  inférieure  du  prothorax. 

Prothoracique. —  Qui  dépend  du  prothorax. 

Prothorax.  —  Premier  anneau  ou  serment  du  thorax. 


LEXIQUE.  x.\  VII 

Pruineux.  —  Couvert  d'une  efflorescence  comparable  à  celle  de  certaine  fruits 

Pubescent.  —  Garai  de  poils. 

Pucerons.  — Nom  vulgaire  donné  à  tous  les  insectes  de  la  famille  des   Aphides 

ou  Aphidiens. 
Pupe.  —  Enveloppe  de  la   nymphe  des  Insectes  Diptères,  en  forme  d'oeuf  ou  de 

barillet  et  formée  de  la  peau  de  la  larve. 
Pygidium.  —  Dernier  arceau  dorsal  chilineux  de  l'abdomen. 

Radicicole.  —  Qui  vil  sur  les  racines. 

Rétractile.  —  Qui  peut  rentrer  dans  l'intérieur  du  corps  ou  se  replier  sur  soi- 
même. 

Réticulé. —  Couvert  d'une  sorte  de  réseau. 

Rhizophage.  —  Qui  se  nourrit  de  racines. 

Rostre. —  Bec,  prolongement  de  la  tête  en  avant  des  yeux  (Charançons);  se  dit 
aussi  de  l'ensemble  des  parties  solides  de  la  bouche  d'un  insecte  suceur. 

Sabre.  —  Oviscapte  aplati  et  recourbé  de  certains  Orthoptères. 

Saltatoire.  —  Propre  à  sauter. 

Scape.  —  Premier  article  de  l'antenne  fortement  développé. 

Scrobes.  —  Sillons  latéraux  du  rostre  servant  à  loger  les  antennes. 

Sécuriforme.  —  En  forme  de  hache. 

Segments.  —  Division  circulaire  ou  anneau  dont  l'ensemble  constitue  le  corps 
des  Insectes. 

Sessile.  —  Qui  n'est  pas  supporté  par  un  pédicelle. 

Sétigère.  —  Qui  porte  des  soies. 

Sexué.  —  Qui  se  reproduit  par  génération  ordinaire,  par  opposition  à  agame. 

Sommet.  —  De  la  tète,  partie  conliguë  au  prothorax  ;  du  prothorax,  partie  con- 
tinué à  la  tête  ;  des  élytres,  extrémité  postérieure. 

Spermatozoïde. —  Élément  mâle  fécondant,  constitué  chez  les  Insectes  par  une 
cellule  microscopique,  allongée  eu  forme  de  fil,  mobile,  et  qui  nage  en  nombre 
considérable  dans  un  liquide  (liquide  spermalique). 

Squameux.  —  Couvert  d'écaillés. 

Squamule.  ■ —  Petite  écaille. 

Squelette  tégumentaire. — Oa  nomme  ainsi  la  partie  extérieure  solide  très 
chitineuse  du  corps  des  Insectes,  constituant  un  appareil  de  protection  et  ser- 
vant aux  insertions  des  muscles. 

Sternum,  —  Partie  ventrale  du  thorax. 

Stigmates.  —  Ouvertures  de  l'appareil  respiratoire  des  Insectes,  généralement 
latérales,  et  servant  de  point  de  départ  aux  trachées. 

Stridulation.  —  Bruit  produit  par  un  frottement. 

Stylets.  —  Pièces  dures,  allongées,  faisant  partie  d'un  appareil  perforant. 

Sub...  -  ■  (En  composition)  signifie  légèrement  :  subaigu,  légèrement  aigu. 

Suturai.  —  Dépendant  de  la  suture  ou  ligne  de  jonction  des  élytres. 

Tarière.  —  Oviscapte  prolongé  en  longue  pointe. 


\XVIM  LEXIQUE. 

Tarse.  —  Partie  terminale  des  pattes,  ayant  de  un  à  cinq  articles. 

Tempe.  —  Portion  latérale  de  la  tête,  derrière  les  yeux. 

Temporal. —  Relatif  aux  tempes. 

Testacé.  —  Jaune  tirant  sur  le  terreux. 

Testicule.  —  Glande  sexuelle  mâle. 

Tétramère.  —  Qui  a  quatre  articles:  tarse  tétramère. 

Tétrapode.  —  Qui  a  quatre  pieds. 

Thorax. — Groupe  de  trois  segments,  prolhorax,  mésoihorax  et  métathorax, 
portant  les  trois  paires  de  pieds,  formant  un  ensemble  homogène  et  placé  entre 
la  tète  et  l'abdomen. 

Tibia.  —  Partie  de  la  patte  placée  entre  le  fémur  et  le  tarse. 

Tissu. —  Réunion  de  cellules  dont  sont  formées  les  parties  constitutives  du  corps  : 
sang,  muscles,  peau,  nerfs,  etc. 

Trachées. —  Vaisseaux  respiratoires  subdivisés  à  l'inûoi  dans  le  corps  des  In- 
sectes, prenant  l'air  extérieur  par  les  stigmates  et  le  distribuant  partout. 

Tri...  —  (En  composition)  signifie  en  trois  :  trimère,  composé  de  trois  articles. 

Trochanter.  —  Pièce  de  l'a  patte  située  entre  la  hanche  et  le  fémur. 

Tronqué.  —  Coupé  brusquement. 

Tubes.  —  Organes  en  forme  de  vaisseaux,  ou  tuyaux  très  déliés,  filiformes,  ter- 
minés d'un  coté  par  un  cul-de-sac.  Tubes  ovariques,  produisant  les  œufs  et 
les  conduisant  dans  les  deux  branches  de  l'ovaire.  Tubes  de  Malpighi,  organes 
glandulaires  insérés  sur  le  canal  digestif  et  paraissant  remplir  à  la  fois  les  fonc- 
tions de  foie  et  de  reins. 

Uni.  — (En  composition)  exprime  l'idée  d'unité:  unicolore,  d'une  seule  couleur. 

Valve.  —  Écaille  de  coquille,  et  par  extension,  écaille  servant  d'opercule. 

Vermiforme.  —  En  forme  de  ver. 

Versicolore.  —  De  couleur  variée. 

Vertex.  —  Partie  supérieure  de  la  tête,  en  arrière  des  yeux. 

Verticillé.  —  Poils  verticillés,  en  forme  de  verticille  ou  de  rangée  circulaire 
autour  d'un  axe. 

Vésicant.  —  Doué  de  propriétés  analogues  à  celle  des  vésicatoires. 

Vésicule  germinative. —  Partie  de  l'œuf  on  noyau  primitif  de  la  cellule  œuf, 
qui  adjointe  à  un  nouvel  élément  (spermatozoïde)  est  fécondée  par  ce  fait.  La 
cellule  œuf  ainsi  régénérée  devient  le  point  de  dépari  de  la  production  des  cel- 
lules qui  formeront  le  corps  de  l'embryon. 

Vivipare.  —  Qui  pond  ses  petits  éclos. 

Xyiophage.  —  Qui  mange  le  bois. 


LES 


INSECTES  DE  LA  VIGNE 


CHAPITRE  PREMIER 

CLASSE  DES  ARACHNIDES 

LE  PHYTOPTUS  DE   LA  VIGNE 

(Phytoptus  Vitis  Dujardin.) 


I.  —  MALADIE  DE  L'ÉRINOSE. 

Les  feuilles  de  différents  végétaux  sont  souvent  remplies  de  galles  d'une 
nature  particulière  et  qui  depuis  longtemps  ont  attiré  l'attention  des 
naturalistes.  Ces  excroissances  ont  tantôt  la  forme  d'une  petite  corne 
ou  d'une  pointe  de  clou  un  peu  recourbé  (tilleul),  tantôt  l'aspect  d'une 
boursouflure  formant  légère  saillie  du  côté  de  la  face  supérieure  du  limbe 

1  Bibliographie. —  Malpighi  ;  De  excrescentiis  et  lumoribus  plantarum.— 
Réaumur  ;  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  des  Insectes,  tom.  III,  pag.  511, 
1737.—  Persoon  ;  Sinops.  fungorum,  1809.  —  Fries  ;  Observât,  mycolog., 
1815.  —  Id.  ;  Syst.  mycologicum,  1825. —  Schlechtendal  ;  Denkschrift  der 
Bolan  gesellsch.,  in  Regensburg,  tom.  II,  1822. —  Id. ;Botan.  Zeit  ,  tom.  XXIV. 
—  Vallot  ;  Méd.  Acad.,  Dijon,  1832,  part.  d.  scienc.  —  Turpin  ;  Sur  le  dé- 
veloppement des  galles  du  Tilleul  (Nouv.  Bull,  de  la  Soc.  philomatique,  pag.  103), 
1833.  —  Unger  ;  Die  Exanthème  der  Pflanzen,  1833.  —  Dugès  ;  Ann.  des 
Sciences  nal.,  2e  série,  tom.   II,   1834.  —  Fée;   Mémoire  sur  les  groupes  des 

1 


D.  H.  HILL  LIBRARY 
North  CaroUna  State  Collège 


2  LE    PHYTOPTUS    DE    LA    VIGNE. 

(fig.  1)  et  dépression  sur  la  face  inférieure  (vigne,  etc.).  Ces  galles  sont 
garnies  à  leur  partie  concave  de  poils  feutrés,  blanchâtres  au  début,  qui 
deviennent  progressivement  blancs,  ensuite  roux  et  tournent  au  brun  en 
vieillissant. 

Si  l'on  fait  une  coupe  au  rasoir  à  travers  une  de  ces  déformations  de  la 

Phyllériées  de  Pries,  1834.  —  Siebold  ;  Bericht  Hier  die  Arbeilen  des  ento- 
mologischen,  sektion,  etc.,  1850.  —  Dujardin  ;  Ann.  Scicnc.  nat.,  3e  série, 
tom.  XV,  1851. —  Lacaze-Duthiers  ;  Recherches  pour  servir  à  l'histoire  des 
Galles  (Ann.  des  Se.  nat.,  3e  série,  Botan.,  tom.  XIX,  1853. —  Esprit  Fabre  et 
Dunal  ;  De  l'Èrinose  de  la  Vigne  (Bull.  Soc.  d'Agr.  de  l'Hérault,  pag.  35,  1853. 

—  Scheuten  ;  Einiges  hier  Milben  (Ârch.  fur  naturg.,  drei  und  zwanzigster 
Jarhgang,  pag.  104,  1857. —  Paggenstecher  (H.-A.)  ;  Ueber  Milben,  besonders 
die  Galtung  Pligluplus,  in  Yerhandl.  d.  nat.  med.  Vereins  zu  Hcidelberg,  tom.  I, 
1857-50.  —  Landois  (H.)  ;  Einc  Milbe  (Phyloplus  vitis  Mihi),  Âls  Ursache 
des  Traubenmisswachscs,  mZeitschrifi  fur  wisscnschaflliche Zoologie  von  Siebold 
und  Kôlliker,  tom.  XIV,  pag.  353,  1861. —  Landois  et  Rœse  ;  Bot.  Zeitung, 
1866,  n°  38,  pag.  293.  —  Thomas  (Fr.)  ;  Ueber  Phyloplus  Duj.  und.  Seine 
grosscre  Anzahl  neucr  oder  wenig  getkannter  Missbildungen,  welche  (lies  Milben 
aus  Pflanzen  hevorbringen  con.  1.  Tav.,  in  Prog.  d.  Realschule  zù  Ohrdruf , 
1869.  —  Id.  ;  Schweizerische  Milbengallen,  Verhandl.  der.  St.  Gallischen 
nalurw.  Gesellscliaft,  1870-71. —  Targioni-Tozzeti  ;  La  Erinosi  délia  vite  et 
suoi  acari  (Bulletino  délia  Soc.  eutomologica  Italiana,  1870,  pag.  283. —  Donna- 
dieu  ;  Note  sur  PAcarus  de  l'Èrinose  de  la  Vigne  (Bull.  Soc.  d'Agriculture  de 
l'Hérault,  1871,  pag.  44.  —  Thomas;  Milbengallen  und  verwandter  Pflanzcn- 
auswiichse,  in  Bot.  Zeil.,  1872,  n°  17,  pag.  282. —  Id.;  Enlwickelungsgeschichle 
zweier  Phytoptus-Gallen  an  Prunus,  in  Giebel's  Zeitschr.  f.  d.  gesammten  Na- 
turuissenschaften,  tom.  XXXIX,  pag.  193.  1872. —  Donnadieu  ;  Sur  l'Acarus 
de  l'Erinose  de  la  Vigne  (Journal  de  Zoologie,  par  Paul  Gervais,  1872,  pag.  45). 

—  Thomas  ;  Beitrage  zur  Kenntniss  der  Milbengallen  und  der  Gallmilben.— 
Id.  ;  Die  Slellung  eler  Blaltgallcn  an  der  Ilolzgewachscn  und  die  Lebensweise 
von  Phyloptus  'Zeitschr.  f.  d.  gesamm  Naturwis.,  tom.  42,  pag.  513,  1873). — 
T.  Moritz  ;  in  Frauenelorfr.  Blalter.,n"  30,  1873, —  Sorauer  (P.);  Handbuch 
der  Pflanzenkra?ikheiten.  Berlin,  1874,  pag.  165.  —  Donnadieu;  Recherches 
pour  servira  l'Histoire  des  Tétranyques,  1875,  Lyon,  Georg  ;  Paris,  Baillière  et 
fils.  —  Briosi  ;  Sulla  Phytoptosi  dîlla  Vite  (Atti  délia  stazione  chimico-agraria 
sperimentale  di  Palermo,  1875. —  Foëx  ;  Cours  complet  de  Viticulture.  Mont- 
pellier, C.  Goulet;  Paris,  G.  Masson,  1886. —  Pizzini;  Acaro  infesto  aile  viti 
(Boll.  délia  sezione  di  Trento  del  consiglio  provinciale  d'Agricoltura,  1887).  — 
P.  Viala  ;  Les  Maladies  de  la  Vigne,  pag.  449.  Montpellier,  G.  Coulet,  édit., 
1887.  —  Dr  G.  Padrigeon  ;  L'Èrinose  de  la  Vigne  (Journal  d'Agriculture 
pratique  de  M.  Lecouteux,  1887).  —  Ravaz ,  L'Èrinose  (Progrès  agricole  et 
viticole  de  Montpellier,  9  décembre  1888). 


LE   PHYTOPTUS    DE    LA    VIGNE. 


3 


feuille,  l'examen  microscopique  fait  reconnaître  que  cet  aspect  feutré  pro- 
vient des  cellules  de  l'épiderme,  qui  se  sont  hypertrophiées,  démesurément 


Fig.  t.  —  Feuille  de  vigne  atteinte  d'Ériaose. 


allongées  en  forme  de  poils  cylindriques  (fig.  2),  renfermant  très  peu  de 
chlorophylle.  Ces  poils,  généralement  unicellulaires,  souvent  renflés  à  leur 
extrémité,  quelquefois  ramifiés,  s'entremêlent  avec  leurs  voisins  et  forment 
parfois  un  lacis  inextricable.  L'examen  des  tissus  sous-jacents  fait  recon- 
naître la  présence  de  nombreux  grains  d'amidon,  indice  d'un  travail  nu- 
tritif important  occasionné  par  la  production  des  cellules  piliformes  et  la 
prolifération  de  celles  du  parenchyme,  qui  est  toujours  plus  ou  moins 
épaissi. 

Ces  végétations  bizarres  forment  des  plaques  souvent  assez  larges,  en- 
vahissant parfois  tout  le  dessous  de  la  feuille  et  même  les  pétioles,  les 
vrilles  et  les  grappes  de  fleurs  (PI.  V).  Dans  certains  pays,  il  y  a  bien  peu 


4  LE   PHYTÔPTUS    DE    LA    VIGNE. 

de  pieds  de  vigne  qui  n'en  soient  atteints,  et,  quand  toutes  les  feuilles  sont 
attaquées,  les  fonctions  de  ces  organes  végétatifs  étant  entravées,  une  dimi- 
nution de  récolte  peut  en  résulter. 

Quelle  est  la  cause  de  ces  désordres  dans  la  végétation?  On  a  cru  long- 
temps à  un  champignon  parasite  de  la  feuille  décrit  sous  le  nom  d'Erineum 
vitis,  de  là  le  nom  d'Érinose;  mais  on  est  aujourd'hui  d'accord  pour  attri- 
buer le  mal  à  un  Arachnide  du  groupe  des  Acariens,  invisible  à  l'œil  nu, 
le  Phytoptus  vitis,  dont  les  piqûres  répétées  provoquent  Thypertrophie 
des  cellules  épidermiques  et  la  déformation  du  parenchyme  (Qg.  2). 

II.  —  HISTORIQUE. 

Depuis  plus  de  deux  siècles,  les  hommes  de  science  étudient  cette  ma- 
ladie et  le  sujet  n'est  pas  encore  épuisé.  Au  xvne  siècle,  le  savant  italien 
Malpighi,  dans  un  travail  intitulé  De  excrescentiis  et  tumoribus  planta- 
rum  (Des  excroissances  et  tumeurs  des  plantes),  les  décrit  le  premier  et 
les  attribue  à  un  liquide  corrosif  déposé  par  un  insecte  qu'il  ne  définit  pas. 
En  1737,  Réaumur,  de  son  côté  {Mémoires  sur  les  Insectes,  tom.  III,  pag. 
511),  dit  que  les  galles  en  forme  de  clou  des  feuilles  du  tilleul  «sont  proba- 
blement dues  à  des  insectes  extrêmement  petits  qu'on  ne  peut  apercevoir 
qu'avec  l'aide  d'une  très  forte  loupe  ». 

Ces  idées  de  Malpigbi  et  de  Réaumur,  qui  étaient  les  bonnes,  furent 
cependant  abandonnées,  et  pendant  très  longtemps  on  a  cru  que  ces  pro- 
ductions étaient  d'origine  purement  végétale. 

A  la  fin  du  xvine  siècle,  un  botaniste,  Scbrader,  décrivit  celles  de  la 
vigne  sous  le  nom  d'Erineum  vitis  et  les  classa  dans  les  champignons  pa- 
rasites des  feuilles.  En  1809,  Persoon  (Synopsis  fungorum)  adopta  ce 
nom,  et  bien  qu'en  1815,  Fries,  séparant  ces  soi-disant  champignons  delà 
vigne  de  ceux  du  tilleul,  de  l'aulne,  etc.,  en  ait  fait  le  genre  Phyllerium , 
et  de  tout  le  groupe  la  tribu  des  Phyllcriées,  le  nom  d'Erineum  a  prévalu. 
C'est  celui  que  de  Candolle  a  adopté  dans  sa  Flore  française,  tom.  II, 
pag.  74,  et  après  lui  bon  nombre  de  botanistes  qu'il  est  inutile  de  nom- 
mer ici. 

Tel  était  l'état  de  la  question  en  1833,  lorsque  Turpin  publia  un  Mé- 
moire Sur  le  développement  des  galles  du  tilleul  et  décrivit  dans  ces  galles 
un  petit  Acarien  se  rapportant  à  l'animal  indiqué  par  Réaumur,  «  dont 
la  forme  définitive,  dit-il,  prend  quatre  pattes  » ,  et  qu'il  nomma,  avec  La- 
treille,  le  Sarcopte  du  tilleul.  L'année  suivante,  Dugès  observa  ces  pré- 
tendus Sarcoptes,  et  voici  ce  qu'il  en  dit  :  «  C'est  sans  doute  sur  la  forme 
extérieure  et  l'babitat  que  Latreille  a  déterminé  Sarcopte  cet  animalcule 


LE    PHYTOPTUS    DE    LA   VIGNE.  5 

quand  les  figures  lui  en  furent  soumises  par  Turpin  ;  mais  une  recherche 
minutieuse,  quoique  difficile,  en  raison  de  l'extrême  petitesse  de  l'animal, 
nous  a  appris  :  1°  que  le  suçoir  conique  est  flanqué  de  2  palpes  gros,  courts, 
semhlahles  à  ceux  des  Tétranyques;  2°  que  de  ce  suçoir  sort  quelquefois 


Fig,  2.—  Coupe  d'une  galle  d'Érinose  avec  les  Phytoptus  (.l'après  M.  Briosi) 


par  compression  une  lamelle  courhe,  étroite  et  longue  ;  3°  que  les  pattes 
sont  de  7  articles.  Or,  si  nous  considérons  la  forme  des  palpes,  des  man- 
dibules et  des  pieds,  nous  devrons  classer  cet  Acarien  dans  la  famille  des 
Trombidiens,  près  des  Têtranyques  ;  d'autre  part,  le  nombre  des  pieds  nous 
prouve  que  ce  n'est  qu'une  larve  et  non  un  Acarien  parfait,  car  il  n'en  a 


6  LE    PHYTOPTUS    DE    LA    VIGNE. 

que  deux  paires,  et  les  autres  larves  en  ont  même  généralement  une  de 
plus.  »  La  figure  correspondant  à  ces  lignes,  et  qui  est  à  la  fin  du  volume, 
est  bien  celle  d'un  Phytoptus,  celui  du  tilleul,  un  peu  différent  de  celui  de 
la  vigne.  Et  plus  loin,  Dugès  ajoute:  «  Nous  avons  vu  beaucoup  de  ces 
petits  êtres  devenus  immobiles,  cbangésen  chrysalides,  dans  lesquelles  on 
voyait  déjà  le  corps  se  raccourcir  en  abandonnant  les  extrémités  de  son 
long  étui  cutané.  Nous  avons  vu  aussi  deux  ou  trois  fois,  dans  les  galles, 
des  Acariens  à  8  pattes,  blancs,  courts,  agiles,  ayant  le  caractère  des 
Tétranyques.  Or  ces  petits  ressemblaient  fort  à  de  plus  grands,  rougeâtres, 
trouvés  souvent  dans  des  galles  volumineuses.  Ces  Tétranyques  n'étaient 
pas  de  la  même  espèce  que  le  T.  tisserand  du  tilleul,  qui  habite  le  revers 
des  feuilles  avec  ses  œufs  et  ses  petits  hexapodes.  Il  était  d'une  taille 
beaucoup  moindre  et  en  différait  par  quelques  détails  de  forme  et  par  la 
couleur  verdâtre  chez  l'un,  rouge  clair  chez  l'autre.  Il  y  a  du  vague  en- 
core sur  les  rapports  des  prétendus  Sarcoptes  et  des  Tétranyques,  il  en 
reste  aussi  sur  le  rôle  qu'ils  jouent  dans  la  production  des  galles  ;  mais  ce 
que  nous  en  disons  mettra  les  observateurs  sur  la  voie.  » 

Nous  avons  tenu  à  citer  longuement  le  professeur  de  Montpellier,  parce 
que  nous  le  considérons  comme  un  maître  dont  les  observations,  déjà  an- 
ciennes et  trop  oubliées  de  l'Ecole  allemande,  ont  un  grand  poids  dans 
cette  questiou  de  YÈrinose. 

En  1834,  également,  Fée  dans  un  bon  travail  intitulé  :  Mémoire  sur  le 
groupe  des  Phyllérièes  de  Fries,  dit  que  les  prétendus  champignons  sont 
des  excroissances  des  tissus,  et  qu'il  y  a  découvert  deux  sortes  d'insectes: 
l'un  plus  rare,  que  l'on  peut  rapprocher  des  Aphidiens  ;  l'autre  plus  abon- 
dant et  qu'il  décrit  comme  «  une  larve  allongée  avec  4  pattes  terminées 
par  2  petits  penicilles  de  poils,  attachées  à  la  partie  antérieure  du  corps, 
larve  ayant  des  anneaux  transversaux  et  munis  de  poils  vers  la  partie  pos- 
térieure ». 

En  1850,  Siebold  signale  dans  les  excroissances  chevelues  des  Érineum, 
des  Acarus  non  encore  parvenus  à  l'état  adulte;  dans  son  Rapport  sur  les 
travaux  de  la  section  entomologique  de  la  Société  de  Silésie  (1870),  il  crée 
pour  eux  le  genre  Eriophyes.  Mais  revenons  à  notre  ordre  chronologique. 
En  1851,  Dujardin  publie  un  Mémoire  important  et  crée  le  genre  Phyto- 
ptus, nom  qui  a  été  adopté  par  la  plupart  des  entomologistes.  Dujardin 
considère  les  Phytoptus  à  quatre  pieds  comme  des  Acariens  à  l'état  parfait, 
s'appuyant  sur  ce  qu'ils  pondent  des  œufs.  Scheuten,  le  premier  (1857), 
retrouve  la  forme  à  8  pattes  signalée  par  Dugès.  Il  rapproche  lui  aussi  les 
Phytoptus  des  Tétranyques  par  l'examen  des  pattes  et  des  parties  de  la 
boucbe. 


LE    PHYTOPTUS    DE    LA    VIGNE.  7 

Il  faut  arriver  à  186 i  pour  trouver  un  travail  important,  celui  de  Lan- 
dois.  Le  naturaliste  allemand,  dans  un  Mémoire  savant,  trop  savant  peut- 
être,  donnant  pour  certain  ce  qu'il  a  cru  voir,  commence  par  sembler 
ignorer  les  travaux  de  ses  devanciers.  Il  n'y  fait  allusion  que  dans  une 
note  de  G  lignes,  où  Dujardin  seul  est  cité  et  où  il  ne  trouve  pas  la  place  de 
dire  que  le  naturaliste  français  est  le  créateur  du  genre  Phytoptus.  Le 
travail  est  entièrement  consacré  à  l'Acarien  delà  vigne,  et  il  le  décrit  sous 
le  nom  de  Phytoptus  vitis  Mini.  Pour  Landois,  les  Phyloptus  ne  sont  ni  des 
larves,  ni  des  adultes  à  4  pieds,  mais  bien  des  Acariens  à  8  pieds  ;  et  si 
Dujardin  n'a  pas  aperçu  les  deux  paires  postérieures,  c'est  qu'elles  sont 
toujours  avortées  et  réduites  à  des  appendices  en  forme  de  petits  mamelons 
terminés  par  un  poil  rigide.  Il  dit  avoir  vu  des  mâles  et  des  femelles  dont 
la  structure  est  tout  à  fait  analogue  et  qui  ne  diffèrent  que  par  l'orifice 
génital  extérieur,  qui  est  sensiblement  plus  étroit  cbez  le  mâle  que  cbez  la 
ferrelle.  L'accouplement  n'a  jamais  été  observé. 

Thomas,  dans  une  série  d'articles,  plutôt  botaniques  que  zoologiques, 
publiés  de  1869  à  1873,  cite,  au  contraire,  avec  soin  les  travaux  de  ses 
devanciers.  Il  étudie  VÉrinose  surtout  au  point  de  vue  des  déformations 
produites  sur  les  différents  végétaux.  Il  cite  plus  de  70  plantes  attaquées 
et  semble  croire  à  une  seule  espèce  d'Acarien,  qu'il  appelle  simplement 
Phytoptus,  nom  auquel  il  voudrait  voir  substituer  celui  de  Phytocoptes 
(iprov  plante,  xôtttu  je  coupe). 

Targioni-Tozzetti  (1870),  dans  un  article  court  et  bien  résumé,  décrit  le 
Phytoptus  vitis  et  semble  accepter  sans  conteste  les  observations  de  Lan- 
dois. 

En  1875,  parait  le  travail  fort  important  de  M.  Donnadieu,  thèse  pour 
le  doctorat  es  sciences,  intitulée  :  Recherches  pour  servir  à  l'histoire  des 
Télranyques .  L'auteur  de  ce  Mémoire,  adoptant  les  idées  de  Dugès  et  le 
nom  générique  de  Thomas,  considère  la  forme  ordinaire  des  Phytoptus 
comme  une  forme  larvaire  des  Tétranyques gallicoles  se  reproduisant  par 
parthénogenèse,  et  nomme  la  forme  adulte  sexuée  de  la  vigne  observée, 
décrite  et  figurée  par  lui,  Phytocoptes  epidermi.  Le  dernier  travail  sérieux 
sur  le  Phytoptus  vitis  «  est  celui  de  M.  Briosi  (décembre  1875).  L'auteur 
publie,  avec  un  résumé  de  la  question,  d'excellentes  observations  micro- 
scopiques et  de  bonnes  planches  à  l'appui.  Nous  aurons  à  revenir  sur  ce 
travail  pour  la  description  de  l'Acarien  ;  disons  seulement  que  M.  Briosi 

1  Nous  adoptons  es  nom  :  1"  parce  que  c'est  le  plus  ancien  et  le  plus  usité  ; 
2°  parce  que  nous  ne  sommes  pas  d'avis  de  débaptiser  une  espèce  sous  prétexte 
qu'elle  a  été  d'abord  décrite  àj'état  de  larve. 


8  LE    PHYTOI'TUS    DE    LA    VIGNE. 

n'a  pas  vu  les  individus  adultes  à  8  pieds  décrits  par  Donnadieu  et  qu'il 
lui  a  été  également  impossible  de  découvrir  les  deux  paires  de  pattes 
rudimentaires  décrites  et  figurées  par  Landois.  Il  pense  que  l'observateur 
allemand  a  été  trompé  par  la  valve  génitale  plus  ou  moins  soulevée,  et  que 
les  poils  ne  sont  pas  portés  sur  des  appendices,  mais  appartiennent  à  la  marge 
de  cette  valve. 

Tel  est  l'état  actuel  de  l'étude  scientifique  de  ÏÉrinose.  Bien  que,  per- 
sonnellement, nous  ayons  étudié  souvent  les  Phytoptus  et  que  nous  en 
avons  en  préparation  à  toutes  les  pbases  de  leur  développement  larvaire 
agame,  nous  ne  nous  permettrions  pas  de  trancber  nous-môme  une  question 
aussi  difficile. 

Le  débat  peut  se  concentrer  sur  ces  deux  noms,  Landois  et  Donnadieu. 
Fidèle  à  notre  habitude  de  citer  des  autorités  compétentes,  nous  nous 
sommes  adressé  à  l'homme  qui,  actuellement  en  Europe,  connaît  le  mieux 
les  Acariens  et  leur  histoire,  et  voici  ce  que  M.  Mégnin  nous  répond  : 

«  L'observation  de  Landois  est  certainement  inexacte:  je  n'ai  jamais  pu 
voir  les  caractères  sexuels  chez  les  Phytoptus;  les  pattes  supplémentaires 
figurées  par  cet  auteur  chez  ses  prétendus  adultes  m'ont  également  tou- 
jours échappé.  A  part  le  Trombidion  soyeux,  qui  n'est  pas  en  cause,  je  ne 
connais  d'autres  Acariens  sexués  vivant  habituellemant  sur  les  feuilles  de 
la  vigne  que  les  Tétranyques  gallicoles,  parents  des  Phytoptus,  nommés 
Phytocoptes  par  Donnadieu,  et  je  suis  de  l'avis  de  ce  dernier  observateur.  « 

III.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 

Le  genre  Phytoptus  appartient  à  la  classe  des  Arachnides,  à  Tordre  des 
Acariens,  à  la  famille  des  Tétranycidés . 

Les  Arachnides  comprennent  tous  les  Articulés  à  8  pattes.  L'ordre  des 
Acariens  se  compose  d'Arachnides  à  abdomen  soudé  au  céphalothorax, 
à  respiration  trachéenne  ou  cutanée,  et  à  bouche  organisée  pour  la  suc- 
cion. Les  Tétranycidés  sont  les  Acariens  réunissant  les  caractères  sui- 
vants :  7  articles  aux  patles,  rostre  formant  en  avant  du  corps  une  pointe 
conique  assez  grosse,  mobile  et  susceptible  de  s'abaisser  verticalement.  Ce 
rostre  est  formé  de  deux  mandibules  armées  de  crochets  à  leur  extrémité, 
de  2  mâchoires  en  forme  de  stylets  portant  à  leur  base  une  pointe  bar- 
belée. La  lèvre  inférieure,  formant  gouttière  pour  loger  cet  appareil  per- 
forant, est  munie  de  deux  gros  palpes  qui  sont  les  parties  les  plus  volu- 
mineuses du  rostre. 

Tous  les  Tétranycidés  subissent  des  métamorphoses,  mais  chez  les 
Phytoptus  elles  sont  plus  compliquées  que  dans  les  autres  genres.  Si 


LE    PHYTOPTUS    DE    LA   VIONE.  0 

l'on  voit  en  effet,  chez  les  Têtranyques  vrais,  sortir  de  l'œuf  une  larve 
hexapode,  ne  se  multipliant  pas  et  se  transformant  en  adulte  sexué  ayant 
8  pieds,  chez  les  Phytoptus  nous  voyons  l'œuf  produire  une  forme 
larvaire  à  4  pieds,  se  multipliant  pendant  toute  la  belle  saison  au  moyen 
d'œufs  pondus  par  parthénogenèse.  A  l'approche  de  l'hiver,  suivant 
M.  Donnadieu, auquel  nous  empruntons  beaucoup  de  détails  biologiques, 
ces  larves  tétrapodes  cessent  de  se  multiplier  ;  un  grand  nombre,  sans 
changer  de  forme,  se  cachent  sous  les  écorces  du  cep  et  surtout,  suivant 
M.  Briosi,  dans  les  écailles  des  bourgeons  ;  d'autres  s'enferment  dans  un 
kyste  transparent,  formé  de  la  peau  qui  se  détache  du  corps  sans  être 
rejetée,  la  chrysalide  de  Dugès,  «  dans  laquelle  on  voit  le  corps  se  rac- 
courcir en  abandonnant  les  extrémités  du  long  étui  cutané  ». 

Ces  kystes,  figurés  par  M.  Donnadieu,  sont  placés  dans  les  mômes  abris 
que  les  larves  qui  hivernent  dans  leur  état  ordinaire.  Ils  sont  de  forme 
allongée,  arrondis  vers  l'extrémité  postérieure  de  la  larve,  atténués  dans 
la  direction  de  la  tête.  Celle-ci  est  tournée  du  côté  où  le  kyste  est  fixé  au 
support  par  une  matière  glutineuse.  Pendant  l'hiver,  la  larve  à  4  pieds  se 
transforme  ;  elle  se  raccourcit,  une  nouvelle  paire  de  pieds  apparaît,  les 
parties  de  la  bouche  et  les  ovaires  se  dessinent  nettement.  Au  printemps 
suivant,  le  kyste  se  rompt  par  le  milieu,  la  larve  hexapode  en  sort  et, 
comme  celle  des  autres  Têtranyques,  se  développe,  donnant  naissance  par 
une  mue  à  l'adulte  sexué,  qui  a  8  pieds . 

Ce  Phytoptus  à  l'état  parfait  a  environ  4  dixièmes  de  millim.  de  long; 
sa  forme  est  celle  d'un  ovale  aplati  et  fortement  atténué  dans  sa  partie 
postérieure,  principalement  chez  le  mâle,  qui  est  un  peu  plus  petit,  surtout 
l>lus  étroit,  que  la  femelle.  La  couleur  est  jaune  pâle,  quelquefois  verdâtre 
dans  la  région  du  tube  digestif,  quand  l'Acarien,  sans  doute,  a  absorbé 
des  grains  de  chlorophylle.  Ces  Phytoptus  sexués  ne  vivent  que  peu  de 
temps;  après  l'accouplement,  ils  pondent  sur  la  feuille  et  disparaissent  pour 
laisser  la  place  aux  larves  à  4  pieds  qui  sortiront  de  leurs  œufs,  pro- 
duiront l'Érinose  par  leurs  piqûres  et  se  multiplieront  jusqu'à  l'automne 
par  des  œufs  non  fécondés  qui  seront  fixés  aux  poils  de  la  galle  (fig.  2). 
Quand  celle-ci  renferme  un  trop  grand  nombre  d'individus,  les  jeunes 
émigrent,  et  c'est  ainsi  que  d'une  feuille  à  l'autre  le  cep  est  parfois  com- 
plètement envahi. 

La  larve  à  4  pieds  étant  la  forme  la  plus  commune  du  Phytoptus,  la 
seule  que  l'on  trouve  pendaut  la  belle  saison  entre  les  poils  de  la  galle,  il 
est  utile  d'en  donner  une  description  détaillée. 

L'animal  (ûg.  3)  est  microscopique.  Les  plus  grands  individus  n'ont  que 
10  à  13  centièmes  de  millim.  de  long  sur  3  ai  centièmes  de  millim.  de  large 


10 


LE    PHYTOPTUS    DE    LA    VIGNE. 


et  ne  peuvent  être  vus  à  l'œil  nu  que  posés  sur  une  feuille  de  papier  blanc 
et  examinés  en  pleine  lumière  par  un  œil  exercé.  Une  loupe  ne  suffit  pas 
pour  révéler  leur  présence  au  milieu  des  poils 
de  la  galle,  il  faut  le  microscope.  Un  grossisse- 
ment de  50  à  60  diamètres  suffit  pour  les  aperce- 
voir sur  une  très  jeune  feuille  transparente;  mais, 
pour  les  bien  voir,  il  faut  les  isoler1. 

Le  corps  est  allongé,  flexible,  vermiforme 
(fig.  3),  presque  cylindrique,  brusquement  atté- 
nué du  côté  de  la  tête,  plus  insensiblement  du 
côté  postérieur,  qui  se  recourbe  un  peu  vers  le 
ventre.  Les  deux  paires  de  pattes  étendues  en 
avant  dépassent  sensiblement  la  tête,  l'abdomen 
est  strié  transversalement  de  fins  replis  au  nom- 
bre de  60  à  70  qui  rappellent  les  anneaux  d'une 
sangsue.  Le  cépbalotborax  (tête  réunie  au  tho- 
rax) est  uni,  sans  stries  transversales,  séparé  de 
l'abdomen  par  un  petit  sillon  circulaire.  La  tête 
se  termine  en  cône  tronqué  légèrement  incliné 
vers  le  sternum.  L'armature  buccale  se  compose 
de  deux  stylets  pointus  que  l'animal  peut  rétracter 
ou  allonger  au  dehors  de  la  bouche . 

L'ouverture  anale  est  placée  à  l'extrémité  du 

corps  dans  une  dépression  formée  par  un  disque 

un  peuexcavé.Sur  le  corps  on  peut  compter  six 

paires  de  poils,  deux  paires  pour  la  région  dorsale,  l'une  sur  le  premier, 

l'autre  sur  le  dernier  anneau  ;  quatre  paires  pour  la  région  ventrale  :  la 


Fig.  3.  —  Phyloptus  vitis 
(larve)  850  diamètres 
(d'après    M.    Briosi). 


'-  Divers  procédés  peuvent  être  employés  pour  isoler  les  Phyloptus,  impossibles 
à  bien  voir  autrement.  Un  des  plus  usités  consiste  à  faire  au  rasoir,  ou  avec  un 
scalpel  très  tranchant,  une  coupe  à  la  base  des  poils  de  la  galle,  et,  ceux-ci  étant 
éparpillés  sur  du  papier  blanc,  on  aperçoit  à  la  loupe,  ou  mieux  au  microscope, 
les  Acariens,  qui  courent  d'un  côté  et  d'autre  ;  on  s'en  empare  alors  avec  un  poil 
emmanché.  Ce  procédé  est  bon  ;  mais  le  meilleur  est  celui  que  nous  tenons  de 
M.  Ravaz,  auquel  nous  devons  de  plus  beaucoup  de  documents  bibliographiques 
concernant  le  sujet  qui  nous  occupe.  Son  procédé  pour  isoler  les  Phyloptus  consiste 
à  couper  avec  des  ciseaux  un  grand  nombre  de  galles  d'Érinose  et  à  los  mettre 
dans  un  verre  de  montre  ou  tout  autre  petit  récipient  à  bords  très  évasés  ;  au  bout 
de  quelques  heures,  les  galles  s'étaut  desséchées,  les  Phyloptus  ont  tous  quitté 
leur  retraite  et  se  trouvent  en  très  grand  nombre,  courant  sur  le  bord  du  verre  de 
montre. 


LE    PHYTOPTUS    DE    LA    VÎGNE.  11 

première  entre  le  neuvième  et  le  douzième  anneau  (à  partir  du  céphalo- 
thorax), la  deuxième  entre  le  vingtième  et  le  vingt-deuxième  anneau,  la 
troisième  vers  le  trente-huitième,  et  la  quatrième  sur  le  cinquième  avant- 
dernier.  Ces  poils  sont  rigides,  divergents,  élastiques,  et  servent  évidem- 
ment à  protéger  l'animal  contre  les  chocs  du  dehors . 

Les  pattes,  qui  chez  l'adulte  sont  composées  de  7  articles,  n'en  ont  que 
G  cliez  cette  larve.  Elles  sont  incolores,  transparentes;  le  premier  article, 
inséré  sur  le  thorax, semble  correspondre  à  la  hanche;  le  deuxième,  le  plus 
long,  peut  être  considéré  comme  la  cuisse;  les  trois  suivants  représentent  le 
tibia,  et  le  sixième  le  tarse.  Ce  dernier  est  formé  d'un  pièce  grêle,  cylin- 
drique, légèrement  recourhé  à  l'extrémité,  à  côté  de  laquelle  se  voit  une 
pointe  ou  stylet  harhelé  comme  une  plume,  éminemment  propre  à  assurer 
la  solidité  de  la  marche  au  milieu  des  filaments  de  la  galle. 

Au-dessous  de  l'insertion  de  la  seconde  paire  de  pattes,  après  le  deuxième 
et  le  sixième  repli  abdominal,  sont  placés  les  organes  génitaux,  qui  à  l'ex- 
térieur apparaissent  sous  la  forme  d'un  opercule  fixé  aux  téguments  par  en 
haut,  libre  et  arrondi  par  en  bas.  Cet  opercule,  très  bien  représenté  par 
M.  Briosi,  auquel  nous  empruntons  la  figure  de  cette  larve  et  une  partie  de 
cettedescription,  recouvre  les  organes  génitaux. Des  œufs  s'aperçoivent  dans 
l'intérieur  du  corps,  les  plus  développés  situés  du  côté  de  l'orifice  génital.  Ils 
sont  renfermés  dans  un  ovaire  en  forme  de  tube,  remplissant  presque  toute 
la  cavité  abdominale  et  se  dirigeant  d'arrière  en  avant.  Les  œufs,  au  moment 
de  la  ponte,  sont  couverts  d'une  substance  glutineuse  à  l'aide  de  laquelle  ils 
adhèrent  aux  poils  de  la  plante  (fig.  2).  Ils  ont  une  forme  un  peu  allongée 
et  paraissent  d'abord  homogènes,  pleins  d'une  fine  matière  granuleuse. 
Ils'grossissent  bientôt  et  l'on  y  distingue  une  ligne  centrale,  puis  la  forme 
arrondie  de  l'embryon.  Enfin,  après  la  rupture  de  la  membrane  vitelline, 
on  peut  reconnaître  l'animal  entier  replié  sur  lui-même,  avec  les  contours 
de  la  tête  bien  distincts,  ainsi  que  les  stries  de  l'abdomen.  Au  moment  de 
réclosion,  le  jeuue  Phijtoptus  n'a  encore  aucun  poil.  Les  plus  petits  indi- 
vidus mesurés  par  M.  Briosi  avaient  4  centièmes  de  millim.  et  demi. 

L'animal  se  meut  avec  vitesse,  malgré  la  disposition  peu  avantageuse  de 
ses  pattes,  placées  trop  avant;  tandis  que  l'abdomen,  trois  fois  et  demi  plus 
long  que  le  céphalothorax,  est  supporté  par  le  disque  anal,  qui  forme 
ventouse. 

La  vitalité  de  ces  larves  de  Phytoptns  est  extrême  :  plongées  dans  l'eau, 
elles  remuent  encore  au  bout  de  quarante-huit  heures.  Sorauer  et  Landois 
les  ont  vues  pondre  après  avoir  séjourné  vingt-quatre  heures  dans  la  gl  y  cérinc, 
d'où  ce  dernier  auteur  conclut  que  leur  respiration  n'est  ni  trachéenne  ni 
même  cutanée,  mais  intestinale. 


12  LE   PHYTOPTUS    DE   LA   VIGNE. 


IV.  —  DANGER  DE  L'ÉRINOSE  ET  MOYENS  PRÉVENTIFS. 

Certains  auteurs  ont  considéré  le  Phytoptus  comme  très  nuisible  à  la 
vigne.  Esprit  Fabre  et  Dunal  [Bull.  Soc.  d'Agr.  de  l'Hérault,  1853),  qui  ne 
croyaient  pas  encore  à  l'origine  animale  de  VÉrinose,  décrivent  cette  ma- 
ladie cryptogamique  comme  très  grave.  «CeiErincum,  disent-ils  pag.  38, 
qui  désole  nos  vignes  du  Languedoc,  diffère  assez  de  Y Erineum  vilis  pour 
en  être  distingué  au  moins  comme  une  variété,  à  laquelle  nous  donnerons  le 
nom  de  necator  (meurtrier).»  Ils  semblent  confondre  ses  ravages  avec  ceux 
de  YOïdium.  «Je  n'ai  jamais  vu,  dit  Dunal,  sur  les  feuilles  de  nos  vignes  que 
YÉrineam,  môme  quand  les  fruits  étaient  couverts  d'Oïdium.  h'Eriiicum 
necator  commence  par  attaquer  les  jeunes  feuilles,  les  altère  de  telle  manière 
qu'elles  ne  fonctionnent  qu'imparfaitement,  et  dans  un  âge  plus  avancé  ces 
feuilles  tombent  ou  ne  fonctionnent  plus.» 

Landois,  de  son  côté,  parfaitement  fixé  cependant  sur  la  cause  animale 
de  la  maladie,  compare  les  effets  du  Phytoptus  à  ceux  de  YOïdium.  ail  est, 
dit-il,  aussi  préjudiciable.  Quand  les  Acariens  ne  sont  pas  nombreux, 
leur  influence  pernicieuse  ne  se  remarque  pas  facilement  et  une  apparition 
sporadique  sur  quelques  feuilles  n'a  pas  une  influence  considérable  sur  la 
production.  Mais,  pour  se  faire  une  idée  des  suites  funestes  de  l'apparition 
d'un  grand  nombre  d'Acariens,  nous  citerons  comme  preuve  le  fait  suivant  : 
Dans  un  jardin  bien  à  l'abri  du  vent,  se  trouve  adossé  à  un  mur  un  cep  de 
vigne  grand  et  vigoureux.  Depuis  deux  ans,  la  présence  des  Acariens  sur 
les  tendres  productions  foliacées  des  bourgeons  en  évolution  se  faisaient 
remarquer  dès  le  printemps  par  l'apparition  des  excroissances  en  question. 
A  mesure  que  les  feuilles  et  les  fleurs  se  développèrent,  ie  dommage  causé 
par  les  Acariens  s'étendit  de  plus  en  plus,  jusqu'à  ce  qu'enfin  il  ne  resta  plus 
sur  le  cep  une  seule  feuille  qui  n'eût  été  totalement  envahie  par  les  excrois- 
sances, et  par  suite  il  ne  se  développa  pas  un  seul  raisin  malgré  les  fleurs 
abondantes  qu'avait  portées  le  cep.  Après  la  fécondation  de  la  fleur,  les 
ovaires  restèrent  dans  le  même  état  sans  se  développer,  et  on  ne  vit  appa- 
raître sur  chaque  grappe  que  trois  ou  quatre  grains  au  plus,  trop  pauvres  en 
sève  et  dépourvus  de  sucre». 

Nous  venons  de  citer  ces  deux  auteurs,  l'un  pour  la  région  de  l'olivier, 
l'autre  pour  la  limite  extrême  de  la  vigne  dans  le  Nord. 

A  notre  avis,  Dunal  a  mis  sur  le  compte  de  YÊrinose  une  grande  partie 
des  dégâts  commis  par  YOïdium  ;  quant  au  cep  de  vigne  cité  par  Landois,  il 
eût  fallu,  selon  nous,  faire  intervenir  deux  facteurs  dont  il  n'est  pas  parlé  :  la 


LE    THYTOPTUS    DE    LA    VIGNE.  I  .'5 

coulure  pour  le  petit  nombre  de  grains,  l'Oïdium  pour  le  manque  de  sucre. 
Nous  sommes  convaincu  qu'on  a  beaucoup  exagéré  les  torts  du  Phytop- 
tus.  Il  n'est  réellement  dangereux,  agissant  seul,  que  pour  lesplantiers  à  la 
première  année,  alors  que  la  plante,  pour  constituer  ses  racines,  a  besoin  du 
développement  complet  de  la  feuille.  Si  la  sécberesse  vient  en  plus  ralentir 
la  végétation,  un  certain  nombre  déjeunes  plants  peuvent  succomber.  Il 
est  dangereux  aussi  pour  les  vignes  faites,  lorsque  le  mal  qu'il  provoque  est 
concomitant  avec  une  autre  maladie  ou  toute  autre  cause  de  grand  affai- 
blissement. 

En  temps  normal,  les  années  de  très  grande  multiplication,  le  dommage 
peut  aller  jusqu'à  un  manque  relatif  d'aoûtement  »  et  à  une  diminution  de 
récolte  difficilement  appréciable,  mais  pas  au  delà.D'babitude,  le  mal  n'est 
pas  général  et  peut  être  considéré  comme  négligeable. 

Dans  le  cas  d'apparition  extraordinaire  au  printemps,  on  peut  enlever 
les  premières  feuilles,  les  brûler,  et  arrêter  ainsi  la  multiplication.  Les 
Phytoptus  bivernant  entre  les  écailles  des  bourgeons  et  dans  les  fissures  de 
l'écorce,  les  vignes  en  espalier  qui  auraient  été  fortement  atteintes  une  année 
pourront  être  rabattues  à  la  taille  suivante  et  le  bois  du  cep,  après  décor- 
tication,  éebaudé  avec  de  l'eau  bouillante.  A  ce  procédé,  inventé  contre  la 
Pyrale,  et  dont  nous  parlerons  au  long  à  propos  de  cet  insecte,  un  animalcule 
aux  téguments  mous  tel  que  le  Phytoptus  ne  résiste  pas. 

S'il  s'agit  de  faire  une  plantation  avec  des  sarments  pris  sur  une  vigne 
fortement  atteinte,  on  pourra  préalablement  plonger  les  boutures  dans  de 
l'eau  ebaude.  Les  expériences  sur  la  reprise  des  sarments  éebaudés  faites  par 
MM.  Henneguy,  Couanon  et  Salomon  [Compt.  rend,  de  l'Acad.  des  Se, 
1887)  ont  montré  que  la  reprise  de  boutures  plongées  pendant  dix  minutes 
dans  de  l'eau  à  50°  se  faisait  dans  les  proportions  de  89  %•  A  cette  tempé- 
rature de  50°  subie  pendant  dix  minutes,  tous  les  animaux,  même  à  l'état 
d'œuf,  succombent. 

On  a  remarqué  que  des  soufrages  répétés,  appliqués  dès  le  début  de  la 
végétation,  entravaient  la  multiplication  de  VAcarien,  et  M.  Iïavaz  en  a 
fait  récemment  l'expérience. 

Tous  les  cépages  ne  sont  pas  affectés  de  la  même  manière.  A  ce  sujet, 
des  observations  qui  méritent  d'être  signalées  ont  été  faites  également  par 
M.  Ravaz,  et  nous  empruntons  les  lignes  suivantes  à  son  dernier  travail  : 

«  Les  dégâts  de  l'Érinose,  dit-il,  varient  avec  la  nature  du  cépage  atteint. 
La  liste  suivante  fait  connaître  la  manière  dont  se  sont  comportées  à  ce 
point  de  vue,  en  1886,  les  vignes  cultivées  dans  les  collections  de  l'Ecole 
d'Agriculture  de  Montpellier. 

*  H.  Mares  ;  Les  Vignes  du  midi  de  la  France,  in  Livre  de  la  Ferme,  18G3, 
pag.  369. 


]4  LE    PHYTOPTUS    DE    LA    VIGNE. 

»  Cépages  très  allants  :  Souvenir  du  Congrès,  Sucré  de  Marseille,  Clai- 
rette Mazelle,  Noir  Hardy,  Bucheter,  Araraon  Pignat,  Aramon,  Cinsaut, 
Muscat  de  Frontignan,  Muscat  rouge,  Gros  Ribier,  Petit  Ribier,  Bonne 
vituaigne,  Piquepoul  rouge,  Pougnet,  Gros  Gamay,  Montepulciano,  Mus- 
cat rond  d'Espagne. 

^Cépages  assez  atteints:  Micbelin,  Muscat,  Talabot,  Terret-Bourret, 
Muscat  bifère,  Moulas,  Chatus,  Guadura,  Renard,  Pinot  blanc,  Mazzari, 
Pietro  Corintho,  Vigne  de  chien. 

•a Cépages  peu  atteints:  Joannenc,  Lignan  Comte  Odart,  Noir  hâtif 
de  Marseille,  Sauvignon,  Aramon  blanc,  Terret  noir,  Grenache  blanc, 
Œillade  de  Bellevue,  Olivette  noire,  Olivette  blanche,  Olivette  jaune, 
Marocain,  Aspiran  gris,  Piquepoul-Morrastel,  Brun  Fourcat,  Tibouren, 
Colombaud,  Tripier,  Altesse,  Basplant,  Syramuse,  Estacca  Saouma,  Mar- 
sanne,  Passerille  blanche,  Syrah,  Marsanne,  Abelione,  Rousse,  Cbichaud, 
Gamay  de  l'Aube,  Gamay  teinturier,  Gamay  très  fertile,  Gamay  noir, 
Gitana,  Silvana,  Lacrima  nera,  Verdicchio,  Rodites,  etc. 

^Cépages  indemnes:  Berlandieri,  Mustang,  Cinerea,  Cordifolia,  Grand 
noir  ou  Spbinx,  Scupernong,  etc.  » 

La  confusion  entre  YÊrinose  et  le  Mildew  s'étant  maintes  fois  produite, 
nous  terminerons  cette  étude  en  signalant  les  différences  qui  existent  entre 
les  deux  affections.  L'Érinose,  par  les  galles  en  forme  d'ampoules  ou  bour- 
souflures, que  nous  avons  décrites  et  figurées,  provoque  la  déformation  de 
la  feuille.  Les  poils  blancs  dont  ces  galles  sont  garnies  en  dessous  n'ont 
jamais  l'aspect  laiteux  des  fructifications  du  Peronospora  viticola.  Celles-ci 
ressemblent  à  une  moisissure  très  blanche,  facile  à  enlever  avec  l'ongle,  et 
avec  raison  ont  été  comparées  à  des  efïlorescences  salines.  La  feuille  atta- 
quée par  le  Mildiou  peut  être  criblée  de  taches  blanches  en  dessous,  mais 
elle  n'est  jamais  déformée  par  des  boursouflures. 


CHAPITRE   II. 

CLASSE  DES  INSECTES 


ORDRE  DES  DIPTÈRES 
LA  CÉCIDOMIE   DE  LA  VIGNE1 

(Cecirfomi/ia  œnophila  IIatuiioffen.) 


L'ordre  des  Diptères  ou  mouches  à  deux  ailes  passait,  il  n'y  a  pas  bien 
longtemps,  pour  ne  renfermer  aucun  parasite  de  la  vigne;  mais  depuis  18G2 
plusieurs  espèces  du  genre  Cécidomic  ont  été  signalées  en  Amérique  et  en 

1  Bibliographie.  —  Osten-Saken  ;  Ueber  die  Gallen  und  andere  durch 
Insekten  hervorgebrachle  Pflanzendcformationen  (Stett.  ent.  Zeitg.,  1861,  tom. 
XXII,  pag.  405-420).  — Id.;  Monograplis  of  the  Diptera  of  N.  America.  Was- 
hington, 1862,  tom.  I.  —  Id.;  LasiopUra  reared  frorn  a  gall  on  the  golden-rod 
(Proc.  Ent.  Soc.  Philad.,  1863,  tom.  I,  pag.  368-370).  —  Id.;  Two  new  north 
American  Cecidomyix  (Ibid.,  1S66-67,  tom.  VI,  pag.  219-220).  —  Id.;  Calai. 
N.  America  Dipt.,  1878,  pag.  7  (Smilhsonian  Miscellaneous  Collections).  — 
Riley  et  Walsh;  The  American  Entomologisl  and  Bolanist,  1868-69,  tom.  I; 
1869-70,  tom.  IL—  Riley  ;  Ann.  Reports  of  the  noxious  and  bénéficiai  Insects 
of  Missouri,  3,  Rep.  1871  ;  4,  Rep.  1872  ;  5,  Rep.  1873.  —  G.  Ritter  von 
Haimhoffen;  Beobachtungen  ilber  die  Dlatlgalle  und  deren  Erzeugcr  auf  Yitis 
vinifera  L.  (mit  drei  Holzeschnitten.),  den  Verhandlungen  Zool.  Botan.  Gesells- 
chaft  in  Wien,  1875,  pag.  803-810.  —  Julius  Edler,  von  Bergenstamm 
und  Paul  Low  ;  Synopsis  Cecidomyidarum  (  Aus  den  Verhandlungen  Zool. 
Bot.  Gesellschaft  in  Wien,  1870.  —  Antonio  Aloi  ;  Die  un  nuevo  Inselto, 
damnoso  aile  vili,  del  génère  Cccidomyia,  scoperlo  nellc  Vigne  delta  piana  di 
Catania  (Comunicaziono  fatta  ail' Accademia  Giœnia  nella  tornatadel  di  S  agosto 
1886).  —  Ravaz  ;  Traduction  résumée  du  travail  d'Antonio  Aloï  (Progrès 
agricole  et  viticole  de  Montpellier,  22  mai  1887). 


jg  LA   CÉCIDOMtE    DE    LA    VIGNE. 

Europe  comme  vivant  dans  l'intérieur  du  parenchyme  de  la  feuille  et  y 
provoquant  la  formation  de  galles  d'un  aspect  tout  particulier. 

Les  Cécidomies  (xr/t; galle,  pï«  mouche)  sont  de  petits  Diptères  hrunsou 
teintés  de  couleurs  tendres  passant  au  hrun  par  la  dessiccation,  de  1  ram,50  à 
3  millim.de  long,  au  corps  svelte,  très  fragiles,  auxgrands  pieds,  aux  longues 
antennes,  ce  qui  les  fuit  ranger,  à  côté  des  cousins  ou  moustiques  et  des 
grandes  tipules  de  nos  jardins,  dans  le  sous-ordre  des  Némoccres  (v^px  fil, 
xeo«;  corne) .  Elles  constituent  une  petite  famille,  celle  des  Cècidomides, 
détachée  par  les  entomologistes  modernes  de  celle  des  Tipulidcs,  où  on  les 
rangeait  autrefois.  On  les  classe  par  la  disposition  des  nervures  des  ailes, 
le  nomhre  et  la  forme  des  articles  des  antennes. 

Ces  Diptères  lilliputiens,  très  nombreux  en  espèces,  plus  d'une  centaine 
en  Europe,  sont  parfois, à  l'état  de  larves,  de  grands  ennemis  de  nos  récoltes. 
Ils  se  multiplient  souvent  en  quantités  énormes  et  constituent  des  légions 
de  ravageurs  qui  s'attaquent  aux  tiges,  aux  feuilles,  aux  fleurs,  aux  fruits 
et  aux  parties  ligneuses  des  végétaux  vivants.  Il  y  en  a  même  qui  habitent 
dans  le  bois  mort,  entre  l'écorce  et  l'aubier  et  jusque  dans  des  matières 
végétales  en  putréfaction. 

Celles  qui  s'attaquent  aux  végétaux  vivants,  les  seules  qui  intéressent 
l'agriculteur,  produisent  d'ordinaire  des  déformations  qui  rentrent  souvent 
dans  la  forme  renflée  et  arrondie  connue  sous  le  nom  de  galle  [Cccidomyia 
œnophila,  C.  Urticœ,  C.  Fagi),  mais  qui  se  réduisent  parfois  à  des  hyper- 
trophies de  tissus  [C.  Eryngii,  C.  Rubi),  de  fruits  (C.  Pyri,  C.  nigra),  à 
des  modifications  dans  le  développement  des  fleurs  [C.  Verbasci),  des  bour- 
geons [C.  Ericœ-scoparix).  Certaines  font  épanouir  en  forme  de  rose  les 
bourgeons  terminaux  du  saule  [C.rosaria] ,  d'autres  rongent  le  parenchyme 
de  la  feuille  sans  y  produire  de  renflement,  on  aperçoit  simplement  la 
galerie  par  transparence  [C.  buxi  décrite  par  M.  Laboulbène)  ;  d'autres  enfin, 
telles  que  C.  deslructor  du  blé,  vivent  dans  les  gaines  des  feuilles  sans  y 
occasionner  de  déformations  sensibles,  exerçant  leurs  ravages  en  rongeant 
la  tige,  qui  se  brise  alors  au  moindre  vent. 

Les  larves  de  Cécidomies  ont  la  forme  générale  allongée  de  beaucoup  de 
larves  de  Diptères  connues  sous  le  nom  vulgaire  d'asticots,  tantôt  solitaires 
dans  leur  loge  [C.  œnophila,  C.  Fagi, etc.),  tantôt  en  sociétés  plus  ou  moins 
nombreuses  [C.  nigra,  C.  Pyri,  C.  Papavei^is,  etc.).  Leur  corps  est  de 
diverses  couleurs,  blanc,  jaune,  orange,  rose,  rose  saumon,  avec  des  parties 
translucides  plus  ou  moins  grandes  aux  extrémités.  La  coloration,  variable, 
est  due  à  celle  du  tissu  adipeux,  qui  est  vu  par  transparence  et  plus  ou  moins 
abondant.  Quand  la  larve  est  grasse,  bien  nourrie,  elle  est  plus  colorée  et 
sur  une  plus  grande  étendue.  Le  corps  est  souvent  armé  de  crochets  à  l'en- 


La  CécIdOmië  de  la  vigne.  17 

trémité  postérieure,  ce  qui  permet  à  l'insecte  de  s'accrocher,  de  se  courber 

en  arc  et,  par  une  brusque  détente,  d'exécuter  des  sauts  qui  le  lancent  au 
loin.  Cette  propriété,  commune  du  reste  à  beaucoup  de  larves  de  Diptères, 
se  voit  surtout  chez  les  espèces  qui  se  changent  en  nymphe  dans  le  sol. La 
métamorphose  a  lieu  pour  les  unes  dans  la  cavité  même  où  elles  ont  vécu, 
pour  les  autres  sous  les  écorces,  entre  les  nervures  des  feuilles  ou  dans  la 
terre  meuble.  Certaines  se  (ilent  un  cocon  de  soie  blanche  [C.  œnophila, 
C.  Pini, etc.),  d'autres  se  métamorphosent  dans  leur  propre  peau,  qui,  sans 
se  rompre,  s'est  détachée  de  leur  corps  [C.  Tritici,  C.  destructor,  etc.). 

En  donnant  ces  renseignements  généraux  sur  les  premiers  états  des 
Cécidomies,  nous  ne  pouvons  passer  sous  silence  un  des  phénomènes  les 
plus  extraordinaires  qui  aient  été  constatés  jusqu'à  ce  jour  en  biologie. 

Qui  dit  animal  apte  à  se  reproduire,  dit  en  quelque  sorte  animal  parfait, 
et  les  cas  de  larves  pondeuses  étaient  inconnus  chez  les  insectes  avant 
1862.  A  cette  époque,  un  naturaliste  russe,  Nicolas  Wagner,  publia  des 
observations  faites  par  lui  en  1861  au  bord  du  Volga,  à  Kasan,  sur  des 
larves  de  Cécidomies,  sous-genre  Miastor,  vivant  sous  l'écorce  des  ormes 
et  pondant  par  parthénogenèse  des  larves  semblables  à  elles-mêmes. 

Plusieurs  générations  de  ces  larves  se  succédaient;  puis,  à  un  moment 
donné,  certaines  se  changeaient  en  nymphes  et  ensuite  en  insectes  parfaits. 
Le  fait,  qui  Qt  beaucoup  de  bruit  dans  le  monde  des  naturalistes,  fut  con- 
firmé par  M.  Fr.  Meinert.  qui  obtint  à  son  tour  des  Miastor  parfaits  de 
larves  pondues  par  des  larves. 

Les  nymphes  sont  blanches,  rosées,  oranges  ou  roussâtres,  glabres  ou 
hérissées  de  quelques  soies.  On  distingue  nettement  les  ailes,  les  antennes 
et  les  pattes,  qui  sont  repliées  contre  le  corps.  Le  thorax  est  muni  de 
deux  cornicules  dont  on  a  discuté  le  rôle,  mais  que  l'on  considère  au- 
jourd'hui comme  des  tubes  respiratoires  surmontant  les  stigmates  thora- 
ciques.  M.  Laboulbèue  y  a  observé  une  trachée  qui  en  occupe  tout  l'in- 
térieur ;  ces  cornicules  respiratoires  s'observent  du  reste  chez  beaucoup  de 
Diptères.  La  tète  est  ornée  de  deux  pointes  chitineuses  placées  à  la  base  des 
antennes  et  destinées  a  ouvrir  un  passage  au  dehors,  un  peu  avant  la 
transformation  en  insecte  parfait.  Celui-ci  est  en  effet  trop  faible,  à  tégu- 
ments trop  mous,  pour  pouvoir  traverser  l'obstacle  le  plus  léger  si  la  voit; 
ne  lui  est  pas  préparée.  Les  insectes  parfaits  ne  vivent  que  quelques  jours, 
le  temps  de  s'accoupler  et  de  pondre. 


18  La  cécidômie  de  la  Vigivë. 


I.  — HISTORIQUE. 

Le  genre  Cecidomyia,  si  important  au  point  de  vue  agricole  ou  purement 
scientifique,  a  dès  le  xvie  siècle  attiré  l'attention  de  beaucoup  de  natura- 
listes. Malpighi  1628-1694,  Réaumur  1736-1740,  Scopoli  1763,  Schrank 
1776-1803,  Degeer  1782,  Kirby,  1797-1828,  Meigen  1803-1838,  Vallot 
1819-1849,  Bouché  1833-1847,  Dufour  1837-1801,  Perris  1840-1870, 
Rondani  1840-1874,  Ratzeburg  1841-1868,  Bremi  1844-1849,  Low 
1844-1876,  Winnertz  1846-1870,  Passerini  1850,  Scbiner  1854-1868, 
Laboulbène  1857-1873,  Gebin  1860,  Giraud  1861-1863,  Osten-Saken 
1861-1871,  N.  Wagner  1862-1865,  Goureau  1862-1863,  Meinert  1864- 
1872,  B.  Wagner,  1866-1871,  Riley  et  Walsh  1868-1872,  Haimhoffen 
1875,  Edler  von  Bergenstamm  1876,  pour  ne  citer  que  les  principaux, 
ont  publié  de  nombreux  travaux,  les  uns  exclusivement  techniques,  les 
autres  remplis  de  science  et  d'observations  sagaees  sur  les  mœurs  de  ces 
insectes  et  les  désordres  physiologiques  causés  par  eux  sur  les  planles. 

Entrer  dans  le  détail  de  tous  ces  Mémoires  serait  sortir  de  notre  sujet. 
«Le  nombre  des  espèces  de  Cécidomies,  a  dit  Perris  ',  est  tel  et  la  variété 
de  leurs  mœurs  si  grande,  que  la  vie  d'un  homme  s'épuiserait  à  revoir 
tout  ce  qui  a  été  écrit  sur  leur  compte  et  à  compléter  leur  histoire.»  Nous 
ne  citons  donc,  dans  la  Note  bibliographique  et  dans  cet  exposé  historique, 
que  les  travaux  concernant  les  diverses  Cécidomies  ampélophages,  et  ren- 
verrons pour  les  Mémoires  parlant  des  autres  espèces  au  Synopsis  Cecido- 
myidarum  de  MM.  Julien  Edler  von  Bergenstamm  et  Paul  Lôw.  Ce  travail 
éuumère  141  auteurs  et  291  Ouvrages  ou  Mémoires  dans  lesquels  il  est 
question  de  606  espèces  de  Cécidomies,  attaquant  325  espèces  de  plantes. 

Tout  d'abord  signalons  ce  qu'au  xvne  siècle  disait  Malpighi  (An.  plant., 
pars  altéra,  pag.  39,  PI.  XVI,  fig.  58).  Le  vieil  auteur  parle  d'une 
mouche  produisant  des  galles  ovales  sur  les  vrilles  de  la  vigne.  Le  travail 
de  Vallot,  dans  lequel  nous  puisons  ce  renseignement  (pag.  316),  n'en  dit 
pas  davantage  ;  mais  nous  ne  pouvons  voir  dans  ces  galles  causées  par  une 
mouche  autre  chose  que  celles  d'une  Cécidômie  ayant,  comme  nous 
l'avons  observé  à  Montpellier,  piqué  les  vrilles  de  la  vigne.  Dans  les 
auteurs  du  xvin°  et  ceux  de  la  première  moitié  du  xixe,  rien  de  sem- 
blable n'est  mentionné.  Ce  n'est  qu'en  1854  que  des  galles  causées  par 

1  Perris;  Les  Diptères  du  Pin  maritime  {Ann.  Soe.  ent.  de  Fr.,  pag.  18?, 
1870). 


LA    CÊdtDOMli    OK    LA    VICNE.  l';f 

des  Cêcidomics  ont  été  vues  d'une  façon  certaine  sur  la  vigne  d'Eu- 
rope par  M.  IlaimliolVen,  de  Vienne;  niais  l'observation  n'a  été  publiée 
que  [dus  tard,  et  c'est  eu  18G"2  que  pour  la  première  fois  une Cecido- 
myia  (Lasioptera)  vitis,  vivant  sur  la  Vitis  riparia,  a  été  décrite  par 
M.  Osteu-Saken  dans  sa  Monographie  des  Diptères  du  nord  de  V Améri- 
que. L'entomologiste  russe  a  publié  ensuite  une  Cecidomyia  viticola  éga- 
lement américaine,  dont  il  n'a  observe  que  la  larve  et  la  galle.  MM.  Walsli 
et  Riley,  de  leur  côté,  ont  donné  l'histoire  et  la  description  de  deux  espèces, 
toujours  des  Etats-Unis,  C.  Vitis-coryloïdes  vivant  sur  Vitis  coxlifolia,  et 
C.  Vitis-pomum  vivant  sur  Vitis  cordifolia,  labrusca,  riparia  et  vulpina. 
Les  galles  ont  été  figurées  par  ces  deux  auteurs.  Dans  son  Catalogue  des 
Diptères  du  nord  de  l'Amérique,  publié  en  1878,  M.  Osten-Saken  cite 
ces  divers  travaux. 

Le  Mémoire  de  M.  HaimliofTen  renfermant  la  description  de  l'espèce 
européenne  vivant  sur  Vitis  vinifera  est  de  1875.  w J'ai  trouvé,  dit-il,  des 
galles  de  Cécidomie  sur  une  vigne  cultivée,  le  15  juin  1854,  au  N.-O.  de 
la  ville  de  Vienne,  derrière  Gerstbof,  sur  une  colline  ayant  un  de  ses 
versants  exposé  au  Midi  et  découvert.  Dans  la  seconde  moitié  d'août  1854, 
j'ai  essayé  l'élevage  de  plusieurs  de  ces  producteurs  de  galles  et  je  n'ai 
obtenu  que  deux  espèces  d'Hyménoptères  parasites  de  la  famille  des  Cbal- 
cidieus.  Une  publication  à  ce  sujet  devait  être  retardée  pour  ne  pas  publier 
des  choses  douteuses.  Soit  par  suite  de  circonstances  atmosphériques  ou 
toute  autre  cause,  j'ai  passé  huit  ans  sans  retrouver  ces  galles.  C'est  le 
l"  juin  1869  que  je  les  ai  rencontrées  de  nouveau  dans  les  vignobles  situés 
au  pied  du  Geisberg,  près  Perchtoldsdorf  ;  enfin  trois  ans  plus  tard,  le  11 
juin  1865,  j'ai  trouvé  de  ces  galles  en  pleine  maturité,  au  nombre  de  19  sur 
une  seule  feuille.  Dès  le  lendemain,  presque  toutes  les  larves  étaient  sor- 
ties et  s'étaieut  cachées  dans  la  terre  du  récipient.  Le  27  juin,  donc  seize 
jou's  plus  tard,  sortirent  les  premières  Cêcidomics  à  l'état  parfait,  mais 
rien  que  des  femelles.  Huit  jours  après,  le  19  juin  1865,  je  découvris 
encore  plusieurs  galles  habitées  ;  le  7  juillet,  la  plupart  étaient  sèches, 
d'autres  étaient  abandonnées  par  les  larves  et  laissaient  voir  un  petit  trou 
de  sortie  sur  la  face  inférieure.  Depuis  cette  époque,  il  s'est  encore  passé 
dix  ans  jusqu'à  ce  que  j'aie  pu  obtenir  quelques  producteurs  par  éducation. 
Grâce  à  moi,  la  présence  de  ces  galles  n'avait  [tas  échappé  à  quelques 
autres  observateurs  autrichiens  :  ainsi,  j'ai  reçu  de  M.  Von  Bergenstamm 
une  feuille  de  vigne  sauvage  cueillie  à  Rubia,  près  Garz,  avec  une  galle  qui, 
quoique  desséchée,  était  inconnaissable." 

Notre   regretté  ami  Lichtenstein    a  le   premier,   en    1878,    trouvé   à 
Moutpellier   l'insecte  d'IlaimholTen,  et  il  se  disposait  a  le  décrire  sous  le 


20  LA    CÈCIDOMIE    DE    LA    VIGNE. 

nom  de  Cecldomyia  utils,  lorsqu'il  eut  connaissance  du  Mémoire  autri- 
chien. Depuis  cette  époque,  nous  l'avons  personnellement  rencontré  plu- 
sieurs fois  dans  le  département  de  l'Hérault,   à  Béziers,   à  Agde  et  à 


Fig.  4.  —  Feuilles  de  vigne  avec  galles  de  Gécidomies. 

Montpellier;  nous  avons  également  reçu  de  M.  Bayle,  d'Aiguesmortes 
Gard),  une  quantité  considérable  de  galles.  Elles  abondent,  parait-il,  dans 


LA    CÉCIDOMIE    DE    LA    VIGNE.  21 

cette  localité  et  se  trouvent  surtout  sur  la  vigne  sauvage  dans  les  baies, 
placées  de  préférence  sur  les  rameaux  latéraux . 

Un  second  Mémoire  sur  des  Cécidomies  trouvées  sur  la  vigne  en  Europe 
date  de  188G.  Il  est  dû  à  un  italien,  M.  le  professeur  Antoine  Aloï,  qui  a 
rencontré  ces  insectes  dans  la  plaine  de  Catane.  Cet  auteur  ne  donne  pas 
de  nom  d'espèce  à  la  Cecidomyia  qu'il  décrit  très  brièvement  ;  il  la  consi- 
dère cependant  comme  peut-être  nouvelle.  «  Les  données  me  font  défaut, 
dit-il,  pour  établir  que  mon  insecte  est  ou  n'est  pas  le  même  que  celui  de 
M.  Haimbolïen .  » 

Dans  une  traduction  résumée  qu'il  a  donnée  de  ce  travail  (Progrès 
agricole,  mai  1887),  M.  Ravazditen  note  que  l'espèce  italienne  n'est  autre 
que  la  C.  œnophila.  Ce  n'est  pas  sur  la  description  de  l'auteur  italien  que 
nous  pouvons  juger,  elle  est  trop  incomplète!  Le  ali  sono  frangiate  ed 
hamo  tre  nervalure  principali,  voilà  tout  ce  qu'il  dit  du  caractère  le  plus 
important  cbez  une  Cécidomie,  celui  de  la  disposition  des  nervures  des 
ailes;  mais  M.  Aloï  parle  de  trois  générations  dans  l'année,  en  mai,  en 
juin  et  en  juillet  :  or  la  Cecidomyia  œnophila,  d'après  les  observations  de 
l'auteur  autriebien  et  d'après  les  nôtres,  parait  n'eu  n'avoir  qu'une  seule. 
Nous  n'avons  pas  l'habitude  de  classer  les  animaux  d'après  leur  biologie, 
les  mœurs  pouvant  se  modifier  suivant  le  climat,  le  sol,  etc.,  s'adapter  en 
un  mot  à  un  milieu;  nous  trouvons  cependant  considérable  cette  différence 
dans  le  nombre  des  générations  et  nous  faisons  nos  réserves,  attendant  un 
nouveau  travail  annoncé  par  M.  Aloï. 


II.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 

Les  Galles  mûres  sont  rondes  ou  ovales  (fig.  4),  en  forme  de  lentilles 
ayant  environ  3  millim.  de  diamètre  et  faisant  saillie  des  deux  côtés  de  la 
feuille,  de  consistance  dure,  placées  souvent  sur  les  nervures,  lisses  et  un 
peu  luisantes  en  dessus,  velues  et  mates  en  dessous,  à  parois  épaisses, 
denses  à  l'extérieur,  tendres  et  translucides  à  l'intérieur;  elles  sont  d'abord 
d'un  vert  plus  clair  que  la  feuille,  deviennent  ensuite  de  môme  teinte,  et 
quand  la  larve  est  sortie  elles  se  rembrunissent  et  se  dessècbeut,  en  com- 
mençant parle  centre.  M.  Haimhoffen  dit  qu'elles  deviennent  parfois  d'un 
rouge  foncé.  Nous  ne  l'avons  jamais  observé  ;  mais  sur  des  plants  à  raisins 
colorés,  le  Petit  Bouschet  ou  autres,  la  chose  est  possible.  Ou  sait  qu'a 
l'automne,  au  moment  où  la  cbloropbylle  de  la  feuille  perd  de  sa  vitalité, 
l'érythropbylle,  ou  principe  colorant  rouge,  prend  au  contraire  une  grande 
intensité  sur  ces  plants-là;  il  n'y  a  dune  rien  d'étonnant  a  ce  qu'au  moment 


22  I.A    CÉCTDOMTE    DR    LA    VIGNE. 

delà  maturité  de  la  galle  et  avant  sa  dessiccation,  celle-ci  puisse  tourner  au 
rouge.  Celte  teinte  est  très  fréquente  du  reste  sur  les  galles  du  Phylloxéra. 
Le  nombre  de  ces  renflements  est  parfois  considérable,  jusqu'à  50  ou 
60,  mais  d'ordinaire  de  5  à  20  par  feuille.  Nous  en  avons  observé  jusque 
sur  les  vrilles.  Souvent  deux  galles  voisines  se  soudent,  principalement 
sur  les  nervures,  où  leur  dimension  est  plus  grande  ;  elles  se  confon- 
dent alors,  formant  une  tumeur  allongée  dans  laquelle  chaque  larve  a  sa 
loge  distincte.  Cette  loge,  d'abord  très  petite,  juste  de  la  dimension  de 
la  larve,  qui  se  tient  courbée  en  demi-cercle,  devient  ensuite  spacieuse, 
jusqu'à  2millim.  de  diamètre  en  tout  sens,  quand  la  recluse,  grandissant, 
a  consommé  les  cellules  du  parenchyme  tout  autour  d'elle.  Celles-ci,  vues 
au  microscope,  paraissent  comme  déchirées  par  l'appareil  spécial  dont  nous 
parlerons  en  décrivant  la  larve.  Les  galles  apparaissent  à  la  fin  de  mai,  la 
plus  grande  partie  les  premiers  jours  de  juin  ,  et  à  la  fin  du  même  mois 
toutes  les  larves  sont  sorties . 

On  a  parfois  pris  ces  galles  pour  celles  du  Phylloxéra.  No  as  les  avons 
personnellement  reçues  sous  ce  nom,  des  environs  de  Béziers.  M.  G. 
Hiinstler,  dans  son  ouvrage  sur  les  Insectes  nuisibles  aux  plantes  cultivées 
(Die  unseren  Culturp  flan  zen  schddlichen  Insecten,  1871,  pag.  85),  paraît 
les  avoir  confondues,  ainsi  que  le  chevalier  de  Fraunfeld  dans  son  travail 
sur  le  Phylloxéra  [Verh.  derZool  ,  Dot.  ges.,  1872,  §  3 — 4.  Heft,  pag.  569 
und  571).  La  différence  est  cependant  notable.  Les  galles  du  Phylloxéra 
sont  développées  seulement  au-dessous  de  la  feuille,  renflées  en  forme 
d'utricules  ou  de  gourdes,  avec  une  ouverture  en  dessus  de  la  feuille  ;  celles 
de  la  Cécidomic  sont  au  contraire  lenticulaires,  aussi  saillantes  en  dessus 
qu'en  dessous  delà  feuille  et  entièrement  closes. 

La  larve  est  longue  de  2  millim.  environ,  aveugle, 
légèrement  courbée  en  demi-cercle,  de  couleur  rose 
saumon  plus  ou  moins  foncé,  tirant  parfois  sur  l'orange. 
Le  corps  est  atténué  aux  deux  bouts,  formé  de  14  seg- 
ments y  compris  les  deux  dont  semble  se  composer  la 
tète,  glabre,  n'ayant  que  quelques  poils  spiniformes 
dirigés  en  arrière,  partant  d'une  base  ou  article  basi- 
laire  élargi  et  placés  en  dessous  au  milieu  des  seg- 

[ug/  ,5'7TLa,rve  de      ments;  peau  recouverte  de  fines  granulations  épineuses, 
delaCeciuomyia 

œnophila.  aplaties,  semblant  imbriquées  et  dont  la  pointe  est  diri- 

gée en  arrière.  Les  téguments  extérieurs  sont  blancs, 
translucides;  la  couleur  est  donnée  par  le  tissu  adipeux  vu  par  transpa- 
rence et  qui  d'ordinaire  ne  s'étend  pas  jusqu'aux  extrémités  du  corps. 
La  tête,  très  petite,  est  rétractile,  semblant  formée  de  deux  segments, 


LA    CÉCIDOMIE    DE    LA    VIGNE.  23 

prolongée  en  museau  allongé,  à  l'extrémité  duquel  se  trouve  l'ouverlur  i 
buccale;  l'armature  interne  de  celle-ci  est  formée  de  pièces  chitineusas 
jaunes,  peu  distinctes;  deux  palpes  labiaux  paraissant  n'avoir  qu'un  article 
sont  placés  à  la  partie  inférieure. 

Le  prolhorax  est  renllé,  une  fois  plus  long  que  la  tête,  muni  en  dessus 
d'une  lame  chitineuse  rousse,  terminée  par  deux  pointes  divergentes.  Cette 
lame,  partant  d'une  échancrure  du  mésotborax,  s'avance  engagée  dans  la 
peau  à  la  surface  du  prothorax,  dont  el'e  suit  le  contour  arrondi  jusque 
près  de  son  bord  antérieur.  Les  deux  pointes  divergentes  saules  sont  un 
peu  détachées  et  sont  retenues  solidement  par  deux  prolongements  chiti- 
neux  latéraux,  à  l'endroit  où  elles  se  séparent  du  protborax.  Par  un  mou- 
vement de  rétraction  de  la  tête  et  du  bord  antérieur  du  protborax,  ces  deux 
pointes  font  saillie.  C'est  évidemment  là  l'instrument  perforant  qui  permet 
à  cette  larve  à  bouche  inerme  de  déchirer  les  tissus  du  parenchyme  pour 
se  nourrir  ou  se  frayer  un  passage  au  dehors  au  moment  où  elle  quitte  la 
galle1.  Los  deux  autres  anneaux  tboraciques  sont  d'un  tiers  moins  longs 
que  le  prolhorax.  Le  mésothorax  est  remarquable  par  l'échancrure  pointue 
aux  bords  arrondis  et  renflés  et  qui  donne  naissance  à  la  lame  chitineuse 
décrite  ci-dessus. 

1  Perris,  dans  une  description  de  larve  de  Cécidomie  vivant  dans  le  Pin  mari- 
time [Ann.  Soc.  eut.  de  Fr.,  1870,  pag.  172),  parle  d'une  pièce  subcornée  placée 
sous  la  peau,  en  dessus  du  prothorax,  roussàtre,  un  peu  spatulée,  légèrement, 
échancrée  à  l'extrémité  antérieure  et  devant  servir  d'attache  aux  muscles  qui 
mettent  en  mouvement  les  parties  de  la  bouc'.:e  et  la  tête  elle-même.  M.  Laboul- 
bène,  de  son  côté,  dans  la  Description  de  li  Larve  de  la  Cécidomie  du  buis  (Ann. 
Soc.  ent.  de  tr.,  1873,  pag.  317),  mentionne  deux  pièces  chitineuses:  l'une  in- 
terne, déjà  signalée  par  Réaumur  sous  le  nom  de  a  irait  bruu  corné  »,  appar:e- 
nant  à  l'appareil  buccal  ;  l'autre  externe,  bilide  à  son  extrémité  autérieure,  placée 
en  dessous  du  prothorax  et  servant  d'appareil  perforant.  Y  a-t-il  eu  confusion 
eutre  ces  deux  pièces  ?  Evidemment  non,  pas  môme  de  la  part  de  Réaumur.  Celle 
de  Perris,  placée  en  dessus  du  prothorax,  intérieurement,  paraît  correspondre  au 
«trait  brun  corné»  du  vieil  auteur,  et  celle  de  M.  Laboulbène,  placée  en  dessous  du 
prothorax,  extérieurement:  est  bien  certainement  l'appareil  perforant  signalé  déjà 
par  Réaumur  à  propos  de  la  Cécidomie  du  hêtre  (Mémoires,  tom.  III,  pag.  519. 
PI.  38,  tig.  16).  Chez  notre  larve,  la  lame  unique  placée  en  dessus  du  prothorax, 
extérieurement,  parait  remplir  les  deux  fonctions,  servir  de  point  d'attache  aux 
muscles  et  aussi  d'appareil  perforant.  Gomme  l'indique  M.  L  bcilbène,  nous  avons 
fait  rouler  sur  une  plaque  de  verre  la  larve  vivante,  nous  l'avons  examinée  au 
microscope  de  face  et  de  pr:ftl,  et  nous  avon^  vu  que  la  lame  bifide  sus-protho- 
racique  est,  il  est  vrai,  en  partie  engagée  dans  la  peau,  mais  fait  saillie  extérieu- 
rement et  que  les  deux  pointes  de  l'extrémité  sont  libres, 


24  LA    CÉCIDOMIE    DE    LA    VIGNE. 

L'abdomen  est  formé  de  9  segments  à  peu  près  d'égale  longueur;  les 
stigmates  au  nombre  de  9,  placés  latéralement,  sont  très  petits,  invisibles 
à  la  loupe  la  plus  forte  et  ne  peuvent  être  vus  distinctement  au  microscope 
qu'à  un  grossissement  d'environ  deux  cents  diamètres.  Le  stigmate  tbora- 
cique  placé  sur  le  protborax  un  peu  en  arrière,  les  8  abdominaux  situés 
au  milieu  des  8  premiers  segments,  sauf  le  huitième  très  petit  placé  uri 
peu  plus  bas  vers  la  partie  ventrale. 

Dans  l'intérieur  de  la  galle,  les  mouvements  sont  lents,  mais  au  dehors 
assez  vifs,  et  à  l'occasion,  d'après  M.  Haimboffen,  ces  larves  sautent  pour 
quitter  la  feuille.  Nous  les  avons  simplement  vues  se  laisser  choir,  et  nous 
nous  demandons  comment  elles  pourraient  sauter,  n'ayant  pas  l'extrémité 
abdominale  munie  de  crochets.  Mises  dans  un  récipient  avec  de  la  terre, 
les  larves  sorties  des  galles  s'enfoncent  de  suite,  et  quinze  jours  après  les 
petites  mouches  apparaissent. 
Nous  avons  dû  donner  de  cette  larve  une  description  détaillée,  celle  de 

M.  Haimboffen  ne  comprenant  que  quel- 
ques lignes  et  pouvant  se  rapporter  à 
beaucoup  d'autres  larves  de  Cécidomics. 

La  nymphe  est  enfermée  dans  un  cocon 
de  soie  blanche  qui  reste  dans  la  terre 
après  î'éclosion  ;  mais,  si  l'on  ne  donne 
pas  de  terre  à  l'insecte,  il  file  ce  cocon 
dans  uo  coin  du  récipient  ou  entre  les 
nervures  des  feuilles  ;  nous  en  avons 
obtenu  deux  dans  ces  conditions-là.  Ce 
cocon  est  ellipsoïde  un  peu  aplati,  long 
d'un  millim.  et  demi  à  un  millim  trois  quarts,  légèrement  translucide,  et 
laisse  apercevoir  la  nymphe  qui  est  d'un  blanc  rosé.  Quelques  larves, 
dit  M.  Haimboffen,  ne  se  transforment  pas  et  restent  dans  le  cocon  pour 
ne  se  métamorphoser  qu'au  printemps  suivant  ;  mais  la  plupart  des  petites 
mouches  apparaissent  en  juillet.  Haimboffen  en  a  obtenu  fin  juin. 

Cet  auîeur  ayant  donné  une  bonne  description  de  l'insecte  parfait,  nous 
ne  pouvons  mieux  faire  que  de  la  reproduire.  Les  mâles  n'ayant  été  en- 
core observés  par  personne,  elle  a  été  faite  sur  des  femelles. 
Longueur  lmm,6. 

Tête  petite,  noire,  tronquée  en  arrière,  détachée  du  thorax  ;  la  face, 
entre  les  antennes,  est  d'un  rougeâtre  pâle,  parsemée  de  poils  noirs  rares. 
Palpes  blanchâtres,  cou  distinct,  rouge  pâle,  yeux  noirs  ;  antennes  effi- 
lées, de  1  i  articles  brun  rougeâtre,  couvertes  de  poils  courts,  les  articles 
plus  longs  que  larges,  plus  petits  vers  l'extrémité,  avec  des  poils  verti- 


Fig,  6.  —  Cecidomyia  œuophila 
fortement  grossie. 


LA   CÉC1D0MIE   DE   LA    VIGNE.  25 

cillés.  Thorax  bomLé,  gris  noir  dans  sa  partie  dorsale  avec  des  poils  noirs 
isolés,  les  côtés  de  la  poitrine  et  le  môtathorax  couleur  de  cbair,  ainsi  que 
le  scutellum  qui  est  rugueux.  Balanciers  d'un  rougeâtre  pâle  avec  le  pé- 
dicelle  blanc.  Abdomen  fusiforme,  effilé,  couleur  de  cbair,  les  deux  der- 
niers segments  pâles,  l'oviscapte  encore  plus  pâle,  proéminent,  sans  la- 
melle à  l'extrémité.  Segments  très  renflés  couverts  de  poils  noirs  diver- 
gents, portant  sur  la  partie  dorsale  une  touffe  de  poils  recourbés  en  arrière, 
intervalles  des  segments  plus  clairs,  les  pattes  longues,  fines,  rougeâtres, 
les  hanches  et  les  articulations  plus  foncées,  grisâtres,  les  cuisses  posté- 
rieures avec  trois  ou  quatre  soies  très 
fines,  divergentes  et  noires.  Ailestfan 
quart  plus  longues  que  le  corps,  se 
couvrant,  la  surface  obscurcie  par  des 
poils  noirs  et  serrés,  le  bord  garni  de 
cils  se  détachant  facilement,  entre  la 
nervure  longitudinale  médiane  et  la 
nervure  bifurquée  ;  une  ligne  foncée 
oblique,  composée  de  poils  épais,  s'avance  vers  le  bord  de  l'aile.  Ner- 
vure du  bord  noirâtre,  la  2e  nervure  longitudinale  légèrement  arquée 
dans  son  milieu,  se  réunissant  à  la  nervure  du  bord  avant  la  naissance  de 
l'aile.  La  ramification  externe  de  la  3e  nervure  longitudinale  manquant, 
du  moins  invisible  aux  plus  forts  grossissements.  La  bifurcation  interne 
obliquement  descendante  sous  un  angle  obtus.  Pas  de  petites  nervures 
transversales  entre  les  première  et  seconde  nervures  longitudinales. 

Ces  petits  et  gracieux  moucherons  sont  difficiles  à  saisira  cause  de  leur 
vivacité.  Après  leur  mort,  ils  perdent  leur  aspect  et  leurs  couleurs. 

La  présence  de  la  Cécidomie  de  la  vigne  a  été  signalée  jusqu'à  présent, 
en  Autriche  par  M.  Haimhoffen,  en  France  par  plusieurs  naturalistes,  eu 
Roumanie  par  M.  Horvath,  en  Grèce  par  M.  Gennadius,  en  Sicile  enlin 
par  M.  AIoï. 


Fig.  7. —  Aile  de  la  Gecidomyia  œno- 
phila,  d'après  Haimhoffen. 


III.  —  MOYENS  PRÉVENTIFS. 


Bien  que  le  petit  Diptère  qui  nous  occupe  soit  exclusivement  parasite  de 
la  vigne,  ou  peut-être  parce  qu'il  est  particulier  à  cette  plante,  il  ne  uous 
parait  pas  occasionner  de  dommages  sérieux.  Beaucoup  d'espèces  qui  ne  sont 
ampéloplmgesquepar  occasion  sont  autrement  dangereuses.  D'après  ce  que 
nous  avons  observé  en  France,  les  fonctions  physiologiques  de  la  feuille  ne 
peuvent  être  gravement  entravées  par  ses  galles.  M.  AIoï,  dans  le  travail  cité 
plus  haut,  n'est  pas  de  notre  avis.  En  Sicile,  selon  lui,  le  mal  serait  parfois 


26  LA    CÉCIDOMIE    DE    LA    VIGNE. 

appréciable.  «L'insecte,  dit-il,  ayant  plusieurs  générations  dans  l'année,  les 
larves  de  la  première  dessèchent  et  trouent  le  limbe  en  plusieurs  points  ;  les 
générations  suivantes  produisent  de  nouvelles  galles  dans  les  endroits  en- 
core intacts,  si  bien  que  la  feuille  s'atrophie,  se  recroqueville,  se  dessèche 
en  grande  partie  et  cesse  de  fonctionner.» 

S'il  en  est  ainsi  en  Sicile  et  dans  les  climats  similaires,  il  faut  avoir  soin, 
dès  le  commencement,  de  détruire  les  premières  feuilles  portant  des  galles. 
En  France,  nous  le  répétons,  nous  n'avons  jamais  observé  de  dégâts  sérieux. 
La  trop  grande  multiplication  de  l'espèce  est  du  reste  arrêtée  naturellement 
par  deux  petits  hyménoptères  *  de  la  famille  des  Chalcidiens,  qui  sortent  des 
galles  du  10  juillet  au  10  août.  Passé  le  10  juillet,  on  peut  même  dire 
que  toutes  les  galles  qui  ne  sont  pas  percées  sont  occupées  par  ces  parasites. 

1  Nous  n'avons  pa  jusqu'à  présent  déterminer  ces  deux  petits  Chalcidiens. 
Les  célèbres  collections  d'Hyménoptères  de  Sichel  et  de  Giraud,  aujourd'hui 
propriété  du  Muséum  d'Histoire  Naturelle  de  Paris,  étaient  en  France  les  seules 
assez  riches  en  Hyménoptères  parasites  pour  nous  offrir  des  types  de  comparaison. 
Nous  nous  sommes  donc  adressé  au  Muséum  ;  mais,  malgré  les  recherches  opé- 
rées pour  nous  par  M.  Poujade,  préparateur  de  la  chaire  d'Entomologie,  l'identité 
de  ces  deux  insectes  n'a  pu  être  établie. 

Sont-ce  les  mêmes  espèces  que  M.  Haimhoïïen  dit  avoir  obtenues  à  Vienne  dans 
la  seconde  quinzaine  d'août?  Il  n'en  donne  pas  la  description  !  Au  premier  abord, 
nous  les  avions  rapprochées  des  Eulophus,  parasites  des  Cécidomies  observés 
déjà  par  Dufour,  Perris,  Laboulbène  et  d'autres  auteurs  ;  mais  ils  s'en  éloignent 
par  la  forme  des  ailes  et  des  antennes.  Peut-être  sont-ils  inédits  ;  mais,  avanl  de 
leur  assigner  un  nom,  de  nouvelles  recherches  doivent  être  opérées. 

De  ces  deux  insectes,  l'un,  le  plus  grand,  dont  tous  les  individus  sont  femelles, 
est  long  de  lmm,50,  de  2  millim.  si  dans  la  longueur  du  corps  est  comprise  celle 
de  l'oviscapte.  La  largeur  est  d'environ  1/2  millim.  Le  corps  est  d'un  jaune  safran 
foncé  avec  deux  grandes  taches  noires  en  dessus,  l'une  sur  le  devant  du  thorax 
l'autre  à  l'extrémité  de  l'abdomen.  L'oviscapte  est  noir  avec  la  base  rousse,  les 
yeux  bruns,  ainsi  que  deux  ocelles  placées  sur  le  front  au-dessus  des  antennes. 
Celles-ci,  également  brunes,  sont  assez  courtes,  insérées  très  près  l'une  de  l'autre 
entre  les  deux  yeux  et  composées  de  cinq  articles  seulement;  les  pattes  sont  d'un 
jaune  pâle  avec  l'extrémité  des  tarses  bruns. 

L'autre  forme,  la  plus  petite,  dont  tous  les  individus  sont  des  mâles,  n'a  guère 
qu'un  millim.  de  long  ;  le  corps,  d'un  noir  foncé  bri.'lant,  est  très  étroit  en  pro- 
portion, les  pattes  sont  d'un  jaune  pâle  et  les  antennes  brunes,  celles-ci  sont  fili- 
formes et  atteignent  les  deux  tiers  de  la  longueur  du  corps. 

Ces  deux  types  ne  représenteraient-ils  pas  les  deux  sexes  d'une  même  espèce? 
La  larve  et  la  nymphe  de  ces  parasites  ont  été  observées  par  nous.  Les  méta- 
morphoses s'opèrent  dans  l'intérieur  de  la  galle  de  la  Cécidomie. 


CHAPITRE  III. 
ORDRE    DES    HÉMIPTÈRES 


Ce  groupe  important,  dont  le  nom  est  tiré  de  deux  mots  grecs  (%t<ruç 
demi  et  nrepov  aile)  renferme  des  insectes  à  métamorphoses  incomplètes, 
à  appareil  buccal  suceur,  à  ailes  supérieures  à  moitié  transparentes.  Ce 
dernier  caractère,  qui  a  valu  son  nom  à  l'ordre,  n'est  cependant  pas  gé- 
néral et  ne  se  rencontre  que  dans  les  genres  les  plus  élevés  en  organisation . 
Delà  deux  sous-ordres,  dont  l'un,  celui  des  Homoptèrcs  (ôp>;  semblable), 
renferme  toutes  les  espèces  à  ailes  supérieures  uniformes,  et  l'autre,  celui 
des  Hétéroptères  [îrèpoç  dissemblable),  toutes  celles  qui  ont  les  ailes  supé- 
rieures à  demi  transparentes.  Les  Cochenilles,  le  Phylloxéra,  etc.,  appar- 
tiennent au  premier  sous-ordre;  les  Punaises,  si  nombreuses  en  espèces, 
au  second. 

Les  Hémiptères,  en  majeure  partie  phytophages,  renferment  naturellement 
un  très  grand  nombre  d'ennemis  de  nos  cultures.  Dans  les  diverses  contrées 
de  l'ancien  Monde,  la  vigne  est  attaquée  par  une  quinzaine  d'espèces.  Plu- 
sieurs vivent  exclusivement  à  ses  dépens  et,  à  ne  citer  que  le  Phylloxéra, 
peuvent  être  rangés  dans  les  ravageurs  célèbres. 

De  premier  sous-ordre,  celui  des  Homoptères ,  se  subdivise  en  diverses 
familles,  parmi  lesquelles  on  peut  citer,  comme  renfermant  des  espèces  en- 
nemies des  vignes  :  les  Coccides  connues  vulgairement  sous  le  nom  de  Coche- 
nilles, les  Aphidcs  ou  Pucerons,  les  Cicadellides  ou  petites  Cigales,  les 
Fulgoridesei  les  Cicadidcs  ou  grandes  Cigales. 

Dans  les  Hétéroptères,  nommés  vulgairement  punaises,  il  n'y  a  qu"une 
seule  famille  à  citer,  celle  des  Capsidcs,  et  encore  ne  renferme-t-elle  qu'une 
seule  espèce  nuisible  à  la  vigne. 

Commençant  par  les  formes  inférieures,  nous  pourrons  donc  dresser 
comme  suit  la  liste  des  Hémiptères  ampélophages  dont  nous  aurons  à  nous 
occuper: 

Sous-ordre  des  Homoptères  : 

Famille  des  Coccides Pulvinaria  vitis.  Linné. 

—  —  Aspidiotus  vitis.   Signoret. 


28  LES    COCHENILLES    DE   LA   VIGNE. 

Famille  des  Coccides    Dactylopius  vitis.  Niedelski. 

—  des  Apbides Phylloxéra  vastatrix.  Plancuoa. 

—  Aphis  vitis.  Scopoli. 

—  des  Oicadellides Typhlocyba  flavescens.  Fabricius. 

—  —  viticola.  Targioni. 

—  Penthimia  atra.  Fabricius. 

—  des  Fulgorides Hysteropterum  Grylloidcs.  Fabricius. 

— •  des  Oicadides Cicada  atra.  Olivier. 

—  —       hœmatodes  Scopoli. 

—  —      plebeja.  Scopoli. 

—  —       omi.  Linné. 

Sous-ordre  des  Hétéroptères  : 

Famille  des  Capsides Lopus  sulcatus.  Fieber. 

Cette  liste  de  quatorze  espèces  pourrait  être  allongée  ;  mais  nous  avons 
crudevoir  n'y  pas  comprendre  plusieurs  punaises  citées  parcertains  auteurs 
comme  accidentellement  ampélophages  et  qui  d'habitude  ne  sont  nullement 
dangereuses. 

Nous  terminerons  ces  renseignements  généraux  en  disant  que,  pour  la 
nomenclature  parfois  embrouillée  des  Hémiptères,  nous  avons  suivi  l'ou- 
vrage le  plus  récent  (1886)  et  qui  passe  pour  être  le  mieux  au  courant  de  la 
science,  le  Catalogue  des  Hémiptères  d'Europe  de  M.  le  Dr  Puton.  Pour 
les  Coccides  qui  ne  sont  pas  compris  dans  ce  Catalogue,  nous  avons  adopté 
les  noms  de  l' Essai  sur  les  Cochenilles  de  M.  le  Dr  Signoret. 

SOUS-ORDRE  DES  HOMOPTÈRES 

FAMILLE  DES  COCCIDES. 

Les  Coccides  ou  Cochenilles  sont  les  plus  inférieurs  des  Hémiptères.  La 
femelle,  presque  toujours  privée  d'ailes,  est,  chez  de  nombreuses  espèces, 
entièrement  fixée  à  la  plante  qui  la  nourrit.  Muni  de  pattes  et  d'antennes 
dans  son  jeune  âge,  l'insecte,  lorsqu'il  a  grandi,  circule  pour  trouver  une 
place  convenable,  plante  son  bec  dans  les  tissus  tendres  de  la  plaute  et 
devient  immobile.  Les  pattes  et  les  antennes  s'atrophient,  se  dessèchent  et 
tombent;  le  corps,  d'abord  aplati,  se  renfle  parla  production  des  œufs,  et  une 
sécrétion  cireuse  blanche,  pulvérulente,  glua.ite  ou  solide  suivant  les 
genres,  le  soude  au  végétal.  Les  œufs  sont  alors  pondus  en  dessous  de 
l'insecte  ainsi  fixé.  A  mesure  que  les  ovaires  se  vident,  la  peau  du  ventre 
va  progressivement  rejoindre  celle  du  dos  et,  la  ponte  terminée,  le  corps  se 
trouve  réduit  à  une  coque  hémisphérique  desséchée,  recouvrant  plus  ou 


LES    COCHENILLES    DE    LA    VIÛNE.  29 

moins  les  œufs  pour  les  protéger  contre  les  intempéries  et  ressemblant  à 
une  excroissance  du  végétal.  De  là,  le  nom  de  Gallinsectes  donné  par 
Réaumur  à  ces  êtres  dégradés. 

Dans  certains  genres  plus  élevés  en  organisation,  tels  que  les  Daclylopius, 
la  femelle,  toujours  aptère,  conserve  ses  pattes  et  ses  antennes,  ne  se  fixe 
pas  et  pond  ses  ic-ufs  en  un  ou  plusieurs  tas  séparés,  recouverts  de  la  pro- 
duction cireuse.  Cette  sécrétion,  d'ordinaire  d'aspect  cotonneux,  filamen- 
teux ou  pulvérulent,  plus  abondante  cbez  la  femelle  que  chez  le  mâle,  est 
produite  par  des  glandes  cutanées,  unicellulaircs,  parfois  en  forme  de  poils, 
isolées  ou  réunies  par  groupe,  placées  souvent  autour  de  tubercules  spé- 
ciaux, et  que  nous  retrouverons  cbez  les  Âphidesei  les  Cicadides. 

Le  mâle,  toujours  très  petit  (PI.  IV,  fig.  6)  est  muni  de  deux  ailes  seule- 
ment, les  inférieures  étant  toujours  avortées  et  réduites  à  des  balanciers. 
L'abdomen  est  remarquable  par  les  deux  longs  filets  qui  le  terminent. 
Entre  ces  filets,  partant  du  segment  anal,  se  voit  le  stylet,  pointe  saillante, 
cbitineuse,  parfois  très  longue,  formée  de  deux  valves  destinées  à  protéger 
le  pénis.  Privé  de  bec.  ayant  l'appareil  digestif  atrophié,  ce  mâle  ne  mange 
pas.  On  ne  le  voit  apparaître  que  pendant  quelques  jours,  et.  l'accouplement 
opéré,  il  disparaît. 

Les  Cochenilles  sont  célèbres  parleurs  ravages.  A  part  certaines  espèces 
utiles,  comme  la  Cochenille  du  Cactus  [Goccus  Cacli)  produisant  le  carmin 
des  teinturiers,  la  Cochenille  de  Pologne  [Porphyrophora  Polonix)  affectée 
au  même  emploi,  les  différents  kermès  du  chêne  qui  donnent  aussi  une 
couleur  rouge,  la  Cochenille  à  cire  de  la  Chine  (ÉricerusPé-là)  et  le  Carleria 
lacca  de  l'Inde  qui  par  sa  piqûre  provoque  l'exsudation  de  la  laque  sur 
diverses  espèces  de  figuiers  ;  à  part  ces  quelques  types,  on  peut  dire  que 
toutes  les  Cochenilles  sont  nuisibles  et  même  que  leurs  ravages  sont  parfois 
irrésistibles.  Nous  en  avons  actuellement  un  exemple  frappant  dans  la 
destruction  des  fusains  cultivés,  destruction  lente,  mais  sûre,  qui  s'accom- 
plit aux  Etats-Unis  et  en  Europe  par  l'envahissement  du  Chionaspis 
Evonymi.  Nous  pouvons  citer  encore  les  divers  Coccides  qui  dans  certains 
pays  ont  fait  renoncer  à  la  culture  des  orangers  et  des  citronniers,  [Dacty- 
lopius  citri,  Lecanium  hesperidum,  etc.). 

Moins  dangereuses  sont  les  Cochenilles  de  la  vigne.  Bien  ques'attaquant 
exclusivement  au  genre  Vitis,  elles  n'occasionnent  des  dégâts  sérieux  que 
dans  certaines  régions  et  dans  des  circonstances  exceptionnelles.  Elles  sont, 
nous  l'avons  dit,  au  nombre  de  trois:  Pulvinaria  vitis,  Aspidiotus  vitis  et 
Daclylopius  vitis. 


30  La  cochenille  P.ÛUGë. 

LA  COCHENILLE  ROUGE  ' 

[Pulvinarla  vitis  Linné.) 


Synonymie.  —  Coccus  vitis,  Linné.  —  Gallinsecte  de  la  vigne,  Réau- 
mur- —  Lecanium  vitis,  Illiger.—  Calypticus  spumosus,  Costa. —  Calyp- 
ticus  ampelocecis,  Amyot. —  Lecanium  vini,  Bouché. —  Pulvinaria  vitis, 
Targioni. 

I.  —  HISTORIQUE. 

Des  trois  espèces  de  Cochenilles  attaquant  spécialement  la  vigne  dan? 
l'ancien  Monde,  celle  qui  nous  occupe  est  la  plus  anciennement  connue  et 
décrite.  Walckenaer  rapporte  en  effet  au  Coccus  vitis  de  Linné  le  Tholea 

'  Bibliographie.  — Linné  ;  Systema  naturx,  tom.  II,  741,  16,  1735. — 
Réaumur  ;  ffisl.  des  Insectes,  tom.  IV,  pag.  62,  PI.  I,  fig,  9  ;  et  PI.  VI,  fig.  5 
à  7,  1738.  —  Geoffroy;  [fis t.  abrégée  des  fus.  des  enviions  de  Paris,  tom.  I, 
pag.  50G,  1762. —  Fabricius  ;  Syst.  ent.,  pag.  744,  1775. —  Modeer;  Goethe- 
borgsha  veten-k,  tom.  III,  1778. —  Fabricius  ;  Species  Ins.,  tom.  II,  pag.  395, 
1780. —  Fourcroy  ;  Calai.  Insect.  qui  in  agro  Parisknsi  reperiunlur,  1785. 
—  Fabricius;  Mantissa,  pag.  317,  1787.  —  Gmelin  ;  Systema  nalurœ,  2218, 
1791.  —  Olivier;  Encycl.,  439,  5,  PI.  CXX,  fig.  13  à  16,  1792.  —  Illiger; 
Kœefer  Preussens.  Hallee,  1798.  —  Fabricius;  Syst.  Rtiyngotorum.  3)0,  24, 
1803.  —  Schrank;  Fauna  Boïca,  tom.  II,  1,  1261  ;  144,  180 i. —  Haworth  ; 
Observations  on  the  Coccus  vitis  (Trans.  ent.  Society  of  London.  1812,  tom.  I, 
pag.  297  à  309. —  Costa  ;  Prospetlo  di  una  nuova  divisione  dd  génère  Coccus, 
1827.—  Id  ;  bauna  Napot.,  10,  PI.  VI,  fig.  12,  1829.  —  Dunal  ;  Insectes  qui 
attaquent  la  Vigne,  pag.  92  (Ann.  Soc.  d'Agr.  de  l'Hérault,  1832).—  Bouché; 
Naturgesdiichte  Garten  lnscclen,  1833. —  Boyer  de  Fonscolombe  ;  Ann. 
Soc.  enlom  de  Fr.,  tom.  III,  pag.  214,  1834. —  Valckenaer  ;  Ins.  7iuisibles 
de  la  \igne,  pag.  ^>G3  (Ann.  Suc.  ent.  de  Fr.,  1835.  —  Vallot  ;  Ins.  ennemis 
des  Vignes,  pag.  312  (Mém.  de  l'Acad.  des  Se.  de  Dijon,  1840).  —  Audouin  ; 
Histoire  des  Insectes  nuisibles  à  la  Vigne,  pag.  319.  Paris,  Fortin  Masson  et  C'<\ 
1842.—  Harris;  On  Cocci  or  Bark  lice  (New.  Engl.  Farmer,  XXIII,  4,  1843). 
Ratzeburg  ;  Forstinsccten,  tom.  III,  pag.  191,  1844. —  Amyot  ;  Méthode 
mononymique:  pag.  490,  1848.  —  Bouché;  Ent.  Zeilung  Sleltin,  tom.  XII, 
1851.  —  Harris  ;  Ins.  of  New.  Engl.  Farmer,  pag.  205,  1852.  —  Fauvel  ; 
Dult.  Soc.  Linn.  de  Normandie,  tom.  VIII,  pag.  290,  !85'2.—  Quequett;  Obscr- 


LA    faOCfJËNILLÈ    ItOUGE.  31 

des  Hébreux  l.  Liane  le  premier  a  décrit  scientifiquement  l'insecte  dans  son 
Systema  naJwr«e(  1735);  il  a  parlé  uniquement  de  la  femelle  et  l'a  comprise 
dans  son  genre  Coccus,  groupe  renfermant  alors  toutes  les  formes  qui  com- 
posent aujourd'hui  la  nombreuse  famille  des  Coccides.  Il  l'a  nommée  Coccus 
vitis.  La  description  est  suffisante  pour  que  l'identité  de  l'espèce  ne  puisse 
être  contestée.  Après  le  travail  de  Linné,  nous  trouvons  presque  à  la  même 
époque  (1738)  les  observations  si  remarquables  de  Réaumur.  Le  Père  de 
1  Entomologie  française  paraissant  ignorer  le  travail  du  naturaliste  suédois 
et  n'admettant  pas,  comme  on  sait,  sa  nomenclature  latine,  appelle  cette 
cochenille  la  Gallinscctc  de  la  vigne.  Il  eu  donne  dans  le  tom.  IV  de  ses 
Mémoires  une  histoire  détaillée  et  si  bien  faite  qu'elle  a  été  copiée  par 
presque  tous  les  auteurs  qui  depuis  ont  parlé  des  mœurs  de  cet  insecte. 
Réaumur  est  le  premier  qui  ait  distingué  le  mâle,  petit  moucheron  n'ayant 

valions  on  the  structure  of  the  White  Filamentous  substance  of  the  Coccus  vitis 
(Trans.  rnicr.  of.  London,  1858).  —  Asa  Fitch  ;  Annual  Report  of  New-York, 
69,  n°  96,  1859.  —  Goureau  ;  Les  Insectes  nuisibles,  pag.  55.  Paris,  Victor 
Masson,  1861. —  Boisduval  ;  Entomologie  horticole,  pag.  312,  1867.  —  Tar- 
gioni-Tozzetti  ;  Études  sur  les  Cochenilles,  1867  eL  18G9. —  Nordlinger; 
Die  kleinen  Feindc  der  Landwirthschaft,  pag.  609  Stuttgart,  1869.  —  Plan- 
chon  ;  La  Phthiriose  de  la  Vigne  chez  les  Anciens  (Bull.  Soc.  des  Agriculteurs 
de  France,  1870.  —  Lichtenstein  ;  Manuel  d'Entomologie  à  l'usage  des  hor- 
ticulteurs, pag.  74  Montpellier,  Hamelin,  1872.  — Signoret  ;  Essai  sur  les 
Cochenilles  (Ann.  Soc.  eut.  de  France,  1873.  pag.  29  et  46,  PI.  II).—  Kalten- 
bach;  Die  P flan  zen  feinde,  pag.  95.  Stultgard,  Julius  Hoffmann,  1874.— Maurice 
Girard;  Catal.  raisonné  des  Insectes  utiles  et  nuisibles,  pag.  18t.  Paris,  Ha- 
chette, 1878. —  Dr  V.  Haller  ;  Uber  die  Rebenschildlaus  Coccus  vitis,  pag.  230 
(Ann.  der  Œnologie.  Heidelberg,  1SS0. —  Comstock;  Report  et  of  Enlomologist 
of  Department  of  Agriculture,  pag,  334.  Washington,  1881.  —  André;  Les 
Parasites  de  la  Vigne,  pag.  165.  Beaune,  1S82.  —  Lichtenstein  ;  Tableau 
synoptique  des  Maladies  de  la  Vigne.  Montpellier,  1884. —  Foëx;  Cours  complet 
de  Viticulture.  Montpellier,  Coulet;  Paris,  Masson,  1886. 

1  «Le  mot  de  Tholca,  dit  Walckenaer  [loc.  cit.),  est  employé  dans  la  Bible 
non  seulement  pour  désigner  un  ver,  un  insecte  ou  larve  d'insecte  en  général, 
mais  également  un  insecte  particulier  qui  mangeait  la  vigne  et  aussi  un  grand 
arbre.  Au  mot  Tholea  était  souvent  joint  le  mot  Dibaphi,  pour  désiguer  la  Coche- 
nille  du  chêne,  que  les  Arabes  ont  nommée  Kermès  et  qui,  traitée  par  le  vinaigre, 
donne  une  belle  couleur  rouge.  La  Cochenille  de  la  vigne  ne  produit  pas  cette 
couleur,  mais  la  ressemblance  de  ces  insectes  a  du  les  faire  confondre,  et  l'épithète 
Dibaphi,  adjointe  à  Tholea,  employée  pour  désigner  le  Kermès,  indiquait  suffisam- 
ment de  quelle  nature  était  l'insecte  désigné  par  ce  mot  et  qui  causait  de  si  grands 
ravages  aux  vignes  et  à  certains  arbres.  » 


32  LA    COCHENILLE    ROUGE. 

que  deux  ailes  et  que  certains  auteurs  modernes  ont  pris  pour  un  parasite 
de  la  Cochenille. 

Illiger  (1798)  créa  pour  les  Coccuseu  forme  de  carapace  de  tortue  ou  de 
bateau  renversé  et  pondant  au-dessous  d'eux,  le  genre  Lecanium,  nom  sous 
lequel  plusieurs  livres  récents  désignent  encore  notre  insecte.  En  1827  et 
1829,  Costa,  dans  plusieurs  Mémoires  importants  publiés  sur  les  Coccus, 
travaux  qui  ne  manquent  pourtant  pas  d'une  certaine  valeur,  attaqua  vive- 
ment les  écrits  de  Réaumur,  «qui,  dit-il,  a  pris  pour  le  mâle  des  Cochenilles 
ce  qui  n'est  qu'un  parasite  de  l'ordre  des  Diptères  ».  Cette  thèse  étrange, 
rééditée  d'un  autre  âge,  qui  prouvait  que  l'auteur  italien  avait  mal  vu  et 
n'avait  pas  su  apprécier  la  rigoureuse  méthode  d'observation  de  Réaumur, 
a  été  soutenue  par  lui  avec  une  telle  assurance  que  plusieurs  entomolo- 
gistes distingués  de  l'époque,  entre  autres  Audinet-Serville,  en  ont  été 
ébranlés.  Toutes  les  récentes  observations,  est-il  besoin  de  le  dire?  ont 
donné  raison  à  Réaumur,  et  nous  ne  pouvons  ici  que  renvoyer  le  lecteur 
au  chapitre  Ier  du  tome  IV  de  ses  Mémoires,  aux  pages,  si  pleines  à  la  fois 
de  science,  de  sagacité  et  de  bonhomie,  écrites  sur  les  Gallinsectes  par  notre 
grand  naturaliste. 

Le  nom  de  Pulvinaria  (du  latin  pulvinar,  coussin),  a  été  créé,  en  1867, 
par  M.  Targioni-Tozzetti,  l'une  des  autorités  scientifiques  actuelles  en 
fait  de  Coccidcs.  L'auteur  italien  a  fait  cette  coupe  générique  pour  les 
espèces  de  Lecanides  qui  reposent  sur  un  coussin  de  matière  cireuse  blan- 
che, ne  sont  fixées  au  végétal  que  par  la  partie  antérieure,  et  à  un  moment 
donné  sont  soulevées  postérieurement  par  l'abondance  de  leur  ponte.  Le 
cas  est  remarquable  dans  l'espèce  qui  nous  occupe  (PI.  IV,  fig.7).  Ce  nom 
de  Pulvinaria  est  encore  discuté. 

«  Les  caractères  indiqués,  dit  M.  Signoret,  pour  distinguer  ces  insectes 
des  Lecanium  vrais,  sont  peu  importants  et  varient  dans  les  mômes  types.» 
M.  Comstock  dit  de  son  côté:  «  Le  genre  Pulvinaria  est  mal  défini,  is 
not  ivell  dcfined  ».  Mais  devant  l'autorité  incontestée  de  M.  Targioni  et 
avec  la  plupart  des  entomologistes  modernes,  y  compris  môme  ceux  que 
nous  venons  de  citer,  nous  adoptons  cette  dénomination.  Nous  sommes  en 
effet  convaincu  que  lorsqu'un  groupe  est  considérable,  comme  c'est  le  cas 
des  Lecanium,  une  nouvelle  coupe  générique,  môme  mal  délimitée,  doit 
être  adoptée  pour  faciliter  le  groupement  des  espèces. 

II.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 

Tous  les  propriétaires  de  vigne,  surtout  ceux  qui  possèdent  de  vieux 
espaliers,  mal   exposés,  connaissent  ces  paquels  de   substance  blanche 


LA   COCHENILLE    RÔUGË.  o3 

cotonneuse  iilant  comme  de  la  glu.  recouverts  d'une  écaille  d'un  brun  roux, 
et  qui  certaines  années,  pendant  l'été,  infectent  les  ceps,  surtout  sur  le  jeune 
bois.  Ce  sont  les  pontes  de  la  Cochenille  rouge  de  la  vigne  mélangées  à  une 
abondante  sécrétion  cireuse  seini-lluide  et  abritées  par  le  corps  desséché  de 
la  mère.  Si  nous  examinons  de  sou  vivant  l'animal  qui  les  produit,  si  nous 
l'étudions  au  printemps  avant  qu'il  ait  commencé  à  poudre  (Qg.  0),  nous 
voyons  un  insecte  de  4  à  5  inillim.  de  long,  bombé  en  dessus,  aplati  au- 
dessous,  de  formeoblongue,  un  pou  plus  étroit  eu  avant  qu'en  arriéreetayant 
une  éebancrure  à  la  partie  postérieure.  La  couleur  est  d'un  fauve  rouge, 
parfois  foncée,  parsemée  de  taches  et  de  points  noirâtres.  Cette  Cochenille 
femelle  est  née  au  mois  de  juin  de  l'année  précédente  et  commencera  à  pondre 
dans  le  courant  du  mois  de  mai.  De  ses  œufs  très  petits,  un  peu  allongés, 
de  teitite  vineuse,  sortiront,  en  juin,  déjeunes  larves  hexapodes  assez  agiles, 
longues  d'environ  un  tiers  de  millimètre,  de  couleur  rougeâtre,  ayant  le 
dernier  anneau  de  l'abdomen  échaucré,  munie  de  deux  antennes  à  six  ar- 
ticles, d'un  long  bec  replié  le  long  du  ventre  et  de  deux  grands  poils  à 
l'extrémité  du  corps.  Par  la  forme  et  les  allures,  elles  rappellent  les  jeunes 
phylloxéras  (fig.8).  Ces  petits  insectes  se  répandront  sur  les  sarments  et  le 
revers  des  feuilles  et  y  planterout  leur  suçoir.  Pendant  l'été,  ils  grandiront, 
tirant  de  plus  en  plus  sur  le  fauve,  et,  vers  le  mois  de  septembre,  l'accroisse- 
ment étant  notable,  on  en  remarquera  d'aspect  et  de  dimensions  différents. 
Les  uns,  beaucoup  plus  gros,  auront  gardé  leur  forme  ovale  et  seront 
tous  des  individus  femelles  qui  arrivés  à  leur  taille  définitive,  et  après  l'ac- 
couplement, se  fixeront  pour  passer  l'hiver  et  pondre  au  mois  de  mai.  Au 
moment  de  la  ponte,  ils  seront  déformés,  les  pattes  et  les  antennes  auront 
disparu,  les  segments  indistincts  feront  ressembler  le  corps  à  une  coque 
hémisphérique  d'uu  brun  roux  bientôt  soulevée  par  les  œufs  ponduo  eu 
dessous  d'elle  (fig.  7) .  Les  autres,  beaucoup  plus  petits,  groupés  en  grand 
nombre  sur  certains  points  du  cep,  d'une  couleur  jaune  clair,  auront,  en 
septembre,  une  forme  très  allongée,  2  millim.  et  demi  sur  1  et,  selon  le  cycle 
normal  des  métamorphoses  des  insectes,  représenteront  des  pupes  renfer- 
mant des  nymphes,  d'où,  vers  les  premiers  jours  d'octobre,  sortiront  des 
mâles  ailés.  A  Montpellier,  nous  avons  obtenu  de  ces  éclosions  de  mâles  à 
partir  du  25  septembre;  l'accouplement  a  lieu  de  suite. 

A  rencontre  des  autres  insectes  éclosant  d'une  pupe  et  qui  en  sortent  la 
tête  la  première,  le  délicat  moucheron  sort  à  reculons.  On  aperçoit  d'abord 
les  deux  grands  filets  dont  est  muni  son  dernier  segment  ;  puis  viennent 
les  ailes  et  le  reste  du  corps.  Les  pattes  projetées  en  avant  de  la  tète,  il  se 
pousse  vivement  en  arrière,  laissant  fixée  au  sarment  sa  mince  dépouille 

d'un  blanc  transparent. 

3 


34  LA    COCHENILLE   ROUGE. 

Le  mâle  est  long  de  2  millim.  environ.  Le  thorax  est  rembruni,  l'abdo- 
men d'un  rouge  de  brique  clair,  les  deux  ailes  aussi  longues  que  le  corps, 
blanches,  ornées  d'une  ligne  rouge  le  long  du  bord  extérieur.  La  tête  aplatie 
en  avant  est  privée  de  bec  ;  l'insecte  ne  peut  donc  manger.  Cette  tête  porte 
deux  longues  antennes  de  dix  articles,  deux  grands  yeux  composés  et  quatre 
plus  petits  placés  de  côté. 

L'abdomen,  formé  de  sept  anneaux,  offre,  sur  le  sixième,  deux  petits  pro- 
longements latéraux  dirigés  en  arrière  ;  le  septième  est  muni  des  deux  longs 
filets  dont  nous  avons  parlé. Ces  appendices,  constitués  à  leur  base  par  des 
poils  épais,  sont  recouverts  de  la  sécrétion  cireuse  blanche  et  démesuré- 
ment allongés  par  elle.  Entre  les  deux  filets  se  voit  le  pénis,  qui  est  long 
et  recourbé.  L'accouplement,  fort  bien  décrit  par  Réaumur,  a  lieu  en 
octobre  et  non  au  printemps,  comme  plusieurs  auteurs  l'ont  répété  par 
erreur,  d'après  M.  Signoret  ;  aussitôt  après,  le  mâle  meurt  et  disparaît . 

La  Palvinaria  vilis  est  commune  dans  tous  les  pays  viticoles  de  France, 
mais  plutôt  dans  le  Nord  que  dans  le  Midi.  Elle  nous  a  été  signalée  d'Alle- 
magne par  M.  von  Heyden,  d'Autriche  par  M.  Bollé,  de  Hongrie  par 
M.  Horvath,  d'Italie  par  M.  Targioni,  de  Grèce  par  M.  Gennadius.  Nous 
ne  la  voyons  pas  mentionnée  dans  les  documents  que  M.  de  Graëls  nous  a 
transmis  sur  l'Espagne,  pas  plus  que  dans  ceux  que  nous  avons  reçus 
d'Algérie. 

Cette  espèce  a,  heureusement  pour  le  viticulteur,  des  ennemis  naturels 
qui  en  détruisent  beaucoup.  Ces  parasites  ont  été  étudiés  par  le  colonel 
Goureau,  et  une  bonne  partie  des  détails  qui  suivent  lui  sont  empruntés. 
Le  plus  redoutable  est  un  petit  Hyménoptère  (Mouche  à  quatre  ailes)  de 
la  famille  des  Fouisseurs,  de  la  tribu  des  Crabronites,  le  Celia  troglodytes 
Schuck,  dont  voici  la  description  : 

Femelle.  Long.  3  millim.  Antennes  noires  à  premier  article  brunâtre 
en  dessous  ;  tête,  thorax  et  abdomen  d'un  noir  uniforme,  ce  dernier  lisse, 
luisant,  ovalaire,  atténué  en  pointe  aux  deux  extrémités,  très  brièvement 
pédicule  ;  cuisses  postérieures  et  intermédiaires  noires,  cuisses  antérieures 
et  tibias  bruns;  tarses  d'un  testacé  brun  ;  ailes  hyalines,  à  stigma  grand  et 
noir;  deux  cellules  cubitales,  la  première  plus  longueque  large,  la  seconde 
presque  carrée. 

Mâle.  Semblable,  différent  seulement  par  les  premier  et  deuxième  arti- 
cles des  antennes  jaunes  en  dessous,  le  chaperon  et  les  mandibules  jaunes, 
les  cuisses  et  les  tibias  antérieurs  d'un  fauve  testacé,  les  autres  tibias  un 
peu  plus  clairs. 

La  femelle  établit  son  nid  dans  le  bois  mort  un  peu  ramolli,  comme 
celui  des  vieux  piquets  ;  son  trou  ressemble  à  celui  que  ferait  une  très 


LA   COCHENILLE   I\0UGE.  35 

petite  vrille.  Elle  y  entasse  en  été  des  jeunes  cochenilles  qu'elle  a  préala- 
blement piquées  de  sou  aiguillon  pour  les  paralyser  sans  leur  ôter  la  vie; 
elle  pond  un  a^uf  sur  le  tas  et  bouche  le  trou  avec  de  petits  débris  de  bois 
mâché  et  imprégnés  de  salive.  La  larve  sortie  de  l'œuf  mange  peu  à  peu 
sa  provision,  qui  pendant  plusieurs  mois  se  maintient  fraîche,  se  change 
en  chrysalide  au  printemps  ,  et  vers  les  premiers  jours  de  juillet  sort  à  l'état 
parfait,  pour  recommencer  le  cycle. 

Plusieurs  autres  Hyménoptères  de  la  famille  des  Chalcidides  pondent 
leurs  œufs  dans  le  corps  même  de  la  cochenille  et  y  vivent  à  l'état  de  larve, 
sans  attaquer  les  organes  essentiels,  laissant  vivre  ainsi  leur  victime  jus- 
qu'au moment  où  elles  se  transforment  en  nymphes  et  en  insectes  parfaits; 
elles  percent  alors  la  peau,  qui  est  comme  desséchée,  y  laissant  un  trou 
rond  de  la  grosseur  de  leur  corps.  Ce  sont  les  espèces  suivantes  :  Encyrtus 
Swederi  Daim.,  Encyrtus  duplicatas  Nées,  Corcophagus  scntellaris 
Wester,  Blastothrix  Schœnheri  Westw.,  Cephycus  puncticeps  Daim., 
Erycidnus  ventralis  Daim.,  Comys  Schwederi  Daim.  D'après  le  colonel 
Goureau,  cette  dernière  espèce,  très  petite,  pond  trois  œufs  dans  chaque 
cochenille. 

Un  diptère  contribue  également  à  détruire  beaucoup  de  ces  Puloinaria  : 
c'est  le  Leucopis  annulipes  Zett,  qui  parait  en  juin  et  pond  cinq  à  six  œufs 
dans  la  masse  cotonneuse  enveloppant  la  ponte.  Les  larves  de  cette  mouche 
mangent  les  œufs  et  se  changent  en  pupes  dans  le  môme  endroit.  Les 
insectes  parfaits  sortent  en  passant  par-dessous  la  peau  desséchée  de  leur 
victime. 

Le  nombre  de  cochenilles  détruites  par  ces  divers  ennemis  est  parfois 
tel  que  certaines  années  remarquables  par  l'abondance  des  Puloinaria 
sont  suivies  d'autres  où  c'est  à  paine  si  l'on  en  voit  quelques-unes.  Leurs 
parasites  éclos  en  masse,  ne  trouvant  pas  les  conditions  voulues  pour 
pondre,  meurent  alors  sans  postérité.  Les  quelques  cochenilles  échappées 
au  carnage  peuvent  donc  se  multiplier  en  paix  jusqu'à  ce  que  leurs  enne- 
mis, redevenus  eux-mêmes  abondants,  les  détruisent  de  nouveau.  Ce 
mouvement  de  bascule  entre  les  carnassiers  et  leurs  victimes  s'observe 
dans  toute  la  série  animale,  et  maintes  fois,  pendant  le  cours  de  ce  travail, 
nous  aurons  l'occasion  de  retrouver  cette  grande  loi  du  parasitisme  ayant 
pour  corollaire  l'équilibre  des  espèces. 

III.  —  MOYENS  DE  DESTRUCTION. 

Les  espaliers  taillés  à  long  bois,  placés  dins  les  endroits  mal  exposés, 
principalement  au  couchant  et  dans  les  quartiers  humides,  ont  surtout  à 


36  LA    COCHENILLE   IiOUGE. 

souffrir  de  la  Pulvinaria  vitis.  On  la  rencontre  cependant  parfois  en  grande 
culture  avec  la  taille  courte  et  dans  les  endroits  secs,  spécialement  sur  les 
vieilles  vignes  à  écorces  très  crevassées  ;  mais  dans  ces  conditions  nous 
ne  l'avons  jamais  vue  devenir  dangereuse.  Chose  curieuse,  certains  pieds 
sont  toujours  attaqués  de  préférence  à  d'autres,  etRéaumur  raconte  qu'il  a 
inutilement  essayé  d'infecter  des  pieds  voisins. 

D'après  ce  que  nous  avons  dit  des  mœurs  de  l'insecte,  qui  vit  de  préfé- 
rence sur  le  bois  jeune,  il  est  facile  de  comprendre  que  chaque  année  la 
taille  fait  périr  le  plus  grand  nombre  de  ces  parasites  et  qu'il  ne  reste,  pour 
perpétuer  la  race,  que  les  rares  iudividus  demeurés  sur  le  vieux  bois.  Il 
est  alors  aisé,  au  printemps,  d'écraser  les  quelques  femelles  pondeuses  qui 
peuvent  avoir  échappé. 

En  cas  d'attaque  sérieuse  sur  des  espaliers  ou  des  vignes  en  cordon, 
outre  cet  écrasage  des  femelles  au  mois  de  mai,  en  somme  facile  à  faire,  on 
fera  bien  d'écorcer  en  hiver  au  moyen  du  gant  de  cote  de  maille  usité  à 
Bordeaux  et  connu  en  viticulture  sous  le  nom  de  gant  Sabaté,  du  nom  de 
son  inventeur.  Eu  cas  de  crevasses  profondes,  l'opération  devra  être  com- 
plétée non  pas  avec  un  couteau,  toujours  dangereux  pour  la  plante,  mais 
au  moyen  d'un  instrument  très  simple  qui  ne  coûte  à  peu  près  rien  et  dure 
indéfiniment  :  c'est  un  morceau  de  fer  de  six  pouces  de  long,  coupé  dans 
un  cercle  de  barrique  et  recourhé  à  l'extrémité  en  forme  de  raclette  ;  sur  le 
rebord  qui  doit  pénétrer  dans  les  crevasses  et  racler,  on  donne  quelques 
coups  de  lime  qui  forment  dentelure  et  qui,  sans  endommager  la  souche, 
permettent  d'y  faire  mordre  l'outil. 

«L'ouvrier,  nous  écrit  M.  Bellot  des  Minières,  l'inventeur  du  procédé, 
ayant  avec  le  gant  de  fer  enlevé  le  plus  gros,  laisse  la  place  à  une  femme 
qui,  munie  de  mon  râcloir,  fouille  dans  tous  les  creux  qu'a  respectés  le 
gant  et  va  ensuite,  sans  danger  pour  les  yeux  du  bois  de  retour,  nettoyer  les 
rameaux  sur  lesquels  repose  la  taille  de  l'année.» 

L'écorcage  du  vieux  bois  opéré,  les  débris  enlevés  et  brûlés,  il  sera  bon 
de  brosser  le  bois  jeune  avec  une  brosse  de  chiendent  :  les  cochenilles  arra- 
chées et  plus  ou  moins  blessées  meurent  sans  pouvoir  remonter  sur  le  cep. 


LA    COCHENILLE    CUISE.  37 

LA  COCHENILLE  GRISE  l 

[Aspidiotus  vitis,  Signoret.) 


Synonymie.  —  Diaspis  BUinckenhornci  Targioni,  1877. 

Les  Aspidiotus  sont  des  cochenilles  plus  ou  moins  arrondies,  ressem- 
blant à  de  petites  écailles  d'Uuîtres  plaquées  contre  les  tiges  et  les  feuilles 
de  certains  arbres.  Leur  corps,  entièrement  déformé,  est  couvert  d'un  bou- 
clier protecteur  constitué  par  les  dépouilles  provenant  des  mues  et  une 
coucbe  de  sécrétion  cireuse  mince,  aplatie  en  lamelle,  solide,  plus  ou  moins 
adhérente  à  la  plante.  Le  type  le  plus  répandu  et  le  mieux  étudié  du 
groupe  est  V Aspidiotus  Nerii2,  une  des  cochenilles  du  laurier  rose  qui 
bien  souvent  fait  périr  cet  arbuste  cultivé  en  vase  et  même  en  pleine  terre. 

Ces  insectes  sont  voisins  du  Cliionaspis(Diaspis)  Evonymi  de  Comstock, 
ou  cochenille  du  fusain,  qui  exerce  de  si  grands  ravages  sur  les  fusains 
cultivés,  et  dans  le  livre  de  M.  Signoret  ils  sont  rangés  dans  la  sous-famille 
ou  tribu  des  Diaspides. 

L'espèce  qui  attaque  la  vigne  a  été  décrite  en  1876  par  M.  le  Dr  Signoret. 
Elle  a  été  de  nouveau  décrite  récemment  par  M.  Targioni-Tozzetti  (de 
Florence)  sous  le  nom  de  Diaspis  Blankenhornei .  Elle  n'a  donc  ni  syno- 
nymie embrouillée  ni  histoire,  et  parait  jusqu'à  présent  peu  nuisible. 
Nous  en  donnerons  la  description  suivante  : 

Le  bouclier  à  de  1  à  2  millim.  de  diamètre.  Chez  la  femelle,  il  est  plus 
ou  moins  arrondi  ;  chez  le  mâle,  en  ovale  allongé.  Chez  l'un  et  l'autre,  il  est 

1  Bibliographie.  —  Signoret  ;  Essai  sur  les  Cochenilles  (Ann.  Soc.  enl.  de 
France,  pag.  601,  1876).  — Targioni-Tozzetti  ;  Bull.  Soc.  ent.  Ital.,  pag.  17. 
1879.  —  Id  ;  Relazionne  délia  H.  stazione  di  Entom.  agr.,  pag.  152,  1881  ;  et, 
môme  Recueil,  pag.  386,  1884.—  Maskell  ;  Trans.  andproc.  of  llie  N.-Zeland. 
Jnst.  tom.  II,  pag.  199.—  Comstock  ;  U.S.  Départ,  of  the  Agr.  entom. 
(Rep.  of  the  Commission  of  Agr.,  ann.  1880,  tom.  III,  pag.  29.—  Gennadius; 
Sur  une  7iouvelle  espèce  de  Cochenille  [Aspidiotus  coccineus)  d'Athènes  (Aun 
Soc.  ent.  de  France,  pag.  189,  1881). 

2  Voir,  pour  la  description  et  l'anatomie  des  Aspidiotus,  une  bonne  étude  de 
M.  le  Dr  Lemoine  sur  V Aspidiotus  Nerii,  travail  annoncé  en  1880  dans  le  Congrès 
des  Sociétés  savantes  à  la  Sorbonne  et  communiqué  en  août  de  la  même  année  au 
Congrès  pour  l'avancement  des  Sciences  tenu  à  Reims. 


38  LA    COCHENILLE    GRISE. 

d'un  gris  foncé,  et,  lorsqu'il  a  été  frotté,  la  dépouille  des  mues,  le  plus 
souvent  centrale,  est  d'un  noir  brillant.  Si  ce  bouclier,  abritant  le  corps 
de  la  mère,  véritable  sac  rempli  d'œufs,  vient  à  se  détacher,  il  laisse  sur 
l'écorce  une  place  blanche.  Sa  couleur  est  tellement  identique  avec  celle 
de  l'écorce  que  c'est  surtout  cette  place  blanche  laissée  par  le  bouclier 
tombé  qui  révèle  la  présence  de  l'insecte.  Celui-ci  se  tient  sur  le  bois  vieux 
ou  nouveau,  sur  ce  dernier  de  préférence.  Ayant  perdu,  aussitôt  après  la 
première  mue,  ses  pattes  et  ses  antennes,  il  est  surtout  fixé  par  son  suçoir. 
Les  larves,  au  sortir  de  l'œuf,  sont  ovales,  allongées,  munies  de  leurs  six 
pieds  et  de  leurs  deux  antennes.  A  la  mue,  elles  les  perdent,  mais  conservent 
leurs  filets  rostraux  très  longs,  qui,  développés,  dépassent  du  double  la  lon- 
gueur du  corps.  Lesautenues  de  six  articles  sont  à  peine  pubescentes,  un 
ou  deux  poils  à  chaque  article,  avec  le  quatrième  article  plus  long  que  les 
autres.  Les  jamhes  sont  grêles,  le  tibia  plus  court  que  le  tarse,  le  crochet 
long,  accompagné  des  digitules  ordinaires.  Après  la  première  mue,  le  corps 
devient  plus  arrondi,  avec  un  peu  de  parallélisme  pour  le  mâle,  dont  les 
filets  rostraux  sont  plus  longs  que  ceux  de  la  femelle.  La  coque  mâle  est 
facile  à  reconnaître  ;  elle  ne  porte  qu'une  seule  dépouille  de  mue,  tandis  que 
celle  de  la  femelle  en  porte  deux. 

La  femelle  à  l'état  parfait,  arrondie,  d'un  brun  grisâtrefoncé,  a  l'extrémité 
abdominale  jaune  clair  ;  elle  porte  sur  ses  bords  quelques  filières  avec  un 
point  central  clair  et  un  rebord  épais.  Le  mâle  est  d'un  jaune  brun  uni- 
ferme  ;  les  yeux  sont  noirs,  les  ailes  très  longues,  d'un  gris  hyalin  dépassant 
l'extrémité  du  stylet,  celui-ci  un  peu  plus  long  que  l'abdomen .  Les  antennes 
sont  épaisses,  pubescentes,  de  dix  articles,  le  quatrième  le  plus  long,  le 
premier,  le  deuxième  et  le  dixième  très  petits. 

Cette  espèce  a  été  découverte  aux  environs  de  Nice,  sur  les  coteaux  de 
Bellet,  par  M.  Signoret,  qui  l'a  reçue  également  d'Algérie.  Nous  l'avons 
personnellement  rencontrée  à  Cannes.  M.  Targioni  l'a  décrite  d'Italie,  il 
l'a  reçue  de  Novareet  de  Vicenze.M.Von  Heyden  nous  l'a  signalée  dans  la 
vallée  du  Rhin  et  M.  Gennadius  de  Sicile  et  des  environs  d'Athènes.  Il  est 
probable  qu'elle  est  beaucoup  plus  répandue  qu'on  ne  le  pense,  mais  qu'elle 
échappe  aux  recherches  par  suite  de  sa  couleur,  qui  se  confond  avec  celle  du 
bois. 

M.  Gennadius  a  décrit  en  1881,  sous  le  nom  de  Aspidiotus  coccineus,  une 
Cochenille  qui,  dans  l'Archipel  grec,  attaque  l'oranger,  le  citronnier,  le 
néflier  du  Japon  et  aussi  la  vigne.  D'après  M.  Targioni,  un  maître  dans 
cette  difficile  étude  des  Cochenilles,  l'espèce  du  savant  d'Athènes  n'est  autre 
chose  que  celle  qui  a  été  décrite  en  Nouvelle-Zélande,  aux  États-Unis  et  en 
Europe,  sous  les  noms  ci-après  :  Aonidia  aurantii  Maskel,  Aspidiotus  citri 


LA   COCHENILLE   BLANCHE.  39 

Comstock,  Aonidia  Gcnnadii  Targioni,  Aspidiotus  coccincus  Genuadiua. 
C'est  par  conséquent  le  nom  de  Aonidia  aurantii  que  cet  insecte  doit  porter. 
Son  aire  géographique  est  très  é  tendue.  Décrit  de  la  Nouvelle-Zélande,  il 
s'est  trouvé  en  Australie,  en  Califormie  et  en  Grèce.  Dans  ce  dernier  pays, 
il  semble  d'introduction  récente,  et  on  peut  s'attendre  aie  voir  envahir  toutes 
les  côtes  de  la  Méditerranée.  Cette  cochenille  est  comprise  dans  la  liste 
d'Insectes  ampélophages  que  nous  a  adressée  M.  Gennadius  ;  elle  n'est, 
selon  lui,  cependant  que  rarement  nuisible  à  la  vigne  et  seulement  dans  le 
voisinage  des  orangers.  Nous  nous  contentons  donc  de  la  signaler  et  d'en 
donner  la  synonymie. 


LA  COCHENILLE  BLANCHE' 

(Dactylopius  vitis,  Niedelsky.) 


Synonymie. —  Dactylopius  longispinus  Targioni. 

Le  genre  Dactylopius,  composé  de  Coccides  relativement  agiles,  jamais 
fixés,  renferme  des  espèces  assez  voisines  de  l'insecte  produisant  le  carmin 
{Coccus  cacti),  et  qui  peuvent  avec  lui  être  appelées  les  Cochenilles  vraies. 

1  Bibliographie.  —  Strabon  ;  Texte  grec,  liv.  VII,  chap.  V,  et  Traduction 
lutine,  pag.  263  (édit.  G.  Millier  et  F.  Dubn.  Paris,  Firmin  Didot,  1853).— 
A.  Bouscaren  ;  La  Maladie  noire  de  la  Vigne  (Bull.  Soc.  d'Agr.  de  l'Hérault, 
pag.  216,  1860).  —  Fréd.  Cazalis  ;  Messager  Agr.  du  Midi,  pag.  328,  1863. 
Gasparini;  Sulla  Malattia  dtl  Uva  (Atti  del  R.  Inst.  di  Napoli,  sec.  ser.,  vol.  II, 
1865).  —  Targioni-Tozzetti  ;  Atti  dei  Georgoftli  de  Florence,  nuov.  ser., 
tom.  XIII. —  Id.;  Études  sur  les  Cochenilles,  1867.— Niedelsky  ;  Gazette  Agr. 
russe,  n°  2,  1869. —  Woelkel;  Traduction  du  Mémoire  de  Niedelski  (Bull.  Soc. 
ces  Agricult.  de  France,  15  iévrhr  1870  ;  et  Revue  horticole,  16  mars  et  16  juin 
1870).  — Ph.  Koressios  ;  L'Éclectique  (Journal  d'Athènes,  20  janvier  et  24  juin 
1870).  —  Planchon;  La  Phtiriose  de  la  Vigne  chez  les  anciens  et  les  modernes 
(Bull.  Soc.  des  Agricult.  de  France,  15  juillet  1870).  —  Lichtenstein  ;  Les 
Coccides  de  la  Vigne  (Bull.  Soc.  entom.  de  France,  25  mai  1870).  —  Duffour 
et  Vinas  ;  La  Fumagine  de  la  Vigne  (Compte  rendu  du  Congrès  scientifique  de 
France,  35"  cession  tenue  à  Montpellier,  pag.  447,  1872.  —  Signoret;  Essai 
sur  les  Coclienillcs  (Ànn.  Soc.  entom.,  pag.  324,  1875).  —  Gennadius  ;  Jour- 
nal d'Athènes,  24  lévrier  1880.—  Leclère  ;  Compt.  rendus  Acad.  des  Sciences, 
13  mars  1882.  —  André  ;  Les  Parasites  de  la  Vigne.  Beaune,  1882.  —  Lich- 
tenstein ;  Tableau  synoptique  des  Maladies  de  la  Vigne.  Montpellier,  1884. 


40  LA    COCHENILLE    BLANHCE. 

Deux  d'entre  elles  ont  été  signalées  sur  la  vigne  :  le  Dactylopius  adonidum 
et  le  D.  vitis.  Du  premier,  nous  ne  dirons  que  quelques  mots,  le  considé- 
rant comme  peu  important:  c'est  le  Coccus  adonidum  de  Linné,  bien  connu 
des  horticulteurs  sous  le  nom  de  pou  blanc  des  serres,  long  de  3  inillim. 
environ  sur  1  et  demi  de  large,  et  qui  vit  sur  une  foule  de  plantes.  La  vigne 
sous  verre  est  attaquée  par  cet  insecte,  comme  tant  d'autres  végétaux  ;  nous 
l'avons  nous-même  observé  dans  ces  conditions-là  comme  assez  nuisible 
aux  environs  du  Mans.Walckenaer  le  dit  originaire  du  Sénégal,  parledelui 
comme  parfois  dangereux  pour  la  vigne,  et  cite  à  son  sujet  un  travail  anglais 
signé  Major,  publié  dès  1829.  Comme  l'espèce  est  frileuse,  il  n'est  pas  à 
craindre  de  la  voir  se  multiplier  en  dehors  des  serres.  Nous  n'insisterons 
donc  pas  sur  cet  ennemi,  avec  lequel  il  faut  peut-être  compter  dans  les  gra- 
peries  anglaises,  belges  ou  allemandes,  mais  qui  est  indifférent  aux  vrais 
viticulteurs. 

Le  Dactylopius  vitis  a  une  tout  autre  importance  ;  non  pas  qu'il  bisse 
des  ravages  considérables  dans  l'Europe  occidentale,  mais  il  n'en  est  pas 
de  môme  en  Orient.  Il  paraît  avoir  été  connu  dès  l'antiquité,  et  de  nos  jours 
encore  il  arrive  à  faire  périr  la  vigne. 

I.  —  HISTORIQUE. 

Au  début  de  l'invasion  phylloxérique,  alors' que  certains  auteurs  sou- 
tenaient que  l'insecte  avait  de  tout  temps  existé  en  Europe,  l'attention  fut 
attirée  sur  un  texte  de  Strabon  (icr  siècle  avant  J.-O.)  où  il  est  parlé  d'un 
parasite  tuant  la  vigne,  vivant  en  été  sur  les  bourgeons,  descendant  en 
biver  aux  racines,  et  contre  lequel  on  luttait  par  l'emploi  de  terre  bitumi- 
neuse mélangée  d'huile.  L'insecte  est  appelé  par  le  géographe  grec 
Phtheir  (yQetp  pou)  et  la  maladie  Plitheiriosis  (ep©£tptwo-tç) ,  que  l'on  peut  tra- 
duire en  français  par  phtiriose.  Les  auteurs  susdits  ont  voulu  voir  la  le 
phylloxéra. 

Ce  fut  M.  Koressios  qui  le  premier,  en  1870,  soutint  cette  thèse  dans  un 
journal  d'Athènes,  V  Éclectique.  Défendue  par  un  homme  qui  ne  connaissait 
pas  le  puceron  de  la  vigne,  cette  idée  aurait  dû  être  abandonnée  dès  le  début, 
vu  seulement  la  petitesse  du  Phylloxéra  qui,  exigeant  l'usage  d'une  loupe, 
ne  pouvait  être  connu  des  anciens.  Elle  n'en  fut  pas  moins  adoptée  par  cer- 
tains naturalistes,  tels  que  M.  le  Dr  Signoret  [Essai  sur  les  Cochenilles, 
pag.  326).  Plus  tard,  M.  de  Lafitte,  au  Congrès  viticole  de  1879  tenu  à 
Nimes,  à  propos  d'un  insecte  qui  au  moyen  âge  attaquait  la  vigne  en 
Palestine  et  dont  parle  un  vieux  manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale, 
dit  que  l'existence  du  Phylloxéra  au  xue  siècle  n'a  rien  d'inconciliable 


LA    COCHENILLE    BLANCHE.  Il 

avec  les  données  actuelles  de  la  science.  Nous  ne  discuterons  pas  la  valeur 
des  textes  sur  lesquels  s'appuie  M.  de  Lafitte,  nous  les  citons  simplement 
en  note',  renvoyant  pour  la  réfutation  à  ce  qu'a  répondu  M.  Plancbon 
dans  le  même  Congrès  de  Nimcs  et  que  M.  de  Lafitte  résume  lui-même 
en  deux  mots  :  «  C'est  une  jolie  légende  »  (Journ.  d'Agr.,  novembre- 
décembre  1879). 

Quant  à  M.  Koressios,  il  semble  avoir  ignoré  la  publication  d'un  travail 
de  M.  Niedelsky  paru  en  18G9  dans  la  Gazette  agricole  russe,  concernant 
une  cochenille  découverte  en  Crimée,  attaquant  la  vigne  aux  feuilles  et 
aux  racines  et  que  le  naturaliste  russe  nomme  Coccus  vitis.  Ce  nom  pou- 
vant s'appliquer  aux  trois  espèces  de  cochenilles  de  la  vigne,  l'espèce  a  été 
étudiée  depuis  par  M.  Targioni,  et  ramenée  par  lui  dans  le  genre  Dacty- 
lopius de  Costa,  son  vrai  genre. 

C'est  notre  Dactylopius  vitis,  et  très  certainement  aussi  l'insecte  de 
Strabon,  celui  du  moyen  âge,  celui  que  la  tradition  orientale  nous  rap- 
porte être  connu  depuis  des  siècles  en  Asie-Mineure  et  dans  les  lies  de 
l'Arcbipel.  Tel  est  l'avis  de  M.  Plancbon,  qui  a  trouvé  l'insecte  aux 
racines  de  la  vigne  à  Montpellier  et  qui,  à  propos  de  la  Note  de  M.  Kores- 
sios, a  publié  un  article  très  remarquable  (Bull.  Soc.  des  agr.  de  Fr.,  15 
juillet  1870) . 

Nous  pensons  comme  M.  Plancbon,  et  notre  opinion  est  fondée  non 
seulement  sur  les  textes  cités  par  lui  et  la  description  du  M.  Niedelsky, 
mais  sur  L'article  de  M.  Koressios  lui-même.  Il  y  est  dit  en  effet  que  les 
habitants  de  l'île  de  Syra,  l'une  des  Cyclades,  emploient  encore  aujourd'hui 
des  frictions  de  terre  bitumineuse  contre  hphtiriose  de  leurs  vignes.  Or  le 
Phylloxéra  n'est  pas  dans  les  iles  grecques  et  le  Dactylopius  s'y  trouve, 
comme  du  temps  de  Strabon.  L'ile  de  Rhodes,  toute  voisine  des  Cyclades, 

'  Dans  un  manuscrit  latin,  inscrit  à  la  Bibliothèque  Nationale  sous  le  n°  5129, 
il  est  dit  qu'au  couvent  de  Saint-Saba,  au  bord  de  la  mer  Morte,  dans  la  région 
appelée  Engadi,  entre  Segor  et  Jéricho,  les  moines  recueillaient  une  huile  bitu- 
mineuse Catraneum  destinée  à  frotter  les  chameaux  pour  leur  ôter  la  gale,  ainsi 
que  les  Vignes  pour  enlever  les  vers  qui  les  épuisaient  (Ad  unguendum  camelos 
propter  delendam  scabicm  et  ad  fricandum  vîtes  pro  expeliendis  vermibus  con- 
sumptoribus  earum).  M.  de  Lafitte  incline  à  voir  là  le  Phylloxéra,  et,  pour  appuyer 
son  dire,  il  cite  un  autre  texte  tiré  d'un  Journal  de  voyage  du  comte  de  Bertou 
(1839),  où,  d'après  l'évèque  de  Tyr,  il  est  dit  qu'au  moyen  âge,  dans  les  vigno- 
bles d'Engadi,,  on  eut  raison  d'un  insecte  pernicieux  qui  s'en  prenait  aux  racines 
au  moyen  d'huile  extraite  de  l'asphalte  de  la  mer  Morte.  M.  de  Lafitte  a  du  reste 
défendu  sa  thèse  en  citant  tous  les  textes  à  l'appui,  dans  son  livre  Quatre  ans 
de  lutte  pour  nos  vignes,  pag.  17  à  45  (Paris,  Masson,  1883). 


42  LA    COCHENILLE    BLANCHE. 

e;it  en  effet  citée  par  l'auteur  ancien  comme  un  des  pays  où  le  traitement 
à  l'huile  bitumineuse  était  appliqué.  Nous  avons  fait  plus  que  de  recourir 
à  l'article  de  M.  Koressios;  nous  avons  consulté  M. Gennadius  (d'Athènes), 
et  voici  sa  réponse,  en  date  du  12  juillet  1887  :  «  Aujourd'hui  le  Dactylo- 
pius vitis,  qui  est  bien  certainement  l'insecte  dont  parle  Strabon  (livre  VII, 
chap.  V),  est  combattu  victorieusement  par  le  soufre  appliqué  tout  d'abord 
contre  Voïdium;  mais,  il  n'y  a  pas  plus  de  trente  ans,  les  vignerons  grecs 
de  l'Asie-Mineure  appliquaient  un  remède  qu'ils  appelaient  Spartzoma, 
et  qui  consistait  en  ceci  :  Avec  une  substance  préparée  en  faisant  bouillir 
de  l'asphalte  avec  du  marc  d'huile,  on  peignait  un  anneau  vers  la  base  et 
tout  autour  de  chaque  sarment  de  la  vigne  pour  empêcher  l'insecte  de 
monter  et  de  détruire  les  bourgeons.  Ce  traitement  se  répétait  de  deux  à 
trois  fois  pendant  le  printemps.  »  Ce  que  dit  M.  Gennadius  est  du  reste 
conforme  au  procédé  indiqué  dès  le  xe  siècle  par  l'auteur  arabe  Ibn  el 
Beithar  dit  Temini  el  Mocadessi,  dans  son  Traité  des  simples,  concernant 
l'emploi  du  bitume  de  Judée  pour  le  traitement  des  vignes  aux  environs 
de  Jérusalem  (Leclère  ;  Comptes  rendus,  20  mars  1882). 

Nous  n'avons  pas,  croyons-nous,  besoin  d'insister.  L'insecte  qui  nous 
occupe  est  donc  bien  celui  de  Strabon,  celui  de  l'auteur  arabe  Temini  et 
du  manuscrit  de  Saiut-Saba,  celui  de  M.  Koressios  et  de  M.  Gennadius. 
Depuis  l'antiquité  jusqu'à  nos  jours,  il  a  été  en  Orient  combattu  toujours 
de  la  même  façon . 

Ce  n'est  qu'en  1869  qu'il  a  été  étudié  scientifiquement  par  M.  Niedeisky 
sur  des  exemplaires  trouvés  en  Crimée;  mais  son  introduction  dans  le 
nord  de  l'Afrique  et  l'Europe  occidentale  doit  dater  déjà  d'une  trentaine 
d'années.  Nous  l'avons  observé  en  effet  aux  environs  de  Montpellier  il  y  a 
plus  de  vingt-cinq  ans  ;  mais,  le  prenant  pour  le  Dacty lopins  adonidum  des 
serres,  nous  ne  l'avions  pas  examiné  attentivement  et  distingué  de  ce  dernier. 

II.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 

Le  Dactylopius  vitis  doit  être,  nous  l'avons  dit,  rangé  dans  les  Coche- 
nilles vraies,  c'est-à-dire  celles  dont  le  corps  allongé  avec  les  segments 
distincts  est  recouvert  d'une  abondante  sécrétion  cireuse  blanche  et  pul- 
vérulente. Ces  insectes  ne  perdent  ni  leurs  pieds  ni  leurs  antennes,  comme 
les  Pulvînaria  et  les  Aspidiotus,  ne  se  fixent  jamais  et  pondent  leurs  œufs 
en  un  ou  plusieurs  amas  séparés  recouverts  de  la  même  sécrétion  blanche. 

Le  genre  Dactylopius  est  caractérisé  par  des  antennes  de  huit  articles 
chez  la  femelle  et  de  six  dans  la  larve  de  celle-ci;  le  mâle  a  dix  articles 
aux  antennes  et  sa  larve  en  a  sept,  les  tarses  sont  munis  de  quatre  digitules 


LA    CQCHENILLK    BLANCHE.  43 

ou  poils  dilates  au  bout;  l'anneau  génito-anal  est  entouré  de  six  poils. 
Chez  le  D.  vitis  (PI.  IV),  les  caractères  spécifiques  sont  les  suivants:  Corps 
de  la  femelle  long  d'environ  4  millim.  sur  2  de  large,  d'un  ovale  allongé 
plus  ou  moins  convexe,  de  couleur  jaune  rougeâtre,  entièrement  saupoudré 
de  la  matière  cireuse  blanche  sécrétée  par  des  filières  répandues  sur  toute  sa 
surface,  filières  arrondies  ou  en  forme  de  tubes  tronqués.  En  outre,  ebaque 
segment  sur  ses  bords  présente  de  très  nombreuses  filières  produisant  une 
sécrétion  cireuse  intense  qui  forme  tout  autour  du  corps  des  bâtonnets 
fragiles  de  grandeur  variable,  ceux  de  l'extrémité  abdominale  beaucoup 
plus  longs,  soutenus  par  des  poils  (fig.  2). 

Quand  l'insecte  est  plongé  dans  un  liquide  dissolvant  la  cire,  tel  que  l'alcool 
ou  l'étber,  ces  bâtonnets  disparaissent  et  le  corps  devient  instantanément 
comme  le  représente  la  fig.  3.  Les  antennes  de  buit  articles,  le  troisième  le 
plus  long,  sont  d'un  brun  clair  un  peu  orange  ;  les  pattes,  assez  fortes,  sont 
de  même  couleur  ;  le  crochet,  très  arqué,  a  les  quatre  digitules  peu  déve- 
loppés. Les  lobes  latéraux  de  l'extrémité  abdominale,  outre  de  très  nom- 
breuses filières,  portent  ebacun  un  long  poil  avec  trois  autres  plus  petits. 
La  larve,  au  sortir  de  l'œuf,  a  le  corps  plus  allongé  que  l'insecte  (fig.  1); 
ses  antennes  n'ont  que  six  articles,  dont  le  dernier  est  le  plus  long,  les 
autres  presque  égaux  ;  la  pubescence  du  corps  est  plus  longue,  les  digitules 
des  pattes  beaucoup  plus  visibles,  les  filières  très  peu  nombreuses  et  l'ex- 
trémité de  l'abdomen  éebancrée.  Comme  la  jeune  larve  de  la  Pulvinaria 
vitis,  elle  rappelle  les  jeunes  phylloxéras,  mais  le  nombre  des  articles  des 
antennes  et  l'écbancrure  abdominale  l'en  distingueront  facilement. 

Le  mâle  (fig.  6)  est  très  petit,  d'autant  plus  microscopique  que  le  corps, 
ayant  à  peine  1  millim.  de  long,  est  très  étroit  en  proportion.  La  couleur 
est  d'un  jaune  brun  sur  la  tête  et  la  partie  postérieure  du  thorax.  Celui- 
ci  est  jaune  en  avant,  ainsi  que  la  totalité  de  Y  abdomen  qui  est  allongé  et 
tronqué  à  l'extrémité.  Les  segments  de  celui-ci  sont  garnis  de  deux  à 
quatre  filières  sur  les  côtés  et  portent  une  rangée  de  poils  espacés.  Les 
lobes  de  l'extrémité  sont  munis  de  filières  plus  nombreuses  et  de  quatre 
poils  dont  les  deux  plus  grands,  d'ordinaire  garnis  de  matière  cireuse 
blauche,  constituent  deux  longs  filets  assez  fragiles.  Les  deux  ailes,  très 
longues,  dépassant  de  beaucoup  l'abdomen,  sont  blancbes  avec  les  nervures 
très  peu  marquées,  les  ailes  inférieures  sont  réduites  à  deux  très  petits 
balanciers  terminés  par  un  crochet.  Les  pieds  sont  longs,  assez  densement 
couverts  de  poils,  les  digitules  à  peine  visibles.  La  tête  est  arrondie,  un 
peu  avancée  entre  les  antennes,  avec  quelques  poils  rares.  Comme  chez 
tous  les  mâles  de  cochenilles,  le  suçoir  et  les  organes  digestifs  manquent. 
Les  antennes,  filiformes,  sont  de  dix  articles. 


44  LA    COCHENILLE   BLANCHE. 

Les  larves  qui  doivent  produire  des  mâles  restent  très  petites,  très  allon- 
gées et  ont  des  antennes  de  sept  articles  seulement,  la  pubescence  est  plus 
faible  que  chez  les  larves  femelles  et  les  filières  encore  moins  nombreuses. 
Elles  se  changent  en  nymphes  d'un  blanc  sale,  remarquables  par  leurs  moi- 
gnons d'ailes  (fig.  5)  et  qui,  avant  de  se  transformer  en  mâles  ailés,  restent 
enfermés  environ  huit  jours  dans  une  loge  formée  d'un  amas  de  filaments 
blancs  entre  deux  nervures  de  la  feuille.  Cet  insecte,  spécial  aux  parties 
chaudes  de  l'Europe,  se  trouve  dans  toute  la  zone  connue  sous  le  nom  de 
Région  de  l'olivier.  Il  vit  sur  le  tronc,  les  bras,  les  sarments,  le  revers 
des  feuilles  et  les  fruits  de  la  vigne,  surtout  daus  les  terrains  un  peu  hu- 
mides. Abondant  parfois  en  automne,  on  le  remarque  souvent  sur  les  raûes 
des  raisins  de  table  fraîchement  cueillis,  et  pour  l'aspect  général  nous  ne 
pouvons  mieux  le  comparer  qu'à  un  petit  cloporte  enfariné.  Il  passe  l'hiver 
sous  les  écorces  de  la  souche  et  aussi  enterré,  fixé  sur  les  grosses  racines. 
D'après  M.  Signoret,  l'espèce  n'aurait  qu'une  seule  génération  par  an. 
Nous  pouvons  affirmer  qu'en  Languedoc  elle  en  a  au  moins  deux  '.  A 
l'Ecole  d'Agriculture  de  Montpellier,  aidé  de  M.  Ravaz,  préparateur  de 
Viticulture,  nous  avons  élevé,  sur  une  vigne  en  pots,  de  jeunes  Dactylopius 
trouvés  au  mois  de  mai  sous  les  écorces  d'un  pied  d'Aramon,  et  fin  juin 
nous  avions  des  femelles  pondant  sous  ies  feuilles  entre  les  nervures.  De 
leurs  œufs,  qui  ont  mis  une  dizaine  de  jours  à  éclore,  est  sortie  une  nouvelle 
génération,  adulteles  premiersjours  d'août  et  qui  pondait  à  la  fin  du  même 
mois.  Les  nymphes  et  les  mâles  n'ont  pu  être  observés  qu'alors,  mais  il 
est  bien  probable  qu'ils  nous  avaient  échappé  à  la  première  génération  ; 
nous  n'avons  pas  de  raison  pour  croire,  à  la  parthénogenèse  chez  cet  insecte. 
Fwnagine. —  Les  attaques  de  la  Cochenille  de  la  vigne  sont  d'ordinaire 
suivies  de  la  maladie  du  noir  ou  morphée,  appelée  le  plus  souvent  fumag  ine, 
quia  été  justement  comparée  à  une  couche  de  noir  de  fumée  répandue  sur 
les  feuilles,  les  fruits  et  le  bois.  Elle  attaque  de  nombreux  arbres,  tels  que 
l'olivier,  l'oranger,  la  vigue,  etc.,  et  d'habitude  est  la  conséquence  de  la 
présence  des  cochenilles  sur  le  végétal. 

Cette  maladie  se  manifeste  par  le  développement  d'une  cryptogame  de 
couleur  noire  connue  sous  le  nom  de  Fumago  2,  et  qui  végète  spécialement 
à  la  surface  des  matières  sucrées.  «  Le  champignon,   dit  M.  Prillieux3, 

*  Nous  voyons  cette  seconde  génération  déjà  observée  à  Béziers,  en  1872,  par 
M.Vinas  (Voir  la  Note  bibliographique).  L'insecte,  iuconnu  à  l'auteur,  est  suffisam- 
ment bien  décrit  pour  qu'on  puisse  reconnaître  le  Uaclylopius  vitis 

2  Les  Fumago  appartiennent  à  diiïérentes  espèces  de  champignons  dont  l'évo- 
lution est  mal  connue. 

3  Bulletin  du  ministère  de  l'Agriculture,  1886. 


LA    COCHENILLE    BLANCHE.  45 

est  toujours  absolument  superficiel  ;  uon  pas  à  la  façon  de  l'oïdium  de  la 
vigne,  qui,  tout  en  s'étendantà  la  surface  des  feuilles  et  des  raisins,  plonge 
des  suçoirs  dans  les  cellules  de  l'épidémie  aux  dépens  desquelles  il  vit  et 
qu'il  tue,  mais  comme  le  lierre  ou  comme  les  Orchidées,  qui  poussent 
sur  les  arbres  sans  jamais  y  enfoncer  leurs  racines.  Le  Flimago  rampe 
sur  Pépiderme  et  ne  le  perce  pas  ;  il  recouvre  les  feuilles  d'une  couebe 
opaque  et  continue  qui  met  obstacle  à  l'accomplissement  de  leurs  fonctions, 
mais  il  n'y  puise  rien.  Vivant  des  substances  qui  sont  déposées  à  la  surface 
des  feuilles,  il  peut  végéter  môme  sur  des  matières  inertes,  comme  on  le 
voit  à  Cognac,  où  les  murs  des  chais  et  même  les  édifices  de  la  ville  en  sont 
parfois  noircis.  On  peut  cultiver  dans  des  jus  de  fruits  sucrés,  comme  l'a 
montré  M.  Zolf,  le  Fumago  pris  sur  des  feuilles  vivantes  couvertes  de 
miellat,  et  il  prend  dans  ces  conditions  un  très  puissant  développement.  » 
La  miellée,  qui  par  le  fait  d*une  évaporation  rapide  se  produit  en  été  sur  les 
feuilles  de  certains  arbres,  de  même  que  les  déjections  sucrées  lancées  sous 
forme  de  brouillard  par  beaucoup  de  cochenilles  sur  tous  les  objets  envi- 
ronnants, sont  des  milieux  très  favorables  au  développement  du  Fumago, 
et  d'ordiLaire  il  est  occasionné  par  cette  dernière  cause.  La  vigne  atteinte 
depuis  longtemps  du  Dactylopius  présente  donc  les  conditions  voulues 
pour  la  végétation  du  champignon,  et  bien  souvent  la  présence  de  l'insecte 
est  ainsi  révélée  au  loin. 

III.  —  MOYENS  PRÉVENTIFS. 

Cette  cochenille,  commune  en  Orient,  sa  patrie  d'origine,  ne  paraît  pas 
s'être  beaucoup  multipliée  dans  nos  contrées.  Nous  avons  dit,  d'après 
M.  Gennadius,  que  l'emploi  du  soufre  contre  l'oïdium  paraissait  avoir  en- 
rayé le  mal  d'une  façon  sérieuse  en  Orient.  Il  est  probable  que  sa  faible 
extension  chez  nous  est  due  à  la  même  cause.  Le  principal  remède  est 
donc  le  soufre.  A  défaut  de  cette  matière,  M.  Gennadius  s'est  servi  avec 
succès  de  la  cendre  de  bois. 

Nous  pouvons  ajouter  qu'en  cas  d'invasion,  l'insecte  hivernant  en  très 
grand  nombre  sous  les  écorces,  l'enlèvement  de  celles-ci  pendant  l'Inver- 
sera très  utile.  Nous  avons  suffisamment  décrit  l'opération  de  l'écorçage  à 
propos  de  la  Pulvinaria  pour  qu'il  soit  nécessaire  d'y  revenir. 

L'enlèvement  des  vieilles  écorces  a  un  double  avantage  :  1°  celui  de  dé- 
truire les  insectes,  Cochenilles,  Attises,  Cochylis  ou  Pyrales,  hivernant 
sous  leur  abri;  2°  celui  de  débarrasser  la  souche  des  mousses  et  des  lichens 
nuisant  à  sa  végétation . 


CHAPITRE  IV. 
LES  APHIDES  OU  PUCERONS  DE  LA  VIGNE 


Les  Aphides,  connus  généralement  sous  le  nom  de  Pucerons,  sont  de 
petits  insectes  de  1  à  6  millim.  de  long,  généralement  verts,  jaunes  ou 
bruns,  perdant  entièrement  leurs  couleurs  parla  dessiccation,  et  tellement 
mous  que  la  moindre  pression  les  écrase.  Ils  portent  d'ordinaire  leurs 
ailes  à  la  façon  des  cigales,  c'est-à-dire  en  forme  de  toit  à  deux  versants. 
La  plupart  sécrètent  une  matière  sucrée  dont  les  fourmis  sont  friandes 
et  qui  s'échappe  par  deux  petits  tubes  appelés  cornicules  placés  à  la  partie 
postérieure  de  l'abdomen.  Certaines  espèces,  telle  que  le  Puceron  lanigère 
du  pommier,  sécrètent  par  des  glandes  cutanées  analogues  à  celles  des 
cochenilles  la  matière  cireuse  blanche,  filamenteuse,  dont  nous  avons  parlé 
à  propos  de  ces  dernières.  Leurs  antennes,  assez  longues,  ont  de  trois  à  six 
articles,  leurs  tarses  un  ou  deux  articles. 

Une  des  espèces  les  plus  communes,  le  Puceron  du  plantain,  a  servi 
dès  le  siècle  dernier  au  naturaliste  Bonnet  pour  les  premières  observations 
faites  sur  la  parthénogé  nèse.  La  plupart  de  ces  insectes  sont  habituellement 
vivipares,  pondant  des  petits  éclos  ;  quelques-uns  cependant  pondent  tou- 
jours des  œufs.  Ils  sont  polymorphes,  certains  d'  entre  eux  ailés,  les  autres 
aptères  ;  les  uns  ayant  un  bec,  les  autres  n'en  ayant  pas.  Plusieurs  de  leurs 
formes  successives  dites  agames,  dont  la  première  est  sortie  au  printemps 
d'un  œuf  fécondé  appelé  œuf  d'hiver,  pondent  sans  accouplement  des 
petits  tous  femelles,  se  multipliant  eux-mêmes  par  partbénogénèse.  A  un 
moment  donné,  une  forme  dite  sexuée,  ayant  des  mâles  et  des  femelles, 
apparaît  et  vient  fermer  le  cycle  par  la  ponte  d'un  œuf  fécondé  analogue  à 
celui  qui  a  servi  de  point  de  départ. 

La  vigne,  dans  l'ancien  Monde,  nourrit  deux  espèces  à1  Aphides,  le 
Phylloxéra  vastatrix  et  l'Aphis  vilis. 

Beaucoup  d'auteurs  ont  fait  du  genre  Phylloxéra,  sous  le  nom  de 
Phylloxêriens,  une  petite  famille  à  part,  entre  les  Coccides  et  les  Aphides. 
Les  caractères  invoqués  étaient  les  ailes  placées  à  plat,  l'absence  de  corni- 


LE    PHYLLOXERA    DE    L\    VIGNE.  47 

cules  des  digilules  aux  tarses  et  la  reproduction  toujours  ovipare,  quatre 
caractères  de  Coccldcs  ;  mais  il  y  a  des  Pucerons  vrais,  les  Aploneura,  les 
Vacuna  et  les  Glyphina,  qui  portent  les  ailes  à  plat  ;  plusieurs  genres  n'ont 
pas  de  cornicules,  et  d'autres,  les  Adelges,  pondent  toujours  des  œufs.  Avec 
les  derniers  auteurs,  Lichtenstein  entre  autres,  nous  réunissons  donc  les 
Phylloxéra  aux  Aphides,  les  considérant  comme  des  formes  inférieures 
ayant  certains  caractères  des  Coccides,  mais  se  rapprochant  tellement  des 
Pucerons  par  la  forme,  les  caractères  généraux,  l'évolution  biologique  et 
les  mœurs  qu'ils  ne  peuvent  en  être  séparés. 

Le  genre  Phylloxéra  est  caractérisé  par  une  taille  ne  dépassant  guère 
1  million,  et  demi,  des  ailes  aplaties,  trois  articles  aux  antennes,  un  ou 
deux  articles  aux  tarses,  ceux-ci  munis  de  digitules,  et  l'absence  de  cor- 
nicules sur  l'abdomen.  Il  est  riche  en  espèces  ;  vingt-sept,  à  l'heure  qu'il 
est,  sont  décrites.  Sur  ce  nombre,  une  vingtaine  sont  américaines,  les  autres 
habitent  l'ancien  Monde.  Quinze  vivent  sur  les  noyers  d'Amérique,  neuf 
sont  propres  aux  diverses  espèces  de  chênes,  une  s'attaque  au  châtaignier, 
une  au  saule,  une  enfin,  celle  dont  nous  avons  à  parler  en  détail,  à  plu- 
sieurs espèces  de  vignes. 


LE  PHYLLOXERA  DE  LA  VIGNE 

(Phylloxéra  vastatrix  Planciion) 


Synonymie.  —  Pemphigus  vitifolii  Asa  Fitch,  1854;  Dactylosphœra 
vitifolii  Schimer,  1867  ;  Peritymbia  v itisana  Westwood,  1867;  Rhiza- 
phis  vastatrix  Planchon,  1868. 

Parler  d'un  sujet  après  tant  d'autres  auteurs,  résumer  des  montagnes 
de  livres,  d'opuscules,  de  mémoires,  de  notes,  de  pamphlets  même,  offre 
quelques  difficultés.  Tel  est  le  cas  cependant  de  quiconque  aujourd'hui  doit 
écrire  sur  le  Phylloxéra.  D'ordinaire,  quand  on  veut  traiter  un  sujet,  il 
faut  remonter  aux  origines,  à  grand'peine  parfois  rechercher  les  travaux 
antérieurs,  et,  le  jour  de  la  publication  venu,  trop  tard  souvent,  arrivent 
des  documents  qu'on  eut  été  bien  aise  d'utiliser. 

Pour  l'insecte  qui  nous  occupe,  au  contraire,  l'abondance  des  documents 

1   Voir  la  Bibliographie  après  les  chapitres  traitant  du  Phylloxéra. 


48  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

est  l'obstacle.  Pas  de  recherches  à  faire  dans  les  siècles  passés,  il  est  vrai, 
la  question  date  de  vingt  ans  ;  mais  pendant  cette  courte  période,  quels 
flots  d'encre,  quels  débordements  d'inepties,  quelles  courses  folles  à  la 
conquête  du  prix  de  300,000  fr.  !  «  Pour  une  idée  juste  à  pêcher,  dit 
M.  Planchon  *,  dans  ce  torrent  d'élucubrations  fantaisistes,  il  faudrait 
s'imposer  la  tâcue  de  remuer  des  flots  d'ignorance.  Il  faudrait  parler  du 
crapaud  vivant  enterré  sous  la  souche  pour  attirer  à  lui  le  venin  dont  la 
vigne  phylloxérée  est  atteinte  ;  on  aurait  à  rappeler  l'arrosage  des  ceps 
malades  avec  du  vin  blanc  ou  bien  avec  une  tisane  émolliente  dont  la  mauve 
est  l'ingrédient  principal.  Dans  le  déluge  de  procédés,  la  part  la  plus  large 
est  à  ceux  qui  confondent  le  phylloxéra  et  l'oïdium  ou  qui  n'ont  jamais  vu 
l'un  ou  l'autre  de  ces  parasites.  Le  dépouillement  de  ce  dossier  de  sottises 
jette  un  triste  jour  sur  l'état  d'esprit  du  grand  public  en  fait  d'instruction 
scientifique.  Les  rêveries  creuses  nous  arrivent  de  tous  les  rangs  sociaux 
et  de  tous  les  coins  de  l'Europe.  Les  mieux  recommandés  au  ministère  de 
l'Agriculture  sont  en  général  les  plus  ignorants  ;  les  plus  tenaces  sont  les 
illuminés  de  tout  ordre  qui  tiennent  leur  idée  ou  plutôt  que  leur  idée  obsède 
et  meneaux  confins  delà  folie.  Heureusement,  à  mesure  que  l'observation 
et  l'expérience  serrent  de  plus  près  le  problème,  les  rêveurs  passent  à  l'ar- 
rière-plan,  les  discussions  oiseuses  font  place  à  l'étude  des  faits,  la  recherche 
utile  se  concentre  sur  les  points  encore  obscurs,  laissant  en  pleine  lumière 
ceux  que  la  science  admet  comme  suffisamment  élucidés.  » 

C'est  ce  que  nous  tâcherons  de  faire  nous-même:  laissant  donc  de  côté, 
autant  que  possible,  les  naturalistes  d'occasion,  les  empiriques,  les  cher- 
cheurs de  théories  ou  de  panacées,  les  partisans  du  phylloxera-effet,  nous 
puiserons  nos  documents  dans  les  écrits  de  ceux  dont  la  science  et  l'expé- 
rience ont  consacré  les  travaux.  L'historique,  par  lequel  nous  commençons, 
sera  en  grande  partie  retracé  d'après  les  Comptes  rendus  de  l'Académie 
des  Sciences,  mine  précieuse  où.  abondent  les  documents. 

I.  —  HISTORIQUE. 

Le  genre  Phylloxéra  a  été  créé  en  1834  par  Boyer  de  Ponscolombe  2 
pour  la  première  espèce  observée  à  cette  époque  aux  environs  d'Aix 
(Bouches-du-Rhône) ,  le  Phylloxéra  qucrcûs  vivant  sur  le  chêne.  Cet  insecte, 

1  J.-E.  Plauchou  ;  La  question  phylloxcrique  {Revue  des  Deux-Mondes,  15 
janvier  18S7). 

-  Boyer  de  Ponscolombe  ;  Description  du  genre  Phylloxéra  (Ann.Soc.  entom. 
de  France,  1634). 


LE   PHYLLOXERA    DK    LA   VlGNË.  49 

lixé  sous  les  fouilles  de  l'arbre,  provoque  par  sa  piqûre  le  dessèchement 
partiel  du  parenchyme, et,  quand  il  se  multiplie  beaucoup,  la  feuille  entière 
arrive  à  se  dessécher.  De  là,  l'étymologie  yûUov  feuille,  Çvjpew  dessécher. 
Très  exacte  eu  ce  qui  concerne  la  plupart  des  espèces  décrites  vivant  sur  des 
chênes  ou  des  noyers,  cette  étymologie  ne  l'est  plus  s'il  s'agit  de  celle  qui 
attaque  la  vigne  ;  elle  forme  par  sa  manière  de  vivre  une  exception  dans  le 
geure. 

C'est  en  1854  que  pour  la  première  fois  il  a  été  parlé  du  Phylloxéra  de 
la  vigne  ;  l'espèce  découverte  aux  Etats-Unis,  dans  des   galles,  sur  des 
feuilles,  par  Asa  Fitch1,  entomologiste  officiel  de  l'Etat  de  New-York,  fut 
décrite  par  ce  naturaliste  sous  le  nom  de  Pemphigus  2  vitifolii.  Le  Dr  Henri 
Shimer,  de  Philadelphie,  retrouvait  en  1867  les  mêmes  galles  et  le  même 
insecte,  mais  cette  fois  sous  deux  formes  différentes,  l'Aptère  gallicole  et 
VAilé.  Les  séparant  avec  raison  des  Pemphigus,  à  cause  des  digitules  ou 
poils  de  l'extrémité  des  tarses  terminés  par  une  ventouse  qu'il  prit  pour 
un  houton,  le  naturaliste  américain  en  fit  le  Dactylosphxra  vitifolii  [Ann. 
des  Sciences  naturelles  de  Philadelphie).  Dès  1863,  cependant,  l'espèce 
d'Asa  Fitch  avait  passé  l'Atlantique  et  était  trouvée  en  Angleterre  par 
Westwood  dans  les  serres  à  raisins  (grapperies  ou  vineries)   de  Ham- 
mersmith,  près  Londres.  Le  célèbre  professeur  d'Oxford  avait,  lui  aussi, 
tout  d'abord  rencontré  des  Gallicoles;  mais,  ayant  eu  l'idée  de  rechercher 
sur  les  racines,  il  avait  découvert  une  nouvelle  forme,  le  Radicicole.  Quel- 
ques années   après   (18G7-1868),    l'insecte   était  signalé  dans   plusieurs 
localités  d'Angleterre   et  d'Irlande.  Le  savant  anglais  le   décrivit   alors 
sous  le  nom  de  Peritymbia  vitisana  et  le  présenta  le  21  novembre  18G7  à 
Y Ashmolean  Society  d'Oxford. 

Tandis  que  le  parasite  était  ainsi  constaté  sur  plusieurs  points  de  l'An- 
gleterre, le  dépérissement  de  la  vigne  occasionné  par  sa  présence  était  en 
môme  temps  sig  .aie  en  France  de  divers  côtés,  mais  sans  que  la  cause  en 
fut  connue.  Nous  trouvons  en  effet  daus  la  Revue  agricole  et  forestière  de 
Provence  (5  mars  18G8)  une  lettre  écrite  par  M.  Delorme,  vétérinaire  à 
Arles,  à  la  date  du  8  novembre  18G7  et  adressée  au  Président  du  Comice 
agricole  d'Aix,  lettre  où.  le  mal  est  signalé  comme  s'étant  manifesté  dans  la 
Crau  d'Arles  dès  le  mois  de  juillet  1867.  M.  Delorme  est  le  premier  qui  ait 
parlé  dans  une  publication  française  de  ce  qu'on  appelait  alors  la  nouvelle 
maladie  de  la  vigne;  mais  dans  le  déparlement  du  Gard  elle  avait,  paraît-il, 

1  Asa  Fitch  ;  Paient  office  Report,  I55i ,  pag.  79  ;  et  Soc.  d'Agr.  de  Neiv-Yorh, 
1854,  pag.  8G-2. 

2  Les  Pemphigus  sont  des  pucerons  sans  digitules  aux  patios,  habitant  dans 
des  galles  dont  le  type,  le  Pemphigus  bursarius  do  Linné,  \ii  sur  le  peuplier. 

4 


50  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VÏÛNE. 

été  constatée  dès  1863  '  dans  la  commune  de  Pujault.  C'est  ce  que  nous 
apprend  une  Note  de  M.  dePenaurun,  de  Villeneuve-les-Avignon,  publiée 
le  7  juillet  1868  dans  le  Bulletin  de  la  Société  d'Agriculture  de  Vaucluse. 
Bref,Ies  agriculteurs  provençaux  s'inquiétaientdu  dépérissement  inexpliqué 
de  la  vigne,  et  plusieurs  d'entre  eux,  ayant  trouvé  sur  les  racines  mortes  des 
traces  de  mycélium,  comme  il  y  en  a  sur  presque  tous  les  tissus  ligneux 
privés  de  vie  et  enfouis  dans  le  sol,  l'attribuaient  au  Pourridié  ou  Blanquet, 
maladie  crytogamique  de  la  vigne  qui  se  produit  dans  les  endroits  à  sous- 
sol  imperméable.  Ce  Pourridié  semblait  toutefois,  contre  toutes  les  règles, 
se  produire  sur  les  vignes  de  coteau  les  plus  jeunes,  les  plus  vigoureuses 
et  les  mieux  drainées.  Ce  fut  alors  que  la  Société  d'Agriculture  de  Vaucluse 
et  M.  Gauthier,  maire  de  Saint-Rémy  (Bouches-du-Rliône),  sollicitèrent  le 
concours  de  la  Société  centrale  d'Agriculture  de  l'Hérault. 

Une  commission  composée  de  MM.  G.  Bazille,  J.-E.  Plancbon  et  F.  Sahut 
futdesuite  nommée, et  dans  lajournée  du  15  juillet  1868  les  délégués  étaient 
réunis  sur  les  terres  du  château  de  Lagoy,  près  Saint-Rémy.  Les  recherches, 
opérées  avec  soin  sur  les  racines  des  vignes  malades,  aboutissaient  bientôt  à 
la  découverte,  par  M.  Sahut,  d'une  masse  confuse  de  petits  insectes  jaunes 
que  M.  Plancbon  reconnut  tout  d'abord  à  la  loupe  comme  voisins  des  Coche- 
nilles et  des  Pucerons.  Rentré  à  Montpellier  et  aidé  de  M.  Donnadieu, 
préparateur  de  Zoologie  à  la  Faculté  des  Sciences,  M.  Plancbon  examina 
l'insecte  au  microscope,  le  rapporta  décidément  au  groupe  des  Aphidiens 
(Pucerons)  et  le  nomma  provisoirement  Rhizaphis  vastatrix.Une  Note  était 
peu  de  temps  après  rédigée  et  envoyée  à  l'Institut 2.  La  première  publica- 
tion faite  fut  toutefois  le  rapport  présenté  à  la  Société  d'Agriculture  de 
l'Hérault,  rapport  publié  parle  Messager  du  Midi  dès  le  22  juillet  1868  et 
signé  des  trois  délégués. 

La  cause  du  mal  était  donc  reconnue.  «  Deux  jours  de  recherches,  dit 

1  «  C'est  à  peu  près  entre  1858  et  186Ï  que,  par  une  singulière  coïncidence, 
les  importations  de  cépages  américains  racines  se  sont  faites  à  la  fois  sur  divers 
points  de  l'Europe  (Bordeaux,  Roquemaure,  Angleterre,  Irlande,  Alsace,  Alle- 
magne, Portugal).  C'est  à  partir  de  18G3  que  les  premiers  signes  du  mal  se  dé- 
clarent, d'abord  dans  les  serres  du  Royaume  Uni,  puis,  d'une  manière  vague,  aux 
environs  de  Pujault,  près  de  Roquemaure  (Gard);  plus  clairement,  en  186G,  dans 
le  Vaucluse,  les  Bouches-du  Rhône  et  Bordeaux;  plus  tard  encore,  en  Allemagne 
et  en  Autriche  (Klotternenburg),  où  l'importation  américaine  remonte  à  des  épo- 
ques variées  »  (Plancbon  ;  La  question  pkylloxcrique  en  187G.  Revue  des  Deux- 
Mondes,  15  janvier  1877). 

a  J.-E.  Planchon,  G.  Bazille  et  F.  Sahut  Comptes  rendus  Acad.  des  Se.,  séance 
du  3  août  1868,  pag.  333. 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA   VIGNE.  51 

M.  Pkuidioii l,  nous  Qreut  voir  les  insectes  en  cent  endroits,  partout  où  la 

Figne  soulTrait.  Dès  ce  moment,  un  fait  capital  était  établi  :  c'est  qu'un 
insecte  presque  invisible,  se  dérobant  sous  terre,  s'y  multipliant  par  my- 
riades d'individus,  amenait  l'épuisement  des  ceps  les  plus  vigoureux.  Mais 
cet  insecte,  d'où  venait-il  ?  Etait-il  décrit  ?  Qnels  étaient  en  tout  cas  ses 
alliés  les  plus  proches?  Ces  questions  n'étaient  pas  faciles  à  résoudre  du 
premier  coup  ;  elles  ne  pouvaient  même  l'être  qu'à  la  condition  de  trouver 
l'insecte  sous  tous  ses  états. 

«N'ayant  vu  d'abord  que  des  insectes  souterrains  dépourvus  d'ailes,  je 
cherchai  obstinément  la  forme  ailée,  que  je  supposais  devoir  exister.  Cette 
forme  existait  en  effet,  et,  l'ayant  découverte  à  l'état  de  nymphe  avec  ses  ailes 
encore  enfermées  dans  leurs  fourreaux,  je  la  vis  éclore  le  28  août  18G8 
comme  un  élégant  petit  moucheron,  ou  plutôt  comme  une  cigale  en  minia- 
ture, portant  étalée  à  plat  ses  quatre  ailes  transparentes.»  L'insecte,  soumis 
par  MM.  Planchon  et  Lichtenstein  au  savant  hémiptériste  de  Paris, 
M.  Signoret,  fut  ramené  par  lui  au  genre  Phylloxéra  2,  créé  par  Boyer  de 
Fonscolombe  pour  le  Ph.quercûs.  «  Voilà  donc,  continue  M.  Planchon, 
mon  Bhizaphis  rapporté  à  son  vrai  genre.  Restait  à  le  reconnaître  pour 
identique  à  l'insecte  américain.  Le  premier  pas  dans  ce  cens  fut  le  résultat 
d'un  heureux  hasard.  Le  11  juillet  1869,  voyageant  avec  une  commission  de 
la  Société  des  Agriculteurs  de  France,  je  découvris  à  Sorgues  (Vaucluse), 
sur  deux  ceps  d'une  variété  de  vigne  appelée  Tinto,  de  nombreuses  galles 
pareilles  à  celles  du  Pemphigus  américain.» 

D'après  le  Dr  Plumeau3,  ce  serait  M.  Laliman  qui  aurait  trouvé  le  pre- 
mier, en  France,  des  feuilles  avec  des  galles  phylloxériques  sur  des  plants 
américains.  Nous  mentionnons  la  chose  en  historien  fidèle  ;  mais,  au  fond, 
peu  importe  à  la  science  et  à  la  viticulture  que  la  forme  gallicole  ail  ete 
trouvée  à  Bordeaux  ou  à  Sorgues  ;  elle  l'a  été,  en  tout  cas,  on  peut  le  dire, 
à  peu  prés  simultanément.  Au  printemps  de  1869,  J.  Lichtenstein,  le  pre- 
mier, avait  avancé  que  l'insecte  des  racines  était  la  forme  souterraine  du 
Pemphigus  vilifolii  d'Asa  Fitch  ;  simple  hypothèse  qui  devait  bientôt 
devenir  un  fait  acquis  et  dont  Planchon  lui-même  ne  tardait  pas  à  accepter 
la  responsabilité  [Mess.  agr.  du  Midi,  5  septembre  1869). 

Pendant  que  ces  études   se  poursuivaient  chez  nous,  Westwood  avait 

1  J.-E.  Planchon  ;  Le  Phylloxéra  en  Europe  et  en  Amérique  {Revue  des  Deux- 
Mondes,  1er  février  1874). 

2  Signoret;  Bulletin  Soc.  entom.  de  France,  23  septembre  18G8. 

3  Dr  Plumeau  ;  Association  française  pour  l'avancement  des  Sciences,  1872, 
session  de  Bordeaux,  pag.  G3C. 


52  LE  phyLloxeiia  dé  la  YICLNË. 

continué  ses  observations  en  Angleterre,  avait  reçu  des  insectes  de  France 

et  des  États-Unis,  et,  dans  une  Note  insérée  dans  les  Proceedings  ofthe 

London  entomol.  Society  du  1er  février   1869,  il   reconnaît   dans   son 

Perilymbia  vitisana  de  18G7  l'insecte    nommé  Pemphigus  vitifolii  par 

Asa  Fitcb,  Dactylosphœra  vitifolii  par  Shimer,  Phylloxéra  vastatrix  par 

Plancbon. 

Malgré  quelques  protestations  venant  des  partisans  absolus  de  la  priorité 
en  fait  de  nomenclature,  c'est  ce  dernier  nom  qui  a  été  adopté  par  la  science, 
pour  trois  raisons:  d'abord, au  nom  môme  de  la  priorité,  le  genre  Phylloxéra, 
datant  de  1834,  ne  pouvait  être  débaptisé;  ensuite  le  qualificatif  de  vastat rix 
dévastateur,  bien  mieux  que  celui  de  vitifolii  ou  de  vitisana,  répond  à 
l'idée  d'un  insecte  destructeur  par  excellence;  l'usage  enfin,  ce  grand  maître, 
avait  de  suite  consacré  une  épitbéte  répétée  par  la  presse  du  monde  entier. 

«  De  son  côté,  en  1870,  le  professeur  Riley,  qui  habitait  alors  Saint- 
Louis  (Missouri),  établit  :  1°  l'identité  de  l'insecte  à  galles  d'Europe  et 
de  celui  d'Amérique  ;  2°  l'identité  des  types  Gallicoles  et  Radicicoles  '.  » 
Ces  observations,  confirmées  en  1871  lors  d'un  voyage  du  savant  améri- 
cain en  France,  ne  devaient  plus  être  discutées . 

Tel  était  le  degré  des  connaissances  en  1870,  tel  il  était  encore  en  1873. 
Pendant  ces  trois  années,  malgré  les  recbercbes  attentives  d'un  grand 
nombre  de  naturalistes,  le  cycle  des  métamorpboses  n'avait  pu  être  fermé. 
La  forme  sexuée,  qui  existe  cbez  tous  les  Aphidiens  et  pond  l'œuf  d"biver, 
ne  pouvait  manquer  cbez  les  Phylloxéras.  Tout  d'abord  on  avait  pris  les 
Ailés  pour  cette  forme  sexuée2.  L'erreur  était  permise,  les  mâles  étant 
d'ordinaire  munis  d'ailes  cbez  les  pucerons  et  même  cbez  certains  Phyl- 
loxéras (Phylloxéra  quercûs)  ;  puis  on  s'aperçut  que,  cbez  l'espèce  de  la 
vigue,  tous  les  individus  ailés  pondaient,  et  pondaient  sans  accouplement. 
C'était  donc  encore  une  forme  agame  aussi  bien  que  celles  des  feuilles  et 
des  racines.  La  forme  sexuée,  si  remarquable  en  ce  qu'elle  n'a  pas  de 
suçoir,  a  été  découverte  d'abord  cbez  le  Phylloxéra  du  cbène  par  M.  Bal- 
biani3,  ensuite  cbez  celui  de  la  vigne  par  M.  Max  Cornu4,  qui  n'observa 
toutefois  que  deux  femelles.  Cette  étude  ayaut  été  reprise  en  1874  à  Mont- 

1  Les  Vignes  américaines,  par  Bush  et  Meissner,  traduit  Je  l'anglais  pir 
L.  Bazille,  revu  et  annoté  par  J.-E.  Planchon,  1876  ;  et  2e  éd.,  1885. 

2  Dr  Schimer  ;  Proceelings  ofthe  Acad.  ofnat.  Se.  of  Philadelphia,  n°  l,  I867, 
pag.  2  à  11.  —  Signoret;  Le  Phylloxéra  vastatrix  (Ann.  Soc.  cnlom.  de  Fr., 
1869,  pag.  549). 

:<  Balbiani  ;  Comptes  rendus  de  V Acad.  des  Se.,  20  octobre  1873,  pag.  S 8 i . 
*  Max.  Cornu;  Comptes  rendu:,  3  novembre  1873,  pag.  1015. 


LE    PHYLLOXERA    DE   LA    VIGNE.  53 

pellier  par  M.  Balbiani  ',  le  mâle  et  la  femelle  étaient  entrevus  à  travers 
la  coque  des  œufs  pondus  en  captivité  par  des  Ailés.  Au  mois  d'août  1875, 
M.  Boiteau  découvrait  le  lieu  de  ponte  de  ces  Ailés 2 . 

Restait  à  étudier  les  Sexués  sur  un  certain  nombre  d'individus  normale- 
ment éclos,  à  observer  leur  accouplement  ainsi  que  leur  ponte,  à  trouver  enfin 
l'œuf  d'hiver  eu  plein  air.  Selon  les  observations  faites  sur  l'espèce  du 
chêne,  il  devait  être  caché  sous  les  écorces  de  la  souche.  C'est  ce  que 
réussit  à  découvrir  M.  Balbiani  au  mois  de  septembre  de  la  môme  année. 
Commodément  installé  à  Libourne  chez  M.  Boiteau,  dans  un  cabinet  de 
travail  muni  de  bons  microscopes, cabinet  que  nous  connaissons  bien  pour  y 
avoir  personnellement  recherché  l'œuf  d'hiver  en  1878,  M.  Balbiani  put 
mener  à  bonne  un  ces  délicates  observations  et  fermer  ainsi  le  cycle  des 
métamorphoses  du  Phylloxéra  vastatrix3. 

En  même  temps  étaient  publiées  par  M.  Balbiani  ses  belles  observations 
sur  la  dégénérescence  graduelle  des  ovaires  chez  les  Phylloxéras,  dégéné- 
rescence qui,  s'accentuant  de  génération  en  génération,  peut  aboutir  à  la 
stérilité  des  aptères  agames,  mais  se  termine  d'ordinaire  par  la  production 
de  Y  Ailé  et  du  Sexué  pondant  son  œuf  unique.  La  fécondation  de  cet  œuf 
par  l'accouplement  des  Sexués  étant,  selon  l'auteur,  le  point  de  départ 
d'une  fécondité  nouvelle,  il  put  conclure  à  l'extinction  complète  d'une 
colonie  dont  chaque  année  les  (eufs  d'hiver  seraient  détruits  par  un 
traitement  insecticide. 

De  1875  à  1881,  les  études  avaient  continué.  Dans  une  série  de  Notes  à 
l'Institut  envoyées  par  M.  Boiteau  4,  le  lieu  de  ponte  des  Sexués  était  pré- 
cisé, les  Phylloxéras  issus  de  l'œuf  d'hiver  observés,  leur  fixation  d'abord 
aux  feuilles  puis  aux  racines  constatée  par  l'expérience.  Aucun  fait  saillant 
n'était  venu  infirmer  les  travaux  de  M.  Balbiani;  des  œufs  d'hiver  avaient 
été  trouvés  en  nombre  à  Libourne  par  M.  Boiteau  ;  mais,  quelque  con- 
fiance qu'on  eût  dans  les  observations  du  savant  professeur  au  Collège  de 
France,  la  science  n'avait  pas  adopté  complètement  ses  conclusions.  M.  Liech- 
tenstein et  nous-mème  avions  bien  observé  en  Languedoc  la  ponte  des 
Ailés  et  l'éclosion  des  Sexués;  l'œuf  d'hiver  avait  bien  été  obtenu  par  nous 
en  plusieurs  exemplaires  dans  notre  laboratoire  de  l'Ecole  d'Agriculture  du 

1  Balbiani  ;  Comptes  rendus,  ;i  I  août  et  14  décembre  1874. 

2  Boiteau-,  Intérêt  public  de   Libourne,  noS  dos    2,  !)  et  [6   septembre   1875. 
Voir  également  à  ce  sujet  Balbiani  ;  Comptes  rendus,  4  octobre  1875. 

3  Balbiani;  Comptes  rendus,  4  octobre  1875  et  17 juillet  1  s 7 < ". . 

'<  Boiteau  ;  Comptes  rendus  de  f  Académie  des  Sciences,  10  mai,  5  juin,  8  juillet, 
5  août  et  G  novembre  1S7G. 


54  LE   PHYLLOXERA   DE    LA    VIGNE. 

Montpellier  •;  mais  l'observation  sur  les  vignes,  en  plein  air,  de  cette  ponte 
du  Sexué  manquait  encore  en  dehors  de  la  Gironde.  Malgré  les  recherches 
attentives  de  MM.Planchon,  Lichtenstein  et  Mares,  malgré  celles  que  depuis 
1877  nous  avions  entreprises  nous-mêmeà  Montpellier,  après  avoir  été  à 
plusieurs  reprises  étudier  la  question  à  Bordeaux  et  à  Libourne, ayant  M.  Boi- 
teau  pour  guide;  malgré  une  mission  spéciale  dans  l'Hérault  confiée  en  1878 
à  M.  BoiteauparM.  le  Ministre  de  l'Agriculture,  l'œuf  fécondé  continuait 
à  se  dérober  à  toutes  les  recberches.  Se  comportait-il  dans  les  pays  secs 
comme  sous  les  climats  humides?  N'éclosait-il  pas  avant  l'hiver?  La  question 
se  posait  dans  la  plupart  des  écrits  sur  le  Phylloxéra 2;  et  quand  M.  Graëlls» 
professeur  d'anatomie  comparée  à  l'Université  de  Madrid,  eut  annoncé  en 
septembre  1878,  au  Congrès  viticole  de  Montpellier,  qu'il  avait  vu  éclore 
le  8  août,  à  Malaga,  des  œufs  pondus  en  juillet3;  quand  il  eut  surtout  confirmé 
ses  observations  en  1879  et  18804,  cette  question  parut  résolue  par  l'affir- 
mative. «  M.  Graëlls,  dit  M.  Planchon,  est  un  savant  dont  le  coupd'œil  et 
le  jugement  ne  sauraient  être  mis  en  suspicion  lorsqu'il  s'agit  d'un  fait  qu'il 
affirme  avoir  vu  5  » . 

Personne  ne  pouvait  douter  de  la  bonne  foi  de  M.  Graëlls,  nos  relations 
personnelles  et  amicales  avec  le  savant  espagnol  nous  permettent  de 
l'affirmer  hautement;  mais  dans  des  observations  aussi  délicates,  où  il  faut 
procéder  d'abord  par  des  recherches  générales  longues  et  minutieuses  à  la 
loupe,  puis  isolément  par  un  .examen  au  microscope  de  tous  les  corpus- 
cules invisibles  à  l'œil  nu  ressemblantà  un  œuf,  avait-il  observé  avec  toute 
la  rigueur  voulue  ? 

«Pour  faire  mes  recberches,  dit  M.  Graëlls6,  j'emportai  de  Malaga  à 
Madrid  des  morceaux  de  ceps  de  vignes  phylloxerées.  Perdant  l'espoir  de 
trouver  l'œuf  d'biver  à  la  loupe,  à  la  façon  de  M.  Boiteau,  il  me  vint  a 
l'idée  d'imprimer  de  fortes  secousses  aux  morceaux  desséchés  des  vignes 
sur  un  papier  blanc  placé  sur  une  table.  En  examinant  à  la  loupe  attentive- 
ment les  détritus  recueillis,  j'ai  fini  par  découvrir  quelques  œufs  des  Sexués 

1  Valéry  Mayet  ;  Comptes  rendus,  2  novembre  1880. 

2  Planchon  ;  La  question  phylloxérique  en  187G  (Revue  clés  Deux-Mondes, 
15  janvier  1877),  et  page  30  du  tirage  à  part. 

3  Compte  rendu  du  Congrès  de  Montpellier,  1878,  pag.  102. 

4  Voir  à  ce  sujet  :  Lichtenstein;  Le  Phylloxéra  en  Espagne  (Journal  La  Vigne 
américaine,  1879,  pag.  208).—  Graëlls;  L' au f  d  hiver  du  Phylloxéra  (Journal 
de  l'Agriculture,  1880,  pag.  27  et  pag.  102).  —  Planchon;  Vigne  américaine, 
1880,  pag.  70. 

5  Planchon  ;  Vigne  américaine,  1880,  pag.  120. 

6  Journal  de  l'Agriculture,  1880,  pag.  106. 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE.  55 

bien  reconnaissables  par  leurs  singuliers  caractères.  Placés  dans  un  tube 
d'observation,  il  éclorent,  les  uns  au  bout  de  trois  ou  quatre  jours,  les 
autres  un  peu  plus  tard.» 

Les  recherches  en  Languedoc  furent  dès  lors  considérées  comme  inutiles 
par  certains  naturalistes.  Lichtenstein,  pour  ne  citer  qu'un  des  plus  connus, 
les  abandonna  complètement,  et,  mieux  que  personne  cependant,  il  était  apte 
à  les  meneràbonneûn.otVous  perdez  votre  temps»,  nous  disait-il; «Cherchez 
et  vous  trouverez»,  nous  écrivait  au  contraire  M.  Balbiani.  Confiant  dans  la 
manière  de  voir  du  savant  qui  le  premier  avait  su  trouver  l'œuf  fécondé 
dans  la  Gironde  ;  convaincu  nous-mème  que,  pour  la  France  du  moins, 
l'expérience  de  Madrid  n'était  pas  concluante,  nous  avons  continué  à 
chercher,  et  le  16  mars  1831  nous  trouvions  l'œuf  d'hiver  à  Montpellier1, 
au  domaine  de  Viviers,  chez  M.  Pagezy,  ancien  sénateur.  Nous  le  trou- 
vions eu  quantité  telle  que  tous  les  observateurs,  Lichtenstein  le  premier, 
en  ont  eu  à  leur  disposition  et  l'ont  trouvé  eux-mêmes  sur  nos  indications. 

A  cette  occasion,  nous  reçûmes  la  visite  de  M.  Henneguy,  délégué  de  l'A- 
cadémie des  Sciences,  préparateur  de  M.  Balbiani  au  Collège  de  France,  et 
c*est  à  partir  de  ce  momeut  que  purent  être  organisées  par  lui  à  Montpellier, 
au  domaine  de  la  Paille,  chez  M.  Mares,  correspondant  de  l'Institut,  les 
expériences  si  concluantes  sur  la  destruction  complète  de  l'œuf  fécondé  par 
les  badigeonnages  insecticides  2.  Le  point  de  repère  qui  nous  avait  guidé 
d'une  façon  si  sûre  dans  la  recherche  de  l'œuf  d'hiver,  c'est-à-dire  les  galles 
observées  annuellement  sur  un  même  point,  a  permis  à  MM.  Balbiani  et 
Henneguy  d'opérer  àcoupsùr,ettouUe  monde,  parla  disparition  complète 
de  ces  galles  couvrant  depuis  longtemps  chaque  année  tout  un  quartier  de 
vignes,  a  pu  constater  l'efficacité  du  procédé.  Fin  1886,  le  badigeounagena 
pas  été  fait  :  les  galles  ont  reparu  en  1887  ;  fin  1887,  il  a  été  renouvelé  :  il 
n'y  avait  de  galles  en  1888  que  sur  les  ceps  témoins. 

M.  Graèlls  toutefois  ne  s'est  pas  encore  rendu,  et  dans  son  dernier  tra- 
vail sur  les  Aphidiens  (Cuestiones  biologico-ontogenicas  y  fisiologicas  de 
los  Afidios.  Madrid,  1887)  il  persiste  à  regarder  ses  expériences  comme 
définitives.  Nous  considérons,  de  notre  côté,  notre  observation  comme 
concluante,  du  moins  en  ce  qui  concerne  la  France  et  la  plus  grande  partie 
de  l'Europe;  la  thèse  de  l'éclosion  estivale  n'est  du  reste  plus  soutenue  d'une 
façon  absolue  qu'en  Espagne3. 

1  Valéry  Mayet  ;  Comptes  rendus  Académie  des  Sciences,  28  marô  1881. 

2  Balbiani;  Comptes  rendus,  10  avril  1882  et  20  octobre  1881. 

3  Eu  France,  il  s'ast  produit  récemment  une  théorie  que  nous  appellerons 
mixte,  théorie  qui  jusqu'à  présent  n'a  été  admise  nue  par  sou  auteur.  M.  Donna- 


56  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

De  l'Andalousie  nous  ne  pouvons  rien  dire,  des  piys  tropicaux  encore 
moins.  Il  est  certain  cependant  qu'à  Panama,  par  exemple,  où  M.  Collot, 
professeur  à  la  Faculté  des  Sciences  de  Dijon,  a  constaté  le  Phylloxéra 
sur  les  feuilles  du  Vitis  caribœa,  feuilles  qui  ont  été  envoyées  à  M.  Plan- 
chon,  l'œuf  fécondé  peut  et  doit  ne  pas  se  comporter  comme  en  Europe. 
Le  Bombyx  du  mûrier  nous  offre  un  phénomène  venant  à  l'appui  de  cette 
hypothèse.  Ses  œufs,  suivant  les  belles  expériences  de  M.  Duclaux,  n'éclo- 
sent  normalement  dans  les  pays  tempérés  que  lorsqu'ils  ont  subi  l'influence 
du  froid,  c'est-à-dire  après  l'hiver  ou  un  séjour  d'un  ou  deux  mois  dans 
une  glacière.  A  côté  de  cela,  il  y  a  dans  les  pays  chauds,  l'Inde  par 
exemple,  les  races  dites  bivoltines  et  trivoltines,  dont  les  œufs  éclosent 
sans  avoir  subi  l'action  du  froid,  et  qui  produissent  ainsi  plusieurs  généra- 
tions dans  l'année.  Les  Bombyx  du  mûrier  à  générations  multiples,  rares 
en  France,  plus  fréquents  en  Italie  et  en  Espague,  sont  communs  et  même 
constituent  la  règle  dans  les  pays  tropicaux.  Les  trioollins  de  l'Inde  éclo- 
sent en  février,  en  juin  et  en  octobre. 

Marche  du  fléau. 

Originaire  d'Amérique,  ou,  pour  mieux  préciser,  de  la  partie  des  Etats- 
Unis  située  à  l'est  des  Montagnes-Rocheuses,  le  Phylloxéra  se  trouvait 
fortement  établi  vers  1869  dans  le  sud-est  et  le  sud-ouest  de  la  France.  Les 
deux  points  d'introduction,  deux  collections  de  vignes  américaines  situées 
à  Roquemaure  (Gard)  et  à  Floirac  aux  portes  mêmes  de  Bordeaux,  avaient 
été  précisés  et  formaient  deux  larges  taches  rayonnant  rapidement  et  ten- 
dant à  converger  l'une  vers  l'autre.  Eu  1870,  le  Gard,  le  Vaucluse,  les 
Bouches-du-Rhùne,  le  Var,  étaient  complètementenvahis,  l'Hérault  atteint 
dans  l'un  de  ses  plus  riches  vignobles,  la  plaine  de  Lunel.  De  1871  à  1876, 
tout  J 'arrondissement  de  Montpellier  était  eu  grande  partie  détruit  et  celui 
de  Béziers  entamé.  A  la  même  époque,  vers  le  Nord,  l'ennemi,  après  avoir 
ruiné  les  célèbres  vignobles  des  côtes  du  Rhône,  entourait  Lyon  de  nom- 
breux peints  d'attaque,  poussant  des  pointes  hardies  jusqu'en  Beaujolais. 

dieu,  dont  nous  avons  cité  dans  nos  premières  pages  le  bon  travail  sur  le  Phy- 
loptus  vitis,  et  qui  le  premier  a  étudié  le  Phylloxéra  au  microscope  avec  M.  Plan- 
chon,  parle,  dans  uue  Note  à  l'Institut  (Compt.  rend.,  9  mai  1887)  d'œufs  fé- 
condés qui  passeraient  l'hiver  et  d'œufs  fécondés  qui  écloraient  à  l'automne.  Ces 
deux  sortes  d'œufs  seraient  pondus  par  deux  formes  dilîérentes  de  Phylloxéra. 
Nous  attendons  un  travail  ultérieur  annoncé  par  l'auteur,  travail  qui  éclaircira 
sans  doute  certains  points  de  son  observation,  dont  nous  ne  pouvons  parvenir  à 
bien  saisir  la  précision. 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE.  57 

En  1878,  l'invasion  atteignait  les  Alpes-Maritimes,  la  Corse,  l'Aude,  les 
Pyrénées-Orientales,  l'Aveyron,  le  Puy-de-Dôme,  l'Ain,  la  Saône-et- 
Loire  et  la  Cùte-d'Or. 

Dans  l'Ouest,  la  marche,  assez  lente  au  début,  était  très  rapide  à  partir 
de  1P72.  Le  Médoc  et  le  Sauternois,  aux.  terres  de  graves  mélangées  de 
sable,  offraient  une  certaine  résistance  à  l'invasion  ;  mais  les  palus,  l'Eutre- 
deux-mers,  le  Lot-et-Garonne  et  la  Dordogne  aux  terres  plus  argileuses, 
les  Cliarentes  surtout,  au  sol  crayeux,  peu   profond,  se  fendillant  en  été, 
étaient  gravement  atteints,  et,  vers  1879,  complètement  ruinés.  En  1880, 
sur  la  carte  officielle  publiée  chaque  année  par  le  ministère  de  l'Agriculture, 
les  deux  grandes  taches  du  Sud-Est  et  du  Sud-Ouest,  teintées  de  gris  ou 
de  brun  suivant  l'intensité  de  l'invasion,  étaient  soudées  à  travers  le  Lot, 
le  Gers,  le  Tarn-et-Garonne,  la  Haute-Garonne  et  le  Tarn.  Au  Nord,  la 
teinte  atteignait  la  Loire  par  l'Indre,  le  Loir-et-Cher  et  le  Loiret.  Dans 
les  dernières  cartes  publiées,  le  département  de  Seine-et-Marne  est  teinté; 
et  voilà  qu'au  grand  effroi  des  viticulteurs  des  environs  immédiats  de  Paris, 
le  Phylloxéra  vient  d'être  découvert  sur  les  vignes  en  espalier  de,  l'Ecole  na- 
tionale d'Agriculture  de  Grignon  tSeine-et-Oise).  Dans  le  bassin  du  Rhône, 
tous  les  départements  viticoles  sont  teintés.  En  Corse,  le  mal  a  envahi 
les  arrondissements  d'Ajaccio,  de  Corte  et  de  Bastia.  A  l'heure  qu'il  est, 
plus  d'un  million  d'hectares  sont  atteints  eu  France,  et,  parmi  nos  grands 
vignobles,  la  Champagne  seule  est  indemne,  bien  que  fortement  menacée 
par  les  points  d'attaque  de  Seine-et-Marue. 

En  Algérie,  maigre  la  loi  de  1881  ordonnant,  comme  en  Suisse,  l'ex- 
tinction complète  des  foyers,  plusieurs  points  d'attaque,  apparus  successi- 
vement à  Sidi-bel-Abbès,  Tlemcen,  Oran,  Philippeville,  La  Calle,  Souk- 
Arras,  ont  été  reconnus  et  détruits  depuis  1885. 

A  l'étranger,  aussi  bien  qu'en  France,  ce  sont  les  plants  américains  qui, 
au  début,  ont  introduit  le  Phylloxéra.  En  Portugal,  dans  la  vallée  du 
Douro,  les  vignes  mouraient  bien  avant  que  l'insecte  eût  été  découvert. 
Sa  présence,  constatée  en  1870,  parait  remonter  à  une  importation  amé- 
ricaine de  1863.  Dans  les  vignobles  espagnols,  les  deux  grandes  taches,  de 
Malagaau  Sud,  signalée  depuis  1877,  et  de  Girone  au  Nord,  semblent 
cependant  avoir  pour  origine  l'introduction  de  plants  français.  Le  premier 
point  d'attaque  reconnu  en  Suisse  eu  1874,  chez  M.  de  Rothschild,  à  Pre- 
gny,  provenait  de  plants  reçjs  de  serres  anglaises  infestées,  et  celui  de 
Neuchâtel  d'un  envoi  de  la  pépinière  allemande  d'Annaberg  ;  aujourd  hui, 
malgré  les  énergiques  traitements  d'extinction  ordonnés  par  la  loi,  le  mal 
a  gagné  les  vLnobles  du  canton  de  Vaud  et  sur  un  point  ceux  du  canton 
de  Zurich . 


58  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

En  Allemagne,  les  nombreuses  ladies  constatées  dans  la  vallée  du  Rhin 
ont  eu  pour  point  de  départ  les  pépinières  et  collections  de  vigne  d'Anna- 
berg,  d'Erfurt,  de  Bolweiller,  de  Plantières,  etc. 

L'Autriche  et  la  Hongrie  doivent  à  des  apports  de  cépages  du  Nouveau- 
Monde  faits  en  1868,  d'avoir  été  envahies  aux  environs  de  Klosternenhurg, 
de  Pantchowa  et  de  Fiinfkirchen.  La  découverte  du  Phylloxéra  en  Italie, 
à  Valmadrera  (province  de  Côme)  et  à  Agrate  (province  de  Milan),  date 
de  1879.  En  1880.  de  nouvelles  taches  étaient  constatées  à  Port-Maurice, 
Riesi,  Messine,  et,  en  1882,  aux  environs  de  Girgenti  et  de  Catanina.  La 
Crimée  et  le  Caucase,  les  deux  principaux  pays  à  vignes  de  la  Russie,  sont 
atteints  depuis  1880,  et  la  Bessarabie  depuis  1886,  par  suite  d'introduction 
de  plants  racines  venant  d'Erfurt  (Allemagne).  Dans  les  provinces  danu- 
biennes, en  Roumanie,  de  nombreux  points  d'attaque  sont  signalés  depuis 
1883  aux  environs  de  Jassy  et  de  Galatz  (Moldavie).  Eu  Turquie  d'Eu- 
rope et  en  Turquie  d'Asie,  le  mal  ne  date  que  de  1885  ;  mais  il  s'étend 
déjà  sur  des  espaces  considérables.  La  Grèce  seule  parait  indemne  jusqu'à 
présent  ;  mais  elle  ne  tardera  pas,  sans  doute,  à  être  envahie. 

En  dehors  de  l'Europe,  les  vignes  de  Madère  sont  détruites,  celles  du 
cap  de  Bonne-Espérance  fortement  entamées.  L'Australie,  en  relations 
fréquentes  avec  les  Etats-Unis,  est  contaminée  depuis  1875.  La  Californie, 
enfin,  la  seule  région  des  Etats-Unis  où  prospérât  la  vigne  d'Europe,  le 
Phylloxéra  n'ayant  franchi  les  Montagnes-Rocheuses  que  depuis  quelques 
années,  est  gravement  atteinte.  Le  vignoble  séculaire  de  la  Mission  est  dé- 
truit, et  l'on  commence  à  le  reconstituer  sur  racines  américaines. 

Pertes  occasionnées  en  France  par  le  Phylloxéra. 

Avant  de  décrire  l'insecte,  nous  placerons  ici  quelques  détails  sur  les 
pertes  qu'a  causées  son  introduction  dans  notre  pays.  Concernant  l'é- 
tranger, nous  n'avons  pas  de  documents  à  consulter;  mais,  en  France,  une 
Note  publiée  en  1888  par  M.  Lalande,  député  de  la  Gironde,  parait  pré- 
senter la  situation  sous  son  vrai  jour,  et  nous  jugeons  utile  de  la  repro- 
duire ici. 

«Peu  de  personnes,  dit  M.  Lalande,  se  font  une  idée  suffisamment  exacte 
des  pertes  éprouvées  par  la  France  comme  conséquence  des  ravages  du 
Phylloxéra.  Les  chiffres  suivants,  hases  sur  le  Rapport  de  M.  le  Directeur 
de  l'Agriculture,  présenté  à  la  Commission  supérieure  du  Phylloxéra  pour 
l'année  1884,  peuvent  fournir  quelques  éléments  d'appréciation. 

«D'après  ce  Rapport,  la  surface  des  vignobles  détruits  en  France  jusqu'à 
la  fîu  de  1884  s'élevait  à  1,000,000  d'hectares,  dépassait  môme  un  peu  ce 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VISNE.  59 

chiffre.  Mais  ce  n'est  pas  tout.  Indépendamment  des  vignes  détruites,  il  y 
avait  des  vignes  malades,  mais  encore  existantes.  Le  chiffre  en  était  de 
004,511  hectares. 

«C'est  très  prohahlcment  rester  au-dessous  de  la  vérité  que  d'apprécier 
ce  chiffre  de  vignes  malades  comme  équivalant  à  200,000  hectares  de 
vignes  détruites. 

»La  perte  réelle  est  donc  de  1 ,200,000  hectares  de  vignes  détruites, 
c'est-à-dire  la  moitié  de  tout  le  vignoble  français. 

»A  quel  chiffre  faut-il  évaluer  la  perte  en  argent  de  ces  1,200,000  hec- 
tares ?  Ici  il  faut  faire  une  observation  qui  nous  paraît  avoir  une  très  grande 
importance.  La  valeur  des  vignes  détruites  est  généralement  appréciée 
selon  leur  valeur  vénale;  mais,  au  point  de  vue  national,  ce  mode  d'appré- 
ciation est  bien  au-dessous  de  la  vérité. 

»En  effet,  la  valeur  vénale  d'une  propriété  est  calculée  sur  son  revenu 
uet,  mais  sa  valeur  au  point  de  vue  national  est  très  supérieure.  Elle  doit 
être  basée  Fur  le  revenu  brut,  qui  se  décompose  en  deux  parties  :  1°  celle 
qui  est  nécessaire  pour  payer  les  salaires  et  les  divers  travaux  de  culture  ; 
2°  l'excédent  qui  constitue  le  revenu  net. 

»I1  est  évident  qu'au  point  de  vue  de  l'intérêt  général  du  pays,  ces  deux 
productions  se  confondent,  et  le  produit  brut  peut  être  considéré  en  pres- 
que totalité  comme  constituant  un  des  éléments  du  revenu  national.  Or  la 
valeur  vénale  des  vignes  détruites  pouvait  être,  nous  le  croyons,  considérée 
en  France  comme  représentant  un  chiffre  moyen  de  6,000  fr.  l'hectare. 

Si,  d'après  les  considérations  ci-dessus  exposées,  on  voulait  prendre 
pour  base  d'appréciation  le  revenu  brut,  on  devrait  évaluer  les  vignes  dé- 
truites à  un  chiffre  très  supérieur  à  6,000  fr. 

»A  la  vérité,  après  la  perte  des  vignobles,  il  reste  la  valeur  du  sol  nu  ; 
mais  cette  valeur  est  généralement  très  minime,  car  la  plupart  des  vignobles 
sont  plantés  dans  des  terres  peu  propres  à  d'autres  cultures. 

>Tout  considéré  et  pour  ne  rien  exagérer,,  j'adopterai  comme  base 
d'évaluation  le  chiffre  de  6,000  fr.  mentionné  plus  haut,  et  nous  arrivons 
à  la  somme  de  7,200,000,000  de  francs  comme  représentant  la  perte 
éprouvée  par  la  France  comme  résultat  des  vignes  détruites  par  le  Phyl- 
loxéra . 

»Ce  n'est  pas  tout  encore.  A  cette  perte  du  capital  sont  venues  s'ajouter 
les  pertes  de  revenus  ou  de  salaires  occasionnées  parla  destruction  des  vi- 
gnobles. Il  est  difficile  de  les  apprécier  exactement.  Mais  nous  croyons 
rester  au-dessous  de  la  vérité  en  prenant  pour  base  de  calcul  la  valeur  des 
vins  que  la  France  a  importés,  et  des  raisins  secs,  qui  n'ont  été  en  réalité 
importés  que  pour  être  transformés  en  vins  depuis  la  destruction   de  nos 


60  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

vignobles.   Ces  importations  se  sont  élevées,  suivant  l'état  ci-dessous,  à 
plus  de  trois  milliards  de  francs. 

Importation,  en  France,  de  vins  ordinaires  et  de  raisins  secs 
de  1875  à  1886. 

Commerce  spécial.  Vins  ordinaires.  Raisins  secs, 

1875 8.351.741  fr.  5.755.614  fr. 

1876 18.468.811       5.447.207 

1877 22.593.989       8.649.482 

1878 50.204.145  14.829.096 

1879 107.479.899  40.807.043 

1880 297.917.248  62.631.970 

1881 346.516.425  37.364.289 

1882 295.207.947  31.903.088 

1883 360.000.000  39.000.000 

1884 319.664.326  49.644.909 

1885 361.476.079  95.350.824 

1886 489.985.194  88.422.465 

1887 545.000.000  98.000.000 

3.222.866.504  fr.    577.805.984  fr. 

RÉSUMÉ. 

Vins  ordinaires 3.222.866.504  fr. 

Raisins  secs 577 .  805 .  984 

3.800.672.488  fr. 

»Nous  arrivons  ainsi,  comme  perte  totale,  à  une  somme  de  plus  de  10 
milliards  de  francs.  Telle  est  approximativement  la  perte  éprouvée  par  la 
France  par  suite  du  Phylloxéra.» 

Il  n'est  question,  il  est  vrai,  dans  cette  Note  que  des  pertes  éprouvées,  du 
passif,  si  je  puis  m'exprimer  ainsi,  en  citant  les  chiffres  donnés  par  un 
des  premiers  négociants  de  Bordeaux  ;  mais,  quel  que  soit  V actif  qui  peut 
être  représenté  par  le  travail  de  reconstitution  opéré  à  mesure  que  la  des- 
truction s'accomplissait,  cette  compensation  est  peu  de  chose  en  face  du 
désastre  qui  pèse  et  pèsera  longtemps  sur  notre  situation  économique. 

Si  nous  consultons  en  effet  la  statistique  publiée  en  1888  par  M.  le  Direc- 
teur général  de  l'Agriculture,  nous  trouvons  que  les  vignes  défendues  vic- 
torieusement ou  reconstituées  ne  s'élèvent  qu'au  chiffre  de  268,207 
hectares  ;  mettons  300,000,  les  créations  de  vignobles  dans  les  sables  ne 
figurant  pas  et  n'ayant  pas  à  figurer  dans  cette  statistique.  Qu'est-ce  que  ce 


le  phylloxeua  de  la  Vigne.  01 

chiffre  oppose  aux  1 ,200,000  hectares  détruits!  Un  quart  à  peine,  d'où  il 
faut  déduire  encore  les  dépenses  faites  pour  la  reconstitution. 

Nous  dirons  donc,  avec  M.  Lalande,  que,  «bien  loin  de  s'étonner  de  la 
gravité  des  souffrances  éprouvées  par  le  pays,  on  a  presque  lieu  d'être  surpris 
qu'elles  n'aient  pas  été  plus  grandes  encore  à  la  suite  de  pareils  désastres.» 

II.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE, 

La  description  du  Phylloxéra  vastatrix  et  celle  de  ses  mœurs  se  trou- 
vent dans  de  nombreux  ouvrages,  bons  ou  mauvais,  sur  le  détail  desquels 
nous  n'avons  pas  à  entrer  ici;  nous  dirons  seulement  qu'en  dehors  de 
certains  documents  puisés  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Institut  et  quel- 
ques autres  publications,  ces  différents  livres  ont  tous  été  plus  ou  moins 
tirés  de  deux  ouvrages  importants,  celui  de  M.  Max.  Cornu  et  celui  de 
M.  Balbiani.  Le  premier,  paru  en  1878  (Paris,  Imprimerie  nationale), 
intitulé  Étude  sur  le  Phylloxéra  vastatrix,  renferme  principalement 
l'histoire  détaillée  des  trois  premières  formes  connues  de  l'insecte.  Le 
second,  publié  en  1884  (Paris,  Imprimerie  nationale),  sous  le  titre  de 
Le  Phylloxéra  du  chêne  et  le  Phylloxéra  de  la  vigne,  parle  surtout  avec 
détail  de  la  forme  sexuée  et  de  son  œuf  unique,  Y  œuf  d'hiver.  Ces  deux 
ouvrages  se  complètent  mutuellement  et  forment  une  œuvre  d'ensemble, 
une  œuvre  de  maîtres,  que  nous  appellerons  classique.  Tous  les  auteurs  y 
ont  puisé  ;  les  remarquables  dessins  de  M.  Cornu,  par  exemple,  ont  été 
reproduits  partout  en  France  et  à  l'étranger  ;  nous  y  puiserons  nous- 
même  souvent,  renvoyant  toutefois  le  lecteur  à  ces  deux  sources  autorisées 
pour  les  nombreux  détails  qui  ne  peuvent  entrer  clans  un  travail  néces- 
sairement condensé  comme  celui-ci. 

Le  Phylloxéra  apparaît  normalement  sous  quatre  formes  différentes,  se 
succédant  l'une  à  l'autre,  toujours  dans  le  même  ordre,  ayant  un  nombre 
plus  ou  moins  grand  de  générations  et  pondaDt  des  œufs  en  quantité  tou- 
jours décroissante1. 

4  Cette  diminution  de  fécondité  s'observe  non  seulement  dans  le  cycle  évolutif, 
mais  dans  les  générations  nombreuses  qui  se  succèdent  chez  les  formes  gallicoles 
et  radicicoles,  de  sorte  que  la  race  finirait  par  s'éteindre  au  bout  de  quelques 
années  si  la  puissance  génératrice  n'était  régénérée  dans  l'œuf  fécondé.  Telle  est 
la  théorie,  appuyée  sur  l'observation,  qui  a  été  développée  longuement  par  M.  Bal- 
biani dans  les  Comptes  rendus  (4  octobre  et  17  juillet  1876),  ainsi  que  dans  son 
livre,  pag.  3.  De  là,  on  le  conçoit,  l'importance  de  la  destruction  de  l'œuf  d'hiver. 
Certains  naturalistes,  Lichtenstein  entre  autres,  ont  combattu  ces  idées  ;  mais,  un 


(52  LE   PHYLLOXERA   DE    LA.    VIGNE. 

Ces  quatre  formes  sont  : 

Le  Gallicole  ou  forme  multiplicatrice, 

Le  Radicicole  ou  forme  dévastatrice,  f 

L'Ailé  ou  forme  colonisatrice, 

Le  Sexué  ou  forme  régénératrice. 

La  ponte  du  Gallicole,  dans  les  premières  générations,  du-mmus,  est  de 
cinq  à  six  cents  œufs:  c'est  le  grand  multiplicateur  de  la  race;  le  Radicicole 
pond  de  un  à  cent  œufs  seulement,  mais  c'est  la  forme  dévastatrice  par 
excellence,  la  seule  qui  tue  la  vigne;  Y  Ailé,  qui  ne  pond  que  quelques 
œufs,  de  un  à  huit,  s'en  va  au  loin  fonder  les  colonies;  quant  au  Sexué, 
la  raceentière  est  régénérée  dans  son  œuf  unique  fécondé  par  l'accouplement. 

Les  trois  premières  formes  ne  renferment /que  des  femelles  agames, 
c'est-à-dire  se  reproduisant  sans  accouplement;  et  par  parthénogenèse  ;  la 
forme  sexuée  comprend  des  mâles  et  des  femelles.  L'œuf  unique  qu'elle 
produit  a  été  appelé  œuf  d'hiver  par  celuyqui  l'a  découvert,  M.  Balbiani. 
Il  constitue  le  point  de  départ  et  le  point  d'arrivée  du  cycle  évolutif  du 
Phylloxéra;  c'est  donc  par  sa  description  que  nous  commencerons. 

A.  —  Œuf  d'hiver. 

Cet  œuf  fécondé  est  pondu  par  la  femelle  sexuée  sous  les  écorces  de  la 
vigne  les  plus  adhérentes,  principalement  celles  du  bois  de  deux  ans,  et, 
comme  l'a  indiqué  M.  Boiteau,  de  préférence  à  l'endroit  où  cette  écorce 
est  un  peu  déhiscente  par  suite  de  la  section  de  la  dernière  taille.  C'est  là 
que  nous  l'avons  tout  d'abord  trouvé  à  Montpellier1.  Nous  l'avons  ren- 
contré également  sur  le  bois  de  trois  ans.  M.  Balbiani  et  M.  Henneguy 
l'ont  vu  depuis,  mais  en  petit  nombre,  sur  des  bois  plus  âgés.  L'œuf 
d'hiver,  parfois  fixé  par  un  petit  pédicelle,  est  placé  entre  deux  fibres 
saillantes,  tantôt  collésurle  bois, tantôt  sur  l'écorce  elle-même. Ce  pédicelle, 
qui  a  été  donné  comme  le  caractère  principal,  n'est  pas  souvent  visible; 
on  reconnaîtra,  à  coup  sûr,  l'œuf  fécondé  au  petit  point  d'un  rouge  brun 
situé  au  pôle  opposé  au  pédicelle,  et  qui  n'est  que  le  micropyle  ou  petite 
ouverture  par  laquelle  les  spermatozoïdes   ont  pénétré   pour  opérer   la 

peu  entraînés,  croyons-nous,  par  l'ardeur  de  la  polémique,  leurs  expériences  ont 
peut-être  manqué  de  toute  la  rigueur  voulue.  Plus  sérieuses  seraient  les  dernières 
observations  de  M.  Boiteau  (Comptes  rendus,  18  juillet  1887),  qui  depuis  six  ans 
élève  des  Phylloxéras  radicicoles,  est  arrivé  à  la  vingt-cinquième  génération  et  a 
encore  des  individus  très  prolifiques. 
1  Comptes  rendus  de  l'Institut.  28  mars  1881. 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE.  G3 

fécondation  '.  Les  œufs  d'agames,  ne  devant  pas  être  fécondés,  n'ont 
pas  de  micropyle.  L'œuf  d'hiver  est  long  de  27  à  30  centièmes  de  milli- 
mètre et  large  de  10  à  12,  c'est-à-dire  à  peu  près  invisible  à  l'œil  nu  ;  il 
est  allongé,  à  côtés  parallèles,  cylindrique  et  non  ellipsoïde  comme  les 
œufs  des  formes  agames  (PI.  I,  lig.  3).  Quand  il  vient  d'être  pondu, 
il  est  d'un  jaune  pâle  très  brillant  ;  les  jours  suivants,  la  couleur  se  fonce, 
des  taches  brunes  assez  rapprochées  l'une  de  l'autre  apparaissent  ainsi 
qu'un  dessin  réticulé  en  relief  et  qui  n'est,  suivant  M .  Balbiani,  que  l'em- 
preinte des  cellules  épithéliales  tapissant  l'ovaire  de  la  mère  ;  puis  il  passe 
bientôt  au  vert  olive  foncé,  moins  brillant,  couleur  qu'il  garde  tout  l'hiver 
et  qui  rend  alors  sa  recherche  très  difficile.  Fin  février  ou  premiers  jours 
de  mars,  il  redevient  jaune  ambré,  lisse,  très  brillant,  et  à  cette  époque  il 
est  beaucoup  plus  facile  à  apercevoir.  Par  suite  du  développement  de  l'em- 
bryon, les  dimensions  de  l'œuf  d'hiver  sont  alors  un  peu  plus  grandes,  35 
à  37  centièmes  de  millimètre  en  longueur  et  16  en  largeur. 

Dans  le  Bordelais,  selon  M.  Boiteau,  l'éclosion  se  fait  dans  la  seconde 
quinzaine  d'avril.  A  Paris,  M.  Balbiani  (sans  doute  dans  son  cabinet)  a  vu 
sortir  des  jeunes,  à  partir  du  9,  sur  des  bois  envoyés  de  Libourne  par 
M.  Boiteau.  A  Montpellier,  les  premières  éclosions  observées  par  nous 
ont  eu  lieu  du  25  au  30  mars  à  l'air  libre,  ou  du  moins  dans  des  tubes 
d'expériences  placés  sur  une  fenêtre,  et  tous  les  œufs  paraissaient  éclos  le 
15  avril.  Ces  dates  bien  certainement  peuvent  être  modifiées  suivant  la 
précocité  ou  le  retard  de  la  chaleur. 

Quelques  jours  avant  l'éclosion,  à  travers  les  diverses  enveloppes  qui 
constituent  la  coque  de  l'œuf,  on  aperçoit  les  yeux  de  l'embryon  sous  forme 
de  deux  taches  rouges  situées  au  pôle  antérieur,  et  l'on  voit  à  ce  même 
pôle,  à  égale  distance  des  deux  yeux,  une  ligne  noire  semi-circulaire,  qui 
n'est  autre  chose  que  l'organe  spécial  qui  se  trouve  aussi  dans  l'œuf  agame 
et  qui  a  été  comparé  par  M.  Cornu  3  à  une  crête  dentelée.  Cet  organe  fait 
partie  de  lapremière  enveloppe  de  l'embryon  et  est  destiné  à  fendre  la  coque 
de  l'œuf  au  moment  de  l'éclosion.  Cette  coque,  après  la  sortie  de  l'insecte, 
reste  ouverte  à  sa  partie  antérieure  en  deux  valves  nettement  séparées. 

L'œuf  d' hiver  peut-il  se  trouver  sur  les  racines?  M.  Balbiani  (Comptes 

1  Voir  à  ce  sujet  le  livre  de  M.  Balbiani,  PI.  V,  fig.  5  et  17.  Bien  que  ces  deux 
figures  concernent  le  Phylloxéra  du  chêne  et  non  celui  de  la  vigne,  le  phénomène 
est  le  même  dans  les  deux  espèces.  Voir  également  le  même  travail  pour  tout  ce 
qui  concerne  les  détails  anatomiques  de  l'œuf  d'hiver  et  ceux  du  développement 
embryonnaire. 

2  Cornu  ;  pag.  19G,  PI.  XVII,  flg.  5,  6  et  8. 


G4  LE   PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

rendus,  2  novembre  1874)  dit  y  avoir  vu  une  fois  des  Sexués  femelles.  De 
son  côté,  M.  leDr  Patio,  de  Genève,  croit  avoir  trouvé  un  œuf  fécondé  sur 
les  racines  d'une  vigne  cultivée  en  vase.  Cette  dernière  observation  nous 
semble  manquer  de  toute  la  rigueur  désirable.  Outre  que  M.Fatio,  dans  la 
description  de  cet  œuf,  n'a  pas  mentionné  le  petit  point  rouge  du  micro- 
pyle,  seul  caractère  infaillible,  on  peut  dire  que  le  Phylloxéra  sur  une 
vigne  en  pot  ne  se  trouve  pas  dans  des  conditions  normales.  Quant  aux 
femelles  de  M.Balbiani,  le  cas  est  isolé,  et,  selon  l'auteur  lui-même,  «tout 
indique  que  cette  génération  n'apparaît  qu'à  titre  tout  à  fait  exceptionnel». 
Queis  sont  les  moyens  pratiques  pour  trouver  l'œuf  fécondé?  Nous  dirons 
tout  d'abord  que,  pour  réussir,  il  faut  avoir  l'habitude  des  recherches  minu- 
tieuses à  la  loupe.  Étant  donnée  cette  habitude  de  la  loupe  qui  s'acquiert 
vite,  nous  ajouterons  qu'il  faut  soulever  les  écorces  du  bois  de  deux  ans  et 
de  trois  ans,  les  premières  de  préférence;   regarder  sur  le  bois  et  contre 
l'écorce  soulevée,  et  opérer  les  recherches  là  où  chaque  année  des  galles 
sont  observées  sur  les   feuilles:  Les  Ailés,  d'habitude,  se  réunissent  pat- 
essaims  sur  certains  points,  véritables  lieux  d'élection,  toujours  les  mêmes 
chaque  année  ',où  ils  opèrent  leur  ponte.  Les  Sexués,  leurs  descendants, 
pondent  l'œuf  d'hiver  sur  les  mêmes  souches  et  les  Gallicoles  qui  en  sortent 
sont  nécessairement  nombreux  au  printemps,  dans  ces  localités  encore  mal 
déterminées,  mais  qui  pour  le  Languedoc  nous  paraissent  être  des  endroits 
un  peu  humides,  bas-fonds  bien  exposés  ou  coteaux  exposés  au  Nord2.  Le 
Gallicole  provenant  toujours  de  l'œuf  fécondé,  la  présence  de  celui-ci  en 
hiver  est  en  effet  counexe  avec  la  présence  habituelle  des  galles  sur  les 
feuilles  pendant  l'été. 

C'est  cette  théorie  fort  simple  qui  nous  a  conduit,  du  premier  coup, 
sur  le  premier  bois  de  deux  ans  examiné  dans  ces  conditions-là,  à  la 
découverte  de  l'œuf  d'hiver  à  Montpellier.  On  est  aussi  guidé  bien  souvent 
par  la  présence  delà  femelle  sexuée  morte  à  côté  de  l'œuf  qu'elle  a  pondu. 

Sur  les  plants  français,  où  les  galles  se  produisent  difficilement,  comme 
nous  le  verrons  plus  loin,  la  recherche  est  moins  facile.  Il  faut,  dans 
ce  cas,  choisir  les  souches  sur  lesquelles  de  nombreux  Ailés  ont  été  vus 
l'été  précédent.  Nous  n'avons  personnellement  jamais  pu  trouver  d'œufs 
d'hiver  sur  les  plants  français.  On  peut  ajouter  que  le  mois  de  mars  est 
l'époque  la  plus  favorable  pour  les  recherches,  l'œuf  fécondé,  à  celte  époque, 
étant  de  teinte  beaucoup  plus  claire  que  pendant  l'hiver. 

*  V.  Mayet  ;  Comptes  rendus,  25  juin  1881. 

2  Quatre  localités  réunissant  ces  conditions  nous  ont  donné  des  œufs  d'hiver 
à  Montpellier. Ce  sont  :  les  domaines  de  Viviers,  de  Fontfroide-le-bas  et  de  la  Paille, 
enfin  la  terre  de  la  Condamine  sur  le  domaine  de  l'École  d'Agriculture. 


LE    PHVLLÔXERA    DE    LA    VlCN'k.  I',,'» 


B.  —  Gallicole. 


De  l'œuf  d'hiver  sort  le  Phylloxéra  Gallicole.  C'est  ce  que  l'expérience 
il  toujours  montré  jusqu'à  présent,  et  nous  renverrons  à  ce  sujet  aux  remar- 
quables observations  de  M.  Boiteau  *.  Inutilement  on  a  tenté  de  faire  fixer 
sur  les  racines  l'insecte  directement  sorti  de  l'œuf  fécondé  ;  il  monte  tou- 
jours vers  les  feuilles  et  s'y  fixe.  Ce  jeune  Phylloxéra  choisit  la  feuille  la 
plus  tendre,  la  dernière  éclose  ;  parfois  même  il  plonge  dans  le  bourgeon  à 
peine  entr'ouvert2  et  plante  son  suçoir  sur  la  face  supérieure  du  limbe.  Au 
bout  de  vingt-quatre  heures,  une  dépression  s'est  formée  au-dessous  de  lui 
et  la  galle  commence  à  apparaître  à  la  face  opposée  (PI.  I,  fig.  1). 

La  galle. — La  dépression  de  la  face  supérieure  devient  de  plus  en  plus  pro- 
fonde, l'insecte  qui  en  occupe  le  fond  descend  à  mesure,  et  la  galle  intérieu- 
rement se  dilate  en  une  cellule  arrondie.  L'orifice  supérieur  de  cette  cavité 
est  en  forme  de  fente  (PI.  I,  fig.  1  A)  garnie  de  poils  raides,  entre-croisés 
et  disposés  de  telle  façon  que  le  passage,  fermé  pour  l'entrée,  est  ouvert 
pour  la  sortie.  A  l'intérieur,  cette  cellule  est  arrondie  et  lisse;  l'insecte  qui 
y  est  enfermé  absorbe  tranquillement  les  sucs  du  parenchyme  sur  lequel  il 
repose.  Extérieurement,  c'est-à-dire  en  dessous  de  la  feuille,  l'excrois- 
sance est  inégale,  verruqueuse,  couverte  de  poils  plus  longs  et  plus  irré- 
guliers que  ceux  de  la  feuille  elle-même.  Le  tissu  de  la  galle, épais  parfois 
de  plusieurs  millimètres,  est  dû  aune  hypertrophie  des  cellules  du  limbe; 
il  est  peu  riche  en  chlorophylle  et  souvent  se  colore  en  rouge.  «On  peut  se 
demander  (Cornu,  loc.  cit.,  pag.  30)  à  quelle  partie  de  l'épaisseur  de  la 
feuille  normale  est  due  cette  nouvelle  formation.  Est-ce  une  production  de 
la  couche  supérieure,  couebe  composée  de  cellules  prismatiques  perpendi- 
culaires au  plan  de  la  feuille  ?  La  galle  est-elle  due,  au  contraire,  à  l'hyper- 
trophie du  parenchyme  lacuneux  de  la  face  foliaire  inférieure  ?  La  dispo- 
sition des  faisceaux  vasculaires  dans  les  nervures  des  feuilles  permet  de 
résoudre  la  question.  Situés  entre  les  deux  couches,  ils  parcourent  en 
différents  sens  le  parenchyme  de  la  feuille.  Dans  le  tissu  hypertrophié,  on 
le  retrouve  occupant  une  position  moyenne.  Cette  place  montre  que  la 
portion  située  au-dessous  s'est  hypertrophiée,  de  même  que  celle  qui  est 
placée  en  dessus.  » 

Les  galles  se  forment  dans  les  tissus  en  voie  de  développement.  La 
feuille,  constituée  quand  le  Phylloxéra  y  arrive,  mais  n'ayant  pas  plus  d'un 
centimètre  de  diamètre,  se  trouve  donc  dans  les  meilleures  conditions  pour 

1  Boiteau  ;  Comptes  rendus,  27  avril,  10  mai,  3  juin  et  8  juillet  1876. 

2  Balbiaui  ;  loc.  cit.,  pag.  29. 


G6  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

que  ces  excroissances  s'y  produisent.  L'insecte  ne  se  fixe  jamais  sur  des 
feuilles  développées.  A  l'endroit  où  il  plante  son  suçoir,  les  cellules,  par 
suite  de  l'absorption  constante  des  sucs,  sont  frappées  d'un  arrêt  de  déve- 
loppement ;  il  en  résulte  des  tensions  énergiques  qui  modifient  les  autres 
cellules  non  frappées  d'arrêt  et  situées  sur  l'autre  face  de  la  feuille.  Ces 
cellules  prennent  des  allongements  divers,  se  multiplient  en  se  cloisonnant, 
et  c'est  par  ce  mécanisme  très  simple  que  l'insecte  finit  par  être  enfermé 
dans  une  cavité.  Les  galles  se  forment  surtout  sur  les  feuilles,  mais  parfois 
aussi  sur  les  pétioles,  les  vrilles  et  môme  les  tiges  verte3  en  voie  d'allon- 
gement de  l'extrémité  du  sarment. 

Dans  ce  cas, «  les  galles  affectent  (Cornu,  pag.  32)  la  forme  d'une  verrue 
creusée  à  son  sommet  et  présentant  une  ouverture  allongée.  C'est  parfois 
encore  une  sorte  de  fente  dont  les  bords  parallèles  sont  renflés  et  suré- 
levés. Cette  fente  est,  suivant  les  cas,  plus  ou  moins  béante  ;  elle  aet 
toujours  garnie  de  poils  nombreux.  On  aperçoit,  dans  l'intérieur  de  la 
cavité,  le  Phylloxéra  entouré  d'œufs.  Le  nombre  des  œufs  est  parfois 
supérieur  à  la  quantité  que  peut  contenir  la  logette  ;  les  nouveaux  venus 
chassent  alors  les  anciens  vers  l'extérieur,  jusque  par-dessus  le  bord.  » 
Les  galles  ont  des  dimensions  d'autant  plus  grandes  que  la  feuille  est  plus 
développée;  elles  atteignent  4  à  5  millim.  de  hauteur  et  autant  de  largeur, 
et  la  cavité  intérieure  a  parfois  3  millim.  de  diamètre . 

Souvent,  surtout  à  l'arrière-saison,  certaines  de  ces  galles,  plus  déve- 
loppées que  les  autres,  renferment  deux,  trois  et  même  quatre  Galllcoles. 
Ce  sont  généralement  des  pondeuses  sœurs  qui,  au  lieu  d'émigrer,  se  sont 
fixées  là  où  elles  étaient  nées,  utilisant  en  commun  et  agrandissant  par 
leur  piqûre  la  galle  formée  par  leur  mère.  Le  cadavre  noirci  de  celle-ci 
s'y  trouve  généralement  entouré  des  dépouilles  brunes  de  ses  œufs.  Quand 
le  corps  de  la  mère  n'y  est  pas,  c'est  que  plusieurs  jeunes  se  sont  établis 
côte  à  côte  sur  la  feuille  et  qu'ils  ont  grandi  dans  la  cavité  unique  formée 
par  leurs  galles  respectives,  qui  se  sont  soudées. 

Si  la  feuille  n'est  plus  en  accroissement,  les  galles  sont  abandonnées. 
Ne  subissant  plus  l'actionde  la  piqûre  de  l'insecte,  l'excroissance  prend 
alors  une  forme  spéciale,  elle  s'allonge  sur  une  sorte  de  pétiole  qui  tend  à 
l'éloigner  du  limbe. 

Description  du  Gallicole.  —  Le  Phylloxéra  directement  issu  de  l'œuf 
d'hiver  a  un  aspect  particulier  et  réunit  au  plus  haut  degré  les  caractères 
propres  au  Gallicole.  Les  générations  qui  lui  succéderont,  même  sur  les 
feuilles,  différeront  beaucoup  moins  de  la  forme  des  racines.  C'est  donc 
sur  lui  que  doit  être  faite  la  description  de  la  forme  gallicole. 


LE   PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE.  07 

a  II  ressemble,  dit  M.  Balbiani  [loc.  cit.,  pag.  44),  à  sa  mère  dioïque  ; 
mais  il  en  diffère,  quand  il  est  jeune,  par  sa  taille  moindre  et  surtout  par 
la  présence  d'un  long  suçoir  et  d'organes  digestifs  bien  développés;  à 
l'âge  adulte,  par  son  ovaire  formé  d'un  grand  nombre  de  graines  ovifères 
(quarante-cinq  à  cinquante).  Il  est  toujours  facile  de  le  distinguer  des  jeunes 
larves  ordinaires  des  galles  ou  des  racines  par  le  dernier  article  de  ses 
antennes,  qui  est  fusiforme.  Une  autre  particularité  de  son  organisation 
est  d'avoir  son  suçoir  logé  dans  une  dépression  profonde  de  la  face  ventrale 
du  corps,  dépression  en  forme  de  gouttière,  d'où  il  résulte  qu'il  ne  fait 
presque  pas  saillie  au-dessus  de  cette  surface.  Sa  taille  moyenne,  quand  il 
n'a  pas  encore  mangé,  est  de  40  centièmes  de  millim.  sur  \6  de  large. 
Les  deux  poils  latéraux  du  troisième  article  des  antennes,  qui  est  fusi- 
forme, comme  nous  l'avons  dit,  sont  placés  à  une  certaine  distance,  l'un  en 
arrière  de  l'autre  ;  les  poils  terminaux  sont  un  peu  plus  longs  que  cbez  la 
femelle  dioïque  et  la  fossette  olfactive  est  petite  et  ovale.  Dans  la  première 
génération  (fille  de  la  mère  fondatrice),  le  troisième  article  est  encore  fusi- 
forme, mais  les  deux  poils  latéraux  se  sont  un  peu  rapproebés  l'un  de 
l'autre,  les  poils  terminaux  se  sont  encore  un  peu  allongés  et  la  fossette 
olfactive  s'est  agrandie  surtout  dans  la  direction  longitudinale.  Dans  la 
génération  suivante  (petites-filles  de  la  mère  fondatrice),  le  troisième  article 
tend  à  se  renfler  dans  la  partie  moyenne  par  la  projection  de  sa  face  externe 
en  debors,  le  poil  latéral  postérieur  est  remonté  presqu'au  même  niveau 
que  le  poil  antérieur,  h  fossette  olfactive  s'est  encore  un  peu  agrandie. 
Enfin,  dans  toutes  les  générations  suivantes,  le  troisième  article  a  pris  les 
caractères  ordinaires  qu'on  lui  voit  cbez  les  jeunes  larves  radicicoles  :  il 
est  très  renflé  dans  sa  partie  moyenne  et  taillé  en  bec  de  sifflet  aux  dépens 
de  sa  face  externe,  les  poils  latéraux  sont  rapproebés  et  presque  au  mèuie 
niveau,  les  poils  terminaux  sont  longs  et  robustes  et  la  fossette  olfactive 
est  arrivée  au  maximum  de  sa  longueur.  » 

Nous  ajouterons  que  le  Gallicole  adulte  (fig.  8,  et 
PI.  I,  Gg.  5  et  6)  est  aptère,  toujours  agame,  que  le 
corps  est  arrondi,  un  peu  atténué  en  arrière,  d'un 
jaune  tirant  sur  le  verdâtre,  et  qu'il  est  sur  le  dos 
dépourvu  des  tubercules  caractéristiques,  si  visibles 
cbez  le  Radicicole.  Il  est  d'une  taille  plus  grande  que 
ce  dernier,  un  millimètre  et  quart  de  long  et  plus 
d'uu  millimètre  de  large,  le  Radicicole  ne  dépassant 
pas  un  millimètre.  Par  suite  du  grand  développement  pjg.  s.  —  Phylloxéra 
de  ses  ovaires,    le  Gallicole  est  surtout   plus  épais  gallicole. 

et  plus  globuleux.  Les  yeux  sont  rudimentaires,  formés  de  trois  ocelles 


08  LE    PHYLLOXERA   DE    LA    VIGNE. 

renflés,   de  couleur  rouge,  réunis  en  triangle   en  arrière  des   antennes. 

Les  pattes,  les  antennes  et  le  rostre  sont  relativement  courts.  Les  pattes 
en  dehors  des  deux  parties  basilaires  peu  visibles,  la  hanche  et  le  trochanter, 
sont  composées  de  trois  parties  bien  apparentes,  la  cuisse,  le  tibia  et  le 
tarse;  ce  dernier,  avant  la  deuxième  mue,  est  formé  d'un  seul  article 
terminé  par  un  double  crochet  ;  après  la  deuxième  mue,  une  séparation 
oblique,  souvent  peu  visible,  figure  un  second  article.  Les  antennes, 
organes  du  tact  et  de  l'odorat,  sont  formées  de  trois  articles,  les  deux  pre- 
miers courts  et  épais,  le  troisième  long,  plus  ou  moins  fusiforme  ou  taillé 
en  bec  de  sifflet,  suivant  que  la  génération  de  l'insecte  est  plus  ou  moins 
rapprochée  de  l'œuf  d'hiver,  et  portant  à  l'extrémité  externe  de  la  partie 
entaillée  le  stigmate  olfactif  ou  chaton.  Le  rostre  ou  suçoir  est  composé 
des  quatre  stylets  solides  dont  nous  avons  parlé,  les  deux  internes,  repré- 
sentant les  mâchoires,  soudés,  ce  qui  réduit  apparemment  à  trois  ces  appen- 
dices, logés  au  repos  dans  une  gaine  articulée  s'allongeant  ou  se  raccour- 
cissant comme  une  lunette  d'approche  et  qui  n'est  que  la  lèvre  inférieure 
transformée  en  étui  fendu  dans  sa  longueur.  Quand  l'insecte  veut  sucer  la 
feuille,  les  stylets  sortent  de  l'étui,  se  dressent  perpendiculairement  au 
ventre  pour  percer  le  parenchyme,  et  les  sucs  de  celui-ci,  montant  par 
capillarité  entre  les  trois  stylets,  arrivent  dans  l'œsophage. 

Les  stigmates  ou  orifices  des  trachées  respiratoires,  très  difficiles  à  voir, 
sont  au  nombre  de  six  paires  placées  latéralement  sur  la  partie  ventrale  : 
une  sur  le  prosternum,  une  sur  le  métasternum  et  quatre  plus  petites  sur 
les  quatre  premi  ers  segments  abdominaux . 

Avant  d'être  à  l'état  parfait,  ce  qui  demande  environ  quinze  jours,  l'in- 
secte subit  trois  mues  dont  les  deux  dernières  peuvent  être  considérées 
comme  représentant  les  métamorphoses  de  larve  en  nymphe  et  de  nymphe 
en  insecte  parfait1.  On  retrouve  toujours  les  trois  dépouilles  dans  l'intérieur 
de  la  galle. 

4  Certains  auteurs  considèrent  toutes  les  formes  agames,  même  l'Ailé,  comme 
des  larves  et  ne  donnent  le  nom  d'insecte  parfait  qu'à  la  forme  sexuée,  la  seule 
qui  produise  un  œuf  normalement  fécondé.  Nous  n'adoptons  pas  cette  manière  de 
concevoir  le  cycle  phylloxérien  ;  non  pas  que  la  pensée  de  larves  pondeuses  nous 
arrête  :  il  y  en  a  des  exemples,  nous  en  avons  cité  un  à  propos  des  Cécidomies  ; 
mais  nous  hésiterons  toujours  à  appeler  larve  un  insecte  ailé.  Lishtenstein  a  admis 
cette  théorie  et  a  été  plus  loin  encore.  Il  a  comparé  les  produits  des  formes  agames 
aux  bulbilles  et  aux  rhizomes  de  certains  végétaux,  établi  ssant  un  parallèle  absolu 
entre  les  Aphides  et  une  plante.  Pour  lui,  la  parthénogenèse  des  formes  agames, 
qu'il  appelle  pseudogynes  (fausses  femelles),  n'est  qu'un  simple  bourgeonnement 
et  l'œuf  fécondé  représente  la  graine. 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE.  69 

Une  fois  fixé,  \cGallicole  ne  bouge  plus,  il  est  immobile  au  fond  de  sa 
loge,  et  aussitôt  la  troisième  mue  opérée,  gonflé  comme  une  outre,  il  com- 
mence sa  ponte.  Dans  l'espace  de  trois  semaines  environ,  cinq  ou  six  cents 
œufs  sont  pondus  dans  la  galle  et  s'accumulent  au-dessus  de  la  pondeuse; 
niais  on  n'en  trouve  jamais  ce  tte  quantité  à  la  fois,  car  au  bout  de  huit  jours 
les  éclosiODS  ont  commencé  et  les  jeunes  émigrenl,  alors  que  la  ponte  esta 
peine  à  moitié  faite.  Leur  agilité  est  grande:  «Us  font,  dit  M.  Boiteau, 
[Comptes rendus,  5  juin  1876),  13  à  14  millim.  à  la  minute,  soit  SOcentim. 
à  l'heure.  lisse  dirigent  vers  l'extrémité  des  pampres,  traversant,  sans  s'y 
arrêter,  toutes  les  feuilles  situées  entre  la  première  ou  la  seconde  du  bas, 
où  sont  les  premières  galles  et  les  plus  tendres  de  l'extrémité.  Ces  feuilles 
intermédiaires  n'ont  jamais  de  galles.  Il  n'en  est  pas  de  même  de  celles  qui 
sont  portées  par  les  rameaux  adventices  naissant  à  l'aisselle  du  pétiole.  A 
peine  développées,  ces  feuilles-là  portent  beaucoup  de  galles.»  Dans  les 
générations  qui  suivent  la  première  (jusqu'en  octobre,  on  en  compte  parfois 
sept),  la  faculté  reproductive  diminue  progressivement.  Si,  dans  la  galle 
initiale,  on  peut  compter  cinq  ou  six  cents  œufs,  dans  celle  de  la  dernière  gé- 
nération on  en  compte  cent  ou  deux  cents  seulement,  et  le  chiffre  est  en  pro- 
portion décroissante  dans  les  générations  intermédiaires.  Ceci  est  conforme 
à  lathéoriede  la  dégénérescence  des  ovaires  dont  nous  avons  parlé.  Au  mois 
d'octobre,  au  plus  tard  en  novembre,  c'est-à-dire  aux  premiers  froids,  les 
mères  pondeuses  meurent  avec  la  feuille  et  tous  les  jeuues  sortant  des  galles 
vont  aux  racines,  où  ils  hivernent  sans  manger  ;  puis,  au  réveil  de  la  végé- 
tation, ils  plantent  leur  suçoir  dans  les  radicelles  et  deviennent  de  véritables 
Radicicoles.  Ajoutons  que  très  souvent,  à  partir  delà  troisième  génération, 
un  grand  nombre  de  jeunes  vont  aux  racines  et  s'y  fixent,  devenant  ainsi 
Radicicoles  dès  la  première  année  du  cycle  phylloxérien1.  L'insecte,  pour 

1  Le  cycle  complet,  qui  demande  généralement  deux  ans  et  plus,  peut  à  la 
rigueur  s'accomplir  en  une  année.  Plusieurs  expériences  le  prouvent.  M.  Balbiaui 
(pag.  20)  cite  un  élevage  en  bocal  où  des  Ailés  ont  apparu  au  mois  d'août  sur  des 
racines  où  de  jeunes  Gallieoles  s'étaient  fixés  deux  mois  auparavant.  M.  Hoiteau, 
de  son  côté  (Comptes  rendus,  6  novembre  1876),  dit  que  des  Gallieoles  mis  en 
tubes  d'expérience  se  sont  fixés  sur  une  racine,  et  leurs  descendants  ont  donné  des 
Ailés  dans  le  commencement  de  septembre.  Quelques  observateurs,  tels  que 
Shimer  et  Knyassef,  ayant  trouvé  des  Nymphes  et  des  Ailés  dans  les  galles,  en 
ont  conclu  que  le  cycle  complet  du  Phylloxéra  pouvait  non  seu'ement  s'accomplir 
en  un  an,  mais  s'opérer  entièrement  à  l'extérieur  du  sol  ;  autrement  dit,  que  la 
forme  Radicicole  pouvait  parfois  être  sautée.  Cette  théorie  n'esl  pas  suffisamment 
appuyée.  M.  Champin,  dans  la  Drôme,  a  de  son  coté  observé  des  Ailés  dans  les 
galles.  Pour   uous,  qui  avons  vu  si  souvent  des  Nymphes   monter  le  matin  aux 


70  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

opérer  sa  descente,  suit  le  sarment  et  la  souche  ;  parfois  aussi  il  se  laisse 
tomber. 

Les  œufs  sont  ellipsoïdes,  longs  de  30  centièmes  de  millim.,  d'abord 
d'un  jaune  vif  ;  puis  ils  tournent  au  rouge  brun  et  au  brun  à  mesure  que 
l'embryon  se  développe1.  Comme  nous  l'avons  vu  pour  l'œuf  d'hiver,  il  est 
facile,  peu  avant  l'éclosion,  d'apercevoir  les  deux  yeux  ainsi  que  la  ligne 
noire  dentelée  que  M.  Cornu  a  appelée  la  crête,  et  qui  est  destinée  à  fen- 
dre les  diverses  enveloppes  de  l'œuf2.  Celte  crête  fait  partie  de  la  mem- 
brane enveloppant  directement  l'embryon.  «Siaprèsl'éclosion,  ditM.  Corou, 
on  recueille  cette  membrane,  on  peut  remarquer  qu'elle  est  brune,  qu'elle 
s'est  fendue  par  la  partie  antérieure,  et  exactement  suivant  l'un  des  côtés 
de  cette  crête  qui  demeure  intégralement  sur  l'un  des  bords  de  ligne  de 
rupture.  » 

Le  Gallicole  rare  sur  la  vigne  d'Europe.  —  Les  galles,  les  Gallicoles 
et  leurs  œufs,  que  nous  venons  de  décrire,  s'observent  surtout  sur  certains 
plants  américains,  tels  que  les  Riparia  sauvages,  les  Clinton,  les  Solonis, 
les  Taylor,  c'est-à-dire  sur  les  diverses  variétés  de  l'espèce  botanique  Vitis 
riparickfiOn  peut  même  dire  que  telle  est  probablement  la  plante  d'origine 
du  Phylloxéra,  celle  qui,  du  moins,  semble  la  plus  anciennement  et  la 
mieux  adaptée  à  ce  parasite.  Plus  volontiers  que  sur  toute  autre,  il  y  évolue 
sous  ses  quatre  formes,  sans  que  le  végétal  paraisse  en  souffrir.  Les  déri- 
vés du  Vitis xstivalis  :  Jaequez,  Herbemout,  Cunningham,  etc.,  ont  beau- 
coup moins  de  galles  apparentes  sur  les  feuilles  ;  leurs  racines,  souvent 
infestées  de  Radicicoles  quand  ils  sont  jeunes,  semblent,  à  l'âge  de  4  ou 
5  ans,  se  débarrasser  en  grande  partie  de  l'insecte.  Ici  ce  serait  le  parasite 
qui  serait  mal  adapté  à  la  plante  ;  celle-ci,  du  reste,  n'ayant  pas  à  se  défen- 
dre aussi  vigoureusement  que  le  Vitis  riparia,  ne  produit  pas  autant  de 
radicelles  de  remplacement.  Chez  le  Vitis  labrusca  et  ses  dérivés  :  Coucord, 
Isabelle,  etc.,  fort  peu  de  galles  sur  les  feuilles  et  résistance  très  faible  des 

souches  pour  se  métamorphoser  en  Ailés,  nous  supposons  sans  peine  que  quel- 
ques-unes peuvent  très  bien  arriver  aux  sarments  et  même  aux  feuilles,  pénétrer 
accidentellement  dans  les  galles  et  s'y  transformer.  Nous  disons  donc,  avec  M.  Bal- 
biani  (pag.  22),  que  la  métamorphose  des  Gallicole."  en  Ailés  n'est  rien  moins  que 
démontrée, 

1  Voir,  pour  l'évolution  de  l'œuf,  Cornu,  pag.  195. 

2  Le  chorion  ou  enveloppe  de  l'œuf  est  formé  de  trois  membranes  :  la  pellicule 
superficielle,  l'exchorion  et  le  chorion  proprement  dit.  Il  y  a  de  plus  l'enveloppe 
vitelline,  celle  qui  porte  la  crête  dentelée  et  qui,  sous  la  pression  de  l'embryon 
développé,  se  rompra  et  coupera  les  trois  premières. 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE.  71 

racines  qui,  mè  ne  en  Amérique,  Baissent  par  succomber  aux  attaques  du 
puceron;  l'adaptation  au  parasite  est  do  oc  très  mauvaise,  et  le  Vllis  labrusca, 
à  coup  sur,  n'est  pas  la  plante  d'origine  de  l'insecte.  Enfla  le  VUis  vini- 
fera,  souche  indo-européenne  de  tous  nos  plants  d'Europe,  est,  des  quatre 
espèces  botaniques  cultivées  en  grand,  la  plus  mal  adaptée  au  Phylloxéra, 
dont  les  racines  résistent  le  moins  bien  et  dont  les  feuilles  sont  les  plus  ré- 
fractaires  à  la  formation  des  galles. 

C'est  cette  rareté  des  ga' les  sur  nos  cépages  qui  a  amené  plusieurs  auteurs 
à  dire  que,  sur  les  plants  d'Europe,  la  forme  gallicole  pouvait  être  sautée  et 
que,  d'ordinaire,  \e  Phylloxéra  issu  de  l'œuf  d'hiver  descendait  aux  racines. 
Cette  hypothèse  n'a  jamais  été  appuyée  par  l'observation.  Malgré  cela,  le 
doute  existe  dans  beaucoup  d'esprits,  et  même  dans  le  livre  de  M.  Balbiani, 
que  nous  avons  appelé  une  œuvre  de  niaitre,  certain  passage  cité  en  note' 
montre  que  son  auteur  n'était  pas,  au  moment  où  il  l'a  écrit,  éloigné  d'ad- 
mettre cette  théorie.  Nous  nous  empressons  d'ajouter  que  dans  un  travail 
postérieur  il  y  a  nettement  renoncé*. 

M.  Henneguy3,  délégué  de  l'Académie  des  Sciences,  paraît  pencher  au 
contraire  vers  l'hypothèse  de  la  descente  habituelle  aux  racines.  Il  s'appuie 
sur  une  expérience  intéressante  faite  par  M.  Savre,  professeur  départe- 
mental d'agriculture  du  Lot,  au  moyen  des  badigeounages  contre  l'œuf 
d'hiver,  expérience  qui  mérite  d'être  citée  :  «  Des  vignes  françaises,  dit 
M.  Henneguy,  Malbec,  Cot-rouge,  etc.,  ont  été  badigeonnées  au  mois  de 
février  et  de  mars  1886;  mais  le  mélange  a  été  appliqué  sur  toute  la  hauteur 
du  cep,  sauf  sur  le  bois  de  deux  ans.  Ces  vignes  ont  présenté  uu  assez 

4  M.  Balbiani,  pag.  28,  dit:  «  L'issu  de  l'œuf  d'hiver  monte-t-il  toujours  sur 
les  feuilles,  ou  descend-il  directement  dans  le  sol  après  son  éclosion  ?  C'est  ce 
qu'on  ne  sait  pas  encore  d'une  manière  précise  ;  il  parait  avéré  toutefois  que  la 
nature  du  cépage  n'est  pas  sans  influence  sur  la  direction  qu'il  prend  ».  M.  le 
Dr  Fatio  (Le  Phylloxéra  dans  le  canton  de  Genève  en  1876,  pag.  20)  dit  de  son 
côté  :  «  Les  grosses  pondeuses  vertes  des  racines  que  je  nomme  ici  Nodicole  (de 
nodus,  nœud,  nodosité),  paraissent  être,  fort  probablement,  le  produit  direct  de 
œuf  d'hiver,  soit  que  cet  œuf  ait  hiverné  sur  les  racines,  soit  qu'éclos  sur  le 
bois  aérien,  le  jeune  Gallicole  soit  rentré  prématurément  sous  terre,  faute  d'avoir 
pu  former  sa  galle».  Plus  loin,  pag.  27,  M.  Fatio  est  plus  affirmatif  encore  :  «Les 
issus  de  l'œuf  d'hiver  rentrent  jusqu'ici,  à  Genève,  en  très  grande  majorité  et  très 
promptement  dans  le  sol,  au  printemps. 

2  Balbiani  ;  Rapport  au  Ministre  sur  le  traitement  contre  l'œuf  d'hiver  en  1884 
{Compte  rendu  des  Travaux  du  service  du  Phylloxéra,  1885,  pag.  158). 

A  Henneguy  ;  Rapport  sur  la  destruction  de  l'œuf  d'hiver  (Compte  rendu  dos 
Travaux  du  service  du  Phylloxéra,  1887). 


72  LE   PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

grand  nombre  de  galles.  Ce  résultat  est  tout  naturel,  puisque  le  bois  de 
deux  ans  est  le  lieu  d'élection  des  œufs  d'hiver  ;  mais  l'intérêt  de  l'obser- 
vation de  M.  Savre  consiste  dans  la  présence  de  galles  sur  des  cépages 
indigènes  qui  n'en  ont  qu'exceptionnellement.  M.  Savre  pense  que  les 
insectes  issus  des  œufs  d'hiver  n'ont  pu  descendre  sur  les  racines,  et  qu'ar- 
rêtés par  les  vapeurs  toxiques  émises  par  le  mélange  qui  recouvrait  la 
souche,  ils  se  sont  répandus  sur  les  feuilles  pour  y  former  des  galles.  Pour 
la  même  raison,  les  jeunes  Phylloxéras  de  seconde  génération  sont  restés 
sur  les  feuilles  et  y  ont  multiplié  les  galles.  Les  jeunes  insectes  sortis  des 
œufs  d'hiver  descendent  donc  sur  les  racines  pour  y  fonder  les  colonies 
souterraines.  Que  l'on  empêche  cette  descente  de  s'effectuer,  comme  dans 
l'expérience  de  M.  Savre,  et  les  galles  apparaîtront  nombreuses  sur  nos 
cépages.  » 

Plusieurs  expérimentateurs  et  nous-même  ayant  tenté,  sans  succès,  de 
faire  vivre  sur  des  racines  des  Phylloxéras  directement  issus  de  l'œuf  d'hiver, 
ayant  au  contraire  réussi  à  les  faire  fixer  sur  les  feuilles,  nous  n'avons  per- 
sonnellement jamais  pensé  qu'à  l'état  dénature  l'insecte  allât  aux  racines. 
Depuis  longtemps  nous  avons,  à  ce  sujet,  échangé  nos  idées  avec  M.  Boi- 
teau,  de  tous  les  expérimentateurs  celui  qui  a  le  mieux  étudié  cette  question , 
et  nous  dirons  que,  jusqu'à  nouvelle  preuve  du  contraire,  l'observation  de 
M.  Savre  restant  isolée,  nous  nous  en  tenons  aux  résultats  des  expériences 
faites  par  M.  Boiteau  en  1876,  expériences  demeurées  classiques.  Ren- 
voyant pour  les  détails  aux  Notes  publiées  dans  les  Comptes  rendus  de 
l'Institut  (séances  des  20  et  27  avril,  10  mai,  3  juin,  8  juillet,  5  août  et  3 
novembre  1876) ,  ainsi  qu'à  la  brochure  intitulée  Y  Œuf  d'hiver  et  son  'pro- 
duit (Libourne,  Maleville,  édit.,  1876),  empruntant  aussi  des  détails  aux 
lettres  reçues  directement  de  M.  Boiteau,  nous  résumerons  ainsi  la  ques- 
tion : 

Il  est  vrai  que  le  parenchyme  des  feuilles  du  Vitis  vinifera  est  peu  fa- 
vorable à  la  production  des  galles,  que  beaucoup  de  celles  qui  s'y  forment 
sont  incomplètes  et  vite  abandonnées.  Il  est  vrai  aussi  que  ces  galles,  mal 
développées  ou  en  forme  de  cupules  ouvertes,  renferment  moins  d'œufs 
(200  au  plus)  et  les  laissent  parfois  échapper  au  dehors  ;  très  vrai  égale- 
ment que  sur  les  vignes  d'Europe  à  la  troisième  génération,  parfois  à  la 
deuxième,  les  jeunes  commencent  à  descendre  aux  racines,  de  sorte  que  le 
nombre  des  galles  se  réduit  souvent  à  quelques-unes,  celles  du  début,  les 
galles  initiales  placées  sur  les  première,  deuxième  et  troisième  feuilles  de 
la  base  du  sarment  et  difficiles  à  voir. 

De  là  à  dire  que,  sur  les  vignes  d'Europe,  la  forme  gallicole  peut  être 
sautée,  il  y  a  loin  !  Il  ne  faut  pas  oublier  que  c'est  sur  une  vigne  française, 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE.  73 

le  Tinto,  que  les  galles  ont  été  observées  pour  la  première  fois  en  France, 
par  M.  Planehon,  en  1869,  alors  qu'il  n'était  pas  question  de  plants  amé- 
ricains et  que,  bien  avant  la  diffusion  de  ces  derniers,  de  nombreux  ob- 
servateurs, tels  que  MM.  Plancbon,  Licbtenstein,  Cornu,  de  Ladite,  Ilcn- 
neguy,  Lejourdan,  Faucon,  Boiteau  et  nous-mème,  en  avaient  vues  sans  les 
chercher.  Pendant  l'été  de  1888,  les  galles  ont  été  communes  sur  divers 
plants  français  dans  la  collection  de  vignes  de  l'Ecole  d'Agriculture  de 
Montpellier.  «Certaines  années,  dit  M.  Boiteau  (pag.  21  de  sa  broeburc),  les 
galles  sont  très  abondantes  sur  les  vignes  sauvages,  dans  les  baies,  à  portée 
des  vignobles  phylloxérés.  »  Les  Gallicoles  rencontreraient  là,  parait-il, 
des  conditions  plus  favorables  de  développement  que  sur  les  plants  cultivés. 

Pour  nous,  quand  il  y  a  des  Vitis  riparia  dans  le  voisinage,  les  essaims 
d'Ailés  ne  s'abattent  pas  sur  le  Vitis  vinifera,  ils  vont  à  leur  végétal  pré- 
féré, à  leur  plante  d'origine.  Etant  donnée  cette  tbéorie,  qui  nous  semble 
appuyée  par  l'expérience  ;  étant  donnés  surtout  les  lieux  de  ponte  spéciaux 
que  nous  avons  signalés,  on  pourrait  réserver  dans  les  vignes  ces  lieux 
d'élection  en  ne  les  greffant  pas,  et  y  détruire  facilement  ebaque  année 
tous  les  œufs  d'hiver  par  les  badigeonnages  Balbiani. 

Le  Gallicole  existe  donc  sur  les  plants  d'Europe  quand  un  œuf  d'hiver 
y  a  été  pondu  ;  il  y  existe  très  fréquemment  aussi  lorsqu'un  pampre  a  été 
en  contact  avec  un  autre  pampre  infecté,  il  y  est  seulement  à  générations 
moins  nombreuses,  moins  prolifiques  et  d'habitude  mieux  cacbées  ;  de  là, 
certaine  difficulté  à  constater  sa  présence. 

En  résumé,  on  peut  dire  que,  pour  trouver  le  Gallicole  sur  les  plants 
d'Europe,  on  peut  être  servi  par  le  hasard  ;  mais  que,  pour  le  trouver  à  coup 
sûr,  on  n'est  d'ordinaire  pas  guidé,  comme  sur  les  Riparia,  par  la  présence 
de  milliers  de  galles  faciles  à  constater,  et  qu'il  faut  :  1°  avoir  eu  le  soin 
l'été  précédent,  comme  le  dit  M.  Boiteau,  de  remarquer  les  points  où.  se 
sont  abattus  des  essaims  d'Ailés,  qui  ont  produit  les  Sexués,  lesquels  par 
la  ponte  de  l'œuf  d'hiver  doivent  avoir  produit  les  Gallicoles  ;  2°  à  défaut 
des  galles  de  l'extrémité  des  rameaux,  savoir  chercher  les  galles  initiales. 

Ces  conditions  d'observation  ne  sont  pas  à  la  portée  de  tous  les  obser- 
vateurs. 

C.  —  Radicicole. 

On  nomme  ainsi  la  forme  agame  succédant  au  Gallicole,  vivant  unique- 
ment sur  les  racines,  provenant,  soit  des  jeunes  descendus  des  feuilles,  soit 
des  générations  précédemment  iixées  aux  racines  et  qui,  à  l'origine,  prove- 
naient elles-mêmes  des  Gallicoles.  Cette  forme  est   la  plus  répandue,  la 


74  LE    PHYLLOXERA    DE    LA.    VIGNE. 

plus  comme,  la  première  découverte  en  France,  lu  seule  qui  fasse  périr  la 
vigne,  et  c'est  pour  cette  dernière  raison  que  nous  l'avons  appelée  également 
[orme  dévastatrice. 

Bien  que  la  plus  connue  et  la  plus  nombreuse  en  individus,  elle  n'en  est 
pas  moins  la  plus  extraordinaire  au  point  de  vue  des  mœurs  souterraines. 
Le  genre  Phylloxéra  est,  en  effet,  presque  uniquement  composé  d'espèces 
épigées,  c'est-à-dire  ayant  un  cycle  évolutif  entièrement  en  dehors  du  sol. 
Remontant  par  la  pensée  aux  temps  géologiques,  à  l'époque  tertiaire,  ou 
tout  au  moins  à  la  période  glacière,  M.  Balbiani  (pag.  21)  voit  dans  la 
défoliation  de  la  vigne  devenue  périodique,  forçant  l'insecte  à  chercher  un 
refuge  aux  racines,  l'origine  de  cette  forme  hypogée.  C'est  bien  possible  ; 
mais  nous  dirons  que  plus  de  vingt  autres  espèces  de  Phylloxéra  vivent 
sur  des  chênes,  des  châtaigniers  et  des  noyers  à  feuilles  caduques,  sans 
avoir  pour  cela  de  forme  radicicole.  Nous  nous  contenterons  ici  de  l'obser- 
vation des  faits  biologiques  actuels,  mais  nous  n'en  considérons  pas  moins 
celui-ci  comme  assez  extraordinaire  pour  avoir  jugé  utile  d'attirer  sur  lui 
l'attention  du  lecteur. 

La  présence  du  Radicicole  dans  un  vignoble  se  manifeste  par  des  points 
où  la  végétation  est  nulle  et  languissante,  et  que  M.  Gaston  Bazille  a  com- 
parés à  des  taches  d'huile.  Le  commencement  d'une  de  ces  taches  est  un 
point  faible  s'élargissant  peu  à  peu,  ayant  dès  la  troisième  ou  quatrième 
année,  parfois  dès  la  deuxième,  des  souches  mortes  dans  son  milieu.  Tout 
autour  de  ces  pieds  morts,  rayonnant  régulièrement,  se  voient  des  souches 
aux  pampres  rabougris,  dépourvues  de  vrilles,  aux  feuilles  petites,  souvent 
jaunes,  et  chez  lesquelles,  à  mesure  que  l'on  s'éloigne  du  centre,  ces  carac- 
tères s'atténuent  graduellement  jusqu'à  disparaître. 

Tous  les  points  faibles  affectant  la  forme  de  la  tache  d'huile  ne  sont  pas 
produits  par  le  Phylloxéra.  Sans  parler  d'une  maladie  cryptogamique,  le 
Pourridié,  qui  produit  souvent  cet  effet,  nous  aurons  l'occasion  de  voir 
les  mêmes  phénomènes  se  produire  sous  les  attaques  d'insectes  rongeurs 
de  racines,  tels  que  la  larve  du  Gribouri,  celle  du  Vesperus,  etc.  Ce  n'est 
que  par  l'examen  de  la  racine  elle-même  que  l'on  peut  reconnaître  exac- 
tement la  cause  du  mal. 

Nodosités.  —  Sous  l'influence  de  la  piqûre  de  l'insecte,  des  nodosités  se 
forment.  On  nomme  ainsi  des  renflements  caractéristiques  observés  dès  la 
découverte  du  Radicicole.  Ce  sonl  des  excroissances  du  parenchyme  cortical 
de  la  racine,  de  couleur  jaune  vif,  et  qui  ont  des  formes  très  diverses.  Tantôt 
elles  affectent  celle  d'un  renflement  vésiculaire  occupant  une  partie  ou  la 
totalité  de  la  radicelle  (flg.  9  b)  ;  tantôt,  et  c'est  le  plus  souvent,  elles  n'eu 


LE    PHYLLOLERA    DE    LA    VIGNE.  75 

occupent  que  l'extrémité.  Elles  ont  généralement  dans  ce  cas  L'apparence 
d'un  crochet  renflé  dans  sa  partie  courbée,  rappelant  parfois  la  tète  d'un 
oiseau  à  long  bec  ou  une  cornue  de  chimie; 
l'insecte  est  alors  placé  dans  l'endroit  le 
plus  profond  de  la  courbure,  (fig.  9  a). 

Faul-il  attribuer  cette  hypertrophie  des 
tissus  à  un  liquide  venimeux,  de  la  salive 
par  exemple,  injecté  par  le  rostre  du  pu- 
ceron? Tel  n'est  pas  l'avis  de  M.  Cornu, 
qui  cite,  avec  raison ,  les  différents  Phyllo- 
xéras du  chêne  s'attaquant  à  des  feuilles 
développées  et  ne  produisantqued.es  taches 
brunes  arrondies,  formées  par  la  dessic- 
cation partielle  de  la  feuille  tout  autour 
d'eux.  L'action  produite  par  le  Radicicole 
sur  la  jeune  radicelle  de  la  vigne  en  voie 
d'accroissement  semble  due  aux  mêmes 
causes  mécaniquesque  la  galle  des  feuilles 
résultant  de  la  piqûre  du  Gallicole,  l'or- 
gane lésé  est  seulement  différent.  N'ayant 
pas  la  même  constitution,  il  s'hypertro- 
pbie  d'une  tout  autre  façon.  L'insecte,  par 
son  suçoir,  épuise  les  cellules  placées  au- 
dessous  de  lui  ;  la  pression  du  cylindre 
ligneux  central,  plus  ou  moins  développé, 
empêche  une  trop  grande  dépression  de 
se  produire,  et  jamais  il  ne  se  forme  de 
cavité  comparable  à  celle  d'une  galle.  De 
cet  épuisement  local  des  cellules  il  résulte 
d'ordinaire  deux  choses  :  la  déviation  de 
l'organe  et  son  hypertrophie.  La  première 
est  causée  par  l'arrêt  de  développement 

d'un  côté  et  sa  continuation  de  l'autre,  la  seconde  provient  de  la  multi- 
plication des  cellules  en  une  masse  d'autant  plus  arrondie  et  volumineuse 
que  le  développement  est  plus  entravé  du  côté  opposé.  Dans  les  feuilles, 
rien  de  semblable,  pas  de  cylindre  central;  le  développement  se  faisant 
librement  sur  une  surface  mince  et  aplatie,  la  galle  se  constitue  sans  dé- 
former sensiblement  la  feuille,  et  la  déviation  ne  se  produit  que  sur  les 
tiges  grêles  ou  les  vrilles  offrant  certains  rapports  de  constitution  avec  les 
radicelles,  etc. 


Fig.  9. —  Renflement  produit  par 
la  piqûre  du  Phylloxéra:  a.  ren- 
flements surdes  racines  jeunes, 
b.  renflements  sur  des  racines 
plus  âgées. 


76  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

Au  point  de  vue  de  la  composition  des  tissus  de  la  nodosité,  nous  de- 
vons signaler  de  nombreux  grains  d'amidon  faciles  à  observer  au  moyen 
du  réactif  ordinaire,  la  teinture  d'iode,  qui  les  colore  en  bleu.  Il  a  été  dit 
par  certains  partisans  du  Phylloxer a-effet  que  la  présence  de  l'amidon 
était  la  cause  de  la  maladie.  «  Ce  dépôt,  dit  M.  Delamotte  *,  est  dû  vrai- 
semblablement à  l'absence  de  vitalité  des  cellules  ;  dans  une  coupe  micros- 
copique, il  ne  s'observe  en  effet  que  dans  celles  qui  correspondent  à  la 
dépression  produite  par  la  piqûre  de  l'insecte,  et  qui  ne  prolifèrent  plus. 
Il  fait  défaut,  en  général,  dans  les  cellules  de  la  périphérie  du  rendement, 
qui  toutes  se  segmentent  activement.» 

Le  plus  souvent,  même  sur  les  plants  dits  résistants,  les  nodosités  se 
décomposent  au  moment  des  fortes  cbaleurs  et  entraînent  la  mort  des 
radicelles  ;  mais  le  remplacement  rapide  de  celles-ci  peut  permettre  à  la 
plante  de  vivre.  Chez  les  vignes  d'Europe,  il  n'en  est  pas  ainsi  :  les  racines 
entièrement  lignifiées  succombent  elles-mêmes,  tandis  que  chez  les  vignes 
résistantes,  pour  peu  que  le  cylindre  central  soit  bien  constitué,  l'hy- 
pertrophie des  tissus  et  leur  décomposition  subséquente  sont  limitées,  la 
cicatrisation  se  produit  et  le  mal  est  réparé.  Dans  le  chapitre  où  nous 
traiterons  de  la  lutte  contre  le  Phylloxéra,  nous  aurons  à  approfondir  ces 
causes  de  résistance  des  cépages  d'outre-mer. 

Description  du  Radicicole.  —Cette  forme  (fig.  10,  11  et  12)  a,  comme  ca- 
ractère, les  plus  grands  rapports  avec  les  aptères  composant  les  dernières 
générations  des  Gallicolcs;  il  y  a  même  certains  indi- 
vidus qui,  sortis  de  leur  milieu,  ne  pourraient  être 
sûrement  attribués  à  l'une  plus  qu'à  l'autre  d<3S  deux 
formes.  Chez  certains  Gallicoles,  en  effet,  insectes  des 
dernières  générations,  les  tubercules  apparaissent  très 
visiblement  et  le  dernier  article  des  antennes  est  nette- 
ment entaillé  en  bec  de  sifflet.  Sans  parler  des  expé- 
riences multiples  qui  ont  consisté  à  faire  fixer  les 
FigAO. — Phylloxéra  ,       ,     ...  ,  . 

radicicole  jeune.        insectes  des  feuilles  sur  les  racines,  on  se  demande 

comment  encore,  à  l'heure  qu'il  est,  il  y  a  des  natu- 
ralistes qui  peuvent  voir  là  deux  espèces. 

Ayant  décrit  le  Gallicole  avec  suffisamment  de  détails,  nous  ne  ferons 
du  Phylloxéra  des  racines  qu'une  description  comparative.  Il  diffère  de 
celui  des  galles  par  sa  taille  moindre  chez  l'adulte,  1  millim.  au  plus  de 
long  au   lieu  de  1  millim.   et  quart,  la  présence  des  tubercules  bruns 

1  Delamotte  ;  Monographie  du  Phylloxéra  vastatrix.  Alger,  Adolphe  Jourdan, 
1885. 


LJi   PHYLLOXERA   DE   LA    VIGNE.  77 

saillants  sur  le  dos,  les  antennes  toujours  fortement  entaillées  extérieure- 
ment en  bec  de  sifflet,  et  la  ponte  qui  ne  dépasse  guère  cent  œufs.  Comme  le 
GaUicole,  il  subit  trois  mues;  les  tubercules,  disposés  eu  lignes  longitudi- 
nales et  transversales,  sont  au  nombre  de  soixante  et  dix,  douze  sur  la  tète, 
douze  sur  le  protborax,  huit  sur  le  mésotborax,  huit  sur  le  métatborax,  six 
sur  le  premier  anneau  de  l'abdomen  et  quatre  sur  les  six  anneaux  suivants. 
Le  dernier  anneau  abdominal  n'en  possède  pas.  Ces  parties  saillantes  de  la 
cuticule  sont,  au  premier  abord,  une  différence  importante  entre  les  deux 
formes  ;  mais,  quand  le  Radicicole  vient  de  muer,  ces  disques  formés  par  les 
rides  de  la  peau,  relevés  en  verrue,  colorés  en  brun  et  ayant  un  poil  épi- 
neux au  centre,  ont  à  peu  près  disparu.  Il  faut  un  ou  deux  jours  pour 
qu'ils  soient  de  nouveau  bien  visibles.  De  plus,  quand  on  examine  avec 
soin  au  microscope  la  peau  dorsale  d'un  GaUicole  traité  par  la  potasse 
caustique,  on  retrouve  les  traces  de  ces  disques  saillants.  Le  poil  épineux 
y  est  ;  parfois  même,  autour  de  ce  poil,  la  peau  est  un  peu  épaissie  et  ridée. 
C'est  donc  surtout  par  suite  de  l'absence  du  pigment  foncé  que  les  tuber- 
cules semblent  toujours  manquer  au  GaUicole. 

Au  double  point  de  vue  morphologique  et  physiologique,  quelles  sont  la 
nature  et  la  fonction  de  ces  tubercules?  Aucun  auteur  traitant  du  Phyl- 
loxeran'en  parle,  pas  même  M.  Cornu,  qui  a  pourtant  longuement  décrit 
l'organe  (pag.  205  et  suivantes).  M. Balbiani,  parlant  du  Phylloxéra  quer- 
cûs1,  dit  incidemment  que  dans  cette  espèce  les  tubercules  sont  à'appa- 
rence  glandulaire.  Il  suffit,  selon  nous,  de  mettre  sous  un  microscope 
quelques  types  de  pucerons  voisins  des  Phylloxéras,  comme  les  Pemphigits 
ou  les  Schizoneura  à  tubercules  sécrétant  de  la  cire  2,  pour  voir  que  chez 
le  Phylloxéra  vastalrix  ces  même  organes  sont  des  glandes  cirières  atro- 
phiées. Elles  sont  nulles  dans  Y  Ailé,  réduites  à  des  poils  dans  le  Sexué, 

{  Afin  de  ne  pas  faire  entrer  le  lecteur  dans  le  dédale  synonymique  de  deux 
espèces  de  Phylloxéra  du  chêne  qui  ont  été  confondues  par  plusieurs  auteurs, 
entre  autres  M.  Balbiani,  nous  nous  servons,  avec  cet  auteur,  du  nom  de  Ph.  qaer- 
cûs  pour  désigner  l'insecte  dont  il  a  si  bien  étudié  les  mœurs  comparativement 
avec  celles  du  Ph.  vastatrix.  Ce  n'est  pourtant  pas  le  véritable  Ph.  qucrcûs;  c'est 
une  espèce  du  nord  de  l'Europe  connue  dans  la  science  sous  le  nom  de  Ph.  coccinca 
Ileiden.  Le  véritable  Ph.  quercûs,  celui  de  Boyer  de  Fonscolombe,  est  une  espèce 
du  midi  de  l'Europe  très  différente  de  celle  du  nord,  Voir  à  ce  sujet  les  Notes  à 
l'Institut  échangées  en  1874  entre  M.  Balbiani  et  le  Dr  Signoret  ;  celle  du  7  dé- 
cembre de  M.  Signoret  élucide  très  bien  la  question. 

2  Consulter  au  sujet  des  glandes  à  cire  des  Schizoneura  l'excellent  travail  sur 
le  Puceron  lanigère  de  M.  le  professeur  Mùhlberg  d'Aarau  (Berne,  K.-J,,  édit.  ; 
Paris,  Librairie  Agr.  de  la  Maison  Rustique,  1885). 


78  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VrGNË. 

un  peu  apparentes  chez  le  Gallicole,  enfin  tout  à  fait  saillantes  et  rembrunies, 
bien  que  ne  fonctionnant  pas,  chez  le  Radicicole  et  h  Nymphe.  Ce  sont  des 
glandes  cirières  réduites  au  rôle  mécanique  de  tampons  contre  les  chocs, 
ou  de  coussinets  contre  les  frottements,  dans  les  formes  vivant  sous  terre. 
N'ayant  plus  de  raison  d'être  chez  celles  qui  vivent  dans  l'air,  elles  tendent 
à  disparaître. 


Fig.  11.  —  Phylloxéra  radicicole  Fig.  12.  —  Phylloxéra  radicicole 

vu  de  dos.  vu  de  face. 

Qui  sait  si,  chez  certains  Phylloxéras,  on  ne  découvrira  pas  un  peu  de 
sécrétion  cireuse  produite  par  les  tubercules  «  d'apparence  glandulaire  », 
c'est-à-dire  comme  chez  l'aptère  agame  du  Phylloxéra  quercûs,  composés 
de  cinq  lobes  entourant  un  disque  central  surmonté  d'un  poil  ras  coupé 
en  forme  de  filière. 

Comme  le  Gallicole,  le  Radicicole  subit  trois  mues.  Elles  ont  été  trop  bien 
décrites  par  M. Cornu  (pag.  211)  pour  que  nous  ne  citions  pas,  en  partie 
du  moins,  cet  auteur  :  «  Quand  ils  sont  sur  le  point  de  changer  de  peau, 
les  insectes  arrachent  leur  suçoir  enfoncé  dans  le  tissu  de  la  racine  ;  on  les 
voit  s'allonger  et  porter  à  droite  ou  à  gauche  la  partie  postérieure  de  leur 
corps  ;  celle-ci  prend  parfois  un  mouvement  giratoire  :  la  peau  se  fend  à  la 
partie  antérieure  dans  un  plan  médian  vertical.  La  fente  s'arrête,  sur  la  face 
abdominale  vers  l'insertion  des  soies  du  suçoir  et  à  une  distance  égale  sut- 
la  partie  dorsale.  On  peut  se  demander  par  quel  moyen  l'insecte  peut  quitter 
cette  enveloppe  qui  l'enserre  de  toute  part.  En  effet,  chaque  organe  est 
moulé  dans  un  organe  identique,  chaque  poil  dans  l'intérieur  d'un  autre  poil; 
les  trois  nouveaux  stylets  du  suçoir  sont  contenus  dans  chacun  des  anciens. 
Il  lui  faut  vaincre  une  résistance  de  frottement  qui  doit  être  considérable, 
car  les  organes  nouveaux  sont  comprimés,  étant  plus  grands  que  ceux  qui 
les  contiennent.  La  mue  est,  en  effet,  un  moyen  de  se  débarrasser  de  l'an- 
cienne peau  qui  gêne  l'accroissement  de  l'animal.  Chez  le  Phylloxéra, 
comme,  du  reste,  chez  beaucoup  d'autres  insectes,  un  artifice  spécial  facilite 
le  dénouement  de  la  crise.  Sur  toute  la  longueur  du  corps  sont  disposés  des 
petits  poils  dont  l'extrémité  est  tournée  vers  la  partie  postérieure  de  l'animal . 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE.  79 

Ce  sont  ces  poils  qui  permettent  à  l'insecte  de  cheminer  dans  son  ancienne 
peau  et  de  s'en  débarrasser.  Le  mécanisme  rappelle  celui  qui  fait  monter 
constamment  un  épid'orge  placé  dans  la  manche.» 

_Le  Radicicole,  avons-nous  dit,  ne  pond  guère  que  cent  œufs.  Déjà,  chez 
le  Gallicole,  certaines  pondeuses  des  générations  d'automne  ne  dépassent 
pas  ce  nombre  ;  mais,  chez  le  Radicicole,  c'est  le  maximum,  et  la  théorie 
de  la  dégénérescence  progressive  des  ovaires  trouve  ici  sa  confirmation.  \ 
Chez  le  Gallicole  issu  de  l'œuf  d'biver,  on  trouve  parfois  cinquante  tubes 
ovigènes  à  l'ovaire.  Au  printemps  qui  suit  la  descente  aux  racines,  c'est-à- 
dire  au  moment  de  l'année  où  l'activité  génératrice  est  la  plus  grande, 
l'ovaire  du  Radicicole  n'a  pas  plus  de  douze  à  vingt  tubes  et,  à  l'automne, 
on  n'en  comptera  que  six,  quatre  et  même  deux  (Balbiani,  Comptes  rendus, 
15  janvier  1883).  Dans  l'automne  de  1880,  il  nous  est  môme  arrivé  de 
trouver  à  Montpellier  un  Radicicole  n'ayant  qu'un  tube  ovigène  et  un  seul 
œuf  dedans.  L'insecte  étant  relativement  petit,  mal  développé  et  son  œuf 
de  taille  normale,  nous  l'avons  pris  tout  d'abord  pour  une  des  femelles 
sexuées  signalées  sur  les  racines  par  M.  Balbiani  (Comptes  rendus,  2  no- 
vembre 1874)  ;  mais,  l'examen  nous  ayant  montré  le  suçoir,  nous  sommes 
vite  revenu  à  l'idée  d'un  agame  Radicicole  devenu  presque  stérile. 

Au  printemps  toutefois,  des  générations  relativement  prolifiques  succè- 
dent à  celles  de  l'automne,  qui  l'étaient  peu  ;  mais  ce  regain  de  fécondité  est 
expliqué  ainsi  (pag.  34)  par  M.  Balbiani  :  «Avec  la  reprise  de  la  végétation 
et  le  retour  de  la  chaleur,  le  nombre  des  tubes  ovariques  ne  se  relève  pas 
chez  les  descendants  des  dernières  pondeuses  de  l'automne.  L'activité  seule 
des  pontes  augmente  sous  ces  influences  et  suffit  pour  donner  lieu,  encore 
pendant  longtemps,  à  une  nombreuse  population  d'insectes.  »  M.  Balbiani 
développe  longuement  cette  thèse  dans  sa  réponse  à  une  Note  de  M.  Tar- 
gioni-Tozzetti  [Comptes  rendus,  15  janvier  1883) .  Cette  fécondité,  selon  lui, 
peut  être  soutenue  pendant  trois  ans,  sans  intervention  des  Sexués,  et 
môme  pendant  quatre  ans,  d'après  une  Note  de  M.  Mares  [Comptes  rendus, 

17  septembre  1877).  Kyber,  dès  1812,  avait,  pendant  quatre  ans,  maintenu 
en  serre  les  générations  agames  des  pucerons  de  l'œillet.  Dans  sa  Mono- 
graphie des  Aphidiens  (pag.  153),  J.  Lichtenstein  va  plus  loin  :  «  Si  nous 
sommes  témoins,  dit-il,  de  cette  reproduction  agame  pendant  quatre,  cinq 
ans,  pourquoi  ne  durerait-elle  pas  davantage?  Pourquoi  ne  durerait-elle  pas 
éternellement  ?  Réaumur  a  déjà  posé  la  question.»  Ici  nous  quittons  l'obser- 
vation rigoureuse  des  faits,  c'est-à-dire  le  terrain  solide.  Nous  y  rentrerons 
le  plus  vite  possible  en  citant  la  Note  de  M.  Boiteau  (Comptes  rendus, 

18  juillet  1887) .  Nous  y  verrons  que  l'expérience  a  été  poussée  jusqu'à  la 
vingt-cinquième  génération  et  jusqu'au  mois  de  juillet  delà  sixième  année. 


80  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

A  cette  époque,  il  y  avait  encore  des  insectes  «bien  portants  et  très  prolifi- 
ques». Jusqu'où  sera  poussée  l'expérience  ?  C'est  ce  que  nous  apprendrons 
avec  un  médiocre  intérêt,  car  il  nous  semble  bien  difficile  d'éviter  absolu- 
ment un  des  facteurs  qui  peuvent  la  fausser,  celui  de  l'apparition  de  Sexués 
sur  les  racines.  La  Note  de  M  Balbiani  dont  nous  avons  parlé  plus  haut 
cite  en  effet  le  fait  observé  par  lui  en  octobre  1874  à  Montpellier.  Il  n'a  vu 
que  des  femelles  ;  mais  elles  n'offraient  aucune  différence  avec  les  femelles 
aériennes. 

Nous  n'en  croyons  pas  moins  que,  dans  le  plus  grand  nombre  des  cas,  et  à 
l'état  de  nature,  les  colonies  agames  non  régénérées  par  des  Sexués  aériens 
sont  destinées  à  s'éteindre.  Elles  s'affaiblissent,  du  reste,  en  grande  partie 
par  le  nombre  considérable  de  jeunes  Radicicoles  devenant  nympbes  et 
quittant  le  sol  pour  se  transformer  en  Ailés. 

Parfois  la  colonie  tout  entière  semble  subir  cette  transformation  dès  la 
seconde  année  ;  le  fait  a  été  signalé  par  M.  Marion  et  plusieurs  autres 
observateurs.  Peut-être  même  est-ce  ainsi  que  le  plus  souvent,  d'une 
façon  normale,  la  colonie  souterraine  prend  fin,  quand  il  n'y  a  pas,  bien 
entendu,  de  nouvelles  invasions.  Cette  présomption,  selon  M.  Balbiani, 
est  appuyée  sur  ce  qui  se  passe  chez  le  Phylloxéra  coccinea,  où  il  arrive 
souvent  qu'aucune  des  larves  composant  la  dernière  génération  de  l'année 
n'échappe  à  la  transformation  en  nymphe,  puis  en  Ailé,  ce  qui  amène  la 
dispersion  complète  de  la  colonie  ' . 

Les  Radicicoles  peuvent-ils  aller  aux  feuilles  et  produire  des  galles  ? 
Telle  est  la  question  que  plusieurs  naturalistes  se  sont  posée,  et  M.  Marion 
s'est  même  demandé  si  les  galles  apparaissant  parfois  en  été  à  l'extrémité 
des  sarments  qui  n'en  portaient  pas  au  printemps  ne  seraient  pas  for- 

1  Nos  observations  personnelles  nous  permettent  d'affirmer  que  lorsque  la  vigne 
est  jeune,  vigoureuse,  et  pas  encore  en  plein  rapport,  c'est  toujours  ainsi  que 
linit  la  colonie  non  régénérée  par  le  Sexué.  Quand,  pendant  des  années,  les  géné- 
rations agames  se  prolongent  sans  s'épuiser  par  le  départ  des  Ailés,  c'est  que  la 
souche  est  moins  vigoureuse.  C'est  le  cas  des  vignes  françaises  attaquées  depuis 
plusieurs  années,  le  cas  de  toutes  les  éducations  en  laboratoire,  le  cas  aussi  de 
beaucoup  de  vignes  américaines  résistantes,  mais  qui  n'ont  plus  la  fougue  des 
premières  années  et  qui,  s'étant  mises  pleinement  à  fruit,  ne  s'emportent  plus  en 
sarments  de  cinq  ou  six  mètres.  Quand,  pour  nos  études,  nous  voulons  des  Ailés, 
nous  allons  chercher  des  nymphes  aux  racines  des  souches  de  2  à  G  ans,  et  de 
juillet  à  septembre  nous  les  y  trouvons  en  masse.  Passé  5  ou  6  ans,  les  vignes, 
même  les  Riparia  et  leurs  dérivés,  produisent  moins  d'Ailés,  quand  bien  même 
les  nodosités  des  radicelles  sont  très  développées  ;  les  racines  fortement  lignifiées 
en  produisent  encore  moins. 


LE    PHYI.L<)\EKA    Dfi    LA    VÎGMË.  81 

mées  par  des  jeunes  nés  dans  le  sol  et  montés  aux  feuilles.  Jusqu'à  présent 
ou  n'a  pas  d'observations  à  ce  sujet  en  dehors  d'expériences  de  laboratoire. 
Dès  1870,  M.  Riley  a  réussi  à  transformer  des  Radicicoles  en  Gallicoks 
dans  des  flacons  d'élevage.  M.  Marioo  en  a  obtenu  facilement,  nous  écrit-il. 
M.  Balbiaoi  {Comptes  rendus,  2  novembre  1874)  en  a  fait  iixer  aussi  sur 
des  feuilles  en  tubes  d'expérience  ;  mais,  ayant  planté  leur  suçoir  sur 
la  face  inférieure,  ils  n'y  ont  pas  produit  de  galles.  M.  Cornu,  de  son 
côté,  a  réussi,  dans  une  serre  très  humide,  à  faire  produire  une  galle 
par  de  jeunes  Phylloxéras  provenant  d'oeufs  développés  sur  des  racines 
adventives  qui  avaient  poussé  en  raison  de  l'humidité  du  milieu.  Pour 
nous,  ces  éducations  sous  cloche  n'infirment  en  rien  la  règle  ordinaire, 
qui  est  (pue  le  jeune  Radicicole,  même  quand  il  sort  de  terre  pour  émi- 
grer,  va  toujours  aux  racines.  Quant  aux  galles  apparues  en  plein  air,  en 
été,  sur  des  plants  qui  n'en  portaient  pas  au  printemps,  nous  en  avons 
observé  nous-méme  et  nous  les  avons  attribuées  à  des  jeunes  apportés  par 
le  vent  d'une  souche  gallifère  voisine  ou  même  éloignée.  Le  vent  est  un 
agent  puissant  de  dissémination.  Nous  aurons  l'occasion  de  revenir  sur  ce 
sujet  quand  nous  parlerons  des  migrations  de  l'insecte  sous  ses  différentes 
formes. 

Les  Hibernants.  —  Il  nous  reste  à  dire  quelques  mots  de  ce  qu'on 
appelle  les  Hibernants. 

On  nomme  ainsi  les  Phylloxéras  passant  l'hiver  sur  les  grosses  racines, 
réfugiés  entre  les  fentes  de  l'écorce  ou  sous  les  plaques  subéreuses  exfo- 
liées. Ils  sont  là,  à  l'abri  d'une  trop  grande  humidité  et  du  contact  immédiat 
du  sol.  Quand  on  soulève  ces  plaques,  qui  ont  la  forme  de  manchons 
ouverts  d'un  côté  et  n'adhérant  plus  à  l'écorce,  on  aperçoit,  groupés  ou 
isolés,  de  nombreux  insectes  bruns,  aplatis,  que  leur  forme  non  atténuée 
en  arrière  a  fait  comparer  à  de  petites  tortues.  Ces  légions  de  parasites  sont 
composées  de  jeunes  Gallicoles  descendus  des  feuilles  et  surtout  de  Radi- 
cicoles nés  en  automne . 

Ils  passent  l'hiver  immobiles,  le  bec  planté  dans  l'écorce,  les  antennes 
et  les  pattes  repliées  contre  le  corps,  attendant  les  beaux  jours  pour  re- 
tourner aux  radicelles  et  achever  leur  croissance.  Ils  sont  généralement 
très  petits,  n'ayant  pas  subi  la  première  mue  ou  n'ayant  pas  dépassé  la 
seconde;  mais  çà  et  là  se  trouvent  quelques  adultes  ayant  commencé  leur 
ponte  avant  les  froids  et  continuant  lentement  à  l'accomplir.  La  plupart  des 
œufs  ainsi  pondus  périssent  ;  mais  ceux  qui,  par  une  température  moyenne 
au-dessus  de  10",  ont  pu  évoluer,  éelosent,  et  les  jeunes  vont  grossir  les 
groupes  d'Hibernants.  Cette  température  de  10"  parait  être  le  minimum 


82  LE    PHYLLOXERA    t)E    LA    VIGNE. 

au-dessous  duquel  ces  insectes  s'engourdissent,  et  au-dessus  duquel  ils 
sortent  de  leur  torpeur. 

Le  froid  ne  tue  pas  les  Hibernants,  l'hiver  1879-80  l'a  prouvé.  Dans 
des  régions  comme  les  environs  d'Orléans,  où,  en  décembre  1879,  le  ther- 
momètre est  descendu  à  —  25  et  30°  centigrades,  beaucoup  de  vignes 
ont  été  gelées,  mais  l'insecte  n'a  pas  disparu  du  pays.  Les  expériences  de 
M.  Maurice  Girard,  faites  au  moyen  de  mélanges  réfrigérants,  ont  du 
reste  établi  que  le  Phylloxéra  pouvait  supporter  sans  périr  des  froids  de 

—  8  et  10°  centigrades;  M.  le  Dr  Ilorvath  (de  Budapesth)  a  poussé 
plus  loin  encore  l'expérience1.  Au  champ  d'essais  de  Farkasd,  il  a  exposé 
hors  du  sol,  pendant  dix-huit  jours,  à  des  minimas  nocturnes  variant 
(je  —  1  à —  12°  centigrades,  des  racines  phylloxérées,  et  ce  délai  écoulé, 
malgré  la  sécberesse  inévitable  des  racines,  un  Phylloxéra  a  été  trouvé 
vivant.  Or,  dans  les  températures  observées  à  la  Station  météorologique 
de  l'École  d'Agriculture  de  Montpellier,  même  pendant  les  liivers  les 
plus  froids,  donnant  au  niveau  du  sol —  12  à  13°,  le  thermomètre,  à  25 
centimètres  de  profondeur  dans  la  terre,  ne  descend  jamais  au-dessous  de 

—  1  ou  2°  centigrades.  Pour  l'Hérault,  c'est  vers  le  milieu  d'avril  qu'a 
lieu  le  réveil  des  Hibernants.  Il  y  a,  à  cette  époque,  suffisamment  de  nou- 
velles radicelles  pour  que  les  jeunes  pucerons  puissent  quitter  leur  retraite 
et  recommencer  leurs  ravages. 

D.  —  Ailé. 

A  partir  de  la  seconde  quinzaine  de  juin,  dans  la  région  de  l'olivier  du 

moins,  on  aperçoit  sur  les  racines  des  jeunes  souches,  principalement  sur 

les  nodosités,  des  Phylloxéras  de  forme  plus  allongée 

que  les  autres,  aux  pattes  et  aux  antennes  relativement 

longues,  munis  de  tubercules  très  apparents  (fig.  13  et 

PI.  I,  fig.  9),  de  couleur  jaune  orange,  surtout  dans 

les  parties  antérieures  et  postérieures  du  corps,  et  chez 

lesquels  les  ovaires,  peu  développés,  ne  renferment  pas 

d'ceufs.  Ces  individus  spéciaux,  qui  dans  leur  jeune  âge 

Fig.  13.—  Phyllo-      étaient  en  tout  semblables  aux  autres,  sont  les  larves 

xeradestiuéàse      d'où  sortiront  les  nymphes  d'où  proviendront  les  Ailés. 
transformer    en        T,        ,  .  ,,"    "';     ".  . 

nymphe.  lls  subissent  trois  mues  avant  de  se  transformer, de  sorte 

que  VAilé  en  aura  subi  cinq  à  partir  de  son  éclosion.  Si 

l'on  examine  une  de  ces  larves  avant  que  la  quatrième  mue  en  ait  fait  une 

nymphe,  on  verra  qu'elle  présente  sur  les  côtés  un  renflement  indiquant  la 

4  Acad.  des  Se.  de  Hongrie.  Séance  du  23  avril  1883. 


LE    PHYLLOXÉRA    DE   LA    VIOne. 


83 


place  où  seront  les  moignons  d'ailes.  La  métamorphose  a  lieu  dans  le  sol,  et 
c'est  à  partir  du  20  juin  environ  que  nous  l'avons  observée  dans  la  région 
de  l'olivier. 


La  Nymphe  et  sa  métamorphose  en  Ailé.  —  la  nymphe  (6g.  14 et 
PL  I,  fig.  10)  est  remarquable  par  la  longueur  du  corps,  des  pattes  et  des 
antennes,  rappelant  ceux  de  l'Ailé,  et  surtout  par  ses  moignons  d'ailes 
placés  latéralement  sur  les  méso  et  métathorax.  Ces  ailes  rudimcntaires, 
étant  noires,  tranchent  sur  la  couleur  de  l'insecte,  qui  est  d'un  jaune  d'or 
ou  orangé  et  le  font  paraître  comme  étranglé  vers  son  milieu.  La  longueur 
du  corps  varie  de  moins  d'un  millim.  à  plus  d'un   millim.  et  quart;  la 
largeur  en  proportion,  c'est-à-dire  du  simple  au  double.  Comme  cbez'  le 
Badicicole,  soixante  et  dix  tubercules  se  voient  sur 
la  partie  dorsale  et  leur  disposition  est  la  même.  Les 
antennes,  beaucoup  plus  longues  que  celles  des  deux 
aptères  agames,  par  suite  du  développement  du  troi- 
sième article,  n'ont  cependant  qu'un  seul  stigmate 
olfactif,  comme  cbez  ces  derniers.  Les  yeux,  également 
au  nombre  de  trois,  de  couleur  rouge,  réunis  en  trian- 
gle derrière  les  antennes,  sont  plus  gros,  plus  glo- 
buleux, plus  rapprochés  les  uns  des  autres.  Quand 
l'insecte  approche  de  sa  dernière  transformation,  le 
gros  œil  en  forme  de  framboise  de  Y  Ailé  est  visible 
par  transparence  sous  la  peau.  A  ce  moment,  on  voit  également  des  œufs 
^en  formation  dans  les  tubes   ovigères  ;  mais  la  nymphe  ne  pond  jamais^ 
comme  l'a  supposé  à  tort  M.  Gerstâcker  (de  Berlin).  Le  Phylloxéra  sous 
cet  état  de  nymphe  se  nourrit.  On  le  trouve,  en  effet,  le  bec  planté  dans 
les  nodosités.  Sa  vie  est  d'environ  six  à  huit  jours  ;  mais  ce  délai  peut  se 
prolonger  si  le  temps  n'est  pas  propice  à  la  dernière  métamorphose. 

C'est  le  matin  généralement  que  les  nymphes  quittent  les  racines  pour 
se  transformer  en  Ailés  sur  la  souche  ou  le  premier  objet  venu,  ou  simple- 
ment contre  les  parois  des  fissures  du  sol;  quelques-unes  pourtant  sortent 
le  soir.  Elles  sont  à  ce  moment  dans  une  grande  agitation,  déployant  une 
agilité  relative.  Elles  suivent  les  racines  et  le  collet  de  la  souche  ou  sortent 
par  les  fissures  du  sol  crevassé,  et  l'on  comprend  sans  peine  que  les  terrains 
compacts,  fendillés  par  la  sécheresse,  soient  beaucoup  plus  favorables  à 
leur  sortie  que  les  terrains  sablonneux,  ne  se  fissurant  pas  et  s'éboulant 
sous  les  pieds  de  l'insecte.  Dans  les  bocaux  d'éducation,  il  suit  souvent 
le  verre,  qui  lui  offre  un  point  d'appui  solide. 

Une  nymphe  qui  aura  quitté  le  sol  à  G  ou  7  heures  du  matin  opérera 


Fig.  14.  —    Nymphe 
du  Phylloxéra. 


84  LE   PHYLLOXEIlA    DE    LA    VIGNE. 

sa  métamorphose  vers  9  ou  10  heures.  Elle  est  alors  d'une  couleur  plus 
somhre,  effet  de  la  cuticule  prête  à  se  détacher.  La  mue,  qui.  par  suite 
de  la  régularilé  de  l'heure,  est  une  des  plus  faciles  à  observer  à  la  loupe, 
est  très  intéressante  ;  mais,  ayant  décrit  celles  du  Badicicole,  nous  n'en- 
trerons pas  dans  de  grands  détails  à  son  sujet.  Disons  seulement  que  les 
mouvements  constants  delà  nymphe,  la  sécheresse  relative  de  l'air  com- 
paré au  sol,  facilitent  plus  que  sur  les  racines  la  rupture  de  la  peau  et  la 
sortie  de  l'insecte.  Les  ailes  sont  pour  celui-ci  une  grande  complication  :  si 
ja  pluie  survient  avant  qu'elles  soient  complètement  développées,  le  délicat 
moucheron,  collé  à  l'objet  qui  le  supporte  par  ces  longues  membranes 
pendantes,  ne  peut  se  dégager  et  meurt  sur  place  en  un  ou  deux  jours. 
Dans  les  éducations,  si  l'on  n'a  pas  eu  le  soin  d'essuyer  les  parois  du 
bocal  au  moment  de  la  montée  des  nymphes,  un  grand  nombre  d'Ailés  sont 
ainsi  tués  par  les  gouttelettes  d'eau  condensée  contre  le  verre. 

Aussitôt  après  la  mue,  Y  Ailé  est  entièrement  d'un  jaune  d'or,  très  pâle 
sur  le  thorax  ;  les  ailes  sont  blanches,  repliées  transversalement  et  en  long, 
encore  chiffonnées  et  molles.  La  tète  tournée  vers  le  haut,  l'insecte  les 
écarte  de  son  mieux  pour  les  étendre  par  leur  propre  poids.  En  observant 
alors  les  ailes  au  microscope,  on  voit  que  peu  à  peu  l'air  pénètre  dans 
l'intérieur  des  trachées,  qui  apparaissent  alors  sous  forme  de  lignes  noires 
Autour  d'elles  se  dessinent  des  bandes  plus  sombres  qui  sont  les  nervures 
C'est  le  sang  péuétrant  dans  les  ailes  '  et  surtout  l'air  entrant  dans  les  tra 
chées,  munies  intérieurement,  comme  on  sait,  d'une  membrane  spiralée 
qui  font  redresser  les  trachées  et  les  nervures,  ainsi  que  les  larges  mem 
branes  qui  les  réunissent.  Le  mécanisme  est  comparable  à  celui  qui  de- 
roule  le  tube  spiral  du  manomètre  de  Bourdon.  Après  un  délai  de  deux 
heures  environ,  c'est-à-dire  vers  midi,  les  téguments  de  l'insecte  ont  pris 
suffisamment  de  consistance  pour  qu'il  puisse  satisfaire  ses  instincts  d'émi- 
gration ;  mais,  avant  de  lui  laisser  prendre  sou  vol,  nous  en  donnerons  la 
description  suivante. 

Description  de  l'Ailé.  —  Le  corps  (fig.  15  et  PI.  I,  fig.  11),  très  allongé, 
rappelle  celui  d'une  cigale  en  miniature.  Comme  nous  l'avons  vu  chez  la 
nymphe,  il  est  de  deux  tailles  bien  distinctes,  1  millim.  et  1  millim.  1/4  de 
longueur,  non  compris  les  ailes.  Il  est  entièrement  dépourvu  de  tubercules, 
d'un  jaune  rougeâtre  et  orangé,  sauf  le  mésothorax  qui  est  noir. 

Les  ailes,  très  longues,  posées  à  plat  sur  la  partie  dorsale,  sont  de  cou- 
leur claire,  transparentes,  un  peu  irisées  ;  leur  surface  est  finement  clia- 

'  Ce  fait  a  été  mis  en  lumière  par  M.  Kùnckel  d'Herculais  (Recherches  sur 
l'organisation  et  le  développement  des  Volucelles.  Paris,  Massoti,  1875). 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 


85 


grillée;  leurs  granulations  microscopiques,  aplaties,  semblent  dirigées  en 
arrière  et  imbriquées  l'une  sur  l'autre.  Les  grandes  ailes  dépassent  le  corps 
de  près  de  1  millim  ,  elles  sont  remarquables  par  deux  fortes  nervures 
longitudinales,  une  externe  et  une  interne  partant  de  la  base,  cette  dernière 
se  trifurquant  du  côté  interne,  par  leur  bord  extérieur  teinté  de  jaune  un 
peu  avant  l'extrémité  et  par  un  repli  inférieur  eu  forme  de  gouttière  des- 
tiné à  recevoir  les  appendices  des  ailes  postérieures.  Celles-ci  ne  dépassent 
le  corps  que  d'un  tiers  de  millimètre  ;  elles  n'ont  qu'une  nervure  chitineuse, 
mais  sont  soutenues  par  les  deux  appendices  ci-dessus  en  forme  de  crochet 
placés  sur  leur  bord  supérieur,  libres  à  l'état  de  repos,  et  pendant  le  vol 
s'accrocbant  dans  la  gouttière  de  l'aile  supérieure. 

La  tête,  saillante,  est  remarquable  par  les  yeux  et  les  antennes.  Celles- 
ci  atteignent  un  tiers  environ  de  la  longueur  du  corps  ;  le  dernier  article 
surtout  est  très  long  ;  au  lieu  d'un  stigmate  olfactif, 
il  en  porte  deux,  l'un  près  de  la  base,  l'autre  à  sa 
place  ordinaire.  Les  yeux,  de  couleur  rouge,  sont 
multiples,  de  quatre  sortes  :   1°  les  deux  groupes 
ordinaires  de  trois  ocelles  placés  très  en  arrière  ; 
2°  deux  grands  yeux  en  forme  de  framboises  for- 
més par  la  réunion  d'un  grand  nombre  de  cristal- 
lins hémisphériques  placés  latéralement  au-dessus 
des  trois  yeux  primitifs  ;  3°  une  paire  d'ocelles 
situés  sur  le  front  entre  les  deux  gros  yeux  ;  4°  un 
ocelle  isolé  au  sommet  de  la  tète,  entre  les  deux 
antennes.  La  forme  ailée,  appelée  à  aller  au  loin 
fonder  les  colonies,  a  besoin  d'organes  des  sens 
plus  développés  que  les  trois  autres  formes.  Le 
suçoir,  moins  long  que  chez  les  aptères  agames, 
ne  dépasse  pas  le  sternum.  Le  thorax,  un  peu  plus 
long  que  large,  a  les  segments  antérieurs  et  postérieurs  jaunes,  celui  du 
milieu  (mésothorax)  noir,  les  ailes  fixées  sur  le  bord  dorsal  des  deux  der- 
niers ;  les  six  pattes,  solidement  attachées  au-dessous  des  trois  segments, 
sont  longues,  épineuses,  fortement  chitinisées,  d'uu  jaune  plus  foncé  que  le 
corps.  'L'abdomen,  composé  de  huit  segments,  atténué  en  arrière,  séparé 
du  thorax,  ressemble  à  une  toupie  par  suite  de  l'étranglement  de  la  base  du 
premier  segment.  Les  stigmates,  au  nombre  de  six  paires,  sont  disposés 
comme  chez  les  autres  formes.  Les  ovaires,  faciles  à  observer  par  trans- 
parence au  microscope,   n'ont  généralement  que  deux  tubes  ovigères,  sept 
fois  sur  dix  selon  M.  Balbiani  ;  mais,  d'après  le  même  auteur,  le  nombre 
de  ces  tubes  peut  aller  jusqu'à  sept.  Nous  en  avons  personnellement 


Fig.  15. —  Phylloxéra 

ailé. 


86  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

observé  une  fois  huit1,  et  nous  avons  vu  desovaires  qui  n'en  avaient  qu'un 
seul.  Chaque  tube  ovigère  renferme  deux  ovules,  mais  n'en  mûrit  qu'un 
seul,  de  sorte  que  VAilé  pond  de  un  à  huit  œufs,  mais  le  plus  souvent 
deux  seulement. 

Entre  midi  et  2  heures,  si  le  temps  est  beau,  le  Phylloxéra  ailé  prend 
son  vol. Malgré  la  longueur  des  ailes,  celui-ci  est  lourd,  tourbillonnant  au 
départ,  et  ce  n'est  qu'après  avoir  relevé  un  instant  les  ailes  dans  un  plan 
perpendiculaire  à  son  corps  que  l'insecte  peut  s'enlever.  Si  l'air  est  calme, 
il  franchit  quelques  dizaines,  quelques  centaines  de  mètres  au  plus;  mais, 
si  le  vent  souffle,  il  peut  être  transporté  à  de  nombreux  kilomètres,  et  c'est 
ainsi  que  les  colonies  lointaines  sont  normalement  fondées.  Arrivé  suruue 
vigne  jeune  et  vigoureuse,  toujours  choisie  de  préférence  à  une  vigne  vieille 
ou  malade,  l'insecte  se  pose  sur  les  feuilles  tendres  de  l'extrémité  des  sar- 
ments, et  gagne  bien  vite  le  dessous  de  la  feuille.  Là,  il  plante  son  rostre, 
et  pendant  vingt-quatre  heures  environ  il  se  nourrit.  Il  est  alors  apte  à 
pondre,  et  c'est  la  nécessité  de  satisfaire  tout  d'abord  à  deux  instincts,  celui 
d'émigrer  et  celui  de  se  nourrir,  qui  rend  les  pontes  de  VAilè  en  tube  diffi- 
ciles à  obtenir.  Il  meurt  sans  avoir  pondu,  ou  ses  œufs  sont  stériles. 

Nous  sommes  arrivé  cependant  à  une  proportion  sérieuse  de  réussite, 
trois  sur  dix  à  peu  près,  en  établissant  un  va-et-vient  eutre  notre  table  et  la 
fenêtre  de  notre  laboratoire,  au-dessous  de  laquelle  nous  avions  placé  un 
papier  blanc  collé  au  bois  et  relevé  horizontalement. 

Les  Ailés,  posés  sur  de  jeunes  pampres  ou  laissés  libres  au  bord  des 
bocaux  d'éducation,  prenaient  leur  vol  vers  la  fenêtre,  tombaient  sur  le 
papier  blanc,  et  au  moyen  d'un  pinceau  très  fin,  un  peu  humide,  passéentre 
leurs  pattes,  du  côté  de  la  tête,  étaient  reportés  à  leur  point  de  départ.  Le 
soir,  les  insectes  étaient  mis  sur  les  feuilles  de  l'extrémité  d'un  sarment, 
enfermées  dans  un  tube  à  essai;  beaucoup  s'y  fixaient,  et  un  certain  nombre 
pondaient  des  œufs  féconds  ;  c'est  ainsi  que  nous  nous  sommes  toujours 
procuré  les  Sexués  à  Montpellier. 

Les  œufs  pondus  sont  de  deux  sortes  :  de  plus  gros  qui  produisent  des 
femelles,  et  déplus  petits,  moins  nombreux,  d'où  sortent  des  mâles.  Les 
gros  ont  environ  40  centièmes  de  millim.  de  long  sur  20  de  large  ;  et  les 
petits,  26  centièmes  de  millim.  de  long  sur  13  de  large.  Leur  couleur  est 
d'un  blanc  jauuâtre,  plus  translucide  que  celle  des  œufs  des  autres  agames. 
M.  Balbiani  a  vu  souvent,  dit-il,  les  deux  sortes  d'œufs  pondus  par  le 
même  insecte.  Le  cas  est  rare,  d'après  ce  que  nous  avons  observé  à  Mont- 
pellier. Généralement,  les  œufs  qui  donneront  des  mâles  sont  produits  par 

*  L'Ailé  eu  question  a  été  préparé  et  les  huit  œufs  se  voient  distinctement  dans 
l'abdomen. 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE.  87 

des  Ailés  de  petite  taille,  et  ceux,  d'où  sortiront  les  femelles  par  des  Ailés 
d'un  millirn.  et  quart  de  longueur.  Ces  deuK  types  de  la  forme  colonisatrice, 
types  bien  tranchés,  ont  donc  leur  raison  d'être.  Ils  ont  été  remarques,  dès 
1871,  pur  M.  Plancbon,  qui  leur  avait  donné  le  nom  de  Androphore  et  de 
Gynéphore  (porte-mâle  et  porte-femelle)  ;  et  dès  le  début  des  observations, 
étant  donnée  la  différence  de  taille  ordinaire  chez  les  insectes  entre  les  deux 
sexes,  il  n'est  pas  étonnant  que  les  Ailés  aient  été  pris  pour  la  forme  sexuée. 

A  l'état  de  nature,  les  œufs  sont  pondus  par  groupes  de  deux  à  quatre, 
soit  entre  les  nervures  des  feuilles,  soit  sous  les  écorces  de  la  vigne.  Le 
nombre  de  petits  œufs  d'où  sortiront  les  mâles  est  de  deux  sur  dix,  d'après 
M.  Bulbiani  En  1888,  nous  avons  obtenu  une  plus  grande  proportion,  trois 
sur  dix  environ. 

D'ordinaire,  les  Ailés  sont  abondants,  surtout  dans  les  régions  où  les 
vignes  sont  jeunes  ;  certaines  années  cependant  on  en  rencontre  peu.  Ils 
commencent  à  apparaître  (in  juin  ;  en  juillet,  il  n'y  en  a  pas  encore  beau- 
coup. Août  et  surtout  septembre  sont  les  mois  de  grande  éclosion. 

Vers  le  milieu  d'octobre,  il  n'y  en  a  généralement  plus  dans  les  vignes. Il 
nous  est  arrivé  cependant  en  1888,  année  où  l'automne  a  été  relativement 
chaude  en  Languedoc,  d'avoir  beaucoup  d' Ailés  de  racines  recueillis  en 
octobre,  de  trouver  même  des  nymphes  les  premiers  jours  de  novembre  et 
d'en  obtenir  des  Ailés.  Lichtenstein  avait  fait  la  même  observation  en  1880, 
et,  ayant  transporté  des  racines  dans  une  des  serres  chaudes  du  Jardin  bota- 
nique de  Montpellier,  il  avait  obtenu  des  Ailés  jusqu'en  mars  1881.  C'est 
donc  le  froid  seul  qui  arrête  leur  apparition  dans  le  midi  de  la  France.  Il 
est  permis  de  supposer  que  dans  les  pays  chauds,  Panama  par  exemple, 
dont  nous  avons  parlé  à  la  fin  de  notre  Historique,  cette  production  d'Ailés 
dure  la  plus  graude  partie  de  l'année,  et  qu'alors  l'œuf  fécondé  produit  par 
le  Sexué  n'est  plus  un  œuf  d'hiver,  h' Ailé  se  trouve  au  vol,  de  1  heure  à 
5  heures  du  soir,  autour  des  souches,  principalement  dans  les  lieux  d'élec- 
tion décrits  à  propos  de  Y  œuf  d'hiver,  ou  plus  facilement  dans  les  toiles 
d'araignées  tendues  entre,  les  pampres  ou  à  l'extrémité  des  sarments,  sous 
le  revers  des  jeunes  feuilles  dont  il  se  nourrit. 

E.  —  Sexués. 

Les  deux  sortes  d'œufs  pondus  par  Y  Ailé  produisent  donc  les  Sexués. 

Comme  il  y  a,  nous  l'avons  dit,  deux  ou  trois  petits  œufs  (Y Ailes  pour 
sept  ou  huit  gros,  les  mâles  produits  par  les  premiers  seront  dans  la  même 
proportion  vis-à-vis  des  femelles  et  chacun  d'eux  devra  en  féconder 
plusieurs. 


88  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE 

Les  Sexués,  étant  très  petits,  sont  difficiles  à  observer  à  l'état  de  nature, 
et  l'on  peut  dire  que  cette  forme,  si  importante  daûs  le  cycle  biologique  du 
Phylloxéra,  appelée  à  régénérer  la  race,  a  été  vue  sur  les  souches  par  un 
très  petit  nombre  de  naturalistes.  Il  faut  donc,  pour  l'observer  à  volonté, 
faire  pondre  des  Ailés  en  tubes,  dans  les  conditions  que  nous  avons  indi- 
quées, et  faire  éclore  leurs  œufs,  ce  qui  demande  environ  buit  jours. 

En  dehors  de  M.  Cornu  et  de  M.  Balbiani,  personne  n'a  étudié  les  Sexués 
avec  détails;  c'est  donc  dans  leurs  travaux  que  tous  les  auteurs  qui  en  par- 
lent ont  dû  puiser.  Bien  que  les  premiers  Sexués  du  Phylloxéra  de  la  vigne 
aient  été  vus  par  M.  Cornu  (Comptes  rend.,  3  novembre  1873) ,  on  doit  dire 
que  cette  découverte  a  été  amenée  par  celle  des  Sexués  du  Phylloxéra  du 
chêne  observés  par  M.  Balbiani  [Comptes  rendus,  20  octobre  1873).  Citons 
tout  d'abord  à  ce  sujet  M.  Cornu,  qui  rend  du  reste  (pag.26C)  pleine  justice 
à  son  collaborateur.  «  M.  Balbiani  observa  que  Y  Ailé  du  Phylloxéra  du 
chêne  pond  des  œufs  de  couleur  et  de  taille  différentes,  les  uns  rouges  plus 
petits,  les  autres  jaunes  plus  grands;  il  vit  sortir  de  ces  œufs,  par  éclosion, 
des  insectes  aptères  dénués  de  suçoir  et  d'appareil  digestif,  c'est-à-dire  ne 
pouvant  se  nourrir,  et  dont  les  uns,  les  petits,  étaient  des  mâles,  les  autres 
des  femelles.  Après  l'accouplement,  la  femelle  pond  un  œuf  unique  et  meurt. 
Cet  œuf,  au  lieu  de  se  développer  rapidement  comme  les  œufs  ordinaires, 
ne  présente  que  très  tard  et  après  l'hiver  les  premiers  phénomènes  précédant 
l'éclosion;il  ne  donne  naissance  à  un  jeune  qu'au  printemps,  juste  à  l'instant 
où  le  chêne  émet  ses  premières  feuilles.  Cet  œuf,  qui  passe  l'hiver  sans 
éclore  et  est  destiné  à  former  de  nouvelles  colonies,  a  été  nommé  par 
M.  Balbiani  œuf  d'hiver.  L'éclosion  de  l'œuf  d'hiver  a  été  annoncée  dans 
les  Comptes  rendus  de  l'Académie  (13  avril  1874).  La  découverte  des  sexués 
sans  suçoir  fut  publiée  le  20  octobre  1873.  Aussitôt  après  la  lecture  de  ces 
deux  Notes,  j'essayai  de  retrouver  sur  le  Phylloxéra  vastatrix  les  curieux 
individus  issus  des  Ailés.  Quoique  l'époque  (octobre)  fût  peu  favorable,  les 
Ailés  étant  devenus  très  rares,  je  fus  assez  heureux  pour  trouver  un 
individu  sans  suçoir  et  en  train  d 'éclore.  Cet  individu,  ainsi  qu'un  autre 
trouvé  ensuite,  furent  soumis  à  M.  Balbiani  ;  il  reconnut  deux  femelles 
contenant  chacune  un  œuf  volumineux  dans  leur  abdomen. 

Nous  n'insisterons  pas  sur  cette  découverte  des  femelles  sexuées,  confir- 
mée par  celle  des  deux  sexes  réunis  et  de  l'œuf  d'hiver  faite  deux  ans  plus 
tard  par  M.  Balbiani  [Comptes  rendus,  4  octobre  1875),  ce  serait  répéter  ce 
que  nous  avons  dit  dans  notre  Historique.  Il  nous  reste  à  décrire  ces  Sexués, 
leurs  mœurs  et  leur  ponte.  Remontant  encore  à  la  source,  nous  ne  pou- 
vons mieux  faire  que  de  citer  M.  Balbiani  : 

U  Les  Sexués,  qui  composent  la  génération  dioïque  du  Phylloxéra  delà 


LE   PHYLLOXERA    Ui:    LA    VIGNE.  89 

vigne,  présentent  la  plus  grande  ressemblance  avec  leurs  congénères  du 

chêne.  Ils  représentent,  comme  ceux-ci,  la  forme  la  plus  dégradée  de 

l'espèce  ».  Ils  sont  incapables  d'engendrer  solitairement  comme  les  autres 

formes  du  Phylloxéra,  et  constituent  par  conséquent, 

pris  individuellement,  des  êtres  absolument  stériles. 

Sous  ce  rapport,  ils  sont  placés  à  l'autre  extrémité 

de  l'échelle  dont  le  Phylloxéra  printanier  ou  mère 

fondatrice  occupe  l'échelon  supérieur;  ils  n'ont  cepen-      ^g.\G.— Phy  loxera 

1  *  r  sexué  maie. 

dant  d'autre  destinée  que  la  procréation,  pour  laquelle 

ils  sont  obligés  de  s'unir  dans  l'acte  d'accouplement,  en  vue  duquel  tout  le 
reste  a  été  sacrifié.  Ils  n'ont  point  de  rostre,  point  d'organes  de  la  diges- 
tion, ne  prennent  par  conséquent  aucune  nourriture  pendant  les  quelques 
jours  que  dure  leur  existence,  et  ne  se  soutiennent  que  par  la  petite  quantité 
de  jaune  ou  substance  vitelline  qu'ils  ont  emportée  de  l'œuf,  et  que  ren- 
ferme la  cavité  de  leur  corps. 

»  Ne  se  rourrissant  pas,  leur  taille  grossit  à  peine  et  reste  à  peu  près 
jusqu'à  leur  mort  ce  qu'elle  était  au  moment  de  la  naissance,  savoir  :  pour 
le  mâle  (fig.  16  et  PI.  I,  fig.  12),  26  à  28  centièmes  de  millim.  de  long 
sur  12  à  14  de  large  ;  pour  la  femelle  (fig.  17  et  PI.  I,  fig.  13),  45  à  50 
de  long  sur  20  à  22  de  large  ;  celle-ci  est  donc  un  peu  moins  de  moitié 
plus  grande  que  le  mâle.  Les  deux  sexes  diffèrent  encore  :  1°  par  la  colo- 
ration, qui  est  d'un  jaune  plus  vif  chez  le  mâle,  d'un  jaune  plus  clair  chez 
la  femelle  ;  2°  par  la  forme  des  poils  des  quatre  rangées  du  dos  et  des  deux 
rangées  latérales,  poils  courts,  raides  et  cylindriques  chez  le  mâle,  souples, 
déliés  et  effilés  au  bout  chez  la  femelle;  3°  par  la  forme  des  antennes,  dont 
l'article  terminal  est  plus  aminci  à  la  base  et  comme  pédoncule  chez  la 
femelle.  Ce  dernier  article  n'a  qu'un  seul  stigmate  olfactif.  » 

Nous  compléterons  cette  description  par  quelques  détails  d'anatomie 
intérieure. 

La  plus  grande  différence  entre  la  femelle  et  le  mâle,  celle  qui  en  dehors 
de  la  taille  saute  aux  yeux  au  premier  examen,  est  le 
gros  œuf  occupant  presque  toute  la  cavité  générale 
delà  femelle  (fig.  17),  remontant  parfois  jusque  près  de  |5 

la  tète.  L'insecte  sur  le  point  de  pondre  est  en  quel-  «  %W 

que  sorte  un  œuf  monté  sur  six  pieds  et  muni  de  deux 
antennes.  L'ovaire  n'est  représenté  que  par  une  seule         sil^^di™™ 
gaine  ovifère,  composée  de  la  chambre  germinative, 

1  Nous  ne  pouvons,  avec  M.  Balbiani,  consi'li'rer  la  forme  sexuén  comme  la 
plus  dégradée   La  sexualité  distincte  est  toujours  un  <igue  de  supériorité,  chez  les 

animaux  comme  chez  les  végétaux. 


90  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

de  la  loge  contenant  l'œuf  et  de  l'oviducte,  qui  se  confond  ici  avec  la 
partie  postérieure  de  la  gaine.  La  poche  copulutrice,  d'après  M.  Balbiani, 
reste  toujours  vide  par  suite  de  l'étroitesse  du  canal  fécondateur  et  les 
spermatozoïdes  sont  déposés  dans  l'oviducte.  Il  y  a  deux  glandes  sébifiques 
destinées  à  enduire  l'œuf  au  moment  de  la  ponte  ;  l'oviducte  est  muni  de 
fibres  musculaires  transversales  striées,  destinées  à  faciliter  l'expulsion  de 
l'œuf.  Chez  le  màlc,  on  peut  voir  par  transparence,  avec  un  fort  éclairage 
à  la  lampe,  les  deux  testicules  et  les  deux  glandes  accessoires  placées  au- 
dessous.  L'avant-dernier  segment  de  l'abdomen  forme  par  son  prolonge- 
ment un  étui  bivalve,  par  lequel  passe  le  canal  éjaculateur  et  qui  fonctionne 
comme  un  pénis. 

Presque  aussitôt  après  l'éclosion,  qui  a  lieu  là  où  les  Ailés  ont  pondu 
leurs  œufs,  c'est-à-dire  sous  les  feuilles  et  sous  les  écorces  exfoliées,  les 
insectes  s'accouplent.  Nous  avons  vu  qu'un  mâle  devait  féconder  plusieurs 
femelles;  mais,  comme  il  n'y  a  qu'un  œuf  dans  chaque  ovaire,  la  fécondité 
de  ce  mâle  ne  doit  pas  être  considérée  comme  extraordinaire.  Malgré  cela, 
un  certain  nombre  de  femelles  ôcloses  loin  du  voisinage  d'un  mâle  meurent 
sans  s'accoupler,  n'ayant  pas  pondu  ou  ayant  mis  au  monde  un  œuf  stérile 
bientôt  desséché.  «  Au  moment  de  l'accouplement,  dit  M.  Balbiani,  l'œuf 
n'a  encore  que  la  moitié  environ  (12  à  15  centièmes  de  millim.)  de  sa  taille 
définitive  (27  à  30  centièmes  de  millim.).  L'accroissement  qu'il  subit  jus- 
qu'à la  ponte  a  lieu  tout  entier  —  jx\  femelle  ne  prenant  aucun  aliment 
extérieur  —  aux  dépens  de  la  provision  de  jaune  que  renferme  son  corps, 
d'où  cette  conséquence  curieuse  que  le  vitellus  de  l'œuf  d'où  est  issue  la 
mère  sert  aussi  bien  à  nourrir  celle-ci  qu'à  former  le  vitellus  de  son 
propre  œuf,  et  se  partage  ainsi  entre  la  mère  et  sou  produit .  » 

Après  la  fécondation,  les  femelles  quittent  toutes  les  feuilles  ou  le  bois 
pour  se  diriger  vers  les  écorces  faiblement  soulevées,  c'est-à-dire  vers 
celles  du  bois  de  deux  ans  ou  celles  plus  âgées,  qui  offrent  suffisamment 
d'adhérence  pour  assurer  jusqu'au  printemps  la  sécurité  de  leur  ponte. 
Arrivées  là,  elles  font  pénétrer  l'extrémité  de  leur  abdomen  entre  deux 
fibres  saillantes  de  l'écorce  et  y  déposent  péniblement  leur  œuf  unique, 
Vœitf  d'hiver, auprès,  duquel,  leur  mandat  accompli, épuisées  par  de  violentes 
contractions,  elles  ne  tardent  pas  à  mourir.  Dans  la  recherche  de  l'œuf 
fécondé,  la  dépouille  de  la  femelle  sexuée  sert  très  souvent  de  point  de 
repère  pour  arriver  à  l'œuf,  qui  n'est  pas  loin . 

C'est  par  la  description  de  l'œuf  d'hiver  que  ce  résumé  biologique  a  été 
commencé  ;  c'est  par  celle  de  sa  ponte  sous  les  écorces  que  nous  le  ter- 
minons. 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE.  'Jl 

F.  —  Modes  de  diffusion  de  l'espèce. 

Diffusion  par  la  forme  ailée.  —  Nous  avons  vu  qu'une  forme  spéciale, 
l'Ailé,  était  destinée  à  fonder  les  colonies.  Nous  ne  reviendrons  sur  son 
rôle  que  pour  dire  qu'il  consiste  surtout  à  répandre  l'espèce  au  loin.  Ne 
pouvant  normalement  déposer  ses  œufs  qu'après  avoir  satisfait  à  l'instinct 
d'émigration,  l'insecte  ne  s'abat  dans  le  voisinage  immédiat  que  lorsque  le 
temps  pluvieux  et  froid  s'oppose  à  son  départ.  Quand  le  temps  est  beau  et 
calme,  il  ne  va  guère  au  delà  de  quelques  centaines  de  mètres  ;  mais  pour 
peu  que  le  vent  souffle,  malgré  son  vol  naturellement  lourd,  il  est  transporté 
à  plusieurs  milliers  de  mètres,  et  par  les  forts  coups  de  vents  c'est  par 
dizaines  de  kilomètres  qu'il  faut  compter.  C'est  ainsi  qu'on  voit  des  points 
d'attaque  se  produire  à  40  ou  50  kilomètres  des  vignobles  atteints.  La  pro- 
pagation rapide  se  fait  ainsi  d'habitude  dans  le  sens  du  vent  dominant. 

Bien  souvent  aussi  l'homme  se  fait  le  transporteur  inconscient  de  l'in- 
secte. L'imperceptible  moucheron  se  pose  sur  ses  vêtements  ou  les  objets 
de  son  commerce  et  s'abat  jusque  dans  les  wagons,  môme  pendant  la 
marebedes  trains.  En  1877,  par  une  ebaude  journée  de  septembre,  allant 
de  Montpellier  à  Béziers,  il  nous  est  arrivé,  en  effet,  de  voir  non  loin  de 
cette  dernière  ville  un  Ailé  se  poser  sur  un  livre  ouvert  que  nous  tenions 
à  la  main.  Les  abords  immédiats  de  Béziers  n'étaient  cependant  pas  encore 
envahis  à  cette  époque,  et  le  t'ait  fut  jugé  assez  important  pour  être  signalé 
dans  une  Note  '.  Combien  d'autres  individus  ailés  ont  pu  être  ainsi  trans- 
portés au  loin  au  milieu  des  vignobles  indemnes  ! 

Diffusion  par  les  formes  aptères.  —  Autour  d'un  point  d'attaque  qui 
rayonne  régulièrement  et  constitue  ce  que  l'on  a  appelé  la  tache  d'huile, 
la  diffusion  ne  se  fait  pas  d'ordinaire  par  l'Ailé.  De  proche  en  proche,  elle 
s'opère  par  de  jeunes  Radicicoles  n'ayant  pas  encore  mangé,  très  légers, 
très  agiles,  et  qui,  lorsque  le  temps  est  ebaud,  sortent  de  terre  par  les  fissures 
du  sol  et  gagnent  de  même  les  racines  des  souebes  voisines.  Ces  exodes 
souvent  considérables,  vus  pour  la  première  fois  par  M.  Faucon  et  fort 
bien  décrits  par  lui2,  ont  été  observés  depuis  par  de  nombreux  naturalistes, 
et  l'on  ne  peut  avoir  élevé  des  Phylloxéras  en  captivité  sans  avoir  vu  en 
été,  de  midi  à  5  beures,  le  bord  des  bocaux  se  couvrir  de  la  masse  de  ces 
jeunes  émigrants.  Selon  M.  Faucon,  c'est  de  2  beures  à  3  beures  et  dans 
la  seconde  quinzaine  d'août  que  les  plus  grandes  migrations  ont  lieu. 

1  Messager  agricole  du  Midi,  septembre  1887,  pag.  312. 

2  Faucon;  Modes  de  propagation  du  Phylloxéra  (De  la  Subm.,  187  i,  pag.  12). 


92  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIGNE. 

Les  jeunes  aptères  quittent  ainsi  les  souches  affaiblies  pour  aller  a  de 
plus  vigoureuses,  et  l'on  conçoit  sans  peine  que,  plus  la  terre  est  argileuse 
et  fendillée  par  la  sécheresse,  plus  les  migrations  sont  faciles.  Dans  les 
terrains  sablonneux,  sans  fissures,  s'éboulant  sans  cesse  sous  les  pieds  de 
l'insecte,  elles  sont  au  contraire  impossibles,  et,  à  supposer  qu'une  colonie 
ait  réussi  à  s'y  fonder,  elle  ne  tarde  pas  à  disparaître. 

Le  jeune  Radlcicole  ne  passe  jamais  souterrainement  d'une  souche  à 
l'autre,  à  moins  que  deux  racines  ne  se  trouvent  en  contact,  ce  qui  est  rare. 
Ses  pieds  inermes  sont  en  effet  impropres  à  creuser  le  sol  et  ses  téguments 
trop  mous  pour  ne  pas  être  écrasés  par  la  moindre  pression;  de  là,  l'instinct 
d'émigrer  à  la  surface  du  sol l.  Tels  sont  les  deux  modes  réguliers  de  diffu- 
sion de  l'espèce,  au  loin  et  dans  le  voisinage. 

Il  en  est  un  troisième  que  nous  appellerons  extraordinaire,  que  certains 
auteurs  ont  nié  et  qui  cependant,  dans  les  pays  de  vent,  est  pour  beaucoup 
dans  la  propagation  du  mal. 

Le  Phylloxéra  est  un  puceron  ayant  de  nombreuses  affinités  avec  les 
Cochenilles  ;  les  jeunes  surtout  se  ressemblent  tellement  que  maintes  fois 
on  nous  a  présenté  les  uns  pour  les  autres.  Or  ceux  qui  nient,  chez  le 
Phylloxéra,  ce  mode  de  transport  des  aptères  par  le  vent,  ignorent  que  chez 
les  Cochenilles  c'est  le  mode  de  diffusion  normal.  Le  mâle  seul,  en  effet, 
est  pourvu  d'ailes  ;  les  femelles  adultes,  toujours  aptères,  ne  peuvent  pas 
émigrer,  et,  à  défaut  de  forme  agame  ailée,  ce  sont  les  jeunes  qui,  trans- 
portés par  le  vent,  vont  fonder  les  colonies.  On  sait  avec  quelle  facilité  êtes 
insectes  se  propagent,  gagnent  rapidement  tout  un  pays,  arrivant  môme 
en  peu  de  temps  à  en  faire  disparaître  certaines  espèces  végétales. 

En  ce  qui  concerne  le  Chionaspis  Evonymi,  actuellement  en  train  de 
détruire  en  Europe  le  fusain  du  Japon,  nous  avons  trouvé  des  jeunes  de 
cette  Cochenille  jusque  sur  des  pieds  de  fusains  isolés  sur  des  balcons,  au 
milieu  des  villes.  Il  en  est  de  même  pour  le  Phylloxéra.  Que  de  fois, 
examinant  à  la  loupe  de  jeunes  aptères  gallicoles  émigrant  sur  les  feuilles, 
nous  les  avons  vus,  sous  nos  yeux,  disparaître,  emportés  par  le  vent.L'expé- 

1  Comme  l'a  déjà  fait  observer  M.  Fabre  {Comptes  rendus  Ac.  des  Se.,  1880, 
2e  sem.,  pag.  800),  le  développement  assez  considérable  des  yeux  chez  cette  forme 
radicicole  montre  que.  bien  qu'hypogée,  elle  est  appelée  à  circuler  à  l'extérieur,  et 
la  remarque  ne  viendrait-elle  pas  de  l'homme,  appelé  par  Darwin  le  meilleur  obser- 
vateur du  siècle,  qu'elle  se  présente  à  l'esprit  de  tout  zoologiste.  Les  formes  sou- 
terraines de  Pucerons,  dit  Lichtenstein  (Les  Pucerons,  pag.  144),  ont  des  yeux 
très  petits,  et  nous  ajouterons  pour  certains  de  nos  lecteurs  que  les  insectes  tou- 
jours hypogés  sont  pour  la  plupart  aveugles. 


LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VlflNE.  93 

riencedeM.  Faucon  concernant  le  transport  aérien  de  l'aptère  est  connue  : 
Par  un  fort  vent  du  Nord-Est,  sur  le  bord  d'une  vigne  où  circulaient  beau- 
coup déjeunes  Radicicoles,  il  a  fixé  au  sommet  d'un  piquet  de  2  mot.  une 
planchette  de  25  centim.  sur  20  centim.  recouverte  d'une  feuille  de  papier 
huilé.  Au  bout  de  quelques  heures,  dix-neuf  jeunes  aptères  étaient  fixés 
sur  le  papier,  qui  fut  envoyé  à  l'Académie  des  Sciences1.  M.  Faucon  ex- 
plique ainsi  les  réinversions  estivales  de  ses  terres  submergées. 

Ainsi  donc,  les  jeunes  aptères,  aussi  bien  chez  les  Phylloxéras  que  chez 
les  Cochenilles,  peuvent  être  transportés  par  le  vent  et,  comme  une  pous- 
sière vivante,  aller  tomber  sur  les  végétaux  indemnes,  qui  ne  tardent  pas  à 
être  envahis. 

Nous  avons  vu  la  diffusion  accidentelle  des  Ailés  se  faire  par  l'homme  et 
ses  moyens  de  transport.  Celle  des  aptères,  occasionnée  par  les  relations 
commerciales, est  naturellement  beaucoup  plus  fréquente  encore  et,  personne 
ne  doute  aujourd'hui  que  l'introduction  du  terrible  puceron  dans  l'ancien 
Monde  ne  se  soit  faite  par  des  Hadicicoles  apportés  d'Amérique  sur  des 
plants  racines.  On  croit  généralement  que  les  boutures  avec  racines  sont 
seules  dangereuses;  c'est  une  erreur.  Non  seulement  les  simples  morceaux 
de  sarments  peuvent  porter  l'œuf  d'hiver  sous  l'écorce  de  la  crossette  (bois 
de  deux  ans)  qui  y  est  souvent  attachée;  mais,  à  plusieurs  reprises,  nous 
avons  constaté  la  présence  de  jeunes  aptères  sur  le  bois  de  l'année. 

Quand  l'automne  est  suffisamment  doux  pour  permettre  à  la  vigne,  dans 
les  endroits  abrités,  de  végéter  jusqu'aux  premiers  jours  de  décembre,  ce 
qui  est  fréquent  dans  le  midi  de  la  France  pour  les  cépages  américains,  les 
générations  de  Phylloxéras  continuent  non  seulement  sur  les  racines,  mais 
sur  les  feuilles,  et  l'on  trouve,  jusqu'à  la  chute  de  celles-ci,  des  jeunes  Gai- 
licoles  circulant  sur  les  sarments.  A  supposer  qu'alors  on  opère  la  taille 
(en  Languedoc  elle  commence  en  octobre),  les  boutures  ainsi  peuplées  sont 
mises  eu  stratification,  parfois  expédiées  de  suite,  et  leur  introduction  dans 
un  pays  indemne  peut  être  la  cause  de  l'infection . 

Dans  le  journal  la  Vigne  américaine  (décembre  18822),  nous  avons  cité 
un  cas  certain,  authentique,  de  Phylloxéras  ainsi  envoyés  de  France  en 
Hongrie.  Il  s'agissait  d'un  lot  de  sarments  américains  non  racines  et  sans 
crossettes,  expédiés  de  la  gare  d'Arles  à  M.  Ilorvath,  le  naturaliste  officiel 
bien  connu  de  Buda-Pesth.  Les  colis,  embarqués  à  Marseille  à  destination 
de  Fiumes,  ont  été,  par  un  fâcheux  malentendu,  redirigés  sur  Marseille, 

4  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  Se.,  27  octobre  1879. 
2  V.  Mayet  ;  Diffusion  des  Phylloxéras  par  les  Boutures   américaines  (Jour- 
nal la  Vigne  américaine,  décembre  )882). 


94  LE   PHYLLOXERA    DE   LA    VIGNE. 

et,  par  suite  de  quelques  nouvelles  aventures  éprouvées  sur  les  chemins  de 
fer  Austro-Hongrois,  ne  sont  arrivés  à  destination  qu'en  juin,  après  une 
odyssée  de  plus  de  trois  mois. 

«  En  ouvrant  les  caisses,  dit  M.  Horvath  dans  son  Rapport  officiel  au 
gouvernement  Hongrois,  nous  avons  vu  que  les  boutures  étaient  entrées 
en  végétation,  des  radicelles  s'étaient  produites,  et  l'on  y  voyait  de  nom- 
breux renflements  couverts  de  Phylloxéras.» 

Une  bonne  précaution  à  prendre  est  donc  de  désinfecter  les  bouturas. 
Dans  la  Note  de  la  Vigne  américaine,  nous  avons  conseillé  de  les  passer 
sous  une  clocbe,  au  contact  de  l'acide  sulfureux  (fumée  de  soufre),  employé 
si  heureusement  à  Montpellier  contre  la  Pyrale;  mais  le  succès  des  expé- 
riences de  désinfection  à  l'eau  chaude  de  M.  Balbiani,  suivies  de  celles  de 
MM.  Henneguy,  Couanon  et  Salomon,  nous  fait  donner  la  préférence  ace 
procédé,  à  la  fois  simple  et  efficace. 

M.  Balbiani  a  prouvé1  qu'une  immersion  d'une  minute  dans  l'eau  à 
50°  suffisait  pour  tuer  non  seulement  les  Phylloxéras  éclos,  mais  tous 
leurs  œufs.  Au-dessous  de  45°,  pendant  une  immersion  de  cinq  minutes, 
le  nombre  des  œufs  résistants  va  crescendo  jusqu'à  42°,  température  au- 
dessous  de  laquelle  tous  survivent. Ces  45°  représentent  du  reste,  d'après  les 
plus  récents  travaux  des  physiologistes,  la  moyeune  de  température  supé- 
rieure au-dessus  de  laquelle  les  propriétés  vitales  sont  anéanties  dans  les 
tissus  animaux  ou  végétaux.  Dans  l'étude  de  M.  Balbiani,  la  question 
botanique  est  entièrement  réservée,  et  c'est  ce  côté  intéressant,  nettement 
viticole,  qui  a  fait  l'objet  des  Notes  de  MM.  Henneguy,  Couanon  et  Salo- 
mons.  Les  expériences  pour  la  reprise  des  boutures,  faites  d'abord  en  serre, 
puis  en  plein  air,  ont  montré  que,  trempées  peudant  dix  minutes  dans  une 
une  eau  portée  à  50",  les  boutures,  poussent  dans  la  proportion  de  89  °/0, 
à  la  condition  que  l'opération  soit  faite  avant  la  stratification  dans  le  sable. 
Dans  les  expériences  faites  après  la  stratification,  la  reprise  des  boutures 
n'a  été  que  de  20  à  50  %•  Les  viticulteurs  ont  donc  à  leur  disposition  un 
moyen  sûr  et  pratique  de  désinfecter  leurs  bois.  «  Que  faut-il  pour  opérer? 
dit  M.  Couanon3  :  un  thermomètre,  de  l'eau  et  un  peu  de  feu  !» 

1  Recherches  sur  la  vitalité  des  Œufs  des  Phylloxéras   [Comptes  rendus  de 
l'Acad.  des  Se,  1876,  pag.  1160). 

2  Comptes  rendus,  7  février  et  21  novembre  1887. 

3  Couanon  :  Rapport  sur  la  désinfection  des  Plants  de  vigne  (Bull,  du  Minis- 
tère de  l'Agr.,  mars  1887). 


LE   PHYLLOXERA    DE   LA   VIC.NE.  95 

G.  —  Ennemis  naturels. 

Presque  tous  les  insectes  vivant  aux  dépens  des  végétaux  ont  des  enne- 
mis dont  le  rôle  est  de  restreindre  leur  trop  grande  multiplication  et  de 
maintenir  ainsi  ce  que  nous  avons  appelé  l'équilibre  des  espèces. 

Les  Pucerons  ne  font  pas  exception  à  la  règle.  Ils  sont  décimés  par  des 
Insectes  de  divers  ordres,  des  Arachnides  du  groupe  des  Acariens  et  même 
un  petit  Myriapode  (millepieds).  Parmi  les  premiers,  sont  des  Diptères 
du  genre  Syrphus,  mouches  à  la  robe  voyante  rayée  de  jaune  sur  un  fond 
noir  et  dont  la  larve,  vivant  au  milieu  des  colonies  de  Pucerons,  fait  de  ces 
derniers  sa  nourriture  exclusive.  Certains  Névroptères  du  genre  Hemcro- 
bius,  jolis  insectes  verts  aux  yeux  d'or  et  aux  ailes  de  gaze,  fort  bien 
nommés  par  Réaumur  Lions  des  Pucerons,  en  font  aussi  un  grand  car- 
nage. Les  Coléoptères  nous  offrent  des  Coccinelles ,  appelées  vulgairement 
Gallinettes  ou  bêtes  à  bon  Dieu,  dont  la  larve  ne  vit  que  de  Pucerons.  Cer- 
tains Hyménoptères  en6n  sont  d'utiles  auxiliaires.  Tels  sont  les  Aphidius, 
qui  posent  dans  le  corps  d'un  puceron  un  œuf  d'où  sortira  une  larve  qui 
tuera  sa  victime  ;  tels  sont  encore  les  Cemomus,  remplissant  de  Pucerons 
leur  nid  cloisonné  pratiqué  dans  une  branche  à  moelle  ou  la  cavité  d'un 
roseau.  Le  groupe  des  Acariens,  appelés  vulgairement  mites  et  dont  la 
mite  du  fromage  ou  cirou  est  le  type  bien  connu,  renferme  aussi  quelques 
espèces  qui,  se  nourrissant  d'ordinaire  de  substances  organiques  en  décom- 
position, mangent  parfois  des  proies  vivantes  à  corps  mou  telles  que  les 
Pucerons. 

Le  Phylloxéra  n'échappe  pas  complètement  à  ces  divers  ennemis,  mais 
il  est  bien  mieux  protégé  que  la  plupart  de  ses  congénères  qui  vivent  en 
plein  air,  exposés  à  toutes  les  attaques.  Blotti  au  fond  d'une  loge  dont 
l'ouverture  est  fermée  par  des  poils  permettant  la  sortie  et  défendant  l'entrée, 
le  Gallicole  est  garanti  de  toute  intrusion  du  dehors,  et  le  Radicicole,  dans 
sa  demeure  souterraine,  est  non  moins  protégé.  Ce  sont  donc  surtout  les 
jeunes  courant  sur  les  feuilles,  les  sarments  ou  la  surface  du  sol  qui  peu- 
vent être  atteints.  Sans  doute,  comme  nous  l'avons  observé  nous-méme, 
un  certain  nombre  succombent  sous  les  mandibules  des  Coccinelles  [Haly- 
sia  12  gutlata)  et  des  Hemérobes[Hemerob  lus  perla);  d'autres,  même  parmi 
ceux  qui  n'ont  pas  quitté  les  racines,  tombent  sous  le  suçoir  des  Acariens 
vagabonds  [Trombidium,  Gamasus,  Tyroglyphus,  Hoplophora)  en  quétu 
d'une  proie  quelconque.  Le  petit  Myriapode  (Polyxenus  lagurus,de  Geer) 
en  mange  aussi  quelques-uns  ;  mais  estimer  à  plus  de  deux  centièmes  le 
nombre  des  Phylloxéras  dévorés  par  ces  divers  ennemis,  c'est  aller  au 


96  LE    PHYLLOXERA    DE    LA    VIfiNE. 

delà  de  la  vérité.  Qu'est-ce  que  cela  en  face  d'un  insecte  pondant  jusqu'à 
600  œufs  et  dont  tous  les  individus  sont  femelles? 

En  ce  qui  concerne  l'Europe,  un  savant  naturaliste  d'outre- Rbiu,  notre 
ami  M.  le  Dr  Blankenhorn,  de  Karlsruhe,  a,  selon  nous,  accordé  à  ces 
ennemis  une  importance  qu'ils  ne  méritent  réellement  pas.  Nous  pouvons 
en  dire  autant  du  Dr  Haller,  de  Berne  *. 

Aux  États-Unis,  pays  d'origine  du  Phylloxéra,  on  aurait  pu  penser 
qu'un  rôle  plus  sérieux  devait  être  attribué  à  ces  auxiliaires.  Il  n'en  est 
rien,  et  M.  Riley  qui  les  a  fort  bien  étudiés2,  qui  a  môme  décrit  sous  le 
nom  de  Phylloxerx  (du  pbylloxera),  un  Thrips  et  un  Acarie/i,  dit  qu'il 
ne  faut  pas  compter  sur  eux.  Il  n'a  pas  plus  de  confiance  dans  le  rôle  d'un 
carnassier  qui,  au  premier  abord,  avait  paru  sérieux  aux  Etats-Unis,  une 
moucbe  de  la  famille  des  Syrphides  (groupe  dont  presque  toutes  les  espèces 
sont  ennemies  des  Pucerons),  le  Pipiza  radicum  Riley.  La  larve  souter- 
raine et  aveugle  de  cette  espèce  se  glisse  cependant  sur  les  racines  à  la 
poursuite  du  Phylloxéra. 

Autour  du  Thrips  Phylloxerœ,àe  VHoplophora  arclata,<\u  Tyrogly- 
phus  Phylloxcrœ,  du  Pipiza  radicum  décrits  par  Riley,  du  Gaynasus 
Blankenkomi,  Haller,  etc.,  il  a  donc  été  fait  trop  de  bruit  dans  la  presse 
agricole  d'Europe,  et  nous  n'insisterons  pas  sur  leur  compte.  Nous  laisse- 
rons de  même  décote  les  bauts  faits  du  Trombidium  holosericeum,  cbantés 
par  un  de  ces  illuminés  «  qui  tiennent  leur  idée  ou  plutôt  que  leur  idée 
obsède  »,  et  nous  dirons,  avec  la  majorité  des  naturalistes,  qu'il  n'y  a  mal- 
heureusement rien  de  sérieux  à  attendre  de  ce  côté. 

1  D1'  Haller  ;  Die  kleinen  Feinde  der  Phylloxéra  (Des  petits  ennemis  du  Phyl- 
loxéra). Ileidelberg,  187S. 

2  Riley  ;  The  American  entomologist.  Saint-Louis,  Missouri,  18G8,  pag.  2  iS  ; 
et  surlout,  Annalen  der  Œnologie.  Ileidelberg,  1878,  pag.  19  à  93. 


CHAPITRE  V. 
LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA 


Nous  ne  pouvons  entrer  dans  le  détail  de  tout  ce  qui  a  été  fait  pour 
combattre  le  Phylloxéra.  Tant  soit  peu  développée  et  même  réduite  aux 
traitements  vraiment  scientifiques,  l'histoire  de  cette  lutte  de  vingt  ans  for- 
merait un  volume.  Les  questions  de  submersion  et  de  cépages  américains,  à 
elles  seules,  ont  pris  ces  temps  derniers  une  telle  importance  que  les  traiter 
tant  soit  peu  longuement  serait  sortir  du  cadre  spécialement  entomologique 
que  nous  nous  sommes  tracé  et  empiéter  sur  les  domaines  du  génie  rural 
et  de  la  viticulture.  Nous  devrons  donc  sur  ces  matières  nous  en  tenir 
aux  généralités  et  renvoyer  pour  les  détails  aux  livres  spéciaux,  tels  que 
l'excellent  Traité  de  Viticulture  *  de  M.  Foëx,  ouvrage  où  le  Phylloxéra 
est  étudié  spécialement  au  point  de  vue  de  la  lutte  entreprise  contre  lui. 

Avant  d'attaquer  un  ennemi,  il  faut  étudier  ses  positions  ;  nous  parlerons 
donc  tout  d'abord  des  moyens  de  reconnaître  la  présence  du  parasite.  Les 
traitements  préventifs  n'étant  pas  à  la  portée  de  toutes  les  bourses,  ce  côté 
de  la  question  a  une  importance  qui  ne  peut  échapper  à  personne. 

Quand  on  a  des  surfaces  plus  ou  moins  grandes  de  vignes  mortes  ou 
mourantes  dans  le  voisinage  de  quartiers  reconnus  phylloxérés,  il  n'y  a 
guère  de  doute  à  avoir.  On  n'a  qu'à  examiner,  à  la  limite  des  parties  ma- 
lades, des  racines  de  souches  encore  vigoureuses.  Mais  en  pays  jusque-là 
indemne,  une  tache  phylloxérique;  comparée  plus  haut  à  une  tache  d'huile, 
n'est  pas  toujours,  à  son  début,  facile  à  découvrir.  Nous  avons  dit  que  le 
Pourridiê'2,  maladie  cryptogamique  des  racines,  et  les  attaques  d'autres 
insectes  pouvaient  avoir  des  effets  semblables. 

Pour  constater  rapidement  si  l'on  a  affaire  au  Phylloxéra,  il  faut  exa- 

*  Foëx  ;  Cours  complet  de  Viticulture,  Montpellier,  Coulet  ;  Paris,  Delahaye 
et  Lecrosnier,  1888. 

2  Foëx  ;  loc.  cit.,  pag.  502.— P.  Viala  ;  Les  Maladies  de  la  Vigne.  Montpellier, 
Coulet;  Parts,  Delahaye  et  Lecrosnier,  1887. 

7 


98  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

miner  les  radicelles,  au  bord  des  poi?its  d'attaque,  sur  les  soucbes  ayant 
encore  beaucoup  de  vigueur.  Né  suceur  de  fève,  l'insecte  quitte  en  effet  la 
■vigne  dès  qu'elle  est  affaiblie  ',  et  l'on  n'aurait  aucune  chance  de  le  ren- 
contrer sur  les  pieds  morts  ou  mourants.  Il  faut  surtout  opérer  les  recher- 
ches du  15  juin  au  31  juillet.  A  ce  moment  de  pleine  végétation,  les  radi- 
celles se  forment,  se  renouvellent  sans  cesse  et  portent  presque  toutes  les 
nodosités  jaune  clair  si  caractéristiques.  Sur  ces  renflements,  souvent 
visibles  au  premier  coup  de  pioche,  sont  de  nombreux  insectes  jaunes  ou 
bruns;  ces  derniers,  entourés  d'oeufs,  ressemblentà  des  traînéesde  poussière 
de  soufre.  Les  radicelles,  qui  presque  toujours  en  juillet  poussent  au  collet 
de  la  souche,  permettent  parfois  de  constater  la  présence  de  l'insecte  avec 
un  simple  couteau  de  poche. 

1  Ce  fait  seul  du  parasite  n'attaquant  que  les  pieds  vigoureux,  détruisant  les  vignes 
les  mieux  cultivées,  les  mieux  fumées,  venues  de  boutures  ou  de  semis,  dans  des 
terrains  nouvellement  défrichés,  étant  en  un  mot  cause  évidente  du  mal,  aurait  dû, 
dès  le  début,  couper  court  à  la  théorie  du  Phylloxera-effel.  Il  n'en  a  rien  été,  et  bon 
nombre  d'esprits,  même  éclairés,  se  sont  laissé  égarer  sur  ce  point.  Eucoro  actuel- 
lement, certains  hommes,  plus  théoriciens  que  praticiens,  ne  sont  pas  convaincus 
par  les  innombrables  expériences  qui  toutes  ont  abouti  au  renversement  de  leur 
système.  Oui,  dans  certains  cas.  les  insectes  ne  sont  qu'une  cause  seconde,  un  effet, 
si  l'on  veut,  d'une  maladie  antérieure  du  végétal.  Tel  est  le  cas  d'un  grand  nombre 
d'espèces  lignivores  qui  n'attaquent  les  arbres  que  lorsque  ceux-ci  sont  malades, 
ne  pouvant  s'en  prendre  ni  aux  arbres  morts  dont  les  tissus  seraient  trop  durs,  ni 
aux  arbres  bien  portants  dont  la  sève  envahirait  leurs  galeries.  Mais  tous  les  brou- 
teurs  de  feuilles,  les  coupeurs  de  racines,  les  suceurs  de  sève,  vont  aux  végétaux 
vigoureux,  qui  leur  offrent  abondante  pâture.  A-t-on  jamais  dit  que  le  chêne  dé- 
pouillé de  ses  feuilles  par  les  hannetons  ou  les  chenilles  était  malade  avant  l'arri- 
vée de  ces  insectes  ?  Autant  vaudrait  parler  de  maladie  pour  le  buisson  brouté  par 
la  chèvre,  l'herbe  mangée  par  le  mouton  !  Gomme  nous  l'avons  longuement  expliqué 
à  propos  de  la  vigne  dans  notre  Introduction,  les  végétaux  cultivés  bien  portants 
ont  leurs  parasites  multipliés  par  les  procédés  de  culture,  la  taille,  le  binage,  les 
variétés  obtenues  par  la  sélection  des  semis,  l'hybridation,  etc  ,  procédés  de  cul- 
ture indispensables,  mais  qui  éloignent  ces  plantes  des  conditions  de  végétation 
et  de  résistance  constitutionnelle  rencontrées  chez  les  types  sauvages  non  hybri- 
des. Nous  pouvons  ajouter  comme  cause  d'affaiblissement  la  culture  dans  un  pays 
qui  n'est  pas  celui  de  la  plante  ;  les  végétaux  exotiques,  par  exemple,  succombent 
en  effet  souvent  sous  les  attaques  des  Cochenilles. 

Si,  comme  M.  André  (Les  Parasites  de  la  Vigne,  pag.  1G),  on  appelle  maladie 
l'état  produit  par  ces  modiûcations  opérées  par  l'homme  sur  les  espèces  végétales 
dans  un  sens  déterminé,  en  un  mot  leur  domestication,  nous  concédons  que  de 
ce  côté  il  y  a  de  grandes  causes  de  faiblesse. 

C'est  sur  ce  terrain,  croyons-nous,  que  l'on  devra  finir  par  s'entendre. 


LUTTE  CONTAE  LE  PHYLLOXERA.  'I, 

En  toute  autre  saison,  soit  qu'au  priDtemps  les  nodosités  ne  se  soient  pas 
encore  produites,  ou  que,  pourries  avant  l'automne,  elles  ne  se  produisent 
plus;  soit  qu'en  hiver,  l'insecte,  sous  forme  d'hibernant  microscopique  et 

de  couleur  brune,  se  dissimule  aisément,  la  recherche  est  beaucoup  plus 
difficile.  C'est  donc  bien  en  été  qu'il  faut,  autant  que  possible,  l'opérer.  IJnn 
fois  le  mal  constaté,  on  doit  agir  sans  retard. 

Nous  avons  dit  que  des  remèdes  de  tout  genre,  même  les  plus  absurdes, 
avaient  été  proposés  contre  le  Phylloxéra.  Le  nombre  des  moyens  curatifs 
présentés  aux  diverses  Commissious  du  Phylloxéra  et  Société  d'Agricul- 
ture dépasse  5,000,  et  ceux  qui  ont  été  scientifiquement  et  consciencieuse- 
ment expérimentés  au  champ  d'expériences  de  Las  Sorres  et  à  l'École 
d'Agriculture  de  Montpellier  sont  au  nombrede  plusieurs  centaines1.  Tout 
l'arsenal  de  la  chimie  a  été  épuisé;  mais,  de  cette  longue  liste  de  procèdes, 
bien  peu  ont  résisté  à  l'épreuve  de  l'expérience.  Ce  sont  surtout  des  insecti- 
cides qui  ont  été  préconisés,  et  sans  peine,  on  le  comprend.  L'insecticide, 
c'est  la  lutte  directe,  la  voie  tout  indiquée  ;  mais  ici  la  difficulté  est  grande  : 
l'ennemi  se  dérobe,  il  est  souterrain,  enfoncé  parfois  à  près  de  2  met. 
dai.s  le  sol  et  il  devient  presque  impossible  de  l'atteindre. 

Les  différents  moyens  proposés  et  qui  ont  reçu  des  praticiens  la  consé- 
cration nécessaire  sont  en  très  petit  nombre.  Ils  peuvent  être  groupés 
comme  suit:  1°  comme  insecticides  :  le  sulfure  de  carbone,  les  sulfocar- 
bouates,  Les  badigeonnages  contre  l'œuf  d'hiver  et  la  submersion  ;  2°  comme 
procédés  permettant  à  la  vigne  de  vivre  sans  aucun  secours  :  la  plantation 
dans  les  sables  et  les  plants  américains.  Tel  sera  l'ordre  que  nous  suivrons. 

'  Eq  1877,  la  Commission  départementale  de  l'Hérault,  présidée  par  M.  II. 
Mares,  correspondant  de  l'Institut, avait,  depuis  sa  création  (1872),  reçu  commu- 
nication de  G96  procédés  concourant  presque  tous  pour  le  prix  de  300,000  fr.  Dans 
l'espace  de  cinq  ans,  317  ont  été  essayés  au  champ  d'expériences  du  mas  de  Las 
Sorres,  près  Montpellier,  et  les  résultats,  relevés  par  les  soins  de  MM.  Durand  et 
Jeannenot,  professeurs  à  l'École  d'Agriculture  de  Montpellier,  ont  été  publiés  en 
un  fort  volume  (Montpellier,  Grollier,  1877).  Ce  livre  sera  consulté  avec  fruit  par 
tous  ceux  qui  parlent  encore  de  cultures  intercalaires,  de  plantes  à  odeur  forte 
enfouies  au  pied  des  souches,  de  produits  pharmaceutiques  introduits  lans  le  bois 
au  moyen  d'une  vrille,  etc.  Ils  y  verront  qu'un  a  tout  essayé,  qu'on  a  même  été 
trop  complaisamment  de  l'euphorbe  à  la  térébenthine,  de  l'ail  pilé  à  l'onguent 
gris,  de  la  lavande  au  vinaigre,  de  la  rue  au  camphre,  de  l'assa  fœtida  à  la  cire  à 
cacheter  appliquée  sur  les  tailles,  et  ils  pourront  se  fairo  une  idée  sur  la  valeur 
des  379  procédés  qu'on  n'a  pas  cru  devoir  essayer. 


100 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 


A.  —  Sulfure  de  Carbone. 

Ce  liquide,  connu  depuis  longtemps,  est  un  insecticide  puissant,  se  vola- 
tilisant rapidement  et  émettant  des  vapeurs  d'une  densité  plus  grande  que 
celle  de  l'air  ;  autrement  dit,  des  vapeurs  lourdes  tendant  à  pénétrer  dans  le 
sol  et  non  à  en  sortir.  Sou  emploi  contre  le.  Phylloxéra  a  été  proposé  pour 


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la  première  fois  en  1869  par  le  baron  Thénard  ;  mais  l'expérience,  faite 
aux  environs  de  Bordeaux,  ne  fut  pas  heureuse.  Traités  avec  une  dose  trop 
forte,  les  ceps  succombèrent,  et  pendant  plusieurs  années  on  ne  pensa  plus 
au  remède  qui,  disait-on,  guérissait  la  maladie  en  tuant  le  malade.  L'idée 


LUTTE    CON'THE    LE    PHYLLOXERA.  101 

cependant  était  reprise  à  Montpellier,  en  1873.  par  M.  Mooestier,  qui,  em- 
ployant des  doses  beaucoup  plus  faibles,  eut  tout  d'abord  une  telle  réussite 
que  le  problème  sembla  résolu  ;  mais  des  expériences  nouvelles  entreprises 
dans  des  sols  de  nature  différente  faisaient  bientôt  voir  que  des  conditions 
physiques  spéciales  du  terrain  sont  nécessaires  pour  que  la  diffusion  des  va- 
peurs soit  suffisante  pour  tuer  la  plus  grande  partie  des  insectes. 

Dans  les  terres  argileuses  compactes,  l'échec  est  d'ordinaire  complet. 

Les  terrains  pierreux,  peu  profonds,  secs,  situés  en  coteaux,  tels  que 
ceux  des  garrigues  du  Languedoc,  sont  également  rebelles  au  sulfure  de 
carbone.  On  ne  peut  guère  citer  comme  ayant  réussi  dans  ces  conditions-là 
que  M.  Tbiollière  de  l'Isle,  qui  sur  le  coteau  de  l'IIermitage  a  obtenu  un 
succès  incontestable  dans  des  terres  défoncées,  il  est  vrai,  à  1  met.  de  pro- 
fondeur. Dans  les  sols  légers,  sablonneux,  les  vapeurs  toxiques  peuvent 
s'échapper,  et  en  cas  de  réussite  on  peut  se  demander  si  ce  n'est  pas  le  milieu 
lui-même  qui  s'oppose  à  la  multiplication  de  l'insecte.  Les  terres  de  con- 
sistance moyenne  sont  donc  celles  où  l'action  insecticide  du  sulfure  est  la 
plus  évidente,  et  sous  ce  rapport  les  résultats  obtenus  par  M.  Jaussan  (de 
Béziers)  et  MM.  Alliés  et  Mariou  (de  Marseille),  ce  dernier  opérant  pour 
le  compte  de  la  Cie  P.-L.-M.,  sont  connus  de  tous. 

Cette  consistauce  moyenne  est  plus  difficile  qu'on  ne  pense  à  apprécier. 
Il  faut  aussi  que  la  terre  ne  soit  ni  trop  humide  ni  trop  sèche  ;  il  est  en 
effet  facile  de  comprendre  que  l'eau  en  plus  ou  moins  grande  quantité  dans 
le  sol  augmente  ou  diminue  sa  densité. 

«Les  traitements,  dit  M.  Foëx  (pag.  565),  doivent  être  commencés  dans 
les  vignes  dès  que  les  premières  traces  du  Phylloxéra  y  ont  été  constatées. 
Lorsqu'on  attend  que  les  effets  du  mal  soient  tout  à  fait  manifestes,  ce  qui 
correspond  à  la  destruction  d'une  grande  partie  du  système  radiculaire,  il 
faut  quelquefois  plusieurs  années  pour  que  la  vigne  débarrassée  d'insectes 
ait  reconstitué  ses  racines,  et  on  n'arrive  pas  toujours  à  des  résultats  suffi- 
sants. Quand  on  s'y  prend  au  contraire  dès  le  début,  on  conserve  la  plus 
grande  partie  de  ses  organes,  et  le  vignoble  ne  subit  pas  de  dépression 
sensible.  Enfin  les  vignes  dont  les  racines  sont  déjà  gravement  altérées 
sont  très  sensibles  à  l'action  du  sulfure  de  carbone1  et  ne  permettent  pas 
l'emploi  de  doses  assez  fortes  pour  se  débarrasser  promptement de  l'insecte. 

»En  ce  qui  concerne  la  saison  à  laquelle  l'opération  doit  être  effectuée, 
on  a  reconnu  qu'il  était  possible,  dans  certaines  conditions,  de  traiter  avec 
des  chances  de  succès  à  peu  près  égales  dans  les  diverses  saisons  de  l'année . 

i  Gic  des  Chemins  de  fer  de  P.-L.-M.  ;  Résumé  des  Travaux  effectues  pour 
combattre  le  Phylloxéra,  par  A. -F.  Marion.  Paris,  Paul  Dupont,  1878. 


102  LUTTE    CONTRE    LE    PHYLLOXERA. 

On  doit  seulement  éviter  les  moments  où  il  y  a  excès  d'humidité,  parce 
qu'alors  le  sulfure  ne  s'évapore  que  lentement  et  qu'à  l'état  liquide  il  peut 
altérer  les  racines.  Il  faut  également  ne  pas  opérer  en  temps  de  sécheresse 
trop  intense,  surtout  dans  les  terrains  qui  se  fendent  et  laissent  dégager  les 
vapeurs  sulfocarhoniques.  Il  est  enfin  préférable  de  ne  pas  effectuer  d'ap- 
plication lors  de  la  floraison  et  du  moment  de  la  véraison  à  celui  de  la  ven- 
dange, parce  qu'il  résulte  presque  toujours  de  ce  fait  la  cessation  provisoire 
du  fonctionnement  d'un  certain  nombre  de  radicelles  et  un  léger  arrêt  de 
végétation.  Cet  effet  de  stupéfaction,  ainsi  qu'on  l'a  appelé,  peut  entraîner 
de  la  coulure  et  nuire  à  la  maturition  du  fruit.» 

M.  Monestier  opérait  avec  du  sulfure  de  carbone  versé  au  fond  de  trous 
pratiqués  avec  un  pal.  La  terre  jetée  dans  les  trous  était  tassée  avec  un 
vigoureux  coup  de  talon.  Tel  est  le  point  de  départ  de  l'emploi  réellement 
pratique  du  sulfure  de  carbone.  Depuis  lors,  de  nombreux  procédés  se  sont 
succédé,  tels  que  les  flacons  enterrés  de  Fouque,  qui  laissaient  échapper 
par  leur  bouchon  er.taillé  les  vapeurs  sulfocarhoniques  ;  les  cubes  Rohart, 
où  le  sulfure,  emprisonné  dans  du  bois  poreux  au  moyen  d'un  vernis  spécial, 
était  mis  en  liberté  au  moment  voulu,  par  la  rupture  de  cet  enduit;  Vaspi- 
rateur  et  insufflateur  de  MM.  Crolas  et  Jobart,  appareil  ingénieux  qui 
produisait  une  meilleure  diffusion  de  l'insecticide,  etc.  Aujourd'hui,  on  se 
sert  uniquement  de  pals  injecteurs  et  de  charrues  sulfureuses,  reconnus 
comme  faisant  un  travail  meilleur  et  à  plus  bas  prix 

Pals  injecteurs.  —  «  Les  premiers  de  ces  instruments  en  usage,  dit 
M.  Foëx  (pag.  567),  sont  les  pals;  les  charrues  sulfureuses  sont  d'inven- 
tion plus  récente.  Elles  tendent  à  se  répandre  beaucoup  aujourd'hui,  à  cause 
de  la  grande  économie  qui  résulte  de  leur  emploi. 

«Les  premiers  pals  usités  pour  l'introduction  du  sulfure  de  carbone  dans 
le  sol  étaient  de  simples  tubes  ouverts  à  la  partie  inférieure.  Ces  tubes 
étaient  enfoncés  après  y  avoir  passé  une  tige  de  fer  pointue  que  l'on  enlevait 
quand  on  avait  atteint  la  profondeur  voulue;  on  faisait  couler  par  ce  conduit 
une  certaine  quantité  de  liquide  mesurée  préalablement  (pal  David  et 
Delbez).  On  construisit  ensuite  des  appareils  jaugeant  eux-mêmes  d'une 
manière  approximative  le  sulfure  et  le  laissant  ensuite  écouler  (pal  Gayraud , 
pal  Rousselier)  ;  enfin  le  principe  des  pals  injecteurs  fut  introduit  par 
M .  Gastine  et  définitivement  adopté  par  la  pratique.  Nous  donnons  ci-dessous 
la  description  des  pals  actuellement  fabiqués  par  ce  constructeur  *,  d'après 
lui-même  : 

1  Le  Brevel  Gastine  est  actuellement  exploité  par  la  Société  l'Avenir  Vilicole, 
73,  rue  de  Brueys,  à  Marseille,  et  par  M.  Vermorel,  à  Villefranche  (Rhône),  qui 
a  un  peu  modilié  l'instrument. 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 


103 


«Comme  on  peut  le  voir  (6g.  19  et  20),  c'est  un  instrument  portatif  qui 
se  compose  d'un  réservoir  cylindrique  terminé  par  un  tube  perforateur. 
Au-dessus  élu  réservoir,  deux  manettes  permettent  de  saisir  le  pal  pour  l'en- 
foncer dans  le  sol.  Une  pompe  hydraulique  placée  a  l'intérieur  du  réservoir, 


Fig.  19.  Fig.  20. 

Fi'j.  19.  —  Pal  injecteur  Gisline  à  clapet  inférieur.  —  Fig.  20.  —  Pal  injecteur 
GastiQe  à  clapet  latéral  et  à  tige  eu  forme  de  lame. 


et  dont  la  tige  du  piston  dépasse  le  haut  du  récipient  entre  les  manettes,  sert 
à  projeter  dans  le  sol  avec  force  par  l'extrémité  du  tube  perforateur  les 
quantités  choisies  et  exactement  dosées. 

»Pour  opérer,  on  saisit  l'appareil  par  les  manettes,  on  enfonce  le  tube 
perforateur  dans  la  terre.  Si  l'action  exercée  par  les  mains  sur  les  manettes 


104  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

est  insuffisante,  on  y  ajoute  celle  du  pied  en  forçant  sur  une  pédale  placée 
au-dessous  du  réservoir.  Dès  que  le  tube  perforateur  a  pénétré  dans  la  couche 
arable  à  la  profondeur  voulue,  on  pousse  rapidement  de  haut  en  bas  la  tige 
du  piston,  et  l'injection  se  produit  au  fond  du  trou.  On  abandonne  alors 
cette  tige  du  piston, qui  remonte  d'elle-même  par  l'action  d'un  ressort  inté- 
rieur, de  telle  sorte  que  l'instrument  est  immédiatement  amorcé  pour  une 
seconde  injection  semblable  à  la  première. 

»  Le  travail  de  l'opérateur  est  donc  réduit  à  cette  manœuvre  :  1°  enfoncer 
le  pal  dans  le  sol  ;  2°  appuyer  vivement  sur  la  tige  du  piston  ;  3°  retirer  le 
pal  du  sol  ;  4°  boucber  immédiatement  avec  force  le  trou  fait  par  l'instru- 
ment. 

»  Pour  changer  les  doses 1 ,  il  suffit  de  réduire  ou  d'augmenter  la  longueur 
de  la  course  du  piston  au  moyen  de  bagues  que  Von  enfile  sur  la  tige  de 
cette  pièce.  » 

Les  trous  d'injection  doivent  être  pratiqués  verticalement  à  0m,30  ou 
0m,40  de  profondeur,  sauf  lorsqu'ils  tombent  près  du  pied  d'une  souche, 
auquel  cas  on  évite  de  les  faire  pénétrer  au  delà  de  Ûm,08  à  0m,10.  Il 
faut  les  répartir  à  des  écartements  réguliers  (0m,60  au  minimum,  0m,88 
au  maximum)  et  les  distribuer  en  quinconce.  Cette  répartition  doit  être 
établie  dans  les  plantations  régulières,  de  manière  à  ce  que  les  lignes  de  trous 
soient  parallèles  à  celles  des  vignes. Dans  les  vignobles  irréguliers,  on  doit 
éviter  d'enfoncer  le  pal  à  moins  de  0m,25  de  distance  du  pied  du  cep,  parce 
qu'on  s'exposerait  sans  cela  à  rencontrer  dans  le  voisinage  quelques  grosses 
racines  qui  souffriraient  beaucoup  de  l'action  du  sulfure. 

Les  terres  légères  sont  celles  dans  lesquelles  on  peut  le  plus  se  rapprocher 
sans  inconvénient  des  ceps;  mais  les  trous  doivent  y  être  plus  profonds  que 
dans  les  sols  compacts,  à  cause  de  la  facilité  avec  laquelle  s'y  produit  l'éva- 
poration  des  gaz  sulfocarboniques. 

En  résumé,  le  nombre  des  trous  d'injection  à  pratiquer  par  mètre  carré 
varie  suivant  diverses  circonstances. On  peut  établir  d'une  manière  générale 
que,  plus  la  quantité  de  sulfure  à  appliquer  est  répartie  en  un  grand  nombre 
de  petites  doses,  meilleure  est  la  diffusion  des  vapeurs.  Mais  la  trop  grande 
multiplication  des  trous  augmente  d'une  manière  exagérée  les  frais  de  main, 
d'oeuvre;  aussi  se  borne-t-on  habituellement  à  une  moyenne  de  deux  à 
trois  trous  par  mètre  carré,  qui  donne  des  effets  suffisants  dans  des  sols  de 
consistance  moyenne.  Dans  les  terres  plus  compactes,  il  est  préférable 
d'atteindre  le  chiffre  de  quatre  trous  par  mètre. 

1  Gastine  et  Couauon  ;  Emploi  du  Sulfure  de  carbone  contre  le  Phylloxéra. 
Bordeaux,  Feret  et  fils,  1884,  pag.  121. 


LITTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  105 

Charrues  sulfureuses.  —  Les  charrues  sulfureuses  ou  iujcclcurs  à 
traction  sont  des  appareils  qui  permettent  de  faire  pénétrer  au  fond  d'une 
feule  continue  pratiquée  dans  le  sol  une  quantité  déterminée  de  sulfure  de 


Fig.  21.  —  a.  Coupe  du  pal  injecteur  Gastine  à  clapet  inférieur,  b.  Pointe  du  pal 
et  clapet  de  retenue  ;  c.  Clapet  ' . 


carbone.  Ces  instruments,  d'invention  récente,  tendent  néanmoins  à  se  ré- 
pandre rapidement:  ils  offrent  eu  effet  l'avantage  de  permettre,  dans  les  vignes 
plantées  en  lignes  régulières,  un  travail  rapide  et  économique;  aussi  des 
types  assez  nombreux  ont-ils  été  imaginés.  On  peut  citer  comme  les  plus 
employés  ceux  de  M.  Gastine,  de  M.  Vernette  et  de  M.  Saturnin. 

'  Extrait  de  l'ouvrage  de  MM.  G.  Gastine  et  Couanou  ;   Emploi  du  Sulfure  de 
carbone,  etc. 


106 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 


La  charrue  sulfureuse  de  M.  Vernette  (fig.  22),  une  des  plus  en  usage  en 
Languedoc,  est  formée  essentiellement  d'un  soc  2  qui  ouvre  la  fente;  d'uu 
récipient  8  qui  renferme  le  sulfure  ;  d'un  appareil  doseur  9  qui  jauge  le 
sulfure  et  le  laisse  écouler  par  un  tube  au  fond  de  la  raie  ;  d'une  roue  10 


p  .j\.  C^vs^loi  -'.cj^—  "■ 


Fig.  22.  —  Charrue  sulfureuse  de  M.  E.  Vernette,  de  Béziers. 


qui  referme  la  raie  et  communique  le  mouvement  au  doseur  ;  enfin  de  deux 
mancherons  dont  l'un  4  sert  à  maintenir  l'appareil  pendant  le  travail,  l'autre 
5  à  le  soulever  quand  on  est  arrivé  au  bout  de  la  raie . 

Lorsqu'on  fait  usage  des  injecteurs  à  traction  pour  appliquer  le  sulfure 
de  carbone,  on  distribue  les  choses  de  manière  à  ce  que  les  lignes  d'injec- 
tion soient  écartées  d'un  mètre  au  maximum . 

D'après  MM.  Gastine  et  Couanon,  on  ne  devrait  tracer  qu'une  seule 
fente  d'injection  pour  les  rangs  de  vignes  placés  à  1  met.  ou  à  lm,20d'é- 
cartement.  De  lm,20  à  2  met.  il  faudrait  en  tracer  deux.  Au-dessus  de  2  met. 
et  jusqu'à  3  on  porterait  les  lignes  d'injection  à  trois. 

Les  appareils  doivent  être  réglés  de  manière  à  ce  que  leur  débit  soit  pro- 
portionnel à  l'écartement  des  lignes.  Des  tables  construites  spécialement 
pour  chaque  type  fournissent  les  indications  nécessaires  à  cet  objet. 

L'emploi  des  charrues  sulfureuses  implique,  plus  encore  que  celui  du  pal, 
la  nécessité  d'un  sol  bien  raffermi  à  la  surface,  à  cause  de  la  faible  profon- 
deur à  laquelle  on  est  obligé  de  déposer  le  sulfure  (20  centim.  au  maxi- 
mum). Il  est  par  conséquent  toujours  mauvais  de  labourer  avant  le  traite- 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  107 

meut,  comme  le  croient  utile  certains  viticulteurs:  l'ameublissement  qui 
résulte  de  cette  façon  offre  aux  vapeurs  une  issue  trop  facile  vers 
L'atmosphère. 

Les  doses  de  sulfure  de  carbone  employées  pour  les  traitements  ont  été 
d'abord  exagérées  ;  on  ne  songeait  qu'à  l'effet  insecticide,  sans  se  préoccuper 
de  ménager  la  vigne.  C'est  ainsi  que  M.  le  baron  Thénard  prescrivait 
d'abord  la  dose  de  100  gram.  par  souche  traitée.  Plus  tard.  M. Alliés,  dont 
les  expériences  heureuses  servirent  de  base  aux  études  de  la  Commission 
de  la  Cie  P.-L.-M.,  employait  30  gram.  par  cep.  Cette  Commission  pro- 
posa d'abord  l'emploi  de  deux  traitements  réitérés.  Chacun  de  ces  traite- 
ments employant  30  gram.  de  sulfure  par  mètre  carré,  soit  300  kil.  à 
l'hectare,  les  deux  traitements  entraînaient  une  consommation  de  G00  kil. 
d'insecticide  par  hectare.  Les  membres  de  l'ancienne  Commission  de 
P.-L.-M.  reconnaissent  aujourd'hui  que  l'on  peut  arriver  à  d'excellents 
résultats  avec  des  quantités  beaucoup  moindres. 

L'Association  viticole  de  Libourne,  opérant  dans  un  milieu  où  la  multi- 
plication du  Phylloxéra  est  plus  faible  et  où  par  suite  de  l'humidité  du  sol 
les  pertes  de  sulfure  par  évaporation  dans  l'air  sont  moindres,  conclut  à 
une  application  de  250  kil.  par  hectare.  Aujourd'hui,  dans  certaines  contrées 
où  la  lutte  contre  le  Phylloxéra  est  relativement  facile,  on  n'emploie  que 
15  gram.  par  mètre  carré,  soit  150  kil.  à  l'hectare.  On  descend  même 
quelquefois  jusqu'à  un  minimum  de  120  kil. 

En  résumé,  on  peut  dire  qu'on  ne  pratique  plus  guère  aujourd'hui  qu'un 
traitement  annuel  unique,  à  la  dose  de  150  à  250  kil.  à  l'hectare.  » 

Traitement  d'extinction.  —  Concernant  le  sulfure  de  carbone  employé 
en  nature,  il  nous  reste  à  parler  des  traitements  d'extinction,  qui,  confor- 
mément à  des  lois  spéciales,  ont  été  appliqués  en  Suisse  d'abord  et  plus 
récemment  en  Algérie,  en  Allemagne  et  en  Russie.  Ces  traitements, 
excellents  dans  les  pays  peu  envahis,  ont  pour  but,  par  l'application  d'une 
très  forte  dose  de  l'insecticide,  au  moyen  d'un  pal,  de  tuer  non  seulement 
l'insecte,  mais  la  vigne,  afin  d'éteindre  autant  que  possible,  dès  leur  appa- 
rition, des  foyers  qui  sans  cela  pourraient  infester  toute  la  contrée. 

La  loi  suisse  est  de  1878.  Chargé  personnellement  en  1882,  par  l'Aca- 
démie des  Sciences,  d'une  mission  ayant  pour  but  d'étudier  l'efficacité  de 
ces  traitements  d'extinction,  nous  n'avons  qu'a  reproduire  ici  une  partie  de 
ce  que  nous  disions  alors  dans  une  lettre  à  M.  Dumas.  Nous  renverrons, 
pour  les  détails,  aux  Comptes  rendus  de  l'Académie  des  Sciences  » . 

1  Valéry  Mayet  ;  Complus  rendus,  20  novembre  1882. 


108  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

a  Dans  les  deux  cantons  attaqués,  Genève  et  Neufchâtel,  le  sulfure  de 
carbone  est  appliqué  à  la  dose  de  300  gram.  par  souche,  en  deux  traitements 
de  150  grara.  chacun,  à  douze  jours  d'intervalle.  La  souche  est  tuée  qua- 
tre-vingt-dix-neuf fois  sur  cent  et  les  ceps  qui  repoussent  sont  toujours  sur 
la  lisière  du  point  traité,  c'est-à-dire  indemnes  du  Phylloxéra. 

»A  ce  traitement  énergique,  tous  les  êtres  organisés  succombent  :  escar- 
gots, lombrics,  arachnides,  insectes  de  tous  genrbS,  mauvaises  herbes, 
vignes,  tout  est  mort.  Les  taches  reconnues  reçoivent  un  traitement 
d'extinction  qui  s'étend  à  cinq  rangées  de  soucbes  autour  du  point  conta- 
miné. On  traite,  non  pas  en  rond,  mais  en  carré,  pour  que  le  nombre  de 
pieds  soit  facile  à  calculer.  Autour  de  la  partie  détruite,  on  examine  plu- 
sieurs fois  l'an,  soucbe  à  soucbe,  un  carré  de  vigne  de  50  met.  de  côté,  ce 
qui  amène  parfois  à  visiter  les  racines  de  25  à  30,000  souches  pour  un  seul 
point  d'attaque.  Ces  visites  ainsi  que  les  traitements  sont  confiés  à  des 
commissaires  cantonaux . 

«Les  dépenses  du  traitement  cxtinctif,  de  visites,  de  surveillance  et  d'in- 
demnitésaux  propriétaires  sont  payées:  un  tiers  par  la  Confédération, un  tiers 
par  le  canton  et  un  tiers  par  le  produit  d'un  impôt  voté  par  le  conseil  can- 
tonal. Cet  impôt,  qui  frappe  exclusivement  les  propriétaires  de  vignes,  est 
proportionné  à  la  valeur  des  vignobles.  Il  varie  entre  5  fr.  et  15  fr.  l'hectare. 
La  vigne  contaminée  devient  momentanément  propriété  de  l'Etat,  on  l'en- 
toure d'un  cordon  soutenu  par  des  écbalas,  on  plante  au  milieu  un  dra- 
peau rouge  et  un  écriteau  sur  lequel  il  y  a  ces  mots  :  Vigne  séquestrée. 

«Pendant  cinq  ans,  la  vigne  ne  peut  être  replantée.  L'indemnité  est  payée 
pendant  deux  ans.  Pour  la  première  année,  elle  consiste  dans  la  valeur  de  la 
récolte  sur  pied,  dans  celle  des  soucbes  et  des  échalas  qui  sont  brûlés  sur 
place.  Pour  la  seconde  année,  elle  équivaut  à  la  moitié  de  la  récolte. 

«Les  recherches  actives  se  font  à  la  bonne  époque,  c'est-à-dire  en  juillet, 
moment  de  la  grande  émission  des  racines  superGcielles  de  la  vigne  si 
infaillibles  pour  la  constatation  du  mal,  moment  aussi  où  les  émigrations 
A' Ailés  et  d'Aptères  vont  commencer.  Le  traitement  d'extinction,  appliqué 
à  cette  époque  de  l'année,  fait  d'une  pierre  deux  coups  :  il  tue  le  foyer  et 
empêcbe  le  départ  des  colons.  » 

Est-ce  à  dire,  d'après  les  détails  ci-dessus,  qu'on  soit  complètement 
maître  du  fléau  chez  nos  voisins?  Certainement  non  !  Les  points  d'attaque 
récents  du  canton  de  Vaud  et  l'extension  de  ceux  de  Neufcbâtel  prouvent 
que,  malgré  toute  l'énergie  déployée,  le  mal  s'étend,  et  s'étendra  peut-être 
un  jour  sur  les  milliers  d'hectares  de  vigne  qui  couvrent  les  rives  nord 
des  lacs  de  Genève,  de  Neufchâtel  et  de  Bienne.  Il  n'en  est  pas  moins  vrai 
que  la  Suisse  est  atteinte  depuis  bientôt  vingt  ans  et  qu'au  moyen  d'une 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  |09 

dépense  annuelle  de  50  à  C0, 000  francs,  c'est-à-dire  l'intérêt  d'un  peu  plus 
d'un  million,  on  a  défendu  et  on  défendra  longtemps  encore  un  capital 
dépassant  un  milliard. 

La  loi  française  concernant  l'Algérie  est  postérieure  à  notre  mission. 
Elle  est  du  21  mars  1883,  la  loi  allemande  du  3  juillet  de  la  même  année, 
et  l'ordonnance  impériale  russe  date  du  5  février  1885. 

Elles  rappellent  par  leur  teneur  celle  de  la  loi  suisse,  sauf  que  dans  la  loi 
française  l'art.  8  fait  supporter  par  les  communes  les  frais  de  recherches 
annuels,  a  Cette  disposition,  dit  M.  Couanon,  inspecteur  des  services  du 
Phylloxéra1,  hlessait  l'équité,  car  elle  faisait  supportera  tous  une  dépense 
faite  dans  l'intérêt  d'uu  certain  nombre  seulement.  Les  ressources  commu- 
nales étaient  souvent  insuffisantes;  aussi  la  majorité  des  viticulteurs  algé- 
riens a-t-elle  réclamé  l'établissement  d'une  taxe  spéciale  portant  sur  les 
vignes  en  rapport.  Cette  proposition  a  été  consacrée  par  la  nouvelle  loi  du 
28  juillet  1886. 

»Au  terme  de  cette  loi,  le  montant  de  la  taxe,  dont  le  maximum  est  fixé 
à  5  fr.  par  hectare,  est  déterminé  chaque  année  par  arrêté  du  gouverneur 
général,  les  conseils  généraux  consultés.  Le  taux  à  percevoir  a  été  fixé  à 
3  fr.  par  hectare  en  1887,  et  pour  les  trois  départements  algériens  la 
somme  des  étendues  imposables,  en  1887,  étant  de  50,489  hectares,  les 
ressources  disponibles  ont  été  cette  année-là  de  151,467  fr.  » 

C'est  un  chiffre  bien  plus  que  suffisant  pour  les  recherches  annuelles  ; 
mais  en  Algérie  les  traitements  d"extinction  ont-ils  donné  d'aussi  bons  ré- 
sultats qu'en  Suisse  et  en  Allemagne?  Dans  son  Rapport  sur  la  campagne 
de  1886,  M.  Couanon  parait  plein  de  confiance  dans  l'avenir  viticole  de 
notre  colonie  ;  mais  tel  n'est  pas  l'avis  de  M.  le  directeur  général  de 
l'Agriculture.  M.  Tisserand,  en  effet,  adressant,  comme  chaque  année,  à 
la  Commission  supérieure  du  Phylloxéra  son  Rapport  sur  la  situation 
phylloxérique  en  1887-88,  considère  celle  des  environs  de  Philippeville 
comme  très  grave.  «  Les  taches,  dit-il,  sont  disséminées  un  peu  partout 
dans  le  massif  vignoble,  et  l'on  peut  craindre  que,  malgré  l'énergie  déployée, 
l'insecte  n'étende  sensiblement  ses  ravages.  Le  foyer  de  La  Calleestencore 
plus  important,  l'œuvre  de  contagion  semble  malheureusement  bien  avan- 
cée en  cette  région.  » 

En  résumé,  on  peut  dire  que  l'emploi  du  sulfure  de  carbone  parait  beau- 
coup plus  efficace  dans  les  terres  meubles  que  dans  les  terres  compactes, 
dans  le  Nord  que  dans  le  Midi,  et  l'on  peut  ajouter  qu'il  est  l'agent  insec- 
ticide à  conseiller  partout  au  début  des  invasions.  Dans  le  Nord,  où  les 

1  Rapport  de  M.  Couanon,  inspecteur  des  services  du  Phylloxéra  (Camp.  188G). 


110  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

terres  argileuses,  trop  froides,  ne  sont  jamais  plantées  en  vignes,  où  la 
multiplication  du  Phylloxéra  eslkirte,  au  point  de  permettre  à  des  souches 
attaquées  de  vivre  parfois  dix  ans  avec  leur  ennemi,  on  peut  espérer  main- 
tenir la  vigne  par  le  moyen  de  cet  insecticide.  On  ne  peut  en  dire  autant 
des  vignobles  du  Midi,  où  la  souclie  est  tuée  parfois  dès  la  seconde  année 
de  l'invasion.  A  part  quelques  exemples  qui  sont  cités,  le  viticulteur,  même 
le  jdus  soigneux,  finit  par  être  débordé,  et  on  ne  peut  compter  sur  le  sul- 
fure de  carbone  que  pour  les  traitements  destinés  à  ralentir  l'invasion; 
encore  faut-il  déployer  la  plus  grande  vigilance  dans  la  rccliercbe  des 
points  d'attaque.  Pour  les  traitements  d'extinction  où  la  vigne  est  sacrifiée, 
ce  puissant  exterminateur  de  tous  les  organismes  reste  le  meilleur  agent  à 
employer. 

Sulfure  de  carbone  dissous  dans  Veau.  —  A  la  suite  de  nombreux 
accidents  survenus,  vignes  tuées  ou  fortement  compromises  par  l'emploi 
du  sulfure,  de  carbone  en  nature,  l'idée  de  dissoudre  dans  de  l'eau  le  puis- 
sant insecticide  est  venue  à  l'esprit  de  plusieurs  inventeurs.  Une  répartition 
plus  régulière  dans  le  sol  est  en  effet  ainsi  obtenue.  Dès  le  début,  les 
résultats  du  traitement  ont  été  fortement  discutés  ;  mais,  son  emploi  tendant 
à  se  répandre,  il  faut  en  conclure  qu'il  a  reçu  l'approbation  d'un  certain 
nombre  de  praticiens.  C'est  à  ce  titre  que  nous  donnons  quelques  détails 
sur  le  procédé,  et  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  les  emprunter  au 
livre  de  M.  Foèx  : 

«  Ce  fut  M.  Cauvy,  professeur  de  pbysique  à  l'Ecole  de  pharmacie  de 
Montpellier,  qui  proposa  le  premier,  en  1875,  de  dissoudre  le  sulfure  de 
carbone  dans  l'eau  pour  le  traitement  des  vignes  pbylloxérées;  mais  il  ne 
fut  pas  donné  suite  à  cette  idée.  En  1882,  M.  Rommier,  délégué  par  l'A- 
cadémie des  Sciences  pour  l'étude  du  Phylloxéra,  fit  la  même  proposition. 
Il  étudia  en  premier  lieu  la  solubilité  du  sulfure  et  établit  qu'elle  était  d'un 
peu  moins  de  2  gram.  par  litre  à  la  température  ordinaire.  Il  recommanda 
cependant,  pour  éviter  tout  accident,  de  n'employer  qu'une  dissolution  de 
0er,40  à  0«r,50  de  sulfure  par  litre . 

«Pratiquement,  dit-il  {Journal  de  l'Agricullure,  26  août  1882),  on  de- 
vrait se  procurer  un  réservoir  muni  d'ailettes"  (une  espèce  de  baratte)  où 
l'on  pulvériserait  le  mélange  des  deux  liquides,  mélange  qui  serait  dilué 
après  l'écoulement  suivant  la  quantité  d'eau  nécessaire  à  l'irrigation . 

L'imperfection  des  appareils  proposés  en  premier  lieu  pour  opérer  la 
dissolution  du  sulfure  empêcha  pendant  un  certain  temps  l'emploi  de  ce 
procédé,  et  ce  n'est  guère  que  depuis  quatre  ans  que,  grâce  à  l'outillage  fort 
ingénieux  de  MM.  Fafeur  frères,  des  surfaces  considérables  ont  pu  être 
traitées  par  ce  moyen. 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  111 

MM.  Fafeur  frères  donnent 'le  leur  appareil  la  description  suivante  : 
«  La  fig.  23  va  nous  servir  à  expliquer  le  principe  de  la  marche  de 

l'appareil. 
Un  tuyau  de  conduite  AB  rétréci  en  0  est  traversé  par  un  courant  d"cau 

dirigé  suivant  la  flèche  F. 


Ftg.  23.  —  Coupe  de  l'appareil  Fafeur  pour  la  dissolution  du  sullure  de  carbone 
dans  l'eau  (d'après  M.  G.  Foëx). 


La  pression  produite  par  ce  rétrécissement  et  par  la  vitesse  du  courant 
vient  s'exercer  à  la  partie  supérieure  d'un  récipient  plein  d'eau  et  de  sulfure, 
lequel,  en  vertu  de  sa  densité,  occupe  toujours  la  partie  inférieure  de  ce 
récipient. 

Cette  pression  est  transmise  par  l'eau  du  courant  au  sulfure,  qui  dès  lors 
monte  dans  le  tube  plongeant  T,  traverse  le  robinet  R'  et  l'oriûce  0'  et 
vient  déboucher  dans  la  partie  du  tuyau  A  à  la  rencontre  du  jet  d'eau. 

La  proportion  entre  les  orifices  0  et  O'  détermine  les  proportions  du 
mélange  que  l'on  fait  varier  par  le  plus  ou  moins  d'ouverture  du  robinet 
R'.  Le  robinet  R  sert  à  interrompre  la  communication  du  courant  avec  le 
sulfure,  lorsqu'on  veut  recharger  l'appareil. 

Par  cette  description,  on  voit  que  la  dissolution  est  produite  sans  pres- 
sion et  à  l'abri  de  l'air  par  la  rencontre  dans  un  tuyau  de  conduite  de  deux 


112 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 


jets  de  sulfure  et  d'eau.  Le  jet  de  sulfure  étant  créé  par  le  courant  d'eau 
lui-même,  le  dosage  sera  toujours  constant,   quelle  qne  soit  la  quantité 


d'eau  écoulée,  en  admettant  toutefois  que  la  vitesse  de  ce  courant  ne  des- 
cende pas  au-dessous  de  certaines  limites. 
Il  est  facile  de  concevoir  qu'avec  des  organes  aussi  simples  on  puisse 


LOTIT.  CONTUL-  LE  PHYLLOXERA.  11,') 

adopter  rct  appareil  de  dissolution  dans  les  conditions  les  plus  diverses,  à 
toute  conduite  d'eau  sous  pression  fournie  par  un  réservoir,  une  pompe  à 
Iras  ou  à  vapeur.  La  pompe  à  bras  (fig.  24)  est  suffisante  pour  les  petites 
exploitations. 

Le  traitement  consiste  à  verser  dans  chaque  cuvette  préalablement  pra- 
tiquée autour  de  chaque  pied  de  vigne,  une  quantité  de  solution  d'environ 
15  à  18  lit.  par  mètre  carré  de  surface,  c'est-à-dire  que,  s'il  y  a  8,000  cu- 
vettes à  l'hectare,  il  suffit  de  mettre  20  lit.  dans  chacune,  soit  16  lit.  par 
mètre  carré.  S'il  y  a  3,000  cuvettes,  on  doit  employer  au  moins  50  lit.,  et 
s'il  y  en  a  2,500,  60  lit.  Dans  les  plantations  très  serrées,  on  est  obligé  de 
mettre  deux  pieds  dans  une  même  cuvette  et  môme  trois  dans  une  planta- 
tion de  30,000  pieds  à  l'hectare. 

S'il  s'agit  de  traiter  une  très  petite  surface  et  que  l'eau  soit  à  proximité, 
la  pompe  à  bras  suffira.  Le  tuyau  de  refoulement  en  caoutchouc  va  direc- 
tement à  la  partie  de  vigne  à  traiter.  Un  homme  ou  un  enfant  reçoit  le 
liquide  apporté  par  ce  tuyau,  alternativement  dans  deux  baquets,  ce  qui 
permet  de  verser  l'un  pendant  que  l'autre  se  remplit. 

Pour  la  grande  et  la  moyenne  culture,  on  se  sert  d'une  petite  machine 
à  vapeur  ou  d'un  manège  puissant  pour  actionner  une  pompe  qu'on  place 
au  bord  d'un  ruisseau  ou  d'un  puits  à  débit  suffisant.  Cette  pompe  refoule 
l'eau  dans  une  conduite  formée  par  des  tuyaux  en  tôle  galvanisée  et  allant 
directement  à  la  vigne  (fig.  25);  à  une  petite  distance  de  la  pompe,  se 
trouve  placé  sur  cette  môme  conduite  l'appareil  à  dissolution. 

A  son  arrivée  dans  la  vigne,  cette  conduite  se  divise  en  plusieurs  autres 
sur  lesquelles  se  trouvent  placés  des  robinets  d'une  forme  spéciale  où 
viennent  se  visser  de  petits  tuyaux  en  caoutchouc  servant  à  amener  la 
solution  dans  les  baquets  au  pied  môme  de  la  souche. 

Comme  on  le  voit  dans  les  fig.  24  et  25,  la  solution  est  portée  sur  le 
pied  môme;  les  baquets  placés  sur  le  bord  de  la  cuvette  sont  remplis  et 
versés  sur  place.  Ils  sont  ainsi  toujours  vides  dans  leur  déplacement  d'un 
pied  à  l'autre. 

Les  doses  de  sulfure  employées  pour  les  dissolutions  sont  de  G  à  8  décigr. 
par  litre  en  hiver  et  de  4  à  6  décigr.  en  été.  Les  traitements  peuvent  se 
faire,  eu  dehors  du  temps  des  vendanges,  pendant  presque  toute  l'année.  » 
Comme  on  le  voit  par  les  détails  ci-dessus,  il  faut  à  chaque  traitement 
une  certaine  quantité  d'eau,  environ  1,000  hectolitres  par  hectare.  Il  faut 
de  plus  que  le  terrain  soit  peu  accidenté.  Ce  n'est  donc  guère  que  dans  les 
plaines  à  proximité  d'un  cours  d'eau  ou  d'une  source  abondante  qui;  le 
procédé  peut  être  employé.  Malgré  cela,  dans  la  vallée  ou  plutôt  !a  vaste 
plaine  de  l'Aude,  il  tend  à  se  répandre  et  à  se  substituer,  d'une  part  à 

8 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA 


fil 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  115 

l'emploi  du  sulfure  de  carbone  en  nature,  d'autre  part   à  celui  des  sulfo- 
carbonates  alcalins. 

Ce  qui  reste,  dans  cette  région,  de  vignes  à  racines  françaises  sera-t-il 
sauvé  par  ce  traitement?  Nous  ne  le  croyons  pas  ;  mais  le  plein  rendement 
de  ces  vignes  pourra  être  ainsi  obtenu  pendant  plusieurs  années  au  delà 
du  terme  fatal  assigné  par  le  Phylloxéra. 

B.  —  Sulfocarbonates. 

La  découverte  d'un  agent  à  la  fois  fertilisant  et  insecticide  devait,  dés  le 
début  de  l'invasion  pbylloxérique,  préoccuper  les  chimistes.  De  nombreuses 
recberebes  ont  été  faites  dans  ce  sens;  mais  l'idée  que  les  sulfocarbonates 
de  potassium  et  de  sodium  pouvaient  réuqir  ces  deux  conditions  est  due  à 
M.  Dumas.  En  1 874,  le  célèbre  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  des 
Sciences  avait  observé  que,  soumis  à  l'influence  de  l'acide  carbonique  de 
l'air  et  de  l'bumidité,  ces  sels  se  décomposaient  lentement  en  carbonates 
fertilisants  et  en  sulfure  de  carbone  insecticide,  et  que,  de  plus,  la  lenteur 
de  la  réaction  permettait  aux  vapeurs  toxiques  une  action  prolongée  et 
d'autant  plus  efficace. 

Des  expériences  furent  aussitôt  organisées  à  Cognac  sous  la  direction  de 
deux  délégués  de  l'Académie  des  Sciences.  De  celles  qui  furent  confiées  à 
M.  Max.  Cornu,  ainsi  que  des  applications  sur  le  terrain  confiées  à 
M.  Mouillefert,  il  résulta  que  l'action  sur  la  reproduction  des  radicelles 
était  remarquable,  l'effet  insecticide  également,  et  que  le  sulfocarbonate 
de  potassium,  malgré  son  prix  supérieur  à  celui  du  sel  de  sodium,  devait 
être  préféré  à  ce  dernier.  L'action  fertilisante  des  sels  de  potasse  étant 
connue  de  tous,  le  sulfure  de  carbone  ayant  déjà  fait  ses  preuves,  on  crut 
un  instant  que  le  remède  définitif  était  trouvé  et  que  son  emploi  serait  par- 
tout substitué  à  celui  du  sulfure  de  carbone. 

Il  n'en  a  rien  été.  Malgré  l'ingéniosité  du  procédé,  malgré  le  prestige 
qui  s'attachait  au  nom  de  son  inventeur,  la  pratique  est  venue  juger  en  der- 
nier ressort.  Les  cbiffres  donnés,  en  1888,  par  M.  le  Directeur  général  de 
l'Agriculture,  dans  son  Rapport  sur  la  situation  pbylloxérique,  prouveut 
que  le  sulfure  de  carbone  reste  l'agent  cbimique  préféré  par  les  viticulteurs. 

En  1886,  le  nombre  d'hectares  traités  en  Fiance  par  le  sulfure  de  car- 
bone était  de  47.21 5,  et  celui  des  hectares  traités  au  sulfocarbonate  de  potas- 
sium de  4,459.  Les  chiffres  pour  l'année  1887  étaient  00,205  pour  le  sulfure 
de  carbone  et  8,820  pour  le  sulfocarbonate.  A  n'examiner  que  ces  deux 
années,  on  pourrait  croire  à  une  confiance  croissante  dans  l'efficacité  du 
sulfocarbonate;    mais  l'année  1884  avait  donné  33,440  hectares  pour  le 


11 G  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

sulfure  de  carbone  contre  G, 286  traités  par  le  sel  alcalin,  l'année  1885, 
40,585  pour  le  sulfure  et  5,227  peur  le  sulfocarbonate. 

On  peut  donc  dire  que  l'emploi  du  sulfure  de  carbone  en  nature  va  tou- 
jours progressant,  doublant  même  en  trois  ans,  tandis  que  celui  du  sel  al- 
calin oscille  entre  deux  chiffres  relativement  bas,  4,000  et  9,000  hectares 
traités. 

D'où  vient  cet  abandon  relatif  du  sulfocarbonate?  C'est  ce  que  nous 
allons  expliquer  en  faisant  de  nombreux  emprunts  à  l'auteur  déjà  bien  sou- 
vent cité. 

«  Le  sulfocarbonate  de  potassium,  dit  M.  FoCx,  est  employé  à  l'état 
liquide  et  dilué  dans  une  quantité  d'eau  suffisante  pour  permettre  de  saturer 
le  cube  de  terre  dans  lequel  vivent  les  racines.  De  grandes  quantités  d'eau 
sont  donc  nécessaires,  et  c'est  là  une  des  objections  les  plus  sérieuses  qui 
aient  été  faites  à  ce  mode  de  traitement.  Celui-ci  doit  être  appliqué  en 
hiver.  C'est  l'époque  en  effet  où,  par  suite  du  repos  de  la  végétation,  le 
sulfocarbonate  peut  le  moins  nuire  à  la  vigne,  celle  où,  la  taille  étant  effec- 
tuée, la  circulation  dans  les  vignobles  est  plus  facile.  De  plus,  par  suite 
de  la  fréquence  plus  ou  moins  grande  des  pluies,  les  terres  peuvent  se 
saturer  avec  une  plus  faible  quantité  d'eau  et  le  débit  des  sources  est  à  son 
maximum.  M.  Mouillefert  recommande  cependant  une  seconde  opération 
au  mois  de  juillet,  pour  les  vignes  fortement  atteintes,  à  cause  de  la  grande 
multiplication  de  l'insecte  à  cette  époque. 

»Les  terres  argileuses  sont  peu  favorables  aux  traitements  par  le  sulfo- 
carbonate: elles  se  laissent  pénétrer  lentement  par  le  liquide  insecticide 
lorsqu'elles  sont  déjà  mouillées,  et  ce  dernier,  qui  reste  un  certain  temps 
exposé  à  l'air,  se  décompose  et  perd  son  efficacité.  De  plus,  la  potasse, 
qui,  comme  nous  l'avons  vu,  se  trouve  abandonnée  à  l'état  de  carbonate  de 
potasse,  se  diffuse  difficilement  sous  cette  forme  à  travers  l'argile  et  devient 
par  suite  moins  profitable  comme  engrais  qu'elle  ne  l'est  dans  d'autres 
sols.  Enfin  la  lenteur  avec  laquelle  ces  terres  s'échauffent  les  rend  peu 
favorables  à  la  production  des  radicelles  de  remplacement,  tandis  que  la 
facilité  avec  laquelle  elles  se  crevassent  en  été  permet  à  l'insecte  de  faciles 
réinvasions.» 

Application  du  sulfocarbonate. —  «Le  sulfocarbonate  étendu  d'une  cer- 
taine quantité  d'eau  est  versé  dans  de  petits  bassins  carrés  formés  au  pied 
des  souches  par  de  petits  bourrelets  eu  terre.  Une  fois  le  liquide  absorbé, 
les  récipients  sont  recouverts  avec  la  terre  qui  a  servi  à  faire  les  sépara- 
tions. Les  bourrelets  doivent  être  peu  épais,  afin  que  la  terre  qui  se  trouve 
au-dessous  puisse  s'imprégner  facilement.  Les  dimensions  des  bassins  va- 


LUTTK    CONTRE    LE    PHYLLOXERA.  117 

rient  suivant  le  mode  de  plantation  ou  la  déclivité  du  terrain.  Dans  certains 
cas,  on  en  fait  un  par  cep  (Gironde,  Charente,  Languedoc).  Dans  d'autres 
contrées  où  les  plantations  sont  plus  serrées,  on  enferme  plusieurs  pieds 
dans  un  même  récipient.  Les  bourrelets  déterre  se  font  ordinairement  à 
bras;  mais  on  peut  dans  certains  cas  s'aider  de  la  charrue  en  édifiant,  par 
son  moyen,  des  billons  parallèles  qu'il  suffit  de  relier  entre  eux.  par  des  tra- 
verses élevées  à  la  boue.  Le  mieux  est  d'exécuter  ce  travail  peu  de  temps 
avant  l'application  du  traitement,  la  terre  fraîchement  remuée  absorbant 
mieux  la  solution. 

»  Le  travail  préparatoire  terminé,  on  met  dans  chaque  récipient  l'équi- 
valent de  40  à  50  gram.  de  sulfocarbonate  par  mètre  carré,  mélangés  avec 
10  à  15  litres  d'eau  suivant  la  perméabilité  du  sol,  ce  qui  représente  une 
dépense  totale  par  hectare  de  400  à  500  kilogr.  de  sulfocarbonate  et  de 
100  à  150  met.  cubes  d'eau. 

»  Le  transport  économique  de  cette  grande  quantité  d'eau  a  été  l'objet 
d'études  très  sérieuses  de  la  part  de  MM.  Mouillefert  et  Hembert.  Ces 
Messieurs  ont  imaginé  un  ensemble  d'appareils  qui  permet  de  l'effectuer  dans 
des  conditions  remarquables  de  bon  marché  et  de  commodité.  Leur  système 
se  compose  :  l°d'un  moteur  quelconque;  2°  d'une  pompe  aspirante  élévatoire 
actionnée  par  le  moteur  ci-dessus  et  de  ses  accumulateurs  ou  réservoirs  à 
air  ;  3°  d'une  canalisation  métallique  spéciale  très  légère,  d'un  montage  et 
démontage  très  rapides,  permettant  d'envoyer  l'eau  ou  la  solution  sulfo- 
carbonatée  à  de  grandes  distances  et  à  des  hauteurs  assez  considérables  ; 
4°  d'un  système  spécial  de  prises  d'eau  greffées  sur  la  canalisation  d'amenée 
et  permettant  au  moyen  d'une  canalisation  secondaire  de  distribuer  le  liquide 
dans  toutes  les  parties  du  vignoble  ;  5°  d'un  certain  nombre  d'accumula- 
teurs ou  réservoirs  de  pression  placés  sur  différents  points  de  la  canali- 
sation pour  régler  la  distribution  de  l'eau  suivant  des  pressions  variables  ; 
6°  de  vases  spéciaux  pour  recevoir  l'eau  de  la  canalisation  de  distribution 
et  où  l'on  prépare  la  solution  lorsqu'on  ne  veut  pas  l'envoyer  directement  ; 
7°  enfin  d'appareil  de  distribution  de  la  solution  sulfocarbonatée.  » 

Cet  outillage  fonctionne,  d'après  M.  Mouillefert,  de  la  manière  suivante  '  : 
«  La  pompe  et  son  moteur  étant  placés  près  de  l'eau,  celle-ci  est  envoyée 
dans  la  canalisation  principale,  puis  dans  la  canalisation  secondaire,  qui 
forme  un  réseau  plus  ou  moins  complet  dans  la  vigne  à  traiter.  Tous  les 
20  met.  environ,  cette  canalisation  secondaire  porte  des  robinets  oii  s'adapte 
une  troisième  canalisation  de  distribution  composée  de  bouts  de  tuyaux  de 

»  Mouillefert  ;  Traitement  des  Vignes  phylloxérccs  par  le  Sulfocarbonate  de 
potassium.  Paris,  Librairie  agricole,  1879. 


118 


LUTTE    CO.NTl'.E    LE    PHYLLOXKlîA. 


caoutchouc  de  10  met.  pouvant,  en  s'ajoutant  les  uns  les  autres,  former  un 
nouveau  réseau  entre  les  ramifications  de  la  canalisation  précédente. 

»  A  l'extrémité  de  chacune  des  canalisations  de  troisième  ordre  se  trouvent 
deux  récipients  mobiles,  simples  cuviers  ou  baquets  de  350  à  400  iitres, 
facilement  déplaçahles  par  un  homme,   dans  lesquels  on  reçoit  l'eau  qui 


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s'écoule  des  tubes  de  caoutchouc.  Quand  l'un  de  ces  vases  est  plein,  on  y 
ajoute  la  quantité  de  sulfocarbonate  nécessaire  pour  traiter  un  nombre 
donné  de  ceps  ;  on  mélange  cette  substance  avec  l'eau,  en  agitant  avec  un 
bâton  jusqu'à  ce  qu'on  ait  une  solution  homogène;  l'ouvrier  n'a  plus  en- 
suite qu'à  puiser  cette  solution  avec  deux  arrosoirs  et  à  la  porter  au  pied 
des  ceps  que  l'on  veut  traiter. 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  110 

»  Des  accumulateurs  ou  récipients  à  pression,  placés  sur  différents  points 
de  la  canalisation  d'amenée  ou  de  la  canalisation  secondaire  (généralement 
sur  les  points  les  plus  élevés),  servent  à  accumuler  l'eau  qui  n'est  momen- 
tanément pas  débitée  et  qui,  en  comprimant  un  certain  volume  d'air,  régu- 
larise et  active  la  distribution. 

»  Dans  une  bonne  organisation,  les  ouvriers  ne  doivent  pas  porter  l'eau 
plus  de  10  met.  Dans  ces  conditions,  un  bomme  muni  de  deux  arrosoirs 
peut  vider  au  pied  des  ceps,  sans  se  presser,  en  moyenne,  de  1,500  à 
1,800  lit.  d'eau  par  beure  (fig.  2G). 

»Malgré  le  dispositif  ingénieux  que  nous  venons  de  décrire  et  l'économie 
considérable  qui  en  résulte  pour  les  traitements,  l'emploi  du  sulfocarbo- 
Date  est  encore  plus  coûteux  que  celui  du  sulfure  de  carbone.  Ce  n'est  que 
dans  les  vignes  à  riche  production,  jouissant,  par  suite  de  la  nature  du  sol 
ou  de  leur  situation,  d'une  certaine  résistance  aux  attaques  de  l'insecte,  et 
pour  lesquelles  on  pourrait  redouter  l'action  trop  énergique  du  sulfure, 
que  l'on  devra  préférer  le  sulfocarbonate.  Mais,  dans  ces  circonstances, 
il  présentera  toujours  l'avantage  de  laisser  dans  le  sol  un  engrais  bien 
approprié  à  la  vigue  et  dont  la  valeur  devra  être  déduite  du  prix  de  revient 
du  traitement.  » 

C.  —  Badigeonnages  contre  l'œuf  d'hiver. 

Nous  avons  exposé  plus  baut  la  tbéorie  de  M.  Balbiani  sur  la  diminu- 
tion graduelle  de  la  fécondité  dans  les  générations  successives  du  Phyl- 
loxéra et  l'extinction  complète,  inévitable,  de  cette  fécondité  par  la  dimi- 
nution de  nombre  et  la  disparition  finale  des  tubes  de  l'ovaire,  si  la  forme 
sexuée  produisant  l'œuf  fécondé  ne  vient,  à  un  moment  donné,  régénérer 
la  race. 

Cette  manière  de  concevoir  le  cycle  phylloxérique  est  basée  déjà  sur  de 
nombreux  faits  d'observation,  et,  jusqu'à  preuve  du  contraire,  nous  la 
considérons  comme  bonne.  Elle  est,  dans  tous  les  cas,  couforme  à  la  logi- 
que, qui  ne  peut  admettre  la  parthénogenèse  indéfinie  cbez  les  Insectes,  et 
jusqu'à  présent  aucune  expérience  rigoureuse  n'est  venue  l'infirmer  '. 

De  là  à  entreprendre  une  lutte  directe  contre  l'œuf  fécondé,  point  de 
départ  et  point  d'arrivée  du  cycle  pbylloxérique,  il  n'y  avait  pas  loiu. 

'  Nous  avons  dit  ce  que  nous  pensions  de  l'observation  de  M.  Boiteau  (Comptes 
rendus,  18  juillet  1887),  qui  a  élevé  des  Aptères  radicicoles  pendant  six  ans  jus- 
qu'à la  vingt-cinquième  génération,  expérience  de  cabinet  bien  difficile  à  rendre 
rigoureuse.  Nous  avons  dit  également  ce  que  nous  pensions,  pour  nos  climats,  do 
l'éclosion  avant  l'hiver  de  l'œuf  fécoudé,  soutenue  par  M.  Graélls  et  M.  Donnadieu. 


120  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

A  partir  de  noire  découverte  de  l'œuf  d'hiver  à  Montpellier,  en  mars 
1881,  qui  refoulait  bien  loin  la  théorie  de  l'éclosion  automnale  de  cet  œuf 
et  (délimitait  les  lieux  de  ponte.  M.  Balhiani  en  a  eu  l'idée.  A  plusieurs 
reprises  il  en  a  parlé  au  sein  de  la  Commission  supérieure  du  Phylloxéra, 
dont  il  fait  partie,  et,  dans  sa  séance  du  13  janvier  1882,  celte  Commission 
supérieure  émettait  le  vœu  suivant  : 

«  Considérant  l'importance  du  rôle  que  joue  l'œuf  d'hiver  dans  l'évolu- 
tion du  Phylloxéra  puisqu'il  entretient  sans  cesse  la  vitalité  des  colonies 
souterraines,  et  que  tout  foyer  phylloxérique  a  pour  origine  un  œuf  d'hiver; 
que  dès  lors  sa  destruction  est  d'un  intérêt  pratique  évident,  la  Commis- 
sion supérieure  émet  le  vœu  que  des  expériences  méthodiques  soient  in- 
stituées non  seulement  dans  le  lahoratoirc,  mais  en  grande  culture  pour 
déterminer  quels  sont  les  moyens  à  employer  pour  arriver  à  la  destruction 
certaine  de  l'œuf  d'hiver.  » 

Ce  vœu,  adressé  à  M.  le  Ministre  de  l'Agriculture,  était  pris  de  suite  en 
considération  et  les  expériences  furent  confiées  à  M.  Balhiani.  Mais  les 
préparatifs  qu'elles  nécessitaient  et  surtout  la  recherche  d'un  champ  d'étu- 
des propice  demandèrent  un  temps  assez  long.  Pendant  l'hiver  de  1882- 
83,  une  première  expérience  fut  tentée,  au  moyen  d'un  hadigeonnage 
insecticide  ;  expérience  peu  concluante,  suivie  d'autres  exécutées  les  an- 
nées suivantes  et  couronnées  celles-là  d'un  plein  succès.  Mais  laissons 
la  parole  à  M.  Balhiani  '  :  «  L'expérience  consistait  à  choisir  une  vigne 
portant  habituellement  des  galles,  à  badigeonner  un  certain  nombre  de  ceps 
et  à  laisser  les  autres  intacts,  comme  témoins.  Une  vigne  de  Riparia  au 
domaine  de  la  Paille,  près  Montpellier,  se  trouvait  dans  les  conditions 
voulues.  Cette  vigne,  formée  de  jeunes  plants  de  quatre  ans,  se  couvrait 
chaque  année  de  nombreuses  galles  phylloxériques.  Au  mois  de  février 
1883,  une  moitié  de  la  vigne  fut  badigeonnée  avec  un  mélange  de  coaltar 
et  d'huile  lourde,  l'autre  moitié  fut  laissée  sans  traitement.  Malheureuse- 
ment ce  premier  essai  échoua.  On  s'attendait  au  printemps  à  voir  appa- 
raître des  galles  dans  la  partie  non  traitée,  tandis  que  la  partie  traitée  n'en 
présenterait  point.  Or,  il  n'y  eut  de  galles  dans  aucune  des  deux  parties  : 
l'année  1883  n'était  pas  favorable  a  la  production  des  galles  phylloxéri- 
ques. Là  où  d'habitude  on  en  voyait  apparaître  en  plus  ou  moins  grand 
nombre,  comme  dans  notre  champ  d'expériences,  par  exemple,  il  n'y  en 
eut  pas  ou  presque  pas.  C'est  ce  qu'on  remarqua  notamment  sur  les  vignes 
de  M.  Laliman,  à  Bordeaux,  vignes  renommées  par  l'abondance  des  galles 
dont  elles  se  couvrent  chaque  année.  L'expérience,  reprise  dans  les  mêmes 

i  Balbiaui  ;  Compte  rendu  des  Travaux  du  service  du  Phyll.,  1885,  pag.   157. 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  |21 

conditions  dans  l'hiver  1883-84, fut  cette  fois  couronnée  d'un  succès  com- 
plet. M.  Henneguy,  qui  visita  la  vigne  dès  le  10  avril,  constata  dans  le  lot 
non  traite  des  galles  nombreuses  ;  au  contraire,  dans  le  lot  traité,  pas  une 
galle  ne  put  être  découverte  malgré  des  recherches  assidues.  Cette  vi"nc 
fut  visitée,  le  4  mai,  par  MM.  Couanon  et  Mouillefert,  qui  furent  également 
frappés  de  la  netteté  du  résultat.  Le  Ier  juin,  je  m'y  rendis  moi-même, 
accompagné  de  MM.  II.  Mares,  Henneguy  et  Couanon.  A  cette  époque,  la 
différence  des  deux  lots  était  plus  tranchée  que  jamais.  Dans  le  lot  non  ba- 
digeonné, les  galles  s'étaient  multipliées  en  quantités  énormes,  au  point 
de  laisser  à  peine  une  place  libre  sur  beaucoup  de  feuilles,  tandis  que 
dans  le  lot  traité  les  feuilles  se  montraient  encore  indemnes  de  ces  excrois- 
sances. » 

Nous  ajouterons  que  plusieurs  visites  faites  par  nous-même  au  champ 
d'expériences  nous  ont  convaincu  de  l'efficacité  du  traitement.  Celui-ci, 
très  efficace  contre  l'insecte,  n'était  cependant  pas  sans  inconvénient  pour 
la  vigne.  Certains  pieds  avaient  eu  à  en  souffrir,  et  le  mélange  de  coaltar 
et  d'huile  lourde  fut  remplacé  par  une  nouvelle  mixture  renfermant  de  la 
naphtaline,  de  l'huile  lourde  de  houille,  de  la  chaux  et  de  l'eau.  Les 
expériences  de  la  Paille  ont  été  continuées  jusqu'en  1886,  sous  la  direction 
de  M.  Henneguy,  et  sauf  qu'en  1885,  comme  en  1883,  ni  les  ceps  badi- 
geonnés, ni  les  ceps  témoins  n'ont  eu  de  galles,  l'effet  du  traitement  au 
printemps  de  1886  était  complet.  Fait  intéressant  à  signaler,  l'action  du 
badigeonnage  insecticide  paraîtrait  môme  agir  pendant  deuxans.«Ala  Paille, 
dit  M.  Henneguy,  la  vigne  de  Riparia  n'a  reçu  aucun  traitement  pendant 
l'hiver  1886  87  ;  et  cependant,  le  20  avril  1887,  je  constatai  que  les  pieds 
de  vigne  qui  avaient  été  badigeonnés  l'année  précédente  ne  portaient  que 
de  très  rares  galles  initiales,  tandis  que  les  pieds  témoins  en  avaient  de 
nombreuses.  » 

Après  plusieurs  modifications  dans  les  proportions  du  mélange,  M.  Bal- 
biani  s'est  arrêté,  pour  la  quantité  en  poids  d'environ  500  kilogr.,  aux 
proportions  suivantes  : 

Huile  lourde  de  houille 20  kilogr. 

Naphtaline  brute 60    — 

Chaux  vive 120    — 

Eau 400     — 

Pour  opérer  le  mélange,  on  prend  un  récipient  d'environ  500  lit.,  une 
futaille  défoncée  par  exemple.  Dans  un  récipient  plus  petit,  on  dissout  la 
naphtaline  (la  plus  sèche  possible)  dans  l'huile  lourde,  en  prenant  une 
spatule  de  bois.  Après  avoir  fait  fuser  un  peu  la  chaux  (la  plus  grasse 


122  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

possible)  clans  la  futaille,  on  verse  sur  cette  chaux  fumante,  en  la  remuant, 
le  mélange  d'huile  lourde  et  de  naphtaline  et,  ceci  fait,  on  ajoute  de  l'eau 
en  remuant  toujours.  On  peut  n'employer  immédiatement  que  la  moitié  de 
l'eau,  soit  200  lit.  Au  moment  de  l'emploi,  ou  ajoute  100  lit.,  et  les  autres 
100  lit.  pourront  n'être  ajoutés  que  lorsque  le  mélange  sera  devenu  trop 
épais.  Le  transport  au  milieu  des  vignes  se  fait  au  moyen  de  comportes, 
l'application  sur  la  souche  (préalablement  décortiquée)  au  moyen  d'un 
pi.iceau  rond  en  poils  de  porc.  On  badigeonne  tout  le  bois,  y  compris  les 
surfaces  de  tailles,  dont  les  bords,  ou  le  sait,  recèlent  souvent  l'œuf  d'hiver 
sous  leur  écorce. 

Les  différents  Rapports  adressés  au  Ministre  par  MM.  Balbiani  et  Hen- 
neguy  renferment  trop  de  détails  sur  les  expériences  exécutées  à  Mont- 
pellier et  ailleurs,  sur  le  mode  d'application  du  traitement,  etc. ,  pour  qu'il 
soit  possible  de  les  résumer  suffisamment  ici.  Nous  devons  donc  renvoyer 
le  lecteur  aux  Comptes  rendus  des  Travaux  du  service  du  Phylloxéra1, 
publiés  par  le  ministère  de  l'Agriculture,  années  1885-1886  et  1887-1888, 
qui  renferment  les  susdits  Rapports.  Qu'il  nous  suffise  de  dire  que  le 
succès  des  expériences  de  la  Paille  a  attiré  l'attention  d'un  certain  nombre 
de  viticulteurs  qui  ont  employé  le  traitement;  que  celui-ci  a  été,  dans  la 
plupart  des  cas,  combiné  avec  des  applications  de  sulfure  de  carbone  aux 
racines,  et  que  l'administration  l'emploie  en  Algérie  tout  autour  des  points 
d'attaque  sur  lesquels  sont  appliqués  les  traitements  d'extinction. 

D'après  le  Rapport  de  M.  Henneguy  (1887) ,  750  hectares  environ,  répartis 
dans  dix-huit  départements,  et  100  hectares  en  Algérie,  ensemble  850  bec" 
tares,  sont  actuellement  traités.  Les  départements  où  ces  badigeonnages 
Balbiani  ont  été  appliqués  sont  les  suivants  :  Aude,  Aveyron,  Bouches- 
du-Rhône,  Gôte-d'Or,  Haute-Garonne,  Hautes-Pyrénées,  Hérault,  Indre, 
Indre-et-Loire,  Loir-et-Cber,  Lot,  Lot-et-Garonne,  Rhône,  Pyrénées- 
Orientales,  Saône-et-Loire,  Tarn,  Tarn-et-Garonne  et  Var. 

Nous  ne  pouvons,  nous  l'avons  dit,  entrer  dans  beaucoup  de  détails; 
disons  cependant  que  l'Hérault,  n'ayant  à  peu  près  plus  de  vignes  françaises 
non  submergées,  sur  lesquelles  par  conséquent  les  badigeonnages  puissent 
être  tentés  en  grande  culture,  les  expériences  sérieuses  ont  été  faites 
ailleurs.  Sur  les  dix-huit  départements  ci-dessus,  le  Lot-et-Garonne 
(150  hectares  traités)  est  certainement  celui  où  les  applications  les  plus 
intéressantes  ont  été  opérées. 

Dans  cette  région  du  Lot-et-Garonne,  où  M.  de  LaQtte  de  Lajoaunenque 
s'est  fait  l'infatigable  propagateur  des   traitements  Balbiani,  les  badigeon - 

1  Heuueguy  ;  Compte  rendu  des  Travaux  du  service  du  Phylloxéra,  1887. 


LUTTE    CONTRE    LE    PHYLLOXERA.  I  J,'J 

nages  comptent  do  nombreux,  adhérents.  M.  de  Lafitte  personnellement 
applique  le  procédé  chez  lui  depuis  cinq  ans,  sur  deux  hectares,  à  l'exclu- 
sion du  traitement  des  racines  au  sulfure  de  carbone.  Ces  deux  hectares  sont 
isolés^  à  l'abri  autant  que  possible,  par  conséquent,  des  invasions  par  ks 
formes  aptères;  la  terre  est  argilo- calcaire,  très  compacte.  En  188G,  d'après 
M.  Henneguy,  l'inspection  des  racines  dans  ce  champ  d'expériences,  en  pré- 
sence de  M.  Balhiani,  avait  montré,  chez  les  insectes  examinés,  les  gaines 
de  l'ovaire  réduites  à  un  petit  nombre,  indice  d'une  dégénérescence  mar- 
quée ;  les  Phylloxéras  étaient  peu  nombreux  ;  la  vigne,  à  chevelu  abon- 
dant, se  maintenait  bien.  Dans  les  autres  champs  d'expériences  les  résultats, 
bien  que  moins  marqués,  permettaient  d'espérer  le  succès.  Mais  en  1887, 
d'après  M.  de  Lafitte  lui-même  *,  l'étude  sur  l'ensemble  des  expériences 
faites  avec  les  badigeonnages  insecticides  seuls,  malgré  la  situation  rela- 
tivement bonne  de  la  vigne  de  Lajoannenque,  «  la  confiance  en  un  succès 
décisif  des  badigeonnages  employés  seuls  comme  traitement  curât  if,  était 
sensiblement  moindre  qu'en  1886,  bien  qu'il  ne  fallût  pas  désespérer 
encore». 

A  notre  avis,  la  preuve  contre  le  badigeonnage  est  faite,  loyalement  faite, 
et  nous  devons  être  reconnaissants  de  son  impartialité  envers  le  principal 
exécuteur  des  expériences. 

Malgré  l'excellence  théorique  du  procédé,  malgré  les  expériences  de  la 
Paille  si  claires  dans  leurs  résultats,  malgré  même  quelques  succès  en 
grande  culture,  il  est  évident  que  si  les  badigeonnages  insecticides  ne  sont 
pas  associés  aux  traitements  souterrains  par  le  sulfure  de  carbone,  ils  sont 
généralement  peu  efficaces  par  suite  des  causes  qui  viennent  les  contre- 
balancer. 

Au  premier  rang  de  ces  causes  sont  des  invasions  par  les  jeunes  aptères 
venant  sur  leurs  jambes  du  voisinage  ou  apportés  par  le  vent,  on  ne  sait 
d'où.  Dans  les  vignobles  où  le  Phylloxéra  peut  arriver  des  quatre  points 
cardinaux,  dans  ceux  où  les  cépages  américains  résistants  sont  partout,  il 
n'y  a  pas  à  songer  aux  badigeonnages  Balhiani.  Ce  n'est  que  dans  les  pays 
peu  attaqués  qu'ils  pourront  être  appliqués  ;  encore  conseillerons-nous 
toujours  de  les  accompagner  d'un  traitement  souterrain  au  sulfure  de 
carbone. 

D.  —  Submersion. 

Vitis  amat  colles,  disait  Virgile.  C'est  là  une  licence  poétique  que  le 
viticulteur  devra  traduire  ainsi:  Situ  veux  du  bon  vin,  plante  ta  vigne  sur 

1  De  Lafltte;  Compte  rendu  des  Travaux  du  service  du  Phylloxéra,  1388. 


124  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

les  coteaux.  La  science  et  l'expérience  ajouteront  :  Mais  tu  n'en  auras  guère, 
et,  si  tu  veux  ta  vigne  vigoureuse  et  féconde,  plante-la  dans  la  plaine  et 
tâche  de  lui  donner  de  l'eau.  A  l'état  de  nature,  la  vigne  d'Europe  pousse 
en  effet  de  préférence  dans  les  endroits  frais  et  humides,  le  plus  souvent 
au  bord  âez  rivières,  où  elle  ne  souffre  nullement  des  inondations  fré- 
quentes. Les  vignerons  de  tous  les  pays  le  savent,  et  si,  dans  le  Nord,  Virgile 
semble  avoir  raison,  c'est  que  le  raisin  ne  mûrit  pas  dans  la  plaine. 

De  temps  immémorial,  dans  le  sud  de  la  Russie,  on  inonde  volontaire- 
ment les  vignes  plantées  dans  les  terres  basses,  afin  de  les  débarrasser  de 
leurs  ennemis,  escargots  ou  insectes.  Il  en  est  de  même  en  Grèce.  «  Les 
vignerons  de  l'éparcbie  d'Élie,  dit  M.  Gennadius  [Comptes  rendus  Acad. 
des  Se,  6  décembre  1880),  submergent  leurs  vignobles  pendant  l'hiver 
pour  tuer  les  coupe-bourgeons  (Otiorhynchus),  et  cela  depuis  des  siècles.  » 
Dans  la  lutte  entreprise  contre  le  Phylloxéra,  lutte  qui  doit  varier  avec 
chaque  milieu,  on  devait  songer  de  suite  à  la  submersion  des  vignes  en 
plaine,  et  dès  le  début  de  l'invasion  on  y  a  en  effet  recouru. 

a  Aussitôt,  dit  M.  Chauzit1,  que  la  maladie  des  vignes  fut  connue,  un 
viticulteur  plein  d'initiative,  M.  le  Dr  Seigle  (de  Nimes),  se  basant  sur  cette 
donnée  physiologique  que  le  puceron  était  organisé  pour  vivre  dans  l'air  et 
non  dans  l'eau,  lit  inonder  son  vignoble  de  Forbarot,  situé  dans  le  Vaucluse. 
C'est  donc  incontestablement  M.  le  Dr  Seigle  qui  a  eu  le  premier  l'idée 
d'asphyxier  le  Phylloxéra  au  moyen  de  l'eau.  Ce  fait  ressort  d'une  Note 
reproduite  dans  le  Rapport  de  M.  Barrai  sur  le  concours  d'irrigation  dans 
le    département   de   Vaucluse  en   1876,  Note  dans   laquelle  M.  Seigle 
s'exprime  ainsi  :  «  Dès  le  26  juillet  1868,  c'est-à-dire  quatre  jours  après  la 
publication  dans  le  Messager  du  Midi  du  Rapport  de  la  Commission  qui 
avait  découvert  à  Saint-Rémy  le  Phylloxéra,  profitant  de  l'eau  de  la  Du- 
rance  amenée  par  un  canal  qui  entoure  ma  propriété,  j'inondai  tout  mon 
vignoble  pendant  douze  jours  consécutifs,  en  maintenant  constamment  l'eau 
à  0m,  15  environ  au-dessus  du  sol.  En  octobre  de  la  même  année,  je  sub- 
mergeai encore  mon  vignoble   pendant  vingt  jours.  En  1869,  je  fis  trois 
submersions  :  une  de  douze  jours  en  mai,  une  de  huit  jours  en  juillet  et  une 
de  vingt-huit  jours  en  octobre.  Ainsi  donc,  depuis  le  26  juillet  1868  jus- 
qu'au 16  février  1876,  j'ai  pratiqué  vingt  fois  la  submersion,  et  je  suis 
parvenu  de  la  sorte  à  reconstituer  mon  vignoble,  qui  est  en  ce  moment  aussi 
prospère  qu'avaut  l'apparition  de  la  maladie. 

»M. Louis  Faucon  ne  commença  à  submerger  son  domaine  du  mas  de 
Fabre  (Bouches-du-Rhône),  qu'après  M.  Seigle,  en  1870  seulement,comme 

1  Chauzit  et  Trouchaud-Verdier  ;  La  Submersion  des  Vignes. 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  125 

il  le  dit  d'ailleurs  lui-même  dans  un  Mémoire  remis  au  jury  du  concours 
d'irrigation  de  187G.  Mais  si  l'on  peut  dire  que  M.  Seigle  est  le  promoteur 
de  la  submersion  des  vignes  en  France,  on  doit  affirmer  bien  liant  que 
M.  Faucon  a  été  l'inventeur  et  le  propagateur  de  la  méthode.  Dans  des  Notes 
nombreuses  parues  dans  les  journaux  agricoles,  il  a  tracé  la  voie  que  de- 
vaient suivre  les  submersionnistes  ;  il  a  fixé  les  règles  principales  de  la 
submersion  et  a  contribué  ainsi  pour  une  large  part  à  la  rapide  extension 
du  procédé,  non  seulement  dans  le  Midi,  mais  aussi  dans  l'Ouest.» 

Les  chiffres  de  la  production  chez  M.  Faucon  avant  l'invasion,  pendant 
celle-ci  et  après  la  submersion,  ont  leur  éloquence.  Ils  sont  en  quelque 
sorte  devenus  classiques  et  méritent  d'être  cités.  Le  mas  de  Fabre,  près 
Tarascon  (Bouches-du-Rhône),  terre  de  23  hectares  appartenant  a  M.  Fau- 
con, produisait  : 

En  1867.  Avant  l'invasion  apparente  du  phylloxéra 925  hectol. 

1868.  Année  de  la  découverte  de  l'insecte  (fumier) 40  — 

1869.  2e  année  de  l'invasion  apparente  (fumier) 35  — 

1870.  lre  année  de  la  submersion  (pas  d'engrais) .........  120  — 

1871.  2«           —                 —                      —           450  — 

1872.  3e          —                —            (tourteaux  de  colza) 849  — 

1873.  4e          —                —            (gelée,  tourteaux) 736  — 

1874.  5e           —                 —             (tourteaux) 1.135  — 

1875.  6e           —                  -                    —        2.680  — 

1876.  76           —                 —             (gelée,  tourteaux) 507  — 

1877.  8e           —                 --             (tourteaux) 2.235  — 

1878.  9e           —                 —             (gelée,  tourteaux) 1.135  — 

1879.  10e  —  —  (tourteaux) 2.200       — 

De  ces  chiffres,  il  ressort  trois  choses  :  1°  la  destruction  du  Phylloxéra  ; 
2°  la  production  moyenne  plus  que  doublée  ;  3°  la  fréquence  des  gelées 
printanières. 

Par  la  production  moyenne  doublée,  bien  que  la  qualité  y  perde  forcé- 
ment, malgré  aussi  les  gelées  plus  fréquentes  et  les  frais  d'installation 
souvent  coûteux,  le  propriétaire  gagne,  et  beaucoup.  Aussi  l'exemple  donné 
par  M.  Faucon  a-t-il  été  vite  suivi,  et  aujourd'hui  des  surfaces  considéra- 
bles, plus  de  25,000  hectares  en  France  seulement,  sont  soumises  à  la 
submersion.  Le  chiffre  officiel  donné  par  M.  Tisserand,  directeur  général 
de  l'Agriculture,  dans  son  Rapport  de  1888  à  la  Commission  supérieure 
du  Phylloxéra,  est  26,665  hectares. 

On  peut  même  affirmer  que  si  la  moitié  au  moins  de  cette  surface  ne 
devait  pas  être  inondée  coûteusement  au  moyen  de  machines  élévatrices 
puisant  l'eau  dans  les  rivières,  et  que  si  les  grands  canaux  d'irrigation 


|26  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

réclamés  par  les  populations  étaient  créés,  le  nombre  d'hectares  submergés 


*     s 


serait  bien  vite  quintuplé.  Le  canal  du  Rhône  seul,  d'après  M.  l'ingénieur 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  127 

Dumont,  l'auteur  bien  connu  de  l'un  des  projets,  permettrait  d'inonder  en 
hiver  80,000  hectares  de  vignes  ' . 

Pas  plus  au  sujet  de  la  submersion  qu'en  ce  qui  concerne  les  autres 
moyens  de  lutte  contre  \e  Phylloxéra t  nous  ne  pouvons  nous  étendre  suffi- 
samment. Nous  renvoyons  donc  le  lecteur  aux.  travaux  spéciaux  énumérés 
dans  la  Bibliographie,  et  principalement  à  ceux  de  MM.  Faucon,  Foèx  et 
Chauzit,  auxquels  nous  faisons  du  reste  de  nombreux  emprunts.  Quelques 
renseignements  sur  les  conditions  de  réussite  de  la  submersion  et  les 
moyens  de  l'exécuter  seront  seuls  donnés  ici,  et  aussi  brièvement  que  pos- 
sible résumés  dans  les  lignes  suivantes. 

Conditions  de  réussite.  —  «  La  submersion,  dit  M.  Foëx  [loc.  cit., 
pag.  625) ,  est  forcément  limitée  aux  vignobles  méridionaux  situés  en  plaine. 
Dès  qu'on  arrive  à  la  région  où  la  vigne  ne  peut  réussir  qu'en  coteaux, 
l'application  eudevient  nécessairement  impossible.  De  plus, les  hivers  froids 
risquent  d'entraîner  des  accidents  graves  pendant  l'opération.  La  surface 
inondée  se  congèle  quelquefois  sur  une  assez  grande  épaisseur,  et  il  suffit 
d'un  changement  du  niveau  de  l'eau  qui  supporte  la  glace  pour  que  des 
souches  soient  arrachées  ou  écrasées  suivant  que  des  glaçons  s'élèvent  ou 
s'abaissent. 

«Jusqu'ici,  en  France,  la  submersion  ne  s'est  pas  étendue  dans  le  Sud- 
Ouest  au  delà  de  la  Gironde  et  des  départements  voisins,  et  dans  le  Sud- 
Est  elle  est  pratiquée  dans  le  Var,  les  Bouches-du-Rhône,  le  Gard, 
l'Hérault,  l'Aude,  les  Pyrénées-Orientales,  le  Vaucluse,  les  Basses- Alpes 
et  la  partie  méridionale  de  la  Drôme.  Dans  ce  dernier  département,  elle  ne 
dépasse  pas  Livron,  localité  située  à  l'embouchure  de  la  Drôme  et  qui  peut 
être  considérée  comme  la  limite  septentrionale  probable  de  l'application  du 
procédé. 

«Théoriquement,  pour  recouvrir  un  sol  absolument  horizontal  d'une 
épaisseur  deOra,25,  il  serait  nécessaire  d'y  amener  2,200  mètres  cubes  par 
hectare  ;  mais  comme,  on  le  comprend,  la  terre  absorbe  une  grande  partie 
de  ce  volume,  une  autre  portion  se  perd  par  évaporation  ou  s'échappe  par 
les  fissures  des  bourrelets;  aussi  doit-on  employer  de  beaucoup  plus  grandes 
quantités  d'eau.  Il  faut  compter  ordinairement  de  10,000  à  15,000  mètres 
cubes  par  hectare  et  quelquefois  jusqu'à  30,000  sur  la  même  surface.  Une 
paitie  de  cette  eau  doit  arriver  d'une  manière  à  peu  près  continue  pour 
parer  aux  pertes  par  imhibition  ou  par  évaporation. 

»Au  point  de  vue  insecticide,  les  eaux  chargées  d'air,  telles  que  celles  qui 
sont  élevés  par  les  machines  ou  qui  ont  passé  récemment  par  des  chutes, 

1  Faucon  ;  Instructions  pratiques  sur  la  Submersion,  pag.  149. 


128  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

sont  moins  efficaces  parce  que  les  moindres  bulles  suffisent  au  Phylloxéra 
pour  prolonger  son  existence.  Celles  qui  sont  complètement  privées  de  sub- 
tances fertilisantes  risquent  d'épuiser  plus  ou  moins  les  terres  un  peu  per- 
méables, qu'elles  lessivent. 

»Mais  cette  infériorité  n'a  qu'une  importance  secondaire  au  point  de  vue 
pratique,  tout  au  moins  en  ce  qui  concerne  les  eaux  chargées  d'air.  Sous  le 
rapport  de  l'épuisement  des  matières  solubles  renfermées  dans  le  sol,  ce 
reproche  est  fondé  dans  une  certaine  mesure  pour  les  terres  sensiblement 
perméabbles.  Dans  ce  cas,  on  fera  bien  de  restituer  à  la  vigne  des  engrais 
renfermant  sous  une  forme  facilement  assimilable  les  matériaux  qui  lui  sont 
nécessaires  pour  une  année  seulement  et  d'en  renouveler  chaque  hiver 
l'application.  La  formule  suivante,  employée  par  M.  Faucon,  répond  très 
bien  à  cet  ordre  d'idées  : 

Tourteau  de  colza 90  % 

Sulfate  de  potasse  épuré  de  Strassfurt  à  38  % 
de  potasse 10  % 

100 

»Ces  matières,  bien  mélangées,  sont  appliquées  à  la  dose  de  250  gram. 
par  pied  de  vigne.» 

Bien  que  la  submersion  faite  en  été  soit  plus  efficace  contre  l'insecte,  alors 
en  pleine  activité,  on  ne  peut  songer  à  l'appliquer  à  cette  époque  :  la  vigne 
aurait  trop  à  en  souffrir.  En  hiver,  l'arrêt  de  la  végétation  permet  au  con- 
traire de  submerger  sans  inconvénient.  Tous  les  insectes  à  l'état  à'hiber- 
nants  ne  succombent  pas,  il  est  vrai  ;  mais  ils  succombent  en  nombre  tel 
que  le  peu  qui  persiste  peut  être  considéré  comme  quantité  négligeable. 

La  durée  de  la  submersion  ne  doit  pas  être  la  même  dans  tous  les  cli- 
mats et  dans  tous  les  sols.  L'expérience  a  démontré  (Foëx,  loc.  cit.)  que 
dans  la  partie  la  plus  septentrionale  de  notre  région,  la  Drôme,  la  durée 
peut  être  réduite  à  vingt-cinq  ou  trente  jours,  tandis  qu'elle  doit  être  de 
trente  ou  quarante  jours  dans  l'Hérault,  le  Gard  et  les  Bouches-du-Rhône. 
La  multiplication  du  Phylloxéra,  plus  grande  dans  les  climats  chauds, 
explique  suffisamment  le  fait. 

a  Au  point  de  vue  de  l'efficacité  de  la  submersion  (Chauzit  et  Trouchaud- 
Verdier,  loc.  cit.),  il  faut  que  le  terrain  ne  soit  ni  trop  compact  ni  trop 
meuble. On  se  trouvera  dans  de  bonnes  conditions  lorsque  le  niveau  de  l'eau, 
par  suite  de  la  perméabilité  du  sol,  baissera  par  vingt-quatre  heures  de  1  à 
5  centim.  Si  les  pertes  journalières  sont  de  8  ceutim.  d'épaisseur,  par 
exemple,  la  submersion  non  seulement  consommera  beaucoup  d'eau  et 
exigera  une  plus  longue  durée,  mais  encore  sera  peu  efficace  ;  enûn  elle 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  \2[) 

serait  très  dispendieuse  et  absolument  inefficace  si  le  niveau  baissait  de 
10  centim.  ou  plus  par  jour.  Cette  propriété  physique,  qu'on  nomme 
perméabilité,  résulte  des  proportions  suivant  lesquelles  les  trois  éléments 
mécaniques  essentiels  des  terres,  L'argile,  le  sable  siliceux  et  le  calcaire 
sont  mélangés.  Plus  la  quantité  d'argile  sera  grande  par  rapport  aux  autres 
principes,  moins  le  sol  sera  perméable,  plus  grande  sera  la  proportion  de 
sable,  plus  le  sol  sera  facilement  pénétré.» 

Nous  avons  personnellement  développé  cette  théorie  dès  1879  !,  la  basant 
sur  le  nombre  de  bulles  d'air  emprisonnées  croissant  avec  la  compacité  des 
sols  mis  en  expérience.  Ajoutons  que  pendant  toute  la  durée  de  la  submer- 
sion le  sol  doit  être  submergé  à  une  épaisseur  d'environ  25  centim.,  et  cela 
sans  interruption.  «L'eau,  dit  M.  Faucon,  qui  ne  peut  arriver  aux  racines 
inférieures  d'une  vigne  si  elle  est  appliquée  à  petites  doses,  pénétrera  jus- 
qu'aux racines  les  plus  profondes  si  elle  est  aidée  par  une  puissante  pression.» 

Le  eboix  des  cépages  à  submerger,  dit  M.  Obauzit,  n'est  pas  indifférent. 
Tous  les  plants  ne  supportent  pas  également  bien  la  submersion.  L'Ara- 
mon  et  le  Petit-Bouscbet  ont  fait  leurs  preuves  dans  la  région  de  l'olivier 
et  doivent  être  préférés  ;  mais,  leur  maturité  n'étant  pas  simultanée,  il  faut 
les  cultiver  dans  des  planches  séparées.  Quant  aux  autres  cépages  de  la 
région,  la  Carignane,  le  Grenache,  le  Terret,  le  Chasselas,  l'Œillade,  le 
Morrastel,  l'Espar,  etc.,  ils  redoutent  trop  les  maladies  cryptogamiques, 
telles  que  Y Anthracnose  et  surtout  le  Mildew,  pour  être  cultivés  à  la  sub- 
mersion. On  doit  les  réserver  pour  les  porte-greffes  américains. 

Moyens  d'exécuter  la  submersion.  —  Etant  donné  un  terrain  suffisam- 
ment horizontal  pour  que  des  planches  ou  carrés  de  submersion  d'une 
certaine  étendue  puissent  être  établis  ;  étant  donné  un  sol  réunissant  les 
conditions  de  perméabilité  citées  plus  haut,  on  divisera  ce  terrain  en  com- 
partiments ou  planches  rectangulaires. 

«Cette  disposition,  dit  M.  Foëx,  est  celle  qui  est  la  plus  commode  pour 
les  labours,  celle  qui  correspond  le  mieux  aux  systèmes  de  plantations 
usités.  Dans  un  terrain  horizontal,  oh  l'on  peut  donner  aces  planches  une 
grande  étendue  en  tous  sens,  on  a  intérêt  a  les  faire  carrées  ;  cette  forme 
facilite  les  labours  croisés,  dont  l'efficacité  est  généralement  reconnue.  Dans 
les  terrains  offrant  une  pente  sensible,  on  est  amené  à  faire  des  planches 
rectangulaires,  afin  de  ne  pas  exagérer  la  hauteur  des  bourrelets  ou  levées. 
Au  point  de  vue  de  la  destruction  des  insectes,  les  plus  grandes  planches 
sont  les  meilleures;  l'étendue  des  bourrelets  y  est  en  effet  moins  considé- 

•  V.  Mayet  ;  Expériences  sur  l'efficaciti  de  la  Submersion  des  Vignes  Journ. 
de  l'Âgric.  de  Barrai.  Paris,  7  août  1879). 


130  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

rable  ;  or  les  racines  qui  pénètrent  sous  ces  bourrelets  sont  rarement  bien 
purgées  d'insectes,  et  elles  constituent  en  été  un  foyer  d'infection  dont  il 
importe  de  diminuer  le  plus  possible  le  développement.  Mais,  dans  la  pra- 
tique, il  est  généralement  impossible  de  pousser  l'application  de  ce  principe 


Fig.  28.  —  Pompe  centrifuge  Dumont,  vue  do  face. 

jusqu'à  ses  dernières  limites,  qui  est  de  ne  faire  qu'une  seule  planche  de 
toute  la  vigne  à  submerger.  Les  quatre  raisons  qui  s'y  opposent  le  plus 
souvent  sont  :  1°  le  manque  d'horizontalité  du  sol  ;  2°  l'impossibilité  de 
disposer  à  la  fois  d'un  volume  d'eau  suffisant;  3°  le  danger  qu'offre  le 


Fig.  29.  —  Pompe  centrifuge  Dumont,  vue  de  côté. 


choc  sur  les  berges  des  vagues  soulevées  par  le  vent  ;  4°  enfin  les  consé- 
quences qui  résulteraient,  pour  toute  la  submersion,  d'une  brèche  produite 
dans  l'unique  enceinte  des  levées.  En  définitive,  les  dimensions  qui  parais- 
sent les  meilleures  sont  celles  qui  renferment  de  3  à  20  hectares.» 

«L'établissement  des  bourrelets  encadrant  les  planches,  dit  M.  Chauzit, 
doit  obéir  à  certaines  règles.  Ainsi,  ils  auront  une  forme  prismatique,  à  sec- 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  131 

lion  trapézoïdale,  et  leurs  talus  seront  inclinés  à  45".  La  largeur  variera 
avec  la  dimension  des  planches.  Si  elles  ont  une  grande  étendue,  on  donnera 
aux  bourrelets  une  largeur  suffisante  pour  qu'une  charrette  puisse  circuler 
à  leur  sommet  ;  on  aura  alors  de  véritables  digues-chemins.  Si  au  contraire 
on  a  été  obligé  de  multiplier  les  bourrelets,  on  donnera  à  leur  sommet  une 
largeur  de  0m,50à  1  met.  La  hauteur  sera  au  minimum  de  0'",G5.  Dans  la 
pratique,  il  convient  d'atteindre  0m.80  à  1  met.  Les  bourrelets  seront  établis 
avec  la  terre  provenant  des  travaux  de  nivellement  ou  bien  avec  celle  qui 
aura  été  prise  dans  les  emprunts  faits  aux  parties  hautes  ou  dans  des  en- 
droits spéciaux.» 

Pour  protéger  les  bourrelets  contre  les  érosions,   on  gazonnera  leurs 
pentes  avec  des  plantes  fourragères  :  M.  Foëx  conseille  le  trèfle  rampant 


Fig.  30.  —  Pompe  centrifuge  J.  et  H.  Gwynne. 


[Trifolium  l'epens),  qui  peut  passer  sans  inconvénient  de  l'humidité  a  la 
sécheresse;  mais,  avant  que  les  plantes  aient  suffisamment  poussé,  tout  au 
moins  la  première  année,  on  devra  protéger  les  berges  exposées  aux  vagues 
par  des  fascines,  des  sarments  ou  des  roseaux. 

Les  planches  de  submersion  une  fois  établies,  il  s'agit  d'y  amener  les 
eaux  avec  le  moins  de  frais  possible. 

«Les  eaux  destinées  à  la  submersion,  dit  M.  Foëx,  proviennent  des  cours 
d'eau,  de  canaux,  d'étangs,  de  barrages,  de  sources,  de  puits  artésiens,  etc. 
On  peut  les  amener  dans  les  vignes  par  dérivation  ou  au  moyen  de  machines 
élévatoires . » 

Le  premier  moyen,  le  plus  simple,  doit  être  employé  toutes  les  fois  que 
l'eau  peut  être  prise  à  un  niveau  supérieur;  il  n'entraîne  d'autre  dépense 
que  celle  de  la  création  d'un  canal  d'adduction.  On  ne  peut  malheureuse- 


132  LUTTE    CONTIlE    LE    PHYLLOXERA. 

ment  pas  songer  à  appliquer  dans  tous  les  ras  la  dérivation  et  l'on  est  forcé 
d'employer  le  second  système.  Les  machines  élévatoires  les  plus  répandues 
sont  les  pompes  rotatives. 

Les  plus  employées  dans  les  submersions  en  France  sont  celles  de  L. 
Dumont1  (fig.   28  et  29)   et  de  J.  et  H.  Gwynne  (fig.  30).   Ces   derniers 


Fig.  31.  —  Pompe  centrifuge  Gwynne,  fixée  sur  une  locomobile. 

constructeurs  ont  imaginé  une  disposition  commode  pour  le  transport, 
dans  laquelle  la  pompe,  étant  fixée  sur  le  bâti  de  la  locomobile  motrice,  est 
prête  à  fonctionner  dès  l'arrivée  (fig.  31). 

On  a  également  fait  usage,  pour  élever  les  eaux,  de  la  noria  et  du 
tympan;  mais  ces  machines  n'ont  donné  que  des  résultats  inférieurs  à  ceux 
des  précédentes. 

Les  divers  appareils  mentionnés  ici  sont  généralement  mus  par  des  ma- 
chines à  vapeur.  Ces  moteurs,  souvent  les  seuls  possibles,  sont  toujours  les 
plus  commodes.  Le  coût  de  l'opération,  par  leur  moyen,  varie  entre  60  et 
80  fr.  par  hectare  lorsqu'on  ne  dépasse  pas  5  met.,  hauteur  au  delà  de  la- 
quelle on  ne  semble  guère  devoir  aller  en  pratique.  Ce  prix  est  celui  qu'exi- 
gent la  plupart  des  syndicats  ou  sociétés  de  canaux  d'irrigation . 

Les  machines  sont  quelquefois  installées  à  demeure  sur  un  point  cul- 
minant, de  manière  à  dominer  par  un  système  de  canalisation  convenahle 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  133 

toute  l'étentlue  à  submerger.  D'autres  fois  elles  sout  locomobiles  et  peu- 
vent être  transportées  successivement  à  portée  des  [décès  que  l'on  veut 


traiter  (Og.  32).  Le  premier  système  doit  être  préféré  toutes  les  fois  qu'il  est 


134  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

possible,  de  l'appliquer:  les  machines  fixes  à  générateur  indépendant  font 
en  effet  le  travail  à  meilleur  marché,  plus  rapidement  aussi  et  durent  da- 
vantage que  les  locomobiles. 

Il  est  possible  dans  certaines  circonstances  de  substituer  à  la  vapeur  la 
force  fournie  par  les  cours  d'eau  où  l'on  puise  l'eau  nécessaire  au  traite- 
ment des  vignes.  On  emploie  dans  ce  cas  des  turbines  ou  des  roues  hydrau- 
liques. Le  travail  s'effectue  alors  dans  des  conditions  très  économiques. 

En  résumé,  la  submersion  est  le  seul  procédé  insecticide  infaillible, 
absolu,  contre  le  Phylloxéra;  elle  devra  être  employée,  dans  la  région  de 
l'olivier,  toutes  les  fois  qu'il  sera  possible  de  le  faire. 

E.  —  Plantations  dans  les  Sables. 

Il  nous  reste  à  parler  des  conditions  permettant  à  la  vigne  de  vivre  sans 
le  secours  d'aucun  insecticide,  c'est-à-dire  des  plantations  dans  les  sables 
et  de  l'emploi  des  vignes  américaines. 

Le  fait  de  la  résistance  des  vignes  dans  le  sable  a,  dès  le  début  de  l'in- 
vasion phylloxérique, attiré  l'attention  des  viticulteurs. On  n'est  pas  d'accord 
sur  les]  causes  de  cette  immunité  des  terrains  sablonneux  et  plusieurs 
théories  sont  en  présence.  Nous  n'en  citerons  que  trois  : 

1°  Une  action  mécanique  des  particules  sableuses,  comblant  par  leur 
chute  les  fissures  du  sol  à  mesure  qu'elles  tentent  de  se  produire,  s'ébou- 
lant  sous  les  pieds  de  l'insecte  et  opposant  ?insi  une  barrière  infranchissable 
aux  migrations  de  celui-ci  et  même  à  sa  circulation  sur  les  racines.  Cette 
théorie,  la  première  mise  en  avant,  a  encore  beaucoup  de  partisans. 

2°  Une  action  insecticide  mal  définie,  qu'on  ne  peut  appeler  chimique, 
mais  qui  d'après  M.  le  professeur  Marion  '  est  incontestable,  quelle  qu'en 
soit  l'explication. 

3°  Une  disposition  physique  du  sol  permettant  à  celui-ci  de  se  débar- 
rasser complètement  de  l'air  qu'il  renferme,  de  se  laisser  pénétrer  entière- 
ment pur  l'eau,  qu'elle  provienne  des  pluies  ou  qu'elle  monte  du  sous-sol 
par  capillarité,  et  de  tuer  ainsi  le  Phylloxéra  par  asphyxie.  Cette  théorie, 
qui  parait  appuyée  sur  des  expériences  sérieuses,  a  été  développée  longue- 
ment par  M.  l'ingénieur  Vannuccini2,  dans  un  Mémoire  publié  en  1888. 

«  Dans  le  sable,  dit  M.  Vannuccini,  l'air  en  présence  de  l'eau  trouve 

1  Marion;  Rapport  sur  les  expériences  contre  le  Phylloxéra  tt  les  résultats 
obtenus,  can-pagne  de  1878.  Paris,  Paul  Dupont,  1879. 

2  Vannuccini;  Étude  des  terres  où.  la  Vigne  indigène  résiste  au  Phyllorera 
[Mess,  agric.  d.i  Midi,  10  septembre  1881). 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  135 

mille  issues,  à  travers  les  innombrables  interstices  que  ses  grains  laissent 
entre  eux,  et  si  par  hasard  une  bulle  d'air  se  trouvait  environnée  d'eau  de 
toutes  parts,  elle  ne  tarderait  pas  à  se  frayer  un  passage  et  viendrait  crever 
à  la  surface.  L'expérience  suivante  est  concluante  à  cet  égard  :  Qu'on  verse 
de  l'eau  dans  un  vase  contenant  du  sable  et  dans  un  autre  contenant  de 
l'argile.  Dans  l'eau,  qui  peu  à  peu  pénètre  le  sable,  on  voit  barboter  de 
nombreuses  bulles  d'air,  tandis  que  pour  l'argile  l'air  reste  emprisonné,  et 
c'est  à  peine  si  l'on  voit  monter  quelques  bulles.  Entre  ces  deux  extrêmes, 
le  sable  et  l'argile,  il  y  a  les  terres  peu  argileuses,  se  laissant  fortement 
pénétrer  par  l'eau  et  ne  gardant  que  quelques  bulles  d'air  emprisonnées. 

«C'est  ainsi  que  l'on  peut  expliquer  cette  gradation  de  résistance  des 
différentes  terres.  On  voit  eu  effet  les  vignes  parfaitement  résister  quand  le 
sable  est  pur  et,  à  mesure  que  des  proportions  croissantes  d'argile  y  sont 
mélangées,  diminuer  de  résistance  jusqu'à  périr  rapidement  dans  les  terres 
fortement  argileuses.  » 

L'auteur  compare  le  pbénomène  à  une  submersion  naturelle  se  pro- 
duisant ebaque  année  à  certaines  époques  et  débarrassant  périodiquement 
la  vigue  de  son  parasite.  Submersion  par  capillarité,  devrait-il  dire,  car 
là  où  l'espace  entre  les  particules  sableuses  n'est  pas  capillaire,  quelle 
que  soit  l'bumidité  du  sable,  il  n'y  a  pas  d'eau  et  il  y  a  de  l'air.  Telles 
sont  les  galeries  pratiquées  par  les  nombreux  insectes  qui  vivent  dans  le 
sable,  rongeurs  de  racines  ou  autres,  parmi  lesquels  dominent  en  nombre 
les  larves  ou  vers  blancs  de  YAnomala  vitis  (Hanneton  vert  de  la  vigne). 
Mais  ces  réservoirs  à  air,  ne  se  trouvant  qu'exceptionnellement  contre  les 
racines,  changeant  de  p'ace  avec  l'insecte,  qui  les  comble  derrière  lui,  ne 
peuvent  permettre  au  Phylloxéra  de  vivre. 

Cette  théorie  de  M.  Yannuccini  n'a  été  jusqu'à  présent  réfutée  par  per- 
sonne. Elle  ne  contredit  ni  les  idées  de  M.  Marion  ni  celles  de  M.  Barrai, 
qui  dans  une  Note  à  l'Académie '  a  attribué  un  rùle  important  à  l'eau  du 
sous-sol  montant  par  capillarité  dans  les  sables  d'Aigucsmortes. 

Le  sable  est  d'autant  plus  contraire  au  Phylloxéra  qu'il  est  plus  siliceux. 
Si  les  proportions  de  calcaire  dominent,  il  l'est  moins,  les  particules  cal- 
caires tendant  à  s'agglomérer.  Tels  sont  les  terrains  appelés  en  géologie 
sables  de  Montpellier,  anciennes  dunes  tertiaires  dans  lesquelles  une  pro- 
portion notable  de  marne  et  de  débris  coquilliers  se  trouve  mélangée.  Le 
sable  est  uuisible  a  la  vigue  s'il  est  salé2.  Il  faut  donc  faire  ses  plantations 

'  J  -A.  Barrai  ;  Influence  de  l'humidité  souterraine  et  de  la  capillarité  du 
sol  sur  la  véadlation  des  Vignes  {Comptes  rendus,   12  février  1883). 

-  Le  sel  marin  (chlorure  de  sodium),  si  utile  à  petite  dose  comme  engrais  chi- 


136  LUTTE    CONTRE    LE    l'HYLLOXERA. 

clans  des  sables  suffisamment  siliceux  et  suffisamment  élevés  au-dessus  de 
la  mer  pour  qu'ils  soient  et  restent  dessalés. 

«  Sauf  dans  les  endroits  bas  et  salés,  dit  M.  Foëx,  la  vigne  parait  pro- 
spérer à  peu  près  dans  tous  les  sables  où  la  proportion  de  silice  dépasse 
CO  %.  Elle  réussit  dans  les  dunes  des  landes  de  Gascogne,  dans  celles  du 
cordon  littoral  qui  borde  le  golfe  de  Lion,  notamment  à  Aiguesmortes, 
dans  les  sables  marins  du  littoral  de  la  Tunisie  et  de  l'Algérie  ;  enfin  elle 
prospère  dans  Jes  sables  d'alluvion  de  la  vallée  du  Rbône  et  d'un  certain 
nombre  d'autres  cours  d'eau. 

»De  tous  les  sols  sableux  où  la  vigne  a  été  plantée  dans  les  environs 
d'Aiguesmortes,  ce  sont  ceux  anciennement  cultivés  en  garance,  c'est-à- 
dire  les  plus  ricbes  et  les  plus  anciennement  soumis  à  l'action  des  labours, 
qui  ont  donné  les  meilleurs  résultats.  On  y  obtient  jusqu'à  250  hectolitres 
de  vin  à  l'hectare. 

»On  doit  donc  labourer  profondément  le  sol  au  moyen  d'une  charrue  que 
l'on  fait  suivre  d'une  défonceuse. 

»L'Aramon,  le  Petit-Bouschet,  le  Cinsaut,  le  Chasselas  et  surtout  le 
Piquepoule  sont  les  plants  qui  réussissent  le  mieux  dans  les  sables,  à  con- 
dition qu'on  leur  fournisse  les  matières  fertilisantes  nécessaires.  L'emploi 
des  fumiers  de  ferme  parait  être  demeuré  sans  inconvénient,  jusqu'ici  ; 
mais  on  peut  se  demander  si,  en  modifiant  les  propriétés  physiques  du  sol, 
l'accumulation  prolongée  de  leurs  débris  ne  risque  pas  de  devenir  dange- 
reuse. Les  engrais  chimiques  et  les  tourteaux  sont  mieux  appropriés  à  ces 
conditions.  » 

Nous  venons  de  parler  des  avantages  du  sable  contre  le  Phylloxéra;  il 
a  aussi  ses  inconvénients,  il  est  facilement  déplacé  par  le  vent.  Certaines 
souches  sont  déchaussées,  d'autres  enterrées  par  de  véritables  petites  dunes 
qui  se  forment  au  milieu  des  vignes.  On  pare  à  cet  inconvénient  par  Ven- 
joncage. 

«  L'opération,  dit  M.  Foëx,  consiste  à  répandre  en  légère  couverture 
sur  le  sol  des  joncs  ou  autres  plantes  palustres,  que  l'on  enfonce  un  peu 

mique  dans  les  terres  qui  eu  sont  privées,  stérilise  le  sol  quand  il  est  en  excès. 
A  ce  point  de  vue  seul,  la  submersion  et  même  les  simples  irrigations  sont  très 
utiles,  mais  à  la  condition  d'êire  continuées,  car,  pendant  les  sécheresses,  l'eau 
salée  des  couches  profondes  remonte  par  capillarité  dans  les  couches  supérieures 
et  le  travail  de  dessalage  est  à  recommencer.  Dans  les  plantatiuns  du  littoral  du 
Gard  et  de  l'Hérault,  des  vignes  faites  ainsi  daus  des  sables  superficiellement  des- 
salés, mais  qui  n'étaient  ni  irrigables  ni  suffisamment  élevées  au-dessus  de  la 
mer,  ont  dû  être  abandonnées  à  cause  du  salant;  c'est  le  nom  donné  dans  le  midi 
de  la  France  au  phénomène  que  nous  venons  de  décrire. 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  137 

au  moyen  d'une  pelle  ou  d'un  appareil  portant  une  série  de  disques  tran- 
chants en  fer  (6g.  33).  La  faible  quantité  d'herbes  qui  se  développe  dans 
les  sables,  ne  rendant  pas  utiles  de  nombreux  binages,  permet  cette  opéra - 


Fig.  33. —  Appareil  de  M.  Vernette,  de  Béziers,  pour  exécuter  l'enjoncage. 


tion  de  Venjoncage,  qui  est  suffisante  pour  Qxer  le  sable  jusqu'aux  pluies 
d'automne.  Pour  enjoucer  un  hectare,  il  faut  environ  mille  gerbes  de 
joncs.  » 

F.  —  Emploi  des  cépages  Américains. 

La  question  si  vaste  et  si  complexe  des  vignes  américaines  (résistance, 
adaptation,  greffage,  etc.),  qui  a  donné  lieu  à  tant  de  controverses  et  a  fait 
uoircir  presque  autant  de  papier  que  celle  des  insecticides,  est  aujourd'hui 
non  pas  complètement  élucidée,  mais  entrée  dans  une  période  de  calme 
et  d'études  à  la  fois  théoriques  et  pratiques. 

Historique.  —  «  Les  vignes  américaines  *  ont  été  plus  anciennement 
connues  par  les  Européens  qu'on  ne  le  pense  généralement.  Elles  avaient 
déjà,  au  xc  siècle,  fixé  l'attention  des  hardis  navigateurs  qui  précédèrent 
Christophe  Colomhdansla  découverte  du  continent  américain. 

'  G.  Foëx  et  P.  Viala  :  Ampélogr.  Américaine.  Montpellier,  Goulet,  pag.  1. 


138  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

«Christian  Rufn,  archéologue  danois  quia  recueilli  un  grand  nombre  de 
documents  sur  les  voyages  que  Grent  les  Scandinaves,  du  xe  au  xive  siècle, 
sur  la  côte  orientale  de  l'Amérique,  raconte  que,  en  l'an  1000,  Leif,  fils 
d'Eric  le  rouge,  partit  du  Groenland  avec  35  hommes  pour  aller  explorer 
plus  complètement  les  terres  visitées  par  Biarne  en  986.  Ils  s'arrêtèrent 
dans  le  Massachussels,  et  un  Allemand  nommé  Tyrker  y  découvrit  des 
raisins  dont  ils  remplirent  leur  chaloupe.  Depuis  lors,  plusieurs  voyages 
furent  entrepris  pour  venir  en  chercher,  et  Leif  appela  le  pays  Vinland. 

«Adam  de  Brème  (xne  siècle)  affirme  également  que  la  vigne  croit  eu 
Amérique;  il  le  sait,  dit-il,  non  par  des  conjectures,  mais  par  le  récit  au- 
thentique des  Danois.  Il  cite  comme  autorité  le  roi  danois  Svein  Etridson, 
neveu  de  Canut  le  grand.  » 

Les  premiers  essais  de  culture  de  vignes  américaines  par  des  colons 
européens  furent  faits,  d'après  MM.  Bush  et  Meissner',  en  1564  dans  la 
Floride.  D'après  les  mêmes  auteurs,  «  les  colons  français  établis  dans 
rillinois,  près  de  Kaskakia,  firent  en  1769,  avec  des  raisins  de  vigne  sau- 
vage, cent  dix  barriques  de  vin  corsé;  mais  la  qualité,  jugée  mauvaise,  fit 
considérer  la  vigne  d'Europe  comme  la  seule  véritable  vigne  à  vin.  Une 
Cie  de  Londres  envoya  en  1630  des  vignerons  français  en  Virginie  pour  y 
planter  des  vignes  importées  à  cet  effet;  mais  les  échecs  éprouvés  alors  et 
ceux  qu'eurent  à  subir  depuis,  Willam  Pernn  en  1633,  les  colons  suisses 
du  Kentucky  en  1690,  et  à  la  fin  du  siècle  dernier  le  conventionnel  La- 
kanal  dans  le  Kentucky,  l'Ohio  et  l'Alabama,  firent  renoncer  les  colons 
européens  à  la  culture  de  la  vigne  d'Europe.  Au  dix-neuvième  siècle,  on 
cite  des  milliers  d'échecs,  et  pas  un  succès  durable  ;  et  Downing  était  par- 
faitement fondé  à  dire  (Horticulturist,  janvier  1851)  :  L'introduction  de 
vignes  étrangères  en  Amérique  pour  la  culture  en  grand  est  impossible; 
une  saison  ou  deux  de  promesses,  puis  un  échec  complet.  Il  faut  toujours 
excepter  la  Californie,  qui  est  aujourd'hui  l'État  le  plus  grand  producteur 
de  vin  des  Etats-Unis,  et  toutes  les  remarques  qui  viennent  d'être  faites  sur 
la  culture  de  la  vigne  se  rapportent  seulement  aux  Étals  situés  à  l'est  des 
Montagnes  Rocheuses2.  Tandis  que  ces  faits  ne  pouvaient  être  niés,  la  cause 

1  Bush  et  Meissner  ;  Les  Vignes  américaines,  Cataloouc  illustré  et  descriptif. 
Traduit  de  l'anglais  par  L.  Bazille,  revu  et  annoté  par  J.-É.  Planchon.  Montpellier, 
Goulet,  1876,  et  2"  édition,  1885. 

2  L'échec  constant  de  la  vigne  d'Europe  en  Amérique  est  un  des  meilleurs  argu- 
ments en  faveur  de  l'origine  américaine  du  Phylloxéra,  si  longtemps  combattue. 
Si  la  Californie,  depuis  le  xvie  siècle  (Vignoble  de  la  Mission),  pouvait  seule  cou- 
server  la  vigne  d'Europe,  c'est  que  les  Montagnes  Rocheuses  avaient  opposé  une 
barrière  infranchissable  au  Phylloxéra,  originaire  du  versant  de  l'Atlantique.  Au- 


LUTTE   CONTRE    LL'    PHYLLOXERA.  I  i{9 

en  restait  un  mystère  »,  mystère  que  la  découverte  du  Phylloxéra  est  venu 
expliquer.  Les  Américains  ont  donc  été  forcés  de  revenir  à  leurs  cépages 
indigènes. 

«  Ce  fut  le  Vitis  labmsca  (G.  Foëx  et  P.  Viala,  loc.  cit.) ,  qui  donnait  les 
fruits  les  plus  volumineux,  sur  lesquels  se  portèrent  les  premiers  efforts. 
Des  semeurs  habiles  et  persévérants  créèrent  un  grand  nombre  de  variétés  de 
cette  espèce.  On  essaya  bientôt  après  de  tirer  également  parti  du  V.  riparia 
et  du  V.  œslivalis,  et  dans  le  Sud  du  V.  rotundifolia.  Enfin  on  chercha  à 
obtenir  par  voie  d'hybridation,  entre  ces  diverses  espèces  ou  entre  l'une 
d'elles  et  des  vignes  d'Europe,  des  produits  intermédiaires  qui  jouent  un 
rôle  important  aujourd'hui  dans  la  viticulture  américaine.  C'est  M.  Long- 
wortb,  de  l'Ohio,  que  l'on  peut  considérer  comme  l'initiateur  dans  la  mise 
en  culture  des  espèces  sauvages  dont  il  s'est  occupé  dès  1823  environ.  Il  a 
été  suivi  depuis  par  des  viticulteurs  bien  connus  aux  Etats-Unis,  tels  que 
MM.  Underhill,  Roger,  Arno'.d,  Adlum,  Bull,  Rickett,  etc. 

»Les  divers  cépages  américains  sont  restés  longtemps  peu  connus  en 
Europe,  à  cause  de  leur  infériorité  comme  raisins  de  table  et  comme  pro- 
ducteurs de  vin.  A  peine  y  trouvait-on  quelques  types  tels  que  VYork- 
Madeira  et  Yhabelk  que  ses  qualités  ornementales  avaient  fait  adopter 
pour  couvrir  les  tonnelles  des  jardins.  Ce  n'est  qu'en  1861  que  M.  le  mar- 
quis de  Ridolfi  entreprit,  afin  d'échapper  aux  ravages  de  l'oïdium,  de  cul- 
tiver {'Isabelle  sur  une  assez  grande  échelle,  dans  ses  propriétés  près  de 
Florence.» 

D'après  M.  Planchon  (Revue  des  Deux- Mondes,  1877),  le  Catawba  et 
l'Isabelle  ont  été  introduits  vers  1825,  et  les  premiers  plants  racines  de  1858 
à  1862.  «  Par  une  singulière  coïncidence,  dit-il,  ces  introductions  se  sont 
faites  à  la  fois  sur  divers  points  de  l'Europe  (Bordeaux,  Roquemaure, 
Angleterre,  Irlande,  Alsace,  Allemagne,  Portugal)  » . 

M.  Laliman,  de  Bordeaux,  est  le  premier  qui  ait  remarqué  et  signalé  en 
1869  (Congrès  de  Beaune)  la  résistance  de  ces  plants  du  nouveau  Monde. 
M.  Riley  l'affirmait  de  son  côté  en  1870,  signalant  surtout  le  Summer 
grap  (raisin  d'été),  nom  vulgaire  donné  aux  Etats-Unis  au  Vitis  xstivalis. 

L'idée  première  de  la  greffe  revient  à  M.  Gaston  Bazille,  président  de 
la  Société  d'Agriculture  de  l'Hérault.  Dès  1869,  il  avait  inutilement  tenté 

jourd'hui,  l'obstacle  franchi  par  l'inseele  grâce  à  la  facilité  des  communications, 
la  vigne  d'Europe  succombe  en  Californie  aussi  bien  que  dans  les  autres  Etats. 
La  preuve  de  l'origine  américaine  du  Phylloxéra  n'est  plus  à  faire,  croyons-nous; 
c'est  pour  cela  que  nous  n'en  avons  rien  dit  dans  la  biologie  <!e  l'inseele  et  qu'ici 
nous  n'eu  parlons  qu'incidemment. 


140  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

de  greffer  nos  vignes  françaises  sur  une  plante  botaniquement  voisine,  la 
vigne  vierge.  En  1871 ,  ayant  reçu  quelques  sarments  américains  de  M.  La- 
liman,  il  réussissait  à  les  faire  prendre  sur  des  plants  français1,  et  l'année 
suivante  à  greffer  ceux-ci  sur  pied  américain.  A  la  même  époque,  MM.  Plan- 
cliou  et  LiclHenstein  entraient  de  leur  côté  avec  succès  dans  la  voie  des  essais. 

En  1872,  M.  Victor  Lefranc,  Ministre  de  l'Agriculture,  faisait  venir  par 
l'intermédiaire  de  M.  le  consul  de  France  à  New-York  une  certaine  quantité 
de  vignes  américaines  choisies  par  M.  Riley  et  qui  furent  distribuées  dans 
l'Hérault  par  les  soins  du  président  de  la  Société  d'Agriculture.  Enfin,  en 
1873,  la  résistance  de  ces  cépages  s'affirmant  de  plus  en  plus,  M.  Planchon 
était  envoyé  par  le  gouvernement  français  en  Amérique  pour  aller  les 
étudier  dans  leur  pays  d'origine. 

A  partir  du  retour  du  savant  professeur,  le  mouvement  s'accentuait  ra- 
pidement, à  Montpellier  surtout,  où  le  zèle  intelligent  de  beaucoup  de 
savants  et  de  praticiens  multipliait  les  expériences.  Deux  champs  d'essai 
importants,  les  collections  de  vignes  de  l'École  nationale  d'Agriculture  et 
de  la  Commission  départementale  contre  le  Phylloxéra,  présidée  par 
M.  Henri  Mares,  permettaient  d'observer  une  variété  infinie  de  cépages. 
La  collection  de  l'École  d'Agriculture, organisée  par  son  directeur  M.Foëx, 
renferme,  à  elle  seule,  environ  230  variétés  différentes  de  cépages  améri- 
cains. II  n'est  que  juste  d'associer  aux  noms  des  actifs  initiateurs  cités  plus 
haut  celui  du  Directeur  de  cette  École,  qui  par  ses  remarquables  travaux 
a  pris  rang  parmi  les  premiers  ampélographes  de  l'époque. 

De  leur  côté,  les  viticulteurs  et  les  savants  de  la  Gironde  entraient  dans 
le  mouvement.  L'exemple  de  M.  Laliman  était  suivi  par  un  grand  nombre 
de  propriétaires,  et  M.  Millardet,  professeur  de  botanique  à  la  Faculté  des 
Sciences,  entreprenait  ses  expériences  sur  l'hybridation  des  cépages  amé- 
ricains avec  les  vignes  d'Europe  - . 

Aujourd'hui,  après  bien  des  efforts,  bien  des  luttes,  bien  des  déboires 
aussi,  toutes  choses  inévitables  quand  on  se  lance  dans  une  culture  abso- 
lument nouvelle,  avec  des  plants  venus  de  latitudes  extrêmes,  les  par- 
tisans des  cépages  américains  triomphent  presque  partout  dans  les  pays 
fortement  ravagés. 


1  G.  Bazille  ;  Messager  agr.  du  Midi,  juillet  1871. 

2  Ces  expériences  tendent,  on  le  sait,  à  doter  le  pays  de  producteurs  directs 
résistant  au  Phylloxéra  permettant  de  supprimer  la  greffe,  pour  les  vins  communs 
tout  au  moins.  A  la  suite  de  M.  Millardet,  elles  ont  été  entreprises  un  peu  par- 
tout. Les  plants  déjà  bien  connus  de  l'Herbemont  d'Aurelle  de  Paladine  et  du 
Saint-Sauveur  Gaston  Bazille  sont  un  pas  en  avant  dans  cette  voie. 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  1  i  1 

Des  trois  grosses  questions,  la  résistance,  le  greffage  et  l'adaptation,  les 

deux  premières  sont  entièrement  résolues.  Quelques  vignes  de  plus  de 
vingt  ans,  greffées  ou  franches  de  pied,  des  milliers  d'hectares  ayant  dix 
ou  quinze  ans.  sont  là  pour  l'attester.  Le  nombre  total  d'hectare9  recon- 
stitués atteignait,  fin  1887  ',  le  chiffre  de  1G6,517.  La  vigne  américaine, 
malgré  ses  détracteurs,  «  a  prouvé  le  mouvement  en  marchant  ». 

Parmi  les  nombreuses  espèces  botaniques  américaines  appartenant  au 
genre  Vitis,  les  quatre  suivantes  ont  été  utilisées  en  Europe  sur  une  assez 
grande  échelle  :  Vitis  ./Estivalis,  V.  Riparia,  V.  Rupestris  et  V. 
Labrusca. 

Comme  cépages  les  plus  employés  ou  les  plus  connus  pouvant  être  rap- 
portés au  Vitis  iEsTiVALis,  on  peut  citer  les  suivants  :  Jacqn>ezyHerbemont, 
Black-July,  Cunningham  ;  au  Vitis  Riparia  :  Riparia  sauvage,  Solonis, 
Clinton,  Taylor,  Vialla  et  Franklin  ;  au  Vitis  Rupestris  :  les  divers  types 
de  Rupestris  sauvages;  au  Vitis  Labrusca  :  Cnncord,  York-Madeira  et 
Isabelle.  On  utilise  de  plus,  depuis  peu,  trois  types  sauvages  :  Vitis  Cor- 
difolia,  V.  Berlaxdieri  et  V.  Cinerea. 

S'il  y  a  des  points  noirs  à  l'horizon  des  amiricanistes,  c'est  du  côté  de 
Y  adaptation  au  sol.  La  récente  mission  en  Amérique,  confiée  par  le  gou- 
vernement français  à  M  .  P.  Viala,  professeur  de  viticulture  à  l'École  de 
Montpellier,  mission  à  la  fois  géologique  et  botanique,  contribuera,  pensons- 
nous,  à  résoudre  le  problème  ;  mais,  avant  d'aborder  ce  sujet,  disons  quel- 
ques mots  sur  la  résistance  et  ses  causes  connues. 

De  la  greffe,  nous  ne  dirons  rien,  renvoyant  sur  ce  vaste  sujet  aux  nom- 
breux livres  publiés  sur  la  matière.  Nous  ne  dirons  rien,  si  ce  n'est  que  de 
longue  date  la  greffe  était  pratiquée  en  France  par  tous  les  viticulteurs 
sérieux,  et  que  dans  le  pays  du  monde  où  se  remue  le  plus  d'idées,  il 
devait  rapidement  se  trouver  un  homme  d'initiative  pour  l'appliquer  aux 
vignes  américaines. 


La  résistance.  — A  considérer  la  question  dans  son  ensemble,  en  simple 
observateur  des  faits  biologiques,  nous  dirons  qu'il  y  avait  quatre-vingt- 
dix-neuf  chances  sur  cent  pour  que  les  racines  américaines,  résistantes  de 
tout  temps  dans  leur  pays  d'origine,  soient  également  résistantes  en  Europe. 
A-t-on  jamais  vu  une  espèce  animale  ou  végétale,  transportée  sous  uu  autre 
ciel,  succomber  aux  parasites  naturels  emportés  aven  elle,  parasites  aux- 
quels sa  constitution  était  adaptée?  Quaud  une  espèce  exotique  succombe 
chez  nous,  c'est  qu'elle  rencontre  des  conditions  de  climat  ou  de  sol  qui  ne 

1  La  situation  phylloxêrique  en  1887-88,  par  M.  Tisserand,  Directeur  général 
au  ministère  de  l'Agriculture. 


142  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

lui  conviennent  pas,  ou  bien  encore  qu'elle  trouve  des  parasites  nouveaux. 
Les  vignes  américaines  venant  de  latitudes  équivalentes  à  celles  d'Europe, 
placées  dans  des  sols  comparables  aux  nôtres,  résistant  chez  elles  au  Phyl- 
loxéra, n'ayant  pas  trouvé  de  parasistes  nouveaux  comparables  au  leur, 
avaient  toutes  les  chances  pour  prospérer  en  Europe. 

Quelles  sont  maintenant  les  causes  physiologiques  de  la  résistance  ?  C'est 
ce  que  va  nous  apprendre  l'auteur  auquel  nous  avons  déjà  fait  de  si  nom- 
breux emprunts.  «On  a  d'abord  pensé,  dit  M.  Foëx.  que  la  résistance  des 
vignes  américaines  était  due  à  leur  vigueur,  à  la  facilité  qu'elles  auraient 
de  refaire  leurs  racines  plus  promptement  que  l'insecte  ne  pouvait  se  mul- 
tiplier pour  les  détruire.  C'est  une  erreur;  une  preuve  décisive  à  cet  égard 
peut  être  déduite  de  l'examen  comparatif  de  certains  types  américains  et 
français.  Le  York-.)Iadeira,  par  exemple,  hybride  américain,  bien  que  d'une 
végétation  médiocre,  résiste  bien  au  Phylloxéra,  tandis  que  VAramon  du 
Languedoc,  dont  la  végétation  est  remarquablement  vigoureuse,  succombe 
à  ses  attaques.  Une  autre  hypothèse  a  été  formulée,  en  1876,  par  M.  Boutin. 
Ce  chimiste  pense  que  la  résistance  est  due  à  la  présence,  dans  la  racine  des 

^vignes  américaines,  de  substances  plastiques  auxquelles  il  donne  le  nom  de 
lalière  résinoïde,  matière  qui  s'opposerait  à  l'extravasion  de  la  sève  ré- 
iltant  de  la  piqûre  du  Phylloxéra.  Cette  théorie  repose  sur  une  conception 

[irifexacte  des  phénomènes  déterminés  par  l'attaque  de  l'insecte. 

«Il  n'y  a  pas  en  effet  de  perte  de  liquide,  sur  les  racines  françaises,  par  la 
petite  piqûre  qu'il  fait  avec  son  rostre.  Au  reste,  les  analyses  faites  à  l'Ecole 
d'Agriculture  de  Montpellier  n'ont  pas  confirmé  la  proportionnalité  des  ma- 
tières résinoides  avec  le  degré  de  résistance.  C'est  autre  part,  pensons-nous, 
qu'il  faut  en  chercher  la  raison  ! 

lésions  produites  par  le  Phylloxéra  acquièrent  une  importance  va- 
riable suivant  les  circonstances.  Lorsque  les  racines  jeunes  ne  renferment 
pas  encore  un  corps  ligneux  bien  organisé,  les  renflements  prennent  un 
volume  considérable,  et  en  définitive  s'altèrent  complètement,  ce  qui  déter- 
mine la  mort  de  la  racine  attaquée,  quel  que  soit  le  type  auquel  elle  appar- 
tienne. Lorsque  le  cylindre  central  et  les  faisceaux  libéro-ligueux  sont  con- 
stitués, le  renflement  prend  un  volume  plus  ou  moins  considérable  suivant 
l'épaisseur  des  tissus  cellulaires  de  l'écorce  et  suivant  leur  densité.  Une 
différence  très  sensible  se  montre  en  outre  dans  l'étendue  des  altérations 
suivant  qu'on  se  trouve  en  présence  d'une  racine  de  Vitisviniferao\i  bien 
de  certaines  espèces  américaines  telles  que  V.riparia>  V.  œstivalis,  V.  ru- 
pestris,  etc. 

»En  effet,  tandis  que  dans  le  premier  cas  les  altérations  intéressent  les 
diverses  natures  de  tissus  cellulaires  de  la  racine  (tissu  cellulaire  de  l'écorce , 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  I  î'! 

couche  génératrice,  rayon  médullaire),  dans  le  second  au  contraire  la  cou- 
che corticale  seule  est  atteinte. 

«Les  conséquences  de  la  pénétration  des  rayons  médullaires  chez  le  Vitis 


Fig.  34.  —  Coupe  de  racine  d'Aramon  (Vitis  vinifen)  non  résistante;  grosseur 
20/1  diamètre  (d'après  M    G.  Foëx). 

vinifera  sont,  au  bout  d'un  certain  nombre  d'attaques,  l'altération  consé- 
cutive des  faisceaux  fibro-vasculaires,  dont  les  éléments  anatomiqucs  se 
pénètrent  des  liquides  chargés  des  matériaux  en  décomposition  provenant 
des  tissus  cellulaires,  et  finalement  la  destruction  de  la  racine.  Chez  les 
espèces  américaines  résistantes,  tout  se  borne  à  une  altération  superficielle 
qui  se  termine  par  la  cicatrisation  des  tissus  et  la  formation  d'une  sorte 
d'eschare  qui  ne  tarde  pas  à  se  détacher.  La  majeure  partie  des  racines  en- 
core vivantes  et  susceptibles  d'émettre  facilement  des  radicelles  est  dé- 
truite dans  le  premier  cas  et  est  conservée  dans  le  second. 

«Les  divers  cépages  du  V.  labrusca  semblent,  en  général,  intermédiaires, 
au  point  de  vue  de  l'importance  des  lésions  et  de  la  conservation  des  racines, 
entre  les  deux  catégories  que  nous  venons  d'établir l. 

1  D'après  M.  Millardet  {Les  Vignes  américaines  résistant  au  Phylloxéra  ,  la 
propriété  de  résistance  est  à  son  maximum  (qui  peut  aller  jusqu'à  l'immunité 
phylloxérique)  dans  les  espèces  suivantes  :  Vitis  rotundifolia,  rubra,  cordifolia, 
rupestris,  riparia,  cinerea,  xstivalis.  Elle  est  plus  ou  moins  faible  chez  les  Vitis 
candicans,  californica,  labrusca.  Elle  est  nulle  dans  les  Vitis  vinifera  et  amu- 
rensis,  ainsi  que  chez  toutes  les  espèces  de  vignes  asiatiques  observées  jusqu'ici. 


144 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 


«Les  différences  qui  viennent  d'être  indiquées  trouvent  une  explication 
rationnelle  dans  une  différence  correspondante  que  l'on  observe  entre  la 
structure  des  tissus  des  racines  de  vigne  de  ces  diverses  origines.  En  effet, 
si  l'on  considère  des  racines  de  même  âge  et  de  développement  équivalent 


Fig.  35.  —  Coupe  de  racine  de  Jacquez  (Vitis  aestivalis)  résistante  ;  grosseur 
20/1  diamètre  (d'après  M.  G.  Foëx). 


chez  les  diverses  espèces,  on  constate  que  celles  des  vignes  américaines 
sont  dans  un  état  de  lignification  plus  parfait.  L'écorce  en  est  plus  mince 
et  plus  dense;  les  rayons  médullaires  en  sont  plus  étroits,  plus  nombreux, 
formés  de  cellules  plus  petites,  à  parois  plus  épaisses  et  d'un  diamètre  plus 
petit  que  chez  les  vignes  d'Europe  (fig.  34,  35  et  36). 

»La  constatation  de  ces  faits  présente  une  importance  considérable  au 
point  de  vue  des  garanties  que  peuvent  nous  offrir  pour  l'avenir  les  vignes 
américaines.» 

L'adaptation  au  sol. —  Nous  avons  dit  que,  dans  la  question  des  vignes 
américaines,  les  seuls  points  noirs  étaient  du  côté  de  l'adaptation  au  sol. 

En  effet,  nous  demandons  à  la  vigne  de  pousser  dans  des  terrains  qui 
lui  sont  contraires  autant  par  les  éléments  chimiques  qui  les  composent, 
que  par  leur  constitution  physique,  dans  des  sols  blancs,  qui  ne  peuvent 
s'échauffer,  et  il  y  a  eu,  cela  se  conçoit,  de  nombreux  échecs  dans  ces  ter- 


LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA.  1  i,") 

rains-là.  C'est  comme  si  nous  voulions  faire  pousser  dans  le  calcaire  des 
arbres  aimant  la  silice,  tels  que  les  châtaigniers  ou  le  chêne  liège. 

De  la  mission  qui  lui  a  été  confiée  en  Amérique,  M.  le  professeur  Viala 


Fig.  36.  —  Coupe  de  racine  de  Solonis  (Vitis  riparia)  résistante  ;  grosseur 
20/1  diamètre  (d'après  M.  G.  Foëx). 


a  rapporté  de  nombreux  échantillons  de  vignes  et  de  terrains  et  surtout 
une  foule  de  renseignements  précieux.  Il  a  vu  et  bien  vu.  Des  vignes  telles 
que  le  Vitis  Berlandieri,  le  V.  cinerea,  le  V.  cordifolia  ont  été  observées 
végétant  vigoureusement  dans  des  terres  aussi  marneuses,  aussi  crayeuses, 
aussi  blanches  que  celles  des  Charentes,  de  la  Champagne  et  de  certaines 
régions  du  midi  de  la  France.  Il  n'y  a  pas  de  raison  pour  croire  que  ce  qui 
réussit  en  Amérique  ne  réussira  pas  en  Europe.  Des  expériences  qui  se 
poursuivent  sortira  donc  fort  probablement  la  solution. 

En  ce  qui  concerne  l'adaptation  suivant  les  divers  terrains,  «on  peut,  dit 
M.  Foëx,  grouper  à  l'heure  qu'il  est,  comme  suit,  les  principales  indications 
recueillies  dans  la  région  méridionale: 

1°  Terres  profondes,  fertiles  et  fraîches  :  Riparia  sauvage,  Jacquez,  So- 
lonis, Vialla,  Taylor. 

2°  Terres  profondes,  un  peu  fortes,  non  humides:  Riparia  sauvage, 
Solonis,  Vialla,  Taylor,  Othello,  Jacquez. 

3°  Terres  profondes  de  moyenne  consistance,  fraîches  en  été  :  Riparia 
sauvage,  Jacquez,  Solonis,  Vialla,  Taylor,  Black-July,  Othello. 

4°  Terres  légères,  caillouteuses,  profondes,  bien  égouttées,  ne  se  dessé- 

10 


146  LUTTE  CONTRE  LE  PHYLLOXERA. 

chant  pas  trop  en  été:  Jacques,  Vialla,  Riparia  sauvage,  Taylor,  Ru- 
pestris . 

5*  Terres  calcaires  blanches,  crayeuses,  marneuses  ou  luffeuses  (tra- 
vertins): VitisBerlandieri,  V.  cincrea,  V.   cordifolia. 

6°  Terres  argileuses  grisâtres:  Jacquez. 

7°  Terres  argileuses  profondes  et  très  humides  :  Vitis  cinerea,  Solonis. 

8°  Terres  sableuses  profondes  suffisamment  fertiles:  Solonis.  Jacquez, 
Black-July,  Rupestris. 

9°  Terres  caillouteuses  sèches  et  arides,  à  sous-sol  fissuré,  dites  de  garri- 
gues: Rupestris,  Riparia  sauvage,  Gloire  de  Montpellier,  Grand  Glabre, etc. 

10°  Terres  profondes  avec  fond  de  tuf  (travertins)  et  terres  un  peu  salées  : 
Solonis. 

11°  Terres  colorées  en  rouge  par  le  fer  peroxyde,  à  cailloux  siliceux 
(diluvium  Alpin),  profondes  et  un  peu  fortes:  tous  les  cépages  indiqués 
ci-dessus.» 

«Les  plants  américains  qui  conviennent  le  mieux  à  la  région  de  l'olivier 
sont  les  suivants:  Riparia  sauvage,  Solonis,  Taylor,  Rupestris,  Jacquez, 
Cunningharn,  York-Madeira,  quelquefois  Herbemont  et  Vialla. 

Dans  le  Sud-Ouest,  les  types  préférés  sont  :  Vialla,  York-Madeira, 
Solonis,  Riparia  sauvage,  Rupestris,  Herbemont, Othello,  Canada  e[Noah. 

Dans  la  Savoie,  l'Isère,  le  Beaujolais  et  la  Bourgogne,  on  a  obtenu  de 
bons  résultats  avec  :  Vialla,  York-Madeira,  Riparia  sauvage,  Noah, 
Canada,  Othello,  Senasqua,  Eumelan  et  Cynthiana. 

Les  principaux  producteurs  directs  sont  :  parmi  les  Vitis  xslivalis,  le 
Jacquez,  le  Saint-Sauveur,  Y  Herbemont,  V  Herbemont  d'Aurelles,  le  Black- 
July,  YEumelan  et  le  Cynthiana;  et  parmi  les  Hybrides,  le  Canada,  le 
Brant,  le  Cornucopia,  YOthello  et  le  Black  défiance. 

Les  porte-greffes  les  plus  employés  sont  :  le  Riparia  sauvage,  le  Jac- 
quez, le  Vialla,  le  Taylor,  Y  York-Madeira  et  le  Rupestris.^ 

Tels  sont,  décrits  aussi  brièvement  que  possible,  les  divers  moyens  de 
lutte  employés  contre  lePhylloxera.  Mettant  de  suite  de  côté  la  submersion 
et  la  culture  dans  les  sables,  qui,  détruisant  la  cause,  coupent  court  à  l'effet, 
nous  résumerons  comme  suit  la  marche  à  suivre  en  cas  d'invasion  dans  les 
terres  qui  ne  sont  ni  sablonneuses  ni  submersibles,  c'est-à-dire  dans  le  plus 
grand  nombre  des  cas  : 

1°  Si  les  points  d'attaque  sont  peu  nombreux  dans  le  pays,  détruire  de 
suite  ces  points  d'attaque  par  les  traitements  d'extinction  au  sulfure  de 
carbone  ;  2°  une  fois  le  pays  notoirement  atteint,  mais  les  vignes  encore 
productives,  cesser  les  traitements  d'extinction  qui  tuent  la  vigne  et  appli- 


I-UTTIi   CONTRE   LE    PHYLLOXERA.  I  ',7 

quer  les  traitements  souterrains  au  sulfure  de  carbone,  auxquels,  en  cas 

d'isolement  suffisant  du  vignoble,  on  pourra  ajouter  les  badigeon  nages  Bal- 
biani;  3°  les  vignes  ne  donnant  plus  une  récolte  suffisante  pour  couvrir 
les  frais  des  traitements,  arracber  et  remplacer  de  suite  par  des  plants 
américains  appropriés  au  terrain. 

En  procédant  de  la  sorte,  bon  nombre  de  propriétaires  dans  l'Hérault, 
et  surtout  dans  l'Aude,  ont  pu  maintenir  leur  rendement  au  chiffre  d'hec- 
tolitres produits  avant  l'invasion  du   Phylloxéra. 


CHAPITRE  VI. 
BIBLIOGRAPHIE  DU  PHYLLOXERA 


Il  n'a  pas  été  publié  jusqu'à  présent  de  travail  bibliographique  complet 
sur  le  Phylloxéra.  L'œuvre  a  été  entreprise,  il  y  a  dix -sept  ans,  par 
MM.  Planchon  et  Lichtenstein.  Sous  le  titre  de  Faits  acquis  sur  le  Phyl- 
loxéra et  Revue  bibliographique  (35e  session  du  Congrès  scientifique  de 
France  tenu  à  Montpellier  en  1872),  ces  auteurs  ont  en  effet  publié  un 
premier  article  qui  devait  être  suivi  de  plusieurs  autres  ;  mais,  bien  qu'on 
ne  fût  à  cette  époque  qu'au  début  de  l'invasion,  ce  travail  approchait  de 
120  pages  et  n'a  pas  été  continué. 

Songer  à  reprendre  l'œuvre  aujourd'hui  serait  vouloir  entreprendre  un 
énorme  volume  d'une  utilité  contestable,  étant  donnée  Ja  grande  quantité  de 
productions  insensées,  tout  au  moins  sans  aucune  valeur,  parmi  lesquelles 
sont  noyées  les  bonnes. 

Il  est  suffisant,  croyons- nous,  de  signaler  en  quelques  pages  les  princi- 
pales Notes  ou  Travaux  publiés,  ceux  dans  lesquels  du  moins  ont  pu  être 
puisés  quelques  renseignements  utiles.  Pour  établir  ce  chapitre  bibliogra- 
phique, autant  que  possible  en  séparant  le  bon  grain  de  l'ivraie,  nous  avons 
puisé  à  cinq  sources  principales  :  1°  Comptes  rendus  Acad.  des  Se.  de  Paris; 
2° Faits  acquis  et  Revue  bibliographique  (1872),  par  J.-É.  Planchon  et 
J.  Lichtenstein;  3°  Littérature  générale  œnologique,  parE.  Wagenmann 
(Annal,  der  Œnologie.  Heidelberg,  1880)  ;4°  Monographie  du  Phylloxéra, 
par  E.  Delamotte  (Alger,  1885),  travail  dans  lequel  40  pages  environ 
sont  consacrées  à  la  bibliographie;  5°  Notes  bibliographiques  sur  le  Phyl- 
loxéra du  Cours  complet  de  Viticulture,  par  G.  Foëx  (1888). 

A  ce  dernier  travail,  outre  de  très  nombreux  documents  concernant  les 
vignes  américaines,  nous  empruntons  le  plan,  c'est-à-dire  la  division  en 
travaux  généraux  et  biologiques,  lutte  par  les  insecticides,  les  vignes 
américaines,  etc. 


BIBLIOGRAPHIE    DO    PHYLLOXERA.  I'i9 


Travaux  généraux  et  biologiques. 

Boyer  de  Fonscolombe  ;  Création  du  genre  Phylloxéra  et  description 
du  Phylloxéra  guercûs  (Ann.    Soc.  eut.  de  France,   1834),  tom.  III, 
pag.  222,  pi.  I,  6g.  4,  5  et  6,  et  même  recueil  (1841),  pag.  IDG.   —  Asa 
Fitch  ;  Description  du  Pemphigus  vUifolii  (Transactions  of  New- York 
Agricult.  Society,  1854,  pag.  862) .  —  Riley  ;  Le  Pemphigus  vUifolii 
(Prairie  Farmer,  3  novembre  et  8  décembre  18GG).  —  Dr  Shimer  ;  Sur 
un  nouveau  genre  d'Hémiptères,  le  Dactylosphxra  vUifolii  (Proceedings 
ot'tbe  Acad.  oi*  nat.  Se.  of  Philadelphia,  janvier  18G7).  —  Westwood  ; 
Notice  avec  pi.  sur  le  Peritymbiavitisina  (Asmolean  Society,  séance  du 
21  novembre  1867  et  Gardener  Ghronicle,  30  janvier  1869,  pag.  109).  — 
Delorme  ;  Lettre  au  président  du  Comice  agricole  d'Aix  sur  une  nou- 
velle maladie  de  la  vigne  (Revue  Agr.  et  Forestière  de  Provence,  5  mars 
1868).  Ce  document  a  été  reproduit  dans  Bull.  Soc.  d'Agr.  de  l'Hérault, 
1868,  et  Messager  Agr.  de  Montpellier,  5  août  1868.  —  Comte  de  Gas- 
parin;  La  nouvelle  maladie  delà  vigne  (Bulletin  hebdomadaire  de  l'Agri- 
culture, 23  mai  et  11  juillet  18G8,  et  Journal  de  l'Agr.,  5  et  20  août,  2 
octobre  et  20  novembre  1868).  —  J.-E.  Planghon,  G.  Bazille  et  F. 
Sahut;  Rapporta  la  Soc.  d'Agr.  de  l'Hérault  sur  la  nouvelle  maladie  de 
la  vigne.  (Messager  du  Midi,  22  juillet  1868,  et  Bull.  Suc.  d'Agr.  de  l'Hé- 
rault, 1868,  pag.  416).  C'est  là  que,  pour  la  première  fois,  le  Phylloxéra, 
reconnu  comme  un  Apbide,  mais  non  déterminé,  est  signalé  en  France 
comme  l'auteur  de   la  maladie  nouvelle.  —  Id.,  Sur  une  maladie  de  la 
vigne  actuellement  régnante  en  Provence  (Comptes  rendus  de  l' Acad.  des 
Sciences  de  Paris,  séance  du  3  août   1868,  pag.  333).    C'est  dans  cette 
Note  que  l'insecte  ravageur  est  décrit  par  M.   Plancbon  sous  le  nom  de 
Rhizaphis  vaslatrix. —  F.  Sahut;  Lettre  à  M.  Barrai  sur  la  nouvelle 
maladie  de  la  vigne,  23  juillet  1868.  Journal  de  l'Agriculture,  5  août  1868, 
et  Bull.  Soc.  d'Agr.  de  l'Hérault,  1868,  pag.  630). —  Signoret  ;  Le  Rhi- 
zaphis vaslatrix  Plancbon  doit  être  placé  dans  le  genre  Phylloxéra  Boyer 
de  Fonscolombe  (Bull.  Soc.  eut.  de  France,   12  août  et  23  septembre 
1868.  —  J.-É.  Planghon;  Nouvelles  observations  sur  le  Phylloxéra, 
découverte  de  la  forme  ailée  (Comptes  rendus  de  l'Académie  des  Sciences 
14   septembre    1868).   —  Id.,  Nouvelles   observations  sur    le   puceron 
de  la  vigne  [Phylloxéra  vaslatrix).  Montpellier,  P.  Grollier,   1868.  — 
Cb.  Riley  ;   Grape  vine  leafgall  (The  American  entomologist,  Saint- 
Louis  (Missouri),  vol.  I,  1868,  pag.  248).  — J.  Lichtenstein ;  Identité 


150  BIBLIOGRAPHIE    DU    PHYLLOXERA. 

spécifique  probable  du  Phylloxéra  vastatrix  Planchon  et  du  Pemphigus 
vitifolii  Fitch  (Journal  d'Insectologie  agricole,  1er  semestre  1869,  pag. 
65). —  L.  Laliman  ;  Nouvelle  phase  du  Phylloxéra,  découverte,  fin 
juillet  1869,  de  la  forme  vivant  dans  les  galles  des  feuilles  (Bull.  Soc. 
d'Agriculture  et  d'Horticulture  de  Vaucluse  ,  1869,  pag.  254).  —  L. 
Vialla  ;  Rapport  de  la  Commission  des  Agriculteurs  de  France  sur  la 
nouvelle  maladie  de  la  vigne  (Bull,  de  la  Soc.  des  Agr.  de  Fr.,  1869, 
pag.  293-349).  Ce  Rapport  a  été  reproduit  par  le  Messager  agricole  du 
Midi,  pag.  355.  le  Journal  d'Agr.  pratique  et  le  Journal  de  V Agricul- 
ture, 1869.  —  Signoret  ;  Le  Phylloxéra  vastatrix  (Ann.  Soc.  eut.  de 
France,  1869.  pag.  549-596).—  Oh.  Riley;  The  grape  leaf  gall  louse 
Phylloxéra  vitifolii  Fitch  (The  American  Entomologist  and  Botanist, 
vol.  II,  n°12,  déc.  1870,  pag.  354-359).— J.-É.  Planchon  et  J.  Lich- 
tenstein  ;  Première  invasion  du  Phylloxéra  dans  V  Hérault,  a  Lunel- 
Viel  (Messager  du  Midi,  7  jullet  18i70).  —  Id.,  Identité  des  Phylloxéras 
Gallicole  et  Radicicole  appuyée  sur  l'expérience  (Comptes  rendus  Acad. 
des  Se,  1er  août  1870,  pag.  298).  Dans  une  note  au  bas  de  la  page  il  est 
dit  par  les  auteurs  que  les  premiers  Gallicoles  ont  été  trouvés  par  eux  à 
Sorgues  (Vaucluse),  le  11  juillet  1869. —  Id.,  Des  modes  d'invasion  des 
vignobles  par  le  Phylloxéra  (Messager  agricole  de  Montpellier,  1870).  — 
Id.,  Le  Phylloxéra;  Instructions  pratiques.  Montpellier,  1870.  —  Id.,Lc 
Phylloxéra  de  la  vigne  en  Angleterre  et  en  Irlande.  Montpellier,  1871.  — 
Id.,  Découverte  en  Amérique  du  Phylloxéra  radicicole  par  M.  Riley  (Mes- 
sager agricole  de  Montpellier,  5  février  1871). —  Id.,  Le  Phylloxéra;  Faits 
acquis  et  Revue  bibliographique  (Congrès  scientifique  de  France,  session 
de  Montpellier,  1872).  —  L.  Faucon;  Passage  du  Phylloxéra  d'un  cep 
à  l'autre  au-dessus  du  sol  (Comptes  rendus,  1872,  pag.  639  et  683). — 
Id.,  Notes  sur  la  nouvelle  maladie  de  la  vigne,  par  L.  Faucon.  Mont- 
pellier, Gras,  1872.  —  C.  Saintpierre  ;  Recherches  du  Phylloxéra  sur 
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l'Acad.  des  Se,  1872,  pag.  1258). —  L.  Faucon  ;  Étude  sur  les  moyens 
de  guérir  le  Phylloxéra.  Avignon,  A.  Chaillot,  1872.  —  Max.  Cornu  et 
Mouillefert  ;  Expériences  faites  à  la  station  viticole  de  Cognac  pour 
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pag.  190,  710,  7GG,  825,  879,  930,  1009,  1015,  1088, 1168,  127G,  1330, 
1423,  1478  et  1534. —  J.-É.  Planchon;  Rapport  à  M.  le  Ministre  de 
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Paris,  1874). —  Balbiani  ;  Note  sur  les  Phylloxéras  ailés  et  les  pre- 
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1874,  pag.  56-2).  —  Signoret  ;  Points  acquis  à  la  science  concernant  le 
Phylloxéra.  L'auteur  veut,  malgré  l'usage,  revenir  au  nom  de  Phylloxéra 
vitifolii (Comptes  rendus,  1874,  pag.  778). —  Balbiani;  Génération  sexuée 
hypogée  du  Phylloxéra  vastatrix  (Oompt.  rendus,  1874,  pag.  991  et  1371). 
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1875). —  Balbiani  ;  Les  Phylloxéras  ailes  et  sexués.  Ponte  des  premiers 
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Sciences,  1875,  2e  semestre,  pag.  581).—  Max.  Cornu  et  Mouillefert: 
Le  Phylloxéra  (Mémoires  présentés  à  L'Académie  des  Sciences,  par 
divers  savants,  1876).  —  Henri  Mares;  Des  moyens  de  reconstituer 
les  vignes  détruites  par  le  Phylloxéra  et  sur  le  Phylloxéra  de  la  vigne. 
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des    Sciences,   1er  semestre,  pag.  155,984,  1043,  1143,  1316,  et  2e  se- 


152  BIBLIOGRAPHIE    DU    PHYLLOXERA. 

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Sur  les  réinvasions  estivales  du  Phylloxéra  (Comptes  rendus  Acad.  des  Se, 
1879,  1er  semestre,  pag.  1308).  —  Boiteau  ;  Ponte  accidentelle  des  Phyl- 
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des  Se,  1879,  2e  semestre,  pag.  291.—  P.  de  Laffite;  Les  réinvasions 
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M.  Graells  (la  Vigne  américaine,  avril  1880,  pag.  119).  —  De  Laffite  ; 
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154  BIBLIOGRAPHIE  DU  PHYLLOXERA. 

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(Revue  scientifique  du  10  avril  1881). — Le  Ministre  de  l'Agriculture 
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Phylloxéra,  1 9e  génération  (Comptes  rendus,  1886,  1er semestre,  pag.  195). 

—  De  Laffite  ;  Défense  de  la  vigne  par  la  destruction  de  l'œuf  d'hiver 
(Comptes  rendus.  1886, 1er  semestre,  pag.  347). — Dr  Lemoine  ;  Sur  l'appa- 
reil digestif  de  divers  Phylloxéras  (Comptes  rendus,  1886,  1er  semestre, 
pag.  220). —  Couanon  et  Salomon  ;  Désinfection  antiphylloxériquc  dt  s 
plants  de  vigne  (Comptes  rendus,  1887,  1er  semestre,  pag.  340).—  Donna- 
dieu;  De  la  ponte  du  Phylloxéra  du  chêne  pendant  V hiver[Comçtes  rendus, 
1887,  1er  semestre,  pag.  483).  —  Balbiani  ;  Réponse  à  la  note  précédente 
(Ibid.,  pag.  667).  —  Donnadieu;  Sur  quelques  points  controversés  de 
l'histoire  du  Phylloxéra  (Comptes  rendus,  1er  semestre,  pag.  836).  — 
De  Laffite;  Vœuf  d'hiver  du  Phylloxéra.  —  Id.,  Le  badigeonnage  des 
vignes  phylloxérées  (Comptes  rendus,  1887,  1er  semestre,  pag.  104  i  et 
1153).  —  Donnadieu;  Sur  les  deux  espèces  ou  formes  du  Phylloxéra  de 


156  BIBLIOGRAPHIE    DU    PHYLLOXERA. 

la  vigne  (Comptes  rendus,  1887,  1er  semestre,  pag.  1246). —  De  Laffite  ; 
Réponse  à  la  note  précédente  (Comptes  rendus,  pag.  1419).  —  Boiteau; 
Sur  les  générations  parlhénogènésiques  du  Phylloxéra,  observation  de  la 
25°  génération  (Comptes  rendus,  1887,  2e  semestre,  pag.  157).  — 
Couanon,  Henneguy  et  Salomon  ;  Nouvelles  expériences  de  désinfeetion 
antiphylloxérique  des  boutures  de  vigne  (Comptes  rendus,  1887,  2e  semes- 
tre, pag.  1029).  —  Donnadieu  ;  Les  véritables  origines  de  la  question 
phylloxèrique.  Paris,  Baillière  et  fils,  1887.  —  De  Laffite  ;  Les  badi- 
geonnages  contre  l'œuf  d'hiver  (Comité  d'étude  et  de  vigilance,  Rapporta 
M.  le  Ministre.  Agen,  Lenthéric,  1887).  —  Krassilseschik  ;  Le  Phyl- 
loxéra en  Russie  (Extrait  du  Compte  rendu  de  la  Commission  du  Phyl- 
loxéra d'Odessa,  édition  française.  Marseille,  J.  Cayer,  1888,  et  Journal 
la  Vigne  française,  31  octobre  1888). 

Sulfure  de  Carbone. 

Baron  P.  Thénard  ;  Essai  de  traitement  de  la  vigne  par  le  sulfure  de 
carbone  (Bull.  soc.  des  Agr.  de  Fr.,  1870,  pag.  391).  —  Dumas  ;  Les  ex- 
périences au  sulfure  de  carbone  de  M.  Monestier  (Comptes  rendus  de 
l'Acad.  des  Se,  1873,  %  semestre,  pag.  251).  —  Id.,  Sur  les  moyens  de 
combattre  le  Phylloxéra  (Comptes  rendus.  1874,  pag.  1609).  —  Gh.  Mo- 
nestier; Sur  l'emploi  du  sulfure  de  carbone  mélangé  au  goudron  et  aux 
alcalis  (Comptes  rendus,  1874,  pag.  1828).  —  D.  Crolas  et  A.  Audoy- 
naud;  Phénomènes  accompagnant  V introduction  et  la  diffusion  des  va- 
peurs de  sulfate  de  carbone  dans  le  sol.  Montpellier,  Boehm  et  fils,  1876. 

—  Crolas  et  Fallières  ;  Des  moyens  pratiques  et  sûrs  de  combattre  le 
Phylloxéra,  chap.  IV:  Sulfure  de  carbone.  Paris,  Masson,  1878. —  Com- 
pagnie des  Chemins  de  fer  P.-L.M.;  Instructions  pour  le  traitement 
des  vignes  par  le  sulfure  de  carbone.  Paris,  Paul  Dupont,  1878.  —  Commis- 
sion départ,  de  la  Charente-Inférieure  pour  l  étude  du  Pliijllo- 
xera  [Comptes  rendus,  1878). — L.  Jaussan;  De  l'emploi  rationnel  du  sul- 
fure de  carbone.  Béziers,  Granieret  Malinas,  1878. — N. .., Traitement  des 
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—  Manoel  Paulino  d'OnvEiRA  ;  Le  Phylloxéra  et  le  sulfure  de  carbone  en 
Portugal.  Paris,  Masson,  1879.  —  Rohart  ;  Action  sur  la  vigne  du  dé- 
gagement lent  du  sulfure  de  carbone  (Comptes  rendus,  2e  semestre  1879, 
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et  le  sulfure  de  carbone.  —  Alph.  Rommier  ;  Limite  de  la  résistance 
de  la  vigne  aux  traitements  sulfocarboniques.  Paris,  1879.  — ■  Aimé 
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sulfure  de  carbone  et  les  paysans  ;   lettre  de  la  Vigne  américaine  au 


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Paris,  Masson,  1879.  — Marion ;  Application  du  sulfure  de  carbone 
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tenus en  187 8.  Paris,  P.  Dupont,  1879.  —  Paul  Oliver  ;  Le  sulfure  de 
carbone.  Perpignan,  Latrobe,  1880.  —  Gatta;  Action  de  l'eau  dans  les 
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1880,  2e  semestre,  pag.  900).  —  Dr  Crolas;  Rapport  a  M.  le  Ministre  de 
l'Agriculture  sur  les  traitements  au  sulfure  de  carbone  appliqués  en  1881 
au  champ  d'expérience  de  Saint-Germain  au  Mont-d'Or  (Lyon,  Gazette 
agricole  et  viticole,  1881).  —  Marion  ;  Application  du  sulfure  de  carbone 
au  traitement  des  vignes phylloxérées  Marseille,  1882. —  P.  de  Laffite  ; 
Essai  sur  une  bonne  conduite  des  traitements  au  sulfure  de  carbone  (Con- 
férence au  Congrès  phyllox.de Bordeaux).  Bordeaux,  Feret  et  fils,  1882.— 
Dr  Crolas  et  Vermorel  ;  Manuel  pratique  des.  sulfurages.  Paris,  Maison 
rustique,  1884.  — G.  Gastixe  ;  Emploi  du  sulfure  de  carbone  contre  le 
Phylloxéra.  Paris,  Masson,  188 i .  —  G.  Gastine  et  G.  Couanox;  Em- 
ploi du  sulfure  de  carbone  contre  le  Phylloxéra.  Bordeaux,  Feret  et  Gis. 
1884 .  —  Changel  et  Parmextier  ;  Solubilité  du  sulfure  de  carbone  dans 

Peau  (Comptes  rendus  Acad.  des  Se,  1884,  2esemestre,  pag.  892). 

Dr  Crolas  et  Vermorel  ;  Guide  du  vigneron  pour  P emploi  du  sulfure 
de  carbone  contre  le  Phylloxéra.  Paris,  Maison  rustique,  1884. — 
Dr  Crolas  et  M.-P.Vixgey  ;  Rapport  à  M.  le  Ministre  de  l'Agriculture 
sur  leslravaux  du  Comité  et  des  Syndicats .  Lyon,  Waltemer  et  Cic,  1885. 
—  Jaussan  ;  Après  sept  ans  de  lutte,  observations  sur  les  effets  du  sul- 
fure de  carbone.  Béziers,  P.  Rivière,  1885.  —  Dr  Crolas  et  F.  Jobart; 
Traitement  des  vignes  phylloxérées  à  Paide  des  vapeurs  du  sulfure  de 
carbone  introduites  et  diffusées  dans  le  sol  au  moyen  de  l'aspiration.  — 
Etienne  Bastide;  Le  Phylloxéra  et  le  sulfure  de  carbone.  —  Vernière  ; 
Le  sulfure  de  carbone,  remède  curatif  et  préventif  contre  le  Phylloxéra. 
Montpellier,  Coulet,  1874.  —  J.Pastre;  Les  accidents  attribués  au 
sulfure  de  carbone.  Béziers. 

Traitements  d'extinction  par  le  sulfure  de  Carbone. 

E.  Risler  ;  Rapport  sur  l'arrachage  et  le  traitement  des  vignes  phyl- 
loxérées de  Pregny.  Genève,  J.  Benoît,  1875.  —  Dr  Fatio  et  Demole- 
Ador  ;  Le  Phylloxéra  dans  le  canton  de  Genève  de  mai  à  août  1875. Genève, 
Ramboz  et  Scliuchardt,  1875.  —  D.  Monnier  et  E.  Covelle;  Le  Phyl- 
loxéra dans  le  canton  de  Genève  en  1877.  Genève,  H.  Georg,  1878.  — 
D.  Monnier  ;  Rapport  sur  le  traitement  des  vignes  phylloxérées  en  Suisse 


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Rapports  au  département  de  l'intérieur.  Genève,  Cb.  Schuchardt,  1880 
et  1881.  —  Mintsterio  di  Agricultura,  Industria  e  Commercio 
d'Italia  ;  Inslruzioni  per  i  delegati  incaricati  délia  ricerca  e  délia  dic- 
truzione  délia  fillossera.  Roma,  1881. —  Commission  fédérale  suisse; 
Circulaire  du  7  juillet  1881  (Comptes  rendus  des  Travaux  du  service  du 
Phylloxéra,  188-2).  —  Le  Département  fédéral  du  Commerce  et  de 
l'Agriculture;  Rapport  sur  le  Phylloxéra  en  Suisse,  en  1881.  Berne  et 
Neufchâtel,  1882.  —  E.  Covelle  ;  Le  Phylloxéra  dans  le  canton  de  Ge- 
nève en  1882  et  en  1883.  Genève,  Ch.  Pfeffer,  1883.  —  V.  Mayet;  Le 
Phylloxéra  en  Suisse  (Comptes  rendus  Acad.  des  Se,  1882,  2e  semestre, 
pag.  969).  —  L'Algérie  agricole,  n05  des  15  juillet,  15  septembre, 
1er  octobre,  15  octobre,  1er  décembre  1885.  Alger.  —  E.  Petit;  La  lutte 
contre  le  Phylloxéra  en  France,  en  Suisse  et  en  Algérie.  Oran.  Chazeau- 
Moucbot,  1886. 

Sulfocarbonate  de  Potassium. 

Dumas;  Sur  les  moyens  de  combattre  le  Phylloxéra  (sulfocarbonates 
alcalins)  (Comptes  rendus  Acad.  des  8c,  1874,  pag.  1609).  —  Vouille- 
fert  ;  Expériences  sur  remploi  des  sulfocarbonates  alcalins  (Comptes 
rendus,  1874,  T  semestre,  pag.  645  et  1184).  —  Aubergier;  Les  sul- 
focarbonates en  Auvergne  (Comptes  rendus  del'Acad.  des  Se,  1875, 
pag.  785) .  — Dumas  ;  Observations  concernant  la  Note  précédente  (Comptes 
rendus,  pag.  788).  —  Duclaux  ;  Les  sulfocarbonates  en  Beaujolais 
(Comptes  rendus,  1875,  pag.  829).  — Mouillefert  ;  Le  Phylloxéra, 
moyens  proposés  pour  le  combattre,  ebap.  XII  et  suivants.  Masson,  1875. 
—  Id  . ,  Le  Phylloxéra,  Comité  de  Cognac,  résumé  des  résultats  obtenus  de 
1874  à  1877  avec  les  sulfocarbonates  alcalins.  Paris,  Maison  rustique, 
1877.  —  Id.,  Conservation  des  vignes  françaises,  application  des  sulfo- 
carbonates à  la  guérison  des  vignes.  Paris,  librairie  Agricole,  1878.  — 
Dumas;  Études  sur  le  Phylloxéra  et  les  sulfocarbonates,  Paris,  1876. — 
Marion  ;  Les  expériences  de  la  Cie  P.-L.-M.  pour  combattre  le  Phylloxéra 
par  le  sulfure  de  carbone  et  les  sulfocarbonates  (Comptes  rendus  Acad. 
des  Se,  1876,  2esemestre,  pag.  1087).  — De  la  Vergne ;  Résultats 
obtenus  par  le  sulfocarbonate  de  potassium  (Comptes  rendus  Acad.  des 
Se,  1er  septembre  1878,  pag.  1531).  —  Crolas  et  Fallières  ;  Des 
moyens  pratiques  et  sûrs  de  combattre  le  Phylloxéra  par  le  sulfocarbo- 
nate. Paris,  Masson,  1878.  —  P.  Mouillefert;  Traitement  des  vignes 


BIBLIOGRAPHIE    DU    PHYLLOXERA.  I  .V.) 

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1879.  —  Id.,  Application  du  sulfocarbonate  de  potassium  aux  vignes 
phylloxérées.  Paris,  1880.—  Mouillefert  et  F.  Hembert  ;  Emploi  du 

sulfocarbonate  de  potassium  contre  le  Phylloxéra  (Bull.  Soc.  des  Agri- 
culteurs de  France,  1er  mars  1880).  —  E.  Morlot  ;  Des  sulfures  etsulfo- 
carbonates  divers  de  )L  Dumas.  Bpioal,  Fricotel,  1880.  —  II.  Mares  ; 
Traitement  des  vignes  phylloxérées  par  le  sulfocarbonate  (Comptes 
rendus,  1er  semestre  1880,  pag.  28  et  74).  —  lu.,  Résultats  obtenus  par 
le  sulfocarbonate  de  potassium.  Ibid.,  pag.  1530.  — Id.,  Rapports  du 
Président  de  la  Commission  départementale  de  THérault  (Compte  rendu 
des  Travaux  du  service  du  Phylloxéra,  années  1881,  1882,  1883  et  1884). 

Submersion  et  Arrosages  d'été. 

L.  Faucon;  Nouvelle  maladie  de  la  vigne  (Messager  agricole  du  Midi, 
nos  des  5  août,  5  septembre,  5  octobre,  20  octobre,  5  décembre  18G9  et 
5  janvier  1870).  L'auteur  insiste  sur  les  bons  effets  des  submersions  des 
vignes,  et  distingue  entre  les  irrigations  impuissantes  et  les  submersions 
efficaces. —  Id.,  Nouvelle  maladie  de  la  vigne  (Journal  d'Agriculture 
pratique,  14  avril  et  28  juillet  1870) .  —  Id.  ,  Note  sur  la  maladie  de  la 
vigne  dite  Phylloxéra  (Messager  agricole  du  Midi,  10  août  1871.  —  Id., 
Lettre  à  M.  le  Ministre  de  l'Agriculture  sur  la  submersion  des  vignes 
(Journal  d'Agriculture  pratique,  12  octobre  1871).  —  Id.,  Submersion  des 
vignes  comme  moyen  de  destruction  du  Phylloxéra  (Comptes  rendus  Acad. 
des  Se,  1871,  pag.  784).  —  Id  ,  De  la  submersion.  Montpellier,  Coulet, 
1874. —  Crolas  et  Fallières;  Des  moyens  pratiques  et  sûrs  de  com- 
battre le  Phylloxéra  (Submersion).  Paris,  Masson,  1878.  —  L.  Faixon  ; 
Nouvelles  et  importantes  observations  sur  la  submeision  des  vignes.  Avi- 
gnon, Lagrange,  1879.  —  J.-A  Barral  ;  Les  irrigations  dans  le  dépar- 
tement des  Bouches- du-Rhône. —  Id.,  Les  irrigations  dans  le  département 
de  Vaucluse.  Paris,  Impr.  nat,,  1876.  —  V.  Mayet  ;  Expériences  sur 
l'efficacité  de  la  submersion  (Journ.  de  l'Agr.,  7  août  1879).  —  F.  Con- 
vert;  La  reconstitution  des  vignobles,  les  submeî'sions  et  les  plantations 
dans  les  sables  (Extrait  du  Journal  d'Agriculture  pratique).  Paris,  libr. 
agr.  de  la  Maison  rustique,  1882. —  T.  Amrroy  ;  La  submersion  des 
vignes.  Montpellier,  Coulet,  1883.  —  J.-A.  Barral;  La  lutte  contre  le 
Phylloxéra.  Marpon  et  Flammarion,  1883.  —  Monclar  ;  L'eau  et  la 
vigne  (Journal  d'Agriculture  pratique,  avril  1882).  —  J.  Mais  nu:  :  /.<> 
vigne  et  la  sécheresse,  l'irrigation  des  vignes  (Journal  de  l'Agriculture, 
1883  et  1884).  —  II.  Mares;  Rapport  de  M.  le  Président  de  la  Commis- 


100  BIBLIOGRAPHIE    DU    PHYLLOXERA. 

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des  Travaux  du  service  du  Phylloxéra.  Paris,  imprimerie  nationale).  — 
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F.  Convert,  L.  Degrully,  F.  Bernard,  P.  Viala  ;  Congrès  vilicole 
de  Montpellier  1884.  Montpellier,  Coulet.  —  G.  Foex  ;  3Ianuel  pratique 
de  Viticulture.  Montpellier,  Coulet,  1884.—  Vannuccio  Vannuccini  ; 
L'irrigation  comme  moyen  de  combattre  le  Phylloxéra  (Messager  agricole, 
H)  juillet  et  10  août  1885). —  B.  Chauzit  et  Trouchaud-Verdier  ;  La 
submersion  des  vignes  (Progrès  agricole  et  viticole,  juillet  et  août  18871. 

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1888. 

Plantations  dans  les  Sables. 

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ques. Montpellier,  Coulet,  1874. —  Lichtenstein  ;  Emploi  du  sable  dans 
les  vignes  phylloxérées  (Comptes  rendus,  1874,  pag.  1041). —  Marion  ; 
Action  insecticide  des  sables  (Application  du  sulfure  de  carbone  au  traite- 
ment des  vignes  phylloxérces,  1878).  —  Boyer  ;  Végétation  de  la  vigne 
dans  les  sols  sableux  du  département  du  Gard  (Communicatio:i  faite  au 
Congrès  phylloxèrique  de  Nimes,  24  septembre  1879).  Nimes,  Clavel- 
Ballivet,  1880.  —  Vannuccio  Vannuccini  ;  Étude  des  terres  où  la  vigne 
indigène  résiste  au  Phylloxéra  (Messager  agricole,  10  septembre  1881). — 
J.-A.  Barral:  Influence  de  Y  humidité  souterraine  et  de  la  capillarité  du 
sol  sur  la  végétation  des  vignes  (Comptes  rendns  Acad.  des  Se,  12  février 
1883).  —  Saint- André  ;  Recherches  sur  les  causes  de  la  résistance  des 
vignes  au  Phylloxéra  dans  les  sols  sableux.  Montpellier,  Grollier,  1881. 

—  Id.,  La  viticulture  dans  les  landes  de  Gascogne  (Extrait  du  Journal 
d'Agriculture,  mars  1882).  Paris,  Masson,  1882.  —  Le  Dr  G.  Horvath; 
Rapport  annuel  de  la  Station  phylloxérique  Hongroise.  Budapesth,  1882. 

—  F.  Convert  ;  Les  submersions  et  les  plantations  dans  les  sables 
(Journal  d'Agriculture  pratique,  1882). —  J.-A,  Barral;  La  lutte  contre 
le  Phylloxéra.  Paris,  Marpoa  et  Flammarion,  1883.  —  A.  Audoynaud; 
Sur  la  résistance  des  vignes  dans  les  terres  sableuses  (Annales  agrono- 
miques. Paris,  1883). —  G.  Foex  ;  Manuel  pratique  de  Viticulture.  Mont- 
pellier, G. Coulet,  1887.  —  Id.,  Cours  completde  Viticulture.  Montpellier, 
Coulet,  1888. 


niDLIOGRAPUIE  DU  PHYLLOXERA.  101 


Emploi  des  Vignes  américaines. 

Lalimax  ;  Lettre  sur  l'immunité  de  certains  cépages  américains  déri- 
vant du  Vitis  œstivalis  (Messager  du  Midi,  13  novembre  1809,  27  juin  1870, 
et  Bulletin  Soc.  d'Agriculture  de  l'Hérault,  séance  du  17  avril  1871).  — 
G.  Bazille  ;  Des  plantes  sur  lesquelles  on  pourrait  greffer  la  vigne 
(Bull.  soc.  d'Agr.  de  l'Hérault,  séance  du  2  août  1809). —  Io.,  Immunité 
des  vignes  dérivant  du  type  /Eslivalis  (Messager  agric.  du  Midi,  10  juillet 
1870). —  Riley  ;  Observations  sur  V indemnité  de  certains  cépages  amé- 
ricains (Tbe  auierican  Entomologist  and  Botanist,  vol.  II,  décembre  1870, 
pag.  354,  et  traduction  partielle  par  J.  Lichtenstein  dans  le  Messager  agri- 
cole du  Midi,  tom.  XII,  pag.  84).  —  Pasteur  ;  Notes  sur  les  vins  des 
vignes  américaines  (Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  Se,  1874).  —  J.-É. 
Planchox  ;  Immunité  durant  depuis  dix  ans  des  vignes  aviéricaincs  de 
Roquemaure  [Gard)  (Comptes  rendus  Acad.  des  Se,  1874,  pag.  1093). — 
lu.,  Les  vignes  américaines,  leur  culture,  etc  Montpellier,  Coulet.  1875. 
— L.  Vialla  et  J.-É.  Planchox;  Les  cépages  américains  dans  VHérault 
en  1875-1870. Rapport  à  la  Soc.d*Agr.  de  l'Hérault,  années  1875-lfcTO. — 
A.   Millardet  ;  Eludes  sur    les  vignes  américaines   qui  résistent  au 
Phylloxéra  (Mémoires  présentés  par  divers  savants  à  l'Acad.  des  Sciences). 
Paris,  imprimerie  nationale,  1876. — G.  Foex  ;  Notes  relatives  aux  c//els 
produits  par  le  Phylloxéra  sur  les  racines  de  divers  cépages  américains 
et  indigènes  (Comptes  rendus  Acad.  des  Se  ,  18  décembre  1876  et  15  jan- 
vier 1877).  —  L.  Causse  ;  Rapport  à  la  Société  d'Agr.  du  Gard  sur  les 
vignes  américaines,  séance  du26  novembre  1876.Nimes,CJavel-Ballivet. 
— J.-E.  Planchon,  V.Pulliat  et  J.-E.Rorin;  Les  vignes  américaines 
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11 


162  BIBLIOGRAPHIE    DU    PHYLLOXERA. 

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l'École  d'Agriculture  de  Montpellier,  en  séance  extraordinaire  de  la  Société 
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et  Cie. —  Id.,  Résistance  des  Vignes  américaines,  communication  faite  àla 
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Montpellier  sur  les  expériences  de  viticulture.  Montpellier,  Coulet,  1879. 
—  J.-É.  Planchon  ;  Le  Vitis  Rerlandieri ,  nouvelle  espèce  de  vigne  amé- 
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Domizio  Cavazza  ;  La  quistione  del  Giorno.  Bologna,  1880. —  State 
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Zaragoza,  imprentadel  Hospicio  provincial. — G.  Foex  ;  Exposé  sommaire 
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rendu  des  Travaux  du  service  du  Phylloxéra,  1881).  Paris,  imprimerie 
nationale.  —  Société  centrale  d'Agriculture  de  l'Hérault  ;  Réu- 
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publicas,  commercio  et  ixdustria;  Relatorio  do  inspetor  général  dos 
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Réunions  publiques  organisées,  etc.,  les  5,  6  et  7  mars  1883  à  l'École 
d'Agriculture  de  Montpellier.  Montpellier,  Grollier.  —  G.  Foex;  Rap- 
port sur  les  expériences  de  viticulture  faites  à  l'École  nationale  d'Agri- 
culture de  Montpellier  en  1883  (Compte  rendu  des  Travaux  du  service  du 
Phylloxéra.  —  J.-B.  Feyeux  et  C.-J.  Sylvestre  ;  Compte  rendu  des 
réunions  organisées  par  la  Soc.  de  viticult.  de  Lyon  les  G,  7  et  8  avril 
1884  à  Villefranche-sur-Saône  (Bibliothèque  du   Progrès  agr.  et  vit.  de 
Montpellier).  —  F.  Coxvert,  L.  Degrully,  F.  Bernard  et  P.  Viala; 
Compte  rendu  des  réunions  organisées  par  la  Société  d'Agriculture  de 
l'Hérault  à  l'École  d'Agriculture  de  Montpellier  les  10,  11  et  12  mars  1884 
(Bibl.  du  Progrès  agr.  et  vitic  de  Montpellier). — Ad.  Targioni-Tozzeti; 
Relazione  intorno  di  lavori  délia  R.  Slazione  di  Entomologia  agraria  di 
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grully et  P.  Vialla;  Les  vignes  américaines  à  l'École  nationale  d'A- 
griculture de  Montpellier.  Montpellier,  Coulet,    1884.  —  Mme  la  du- 
chesse de  Fitz-James  ;  Grande  culture  de  la  vigne  américaine.  Mont- 
pellier, Coulet,  1884).  -  G.  Foex;  Rapport  sur  les  expériences  de  viticul- 
ture faites  à  V École  d" Agriculture  de  Montpellier  en  1884  (Comptes  rendus 
des  Travaux  du  service  du  Phylloxéra). Paris,  imprimerie  nationale,  1885. 

—  Id.,  Manuel  pratique  de  Viticulture.  Montpellier,  Coulet,  1884. —  G. 
Foex  et  P.  Viala  ;  Ampélographie  américaine.  Montpellier  (Bibliothèque 
du  Progrès  agric.  et  vitic,  1885). —  Bush  et  Fils  et  Meissner  ;  Catalogue 
illustré  et  descriptif  des  vignes  américaines,  traduit  par  MM.  L.  Bazille 
et  J.-É.  Planchon.  Montpellier,  Coulet,  1885.  —  P.Sahdt;  Les  vignes 
américaines,  leur  greffage  et  leur  taille.  Montpellier,  Coulet,  1885.  — 
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centrale  d'Agriculture  de  l'Hérault  à  l'École  d'Agriculture  de  Montpellier, 
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Compte  rendu.  Feret  et  fils,  1886. —  Mme  la  Duchesse  de  Fitz-James;  La 
vigne  américaine  en  1885  (Messager  agricole  du  Midi,  1886,  pag.  93).  — 
Id.,  Lettre  sur  les  vignes  américaines  en  terrains  compacts  (Messager 
agricole,  1886,  pag.  472).  —  Id..  Nombreux  articles  dans  le  Messager 
agricole  du  Midi  de  1887  et  1888. —  G.  Foex  ;  Les  vignes  américaines  et 
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—  P.  Viala  ;  Mission  viticole  en  Amérique.  Rapport  à  M.  le  Ministre 
d'Agriculture.  Montpellier,  Coulet,  1888. —  G.  Foex  ;  Manuel  pratique 
de  Viticulture,  4e  édit.  Montpellier.  Coulet,  1887.—  Id.,  Cours  complet 
de  Viticulture,  2e  édit.  Montpellier,  Coulet,  1888. —  Dr  Despetis;  Traité 
pratique  de  la  culture  des  Vignes  américaines,  2e  édit.  Montpellier, 
Coulet,  1889.— Mme  la  Duchesse  de  Fitz-James;  La  Viticulture  Franco- 
Américaine.  Montpellier,  Coulet,  1889. —  P.  Viala;  Une  Mission  vili- 
cole en  Amérique.  Montpellier,  Coulet  ;  Paris,  Masson,  1889. 


CHAPITRE  VIL 
LE  PUCERON  VRAI  DE  LA  VIGNE 

(Âphis  vitis  Scopoli.) 


Bien  que  l'importance  de  cet  insecte  soit  nulle  dans  les  cultures  d'Eu- 
rope, où  il  ne  se  rencontre  qu'accidentellement  et  fait  à  peine  recoquiller 
quelques  feuilles,  nous  devons  en  parler  comme  d'une  espèce  exclusivement 
ampélophage. 

Elle  a  été  signalée  dès  le  siècle  dernier.  Scopoli,  l'auteur  de  ÏEntomo- 
logia  Carniolica,  parue  en  1763,  l'a  décrite  le  premier  et  l'a  citée  comme 
attaquant  les  vignes  en  Autriche. 

Depuis,  plusieurs  naturalistes  l'ont  mentionnée  :  Fabricius,  en  1775,  en 
parle  en  ces  termes  :  habitat  in  vine  vinifera;  Gmelin,  naturaliste  russe 
qui  a  publié  en  1788  la  treizième  et  dernière  édition  du  Systema  na tune  de 
Linné,  la  cite  également,  et  cet  auteur  passe  même,  à  tort,  pour  le  créateur 
de  l'espèce. 

Depuis  cette  époque,  on  semblait  ne  plus  avoir  retrouvé  l'insecte.  Dunal 
ne  le  cite  que  d'après  Gmelin,  Vallot  d'après  Scopoli,  ainsi  que  Kaltenbacb, 
qui  l'a  vainement  cherché  dans  la  vallée  du  Rbin.  Dans  sa  Flora  degli  afiili, 
le  professeur  Passerini  (de  Païenne)  dit  de  son  côté  ne  l'avoir  jamais  vu. 

En  1882,  Licbtenstein  l'a  rencontré,  par  hasard,  aux  environs  de  Mont- 
pellier, au  domaine  de  Viviers  cbez  M.  Pagezy,  et  il  vint  nous  le  montrer 
comme  une  rare  et  intéressante  trouvaille. Une  Note  fut  envoyée  à  l'Aca- 
démie des  Sciences  (1882,  pag.  1500) .  Avec  les  quelques  lignes  de  descrip- 
tion reproduites,  d'après  Scopoli,  par  Vallot  (Les  ennemis  de  La  vigne, 
pag.  311),  ce  sont  les  seuls  travaux  français  où  il  soit  fait  mention  de  cet 
insecte.  Il  parait  rare  en  deuors  de  la  région  oh  il  a  été  découvert  (les 
environs  de  Trieste);  il  se  trouve  cependant  çà  et  là  et  jusqu'en  Amérique. 
Asa  Fitcb  le  mentionne  en  effet  dans  une  de  ses  Notes  sur  les  Insectes  de 
la  vigneaux  Étals-Unis,  publiées  de  1854 à  \8ô9(Annual  Report  ofagri- 
cultural  Societxj  of  New-York,  1859),  et  dont  un  extrait  a  été  donné  par 


166  LE   PUCERON    VRAI    DE    LA   VIGNE. 

M.  le  DrSignoret  [Ann.  Soc.  entomol.  de  France,  1869,  pag.  555).  Serait- 
ce  encore  une  espèce  américaine  introduite  en  Europe  ?  Licbtenstein  le 
pensait,  l'ayant  trouvée  sur  le  Jacquez.  L'introduction  daterait  alors  du 
siècle  dernier  ! 

DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 

N'ayant  à  ma  disposition  ni  YEntomologia  Comiolica  ni  la  Note  d'Asa 
Fitch,  n'ayant  fait  que  voir  l'insecte  en  1882,  je  ne  puis  qu'en  donner  une 
brève  description  d'après  Licbtenstein  et  Vallot. 

L'Aphis  vitis  est  un  puceron  vr^i,  c'est-à-dire  un  Aphide  ayant  les  ailes 
inclinées  en  forme  de  toit  et  portant  en  dessus,  à  l'extrémité  de  l'abdomen, 
deux  cornicules  ou  petits  tubes  servant  d'écoulement  à  un  liquide  sucré 
sécrété  par  deux  glandes  appelées  nectaires.  La  couleur  du  corps  est  vert 
foncé;  les  yeux,  la  queue  et  les  cornicules  sont  noirs,  celles-ci  presque  aussi 
longues  que  la  queue.  La  forme  larvaire  est  ovale,  légèrement  velue,  et  a 
également  les  yeux  bruns. 

D'après  Scopoli,  ce  puceron  se  tient  sous  les  feuilles  de  la  vigne  dans 
l'Europe  méridionale.  Licbtenstein  l'a  trouvé  à  plusieurs  reprises,  sur  les 
vrilles  d'abord,  puis  sous  les  feuilles  d'un  Jacquez,  ensuite  sur  l'Aramon  ;  sa 
présence  lui  a  toujours  été  révélée  par  les  allées  et  venues  de  nombreuses 
fourmis. Ces  Hyménoptères,  on  le  sait,  sont  très  friands  du  liquide  sécrété 
par  les  nectaires  des  pucerons. 

FAMILLE  DES  CICADELLIDES. 

Ces  insectes,  appelés  en  français  Cicadelles  ou  petites  cigales,  sont  des 
Hémiptères  Homoptères  ressemblant  beaucoup  aux  Cigales  par  la  forme, 
les  ailes  en  toit,  les  tarses  à  trois  articles,  etc.,  mais  plus  petits,  ne  pro- 
duisant pas  de  bruit  et  n'ayant  pas  les  élytres  transparentes.  Celles-ci  ont 
généralement  les  mêmes  teintes  que  le  corps,  qui  est  vert,  jaune,  rouge, 
parfois  aussi  gris  et  môme  noir  suivant  les  espèces.  Les  pieds  postérieurs 
sont  organisés  pour  le  saut,  et  l'insecte  est  difficile  à  saisir  autrement  que 
par  un  procédé  bien  connu  des  entomologistes,  le  procédé  du  doigt  mouillé. 
Le  vol  est  prompt,  rapide,  et  généralement  succède  au  saut.  Les  antennes, 
de  trois  articles,  sont  terminées  par  une  soie  très  fine;  le  bec  naît  tout  à  fait 
à  la  partie  inférieure  de  la  tête. 

L'état  larvaire  ressemble  à  la  forme  parfaite;  ce  n'est  guère  que  par  l'ab- 
sence d'ailes  qu'il  s'en  distingue,  et  c'est  là  encore  un  caractère  qui  sépare 
ces  insectes  des  Cigales  vraies,  aux  larves  souterraines  si  différentes  de 
l'insecte  ailé. 


LES  CICADELLES  DE  LA  VIGNE.  107 


LES  CICADELLES  DE  LA  VIGNE 


Plusieurs  Cicadelles  paraissent  causer  des  dommages  sensibles  à  la  vigne, 
non  pas  en  France  où  le  cas  est  l'exception,  mais  à  l'étranger.  Riley  men- 
tionne comme  telles  aux  États-Unis  plusieurs  espèces,  et  surtout  ÏEry- 
throneura  vitis,  qui,  se  multipliant  en  masse  certaines  années,  arrive  à  faire 
dessécher  un  grand  nombre  de  feuilles  et  à  nuire  beaucoup  à  la  plante. 
Les  dégâts  en  France  ne  sont  jamais  considérables;  mais  il  n'en  n'est  pas 
de  même,  paraît-il,  en  Algérie  et  surtout  en  Tunisie.  On  a  signalé  dans 
l'ancien  Monde  un  certain  nombre  de  Cicadelles  comme  ampélophages  ; 
il  y  a  eu  sans  doute  des  confusions,  car  le  nombre  de  celles  qui  se  trou- 
vent sûrement  sur  la  vigne  se  réduit  à  trois  : 

Typfilocyba  flavescens  Fabricius  ; 

—        viticola  Targioni  ; 
Penthimia  atra  Fabricius. 

A  part  ces  trois  espèces,  on  a  cité  souvent  comme  ampélophages  deux 
Cicadelles  qui  ne  se  rencontrent  pas  sur  la  vigne,  à  notre  connaissance:  le 
Typhlocyba  [Chlorita)  viridula  Fallermann  et  le  Typhlocyba  [Kybos] 
smaragdula  Fallermann  ou  Typhlocyba  viridipes  Curtis.  Le  T.  viridula 
vit  sur  les  graminées  de  nos  prairies  et  le  T.  smaragdula  sur  le  saule. 

Il  faut  être  spécialiste  pour  ne  pas  confondre  entre  elles  ces  petites  Cica- 
delles vertes,  identiques  au  premier  abord.  Toutes  celles  qui  nous  sont 
venues  de  divers  côtés  ont  été  soumises  à  M.  Puton ,  toutes,  sauf  le  Typhlo- 
cyba viticola  de  M.  Targioni,  que  nous  n'avons  pas  vu.  Mais  en  disant  que 
l'auteur  italien  est,  lui  aussi,  une  autorité  en  Hémiptères,  nous  validons  par 
le  fait  cette  espèce. 

I. —  Typhlocyba  flavescens  Fabricius. 

Synonymie. —  Chlorita  flavescens  Fabricius  (Catal.  Puton)  ;  Chlorita 
vitis  Gothe,  1875. 

Cette  petite  Cicadellc  verte  fait  partie,  d'après  M.  Targioni,  de  la  tribu  des 
Typhlocy bides,  du  genre  Typhlocyba,  et,  dans  ce  genre,  de  la  coupe  ou  série 
des  Ncurososli,  c'est-à-dire  des  Typhlocyba  ayant  une  nervure  courant 


168  LES  CICADELLES  DE  LA  VIGNE. 

parallèlement  au  bord  extérieur  des  élytres,  nervures  sur  laquelle  se  ren- 
contrent les  nervures  longitudinales,  formant  ainsi  des  cellules  apicales 
fermées. 

D'après  M.  Puton,  dont  nous  avons  jusqu'à  présent  suivi  la  nomencla- 
ture, cette  coupe  correspond  au  genre  Chlorita  de  Fieber  et  notre  insecte 
devrait  être  appelé  Chlorita  flavescens;  mais  le  nom  de  Typhlocy ba,  adopté 
par  M.  Targioni,  est  celui  sous  lequel  les  petites  Cicadelles  vertes  de  la 
vigne  ont  été  jusqu'à  présent  désignées  en  viticulture.  Avec  M.  Targioni, 
nous  faisons  donc  sur  ce  point  infidélité  au  Catalogue  Puton,  et  nous  nom- 
mons notre  Cicadelle  Typhlocyba  flavescens. 

A  part  les  caractères  génériques  susnommés,  on  reconnaîtra  le  T.  fla- 
vescens aux  caractères  suivants  :  Corps  très  allongé,  2mm,50  à  3mm,50  de 
long  sur  0""",75  environ  de  large,  d'un  vert  clair  ou  jaunâtre  luisant,  les 
yeux  noirs,  les  élytres  parfois  striées  de  bandes  claires,  les  pattes  de  même 
couleur,  parfois  d'un  vert  bleuâtre  avec  les  ongles  noirs. 

L'insecte  parfait,  autrement  dit  ailé,  ne  paraît  guère  que  fin  juin.  Jusque- 
là,  on  ne  trouve  sur  les  vignes  que  des  individus  Aptères  (larves)  et  d'autres 
ayant  des  moignons  d'ailes  (nymphes). 

Cette  espèce  est  abondante  dans  toule  l'Europe  tempérée  et  sur  la  côte 
barbaresque,  sur  le  poirier,  le  tilleul  et  la  vigne.  M.  le  Dr  Populus  (Gâtai. 
des  Hémiptères  de  l'Yonne)  la  dit  commune  sur  la  pomme  de  terre  et 
le  sapin,  M.  Von  Heyden  sur  le  pin;  elle  est  donc  très  répandue.  Lichtenstein 
et  Signoret,  maintes  fois  consultés  à  son  sujet  par  les  viticulteurs,  l'avaient 
à  tort  rapportée  au  Typhlocyba  viridipcs  de  Curtis 1 ,  le  Kybos  smaragdulus 
du  Catalogue  Puton,  insecte  de  taille  double  et  vivant  spécialement  sur  le 
saule.  De  là  l'erreur  commise  par  la  plupart  de  ceux  qui  en  ont  parlé, 
entre  autres  M.  Gastine,  délégué  officiel  pour  l'étude  du  Phylloxéra  en 
Tunisie.  Il  le  nomme  ainsi  dans  son  dernier  Rapport  (Bulletin  du  Minis- 
tère de  V Agriculture,  1887),  et  parle  de  ravages  sérieux  exercés  par  cet 
insecte  dans  diverses  localités  de  la  Régence,  entre  autres  à  PEnfida.  Étant 
personnellement  en  relations  avec  le  directeur  du  célèbre  domaine,  M.  Man- 
jiavaccbi,  nous  n'avons  pas  eu  de  peine  à  nous  procurer  le  ravageur,  qui 
nous  a  été  obligeamment  envoyé  courrier  par  courrier.  Les  Cicadelles  de 
l'Enfida,  comme  celles  que  nous  avons  reçues  de  Sélif  et  de  Blidah,  comme 
celles  de  Montpellier,  soumises  à  M.  Puton,  se  sont  trouvées  être  des 
Typhlocyba  flavescens  ;  les  individus  provenant  de  Barbarie  semblent  être 
toutefois  un  peu  plus  petits. 

En  Tunisie,  d'après  le  Rapport  de  M.  Gastine,  «certaines  souches  ont 

1  Bush  et  Meissner;  Calai,  illustré  et  descr.  des  Vignes  améric,  pag.  51, 


LES    CICADELLES    DE    LA    VIGNE.  161) 

un  aspect  très  fâcheux  :  les  feuilles  piquées  au  revers  par  ce  petit  insecte 
subissent  des  déformations  considérables,  elles  sont  boursoullées,  roulées, 
sans  perdre  cependant  leur  couleur  verte,  et  ces  altérations  occasionnent  un 
véritable  état  de  souffrance  pour  la  plante,  dont  le  développement  s'arrête». 
Le  Directeur  de  l'Enfida  nous  a  confirmé  ces  détails,  et  des  renseignements 
analogues  nous  sont  venus  de  M.  Chapelle,  stagiaire  agricole  àSchuiggui, 
propriété  de  M.  Leroy-Beaulieu,  dans  la  vallée  de  Medjerdab.  En  France, 
et  on  peut  dire  en  Europe,  les  dégâts  sont  insignifiants. 

Comme  moyen  de  destruction  contre  les  Cicadcllcs,  beaucoup  plus  dan- 
gereuses en  Amérique  que  chez  nous,  M.  Riley  parle  du  pulvérisateur  avec 
des  dissolutions  de  tabac  ou  de  savon  noir. 
Nous  considérons  ces  moyens  comme  imprati- 
cables en  grande  culture.  Nous  serions  plutôt 
d'avis  d'employer  l'entonnoir  à  Attises  terminé 
par  un  sac  (fig.  37),  en  faisant,  comme  pour  ces 
petits  Coléoptères  sauteurs,  dont  nous  parlerons 
avec  détails,  l'opération  le  matin,  avant  que 

l'ennemi  ait  été  réchauffé  par  le  soleil.  Fl9-  37.—  Entonnoir  a 

r  Attises. 

Après  avoir  fait  pénétrer  le  pied  de  la  souche 

dans  l'échancrure  de  l'entonnoir,  on  frappe  les  bras  de  la  vigne  avec  un 

bâton,  et  les  insectes  tombent  dans  le  sac  qui  termine  l'entonnoir. 

II.  —  Typhlocyba  viticola  Targioni. 

Comme  nous  l'avons  dit,  nous  n'avons  pas  vu  cette  Cicadelle  et  nous  ne 
ferons  que  reproduire  la  description  de  M.  Targioni' . 

«  Cette  espèce  appartient  aux  Typhlocyba  du  groupe  des  Tetrancuri, 
c'est-à-dire  des  espèces  qui  ont  quatre  nervures  terminales  aux  élytres, 
les  nervures  longitudinales  libres,  unies  entre  elles  par  des  nervures 
transversales.  La  cellule  apicale  est  triangulaire,  une  fois  et  demie  plus 
longue  que  large.  Les  nervures  terminales  sont  parallèles.  La  troisième 
cellule  terminale,  à  peine  plus  large  que  la  seconde  à  sa  base,  et  là  encore 
plus  étroite  que  la  quatrième, qui,  par  suite  de  la  convergence  de  la  troisième 
nervure  avec  Je  bord  interne-postérieur,  est  resserrée  vers  le  sommet.  Le 
corps  est  entièrement  d'un  jaune  verdâtre  clair,  ainsi  que  les  membres. 

«Autant  qu'on  puisse  comparer  cette  espèce,  à  cause  de  sa  couleur,  au 
Typhlocyba  rosse  ou  aux  T.Coryli  et  T.  candidu la, qui  lui  sont  plus  voisins, 

1  Targioni-Tozzetti  ;  Relazione  delta  Stazionc  di  Entom.  agraria  di  Firenze, 
pag.  402  (Annali  di  Agricottvra,  1888). 


170  LES    C1CADELLES    DE    LA    VIGNE. 

elle  en  diffère  pat'  la  forme  de  la  première  cellule  des  él  ytres,  qui  n'est  pas 
plus  grande  que  la  deuxième  et  la  quatrième.  Elle  diffère  également  des  T. 
Hyperici  H.  S.  et  T.  blandula  Rossi  par  la  troisième  cellule,  qui  n'est  pas 
plus  étroite  d'un  tiers  ou  de  la  moitié  que  la  quatrième,  mais  qui  en  diffère 
à  peine. 

»La  nymphe,  moins  jaune,  d'un  vert  plus  tranché  que  l'insecte  parfait,  a 
les  spinules  sétiformes  des  jambes  postérieures  à  peine  indiquées.  L'abdo- 
men est  en  triangle  allongé,  nettement  segmenté,  et  chacun  de  ses  segments 
porte  deux  longues  soies  spiniformes  inclinées  vers  l'arrière. 

«Cette  forme  a  été  trouvée  assez  fréquemment  dans  les  vignes  de  l'île  de 
Pianosa  et  par  nous-même  près  de  Porto  San  Stefano,  au  mois  de  juillet. 
On  n'a  pas  signalé  de  dommages  occasionnés  par  elle.» 

III.  —  Penthimia  atra  Fabricius. 

Synonymie.  —  Cercopis  nigra  Goéze  1778;  C.  sethiops  Schrank  1781  ; 
Cercopis atra  Fabricius;  C.  sanguinicollis  (var.)  Fabricius,  1794;  Cicada 
hœmorrhoa  Panzer;  C.  Thoracica  Panzer,  1794;  Cercopis  castanea 
Gmelin;  C.  biguttata  Gmelin,  1788;  Penthimia  atra  German,  1830; 
Penthimia  atra  Audouin,  1842. 

Cette  Cicadelle,  signalée  depuis  le  siècle  dernier  sur  la  vigne,  a  été,  comm e 
l'indique  la  longueur  de  sa  synonymie,  étudiée  par  beaucoup  d'auteurs. 
La  disposition  des  couleurs  varie  et  môme  la  teinte  générale  du  corps,  qui 
d'babitude  est  noire,  et  c'est  ce  qui  fait  que  le  môme  auteur  a  décrit  comme 
espèces  distinctes  de  simples  variétés  ;  Audouin,  qui  ne  connaissait  pas 
d'autre  cicadelle  sur  la  vigne,  en  a  donné  une  bonne 
description  ainsi  qu'une  bonne  figure. 

Le  genre  Penthimia  ne  comprend  en  Europe  que 
cette  seule  espèce.  Comparée  aux  deux  cicadelles  pré- 
cédentes, elle  s'en  distingue  par  sa  forme  courte  et 
élargie;  ce  qui  la  fait  placer  de  suite  dans  une  autre 
tribu  que  les  T>,pblocybides,  celle  des  Tettigonides 
(fig.38). 

Le  corps,  long  d'environ  de  cinq  millim.  et  large 

Fig.  38.  —  Penlhi-     de  trois,  est  en  général  d'un  noir  brillant  ;  la  tête  noire, 
mia  atra.  .  .  ...  . 

large,  avec  un  chaperon  saillant,  est  fortement  recour- 
bée latéralement  en  arrière,  ce  qui  lui  donne  la  forme  d'un  croissant;  les 
antennes  sont  insérées  dans  une  fossette  sous  le  bord  proéminent  du  cha- 
peron. Le  prothorax  rouge,  avec  le  bord  antérieur  noir,  est  souvent  traversé 
longitudinalemeut  par  uue  large  bande  uoire  qui  s'élargit  parfois  à  tel 


LES    CICADELLES    DE    LA    VIGNE.  171 

point  que  tout  le  prothorax  est  noir.  Les  élytres,  plus  larges  à  l'extrémité 
qu'à  la  base,  sont  tantôt  noires,  tantôt  rouges,  tantôt  jaspées  de  rouge  et 
de  noir.  Le  dessous  du  corps  est  d'ordinaire  entièrement  noir,  parfois 
cependant  l'abdomen  est  rouge.  Les  pattes  sont  longues,  surtout  les  posté- 
rieures, servant  au  saut  ;  les  tibias  postérieurs,  très  arqués,  offrent  une 
double  rangée  d'épines  aiguës. 

La  forme  larvaire, plus  aplatie  que  l'insecte  parfait,  est  généralement  de 
couleur  rousse. 

Audouin  a  observé  cet  insecte  dans  les  vignes  du  Maçonnais;  nous 
l'avons  trouvé  à  Lyon,  à  Valence,  et  nous  l'avons  reçu  de  Toulouse  et 
d'Avignon.  Nous  ne  l'avons  rencontré  qu'une  fois  sur  la  vigne  dans  l'Hé- 
rault, à  Valflaunès  (canton  de  Claret)  ;  mais  çà  et  là  nous  l'avons  vu  sur 
le  chêne.  Il  est  généralement  plus  commun  dans  le  Nord  que  dans  le  Midi. 
Nulle  part  nous  ne  l'avons  vu  exercer  des  dégâts  sérieux.  Il  est  polypbage 
et  vit  souvent  dans  une  région  sur  divers  buissons,  tels  que  les  jeunes  taillis 
de  chêne,  sans  attaquer  la  vigne.  S'il  se  multipliait  outre  mesure,  on  pourrait 
le  chasser  le  matin  comme  les  autres  espèces  au  moyen  de  l'entonnoir  a 
altise  et  avec  un  succès  plus  certain,  l'insecte  étant  plus  gros,  plus  lourd, 
partant  moins  agile. 

FAMILLE  DES  FULGORIDES. 

Hysteropterum  grylloides  Fabricius. 

Synonymie:  Hysteropterum  flavescens  Olivier. 

La  famille  des  Fulgorides,  dont  les  Hysteropterum  font  parlie,  renferme 
les  insectes,  aux  formes  bizarres,  bien  connus  sous  le  nom  de  Fulgores 
porte-lanternes,  porte-chandelles,  etc.,  espèces  presque  toutes  exotiques. 
Les  Fulgorides,  intermédiaires  entre  les  Cicadelles  et  les  Cigales,  ayant, 
comme  ces  deux  groupes,  les  tarses  à  trois  articles,  peuvent  se  distinguer 
de  suite  par  la  tête  souvent  pourvue  de  grands  appendices,  en  tout  cas 
garnie  de  crêtes  saillantes;  l'abdomen  est  parfois  couvert  d'une  poussière 
cireuse  analogue  à  la  sécrétion  dont  nous  avons  parlé  à  propos  des  Coche- 
nilles et  des  Pucerons.  Nous  n'avons  guère  en  Europe  que  les  représen- 
tants dégradés  de  ce  groupe. 

Le  genre  Hysteropterum,  le  seul  dont  nous  ayons  à  parler,  est  un  des 
plus  nombreux  dans  la  zone  tempérée;  il  se  compose  d'une  trentaine  d'es- 
pèces environ.  Ce  sont  des  insectes  assez  petits,  sautant  comme  les  Cica- 
delles et  souvent  confondus  avec  ce'les-ci. 

L'espèce  qui  nous  occupe  doit  être  citée  parmi  les  ampélopbages,  non 


172  LES  CICADELLES  DE  LA  VIGNE. 

pas  à  cause  des  dommages  qu'elle  occasionne,  dommages  insignifiants, 
mais  à  cause  de  tout  le  bruit  qui  a  été  fait  sur  son  compte  ces  années 
dernières. 

MM.  Blanchard,  membre  de  l'Institut,  professeur  au  Muséum  et  à  l'In- 
stitut agronomique  ;  Ferez,  professeur  à  la  Faculté  des  Sciences  de  Bor- 
deaux, et  Lichtenstein,  ont  été  en  effet  consultés  à  plusieurs  reprises,  ainsi 
que  nous-mème,  concernant  des  petites  coques  à  aspect  terreux  remplies 
d'œufs,  ayant  de  3  à  5  millim.  de  long  sur  2  à  3  de  large,  et  qui  se  trouvent 
fréquemment  en  hiver  sur  le  tronc  et  les  bras  de  la  vigne,  ainsi  que  sur  les 
troncs  d'arbres  voisins. 

Divers  viticulteurs  avaient  cru  trouver  là  un  nouvel  ennemi  de  la  vigne, 
d'autres  y  avaient  vu  des  œufs  d'hiver  du  Phylloxéra,  d'autres  enfin  en 
avaient  vu  sortir  des  Phylloxéras  ailés. 

D'après  les  diverses  Notes  publiées  à  ce  sujet  [Comptes  rendus  de  l'In- 
stitut, Messager  agricole  de  Montpellier,  etc.),  ces  petites  coques  terreuses 
seraient  construites  par  l'espèce  qui  nous  occupe. 

«  Elles  contiennent  chacune,  dit  Lichtenstein  »,  huit  à  dix  petites  loges 
rangées  symétriquement  sur  deux  lignes  parallèles,  dans  lesquelles  sont  en- 
châssés de  petits  œufs  d'un  rose  pâle  placés  bouts  à  bouts  sur  deux  rangs. 

«Ces  œufs  ont  0mm,60  de  long  sur  0mm,20  de  large.  Après  avoir  passé 
l'hiver  sans  changement,  ces  œufs  éclosent  fin  mars  et  donnent  naissance 
à  de  petites  larves  de  Cicadelles  d'un  gris  jaunâtre  avec  les  yeux  rouges. 

»Cet  insecte  pique  les  feuilles  de  la  vigne  et  d'une  foule  d'autres  arbres, 
mais  sans  faire  beaucoup  de  mal.  En  tout  cas,  il  n'y  a  pas  le  moindre  rap- 
port entre  cet  insecte  même  jeune  et  le  Phylloxéra.  Ces  coques  ont 
existé  de  tout  temps  et  sont  très  communes  sur  tous  les  arbres. 

»Ce  qui  peut  avoir  fait  croire  encore  à  ceux  qui  ne  sont  pas  entomolo- 
gistes que  le  Phylloxéra  naissait  de  ces  œufs,  et  même  tout  ailé,  c'est  que, 
malgré  leur  petitesse,  ces  œufs  ne  sont  pas  à  l'abri  des  parasites.  En  effet, 
dans  ces  coques  deOmm,60  vit  et  se  développe  un  minuscule  Hyménoptère 
qui  est  peut-être  le  pygmée  de  tout  l'ordre. 

»I1  est  noir,  à  pieds  jaunes  en  partie,  et  ne  mesure  guère  que  0mm, 44  à  55; 
il  est  donc  plus  petit  de  beaucoup  que  le  Phylloxéra  ailé.» 

Lichtenstein  range  à  tort  l'insecte  dans  les  Cicadelles,  et  lui  donne  à  tort 
aussi  le  nom  cVHysteroptcrum  apterum.  M.  Blanchard  est  tombé  dans  la 
même  erreur.  Nous  répétons,  avec  tous  les  auteurs,  qu'il  doit  être  rangé 
auprès  des  Fulgores,  mais  nous  dirons  de  plus  que  s'il  se  trouve  souvent 
sur  la  vigne,  ce  qui  est  vrai,  il  n'est  pas  absolument  certain  qu'il  soit  l'auteur 

1  Lichtenstein  ;  Messager  agricole  du  Midi,  1880,  pag.  205. 


LES   CICADELLES    DE    LA    VIGNE.  173 

des  coques  terreuses  dont  nous  avons  parlé.  On  ne  l'a  jamais  observé  les 
construisant,  et  les  jeunes  obtenus  n'ont  pas  été  élevés. 

«  La  matière  granuleuse  qui  les  compose,  dit  M.  Blanchard  ',  est  sans 
doute  une  sécrétion  et  non  de  la  terre.  »  Nous  pouvons  affirmer  que  cette 
matière  est  positivement  terreuse.  En  présence  d'un  acide,  la  réaction 
est  nulle  sur  les  coques  reçues  des  pays  siliceux,  tels  que  le  Médoc, 
énergique  au  contraire  sur  les  coques  provenant  du  territoire  calcaire  de 
Montpellier.  Comment  un  insecte  muni  d'un  rostre  suceur  peut-il  con- 
fectionner un  nid  terreux?  C'est  ce  qu'il  est  difficile  d'expliquer.  Nous 
faisons  donc  nos  réserves  en  ce  qui  concerne  l'auteur  de  ces  coques. 

Il  y  a  toutefois  une  présomption  en  faveur  de  l'hypothèse  de  Lichtenstein, 
qui  le  premier  a  attribué  les  nids  terreux  à  noire  Fulgoride:  c'est  que  la 
fréquence  de  ces  nids  coïncide  généralement  avec  celle  de  l'insecte.  Celui- 
ci,  très  commun  dans  le  Sud-Ouest,  est  moins  répandu  en  Languedoc;  il 
en  est  de  môme  des  coques  terreuses.  Que  VHysleropterum  soit  ou  non 
l'auteur  de  ces  nids,  il  vit  souvent  sur  la  vigne;  nous  en  donnerons  donc 
la  description  suivante  : 

Corps  court,  épais,  5  millim.  environ  de  long  sur  3  de  large,  de  couleur 
rousse  ou  feuille  morte;  la  tête  large  et  saillante,  surtout  à  cause  du  déve- 
loppement hémisphérique  des  yeux  et  du  vertex  qui  est  carré,  séparé  du 
front  et  des  joues  par  une  carène  élevée  ;  \q  prothorax  très  court  avançant 
en  pointe  obtuse  sur  le  vertex,  le  mésothorax  fortement  prolongé  en  pointe 
en  arrière  ;  les  élytres  très  inclinées  en  forme  de  toit,  plus  larges  à  leur 
sommet  qu'à  leur  base,  recouvrant  des  ailes  inférieures  à  demi  avortées, 
donnent  au  corps, vu  de  profil,  une  hauteur  considérable,  2mm,50  à  3  millim. 
L'insecte,  ne  pouvant  pas  voler,  saute,  et  les  pieds  postérieurs  sont  orga- 
nisés pour  cela;  les  tibias,  très  développés,  en  triangle  allongé,  sont  garnis 
de  nombreuses  épines  à  l'extrémité. 

Cet  insecte  a  été  souvent  confondu2  avec  Y  Hysteropterum  apterum  aux 
ailes  inférieures  entièrement  avortées,  espèce  du  sud  extrême  de  l'Europe 
et  de  la  Barbarie,  et  qui  d'après  M.  Puton  n'a  jamais  été  trouvé  en  France. 

1  Emile  Blanchard  ;  Sur  les  juntes  de  l'Hysteropterum   aplerum  (Comptes 
rendus  Acad.  des  Sciences,  1er  semestre  1880,  pag.  1103). 
-  Spinola  ;  Ann.  Soc.  entom.  de  France,  1839,  pag.  3G2. 


174  LES    CIGALES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE. 


FAMILLE  DES  CICADIDES» 


Le  caractère  principal  de  ces  Hémiptères  Homoptères  consiste  dans  un 
appareil  stridulaut  placé  en  dessous  du  corps,  appareil  compliqué2  man- 
quant souvent  chez  les  femelles.  Leur  taille  est  généralement  grande.  On 
en  connaît  environ  400  espèces  répandues  dans  les  régions  chaudes  et 
tempérées  des  deux  hémisphères.  La  faune  circaméditerranéenne  en 
compte  environ  une  vingtaine  d'espèces  que  l'on  pourrait,  à  la  rigueur, 
comprendre  dans  le  genre  Cicada. 


LES  CIGALES  NUISIBLES  A  LA  VIGNE 


Les  Cigales,  peu  nuisibles  dans  nos  régions,  occasionnent,  parait-il,  en 
Orient  de  sérieux  dommages  à  la  vigne.  A  plusieurs  reprises,  on  a  signalé 

1  Bibliographie.  —  Mentzel  ;  De  Cicadis  et  aliis  insectis  canoris  et  primo 
de  Cicada  Bononiensi  (Eph.  Acad.  nat.  curios.,  1688. —  Pontedera  ;  De  Cicada 
in  epistota  ad  Sherardum  (Compend.  tabular.  Botanicum  Patavii,  1718.  —  De 
Réaumur  ;  Mémoires,  tom.  V,  1740.  —  Westwood  ;  An  Introduction  to  the 
modem  classification  of  Insects,  tom.  II,  1840,  pag.  421. —  Amyot  et  Audinet 
Serville  ;  Hist.   nalur.  des  Insectes  hémiptères,  1843,  pag.  477.  —   E.  Blan- 
chard; Métamorphoses,  mœurs  et   instincts  des  Insectes,  1868,   pag.  620.  — 
"Willam  Harris  ;  A  treatise  on  some  of  the  Insects   of  New-England,  wich 
are  injurions  to  végétation.  Cambridge,  18 42  r  pag.  172.  —  Mis  Morris  ;  Re- 
marks  on  the  larva  of  the  Cicada  septemdecim  (Proceed.  Acad.  nat.  Se.  of  Phi- 
ladelphia,  tom.  III,  1846-47,  pag.  122.  —  Asa  Fitch  ;  First  an  second  Report 
on  the  noxious,  bénéficiai  and  other  Insects  of  the  State  New-York.  Albany. 
1856,  pag.  144. —  Lepori  ;  Nuove  ricerche  anat.  et  fisiolog.  sopra   l'organo 
sonoro  délie  Cicale  (Bull.  Soc.  eut.  ital.,  1869,  pag.  221.  —  Ch.  Riley  ;  First 
annuai  Report  on  the  noxious,  bénéficiai  and  other  Insects  of  the  State  of  Mis- 
souri, Jefferson  city,   1869,  pag.  22.  —   Id.  ;  The  Periodical  Cicada  (Missouri 
entomol.  Reports.  Report  I,  1869,  pag.  18;  Report  IV,  1872,  pag.  30,  et  Départ, 
of  Agricult.,  Bulletin  8.  Washington  1885.  —  Packard  ;  Third  annuai  Report 
on  the  injurious  and  bénéficiai  Insects  of  Massachusetts.  Salem,  1873,  pag.  119. 

—  Carlet  ;  Mémoire  sur  l'appareil  musical  de  la  Cigale  (Ann.  Se.  natur.,  1877. 

—  Kunckel  d'Herculais  ;  Dispositions  particulières  des  pattes  chez  les  nym- 
phes des  Cicada  (Ann.  Soc.  ent.  de  France,  1880,  pag.  358). 

2  G.  Carlet  ;  Mémoire  sur  l'appareil  musical  de  la  Cigale  [Ann.  Se.  nat.  Zool., 
6e  série,  tom.  V,  1877). 


LES    CIGALES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE.  175 

leurs  dégâts  en  Perse,  en  Asie-Mineure,  et  plus  récemment  M.  Gennadius, 
d'Athènes,  a  parlé  de  ceux  qu'elles  exercent  dans  l'Archipel  grec,  spéciale- 
ment dans  les  îles  de  Paros  et  de  Naxos.  C'est  à  ce  titre  que  nous  les  com- 
prenons dans  les  ampélophagcs  d'Europe;  Riley  et  d'autres  entomologistes 
américains  les  ont,  de  leur  côté,  signalées  comme  nuisibles  aux  arbres  frui- 
tiers aux  Etats-Unis. 

Ces  insectes  sont  bien  connus  de  toutes  les  populations  méridionales,  et 
nous  n'aurions  pas  à  décrire  avec  détails  ces  gros  Hémiptères,  si  bruyants 
pendant  les  mois  d'été,  si  aux  environs  de  Paris,  où  ils  n'existent  pas,  ils 
n'étaient  confondus  avec  la  grande  sauterelle  verte  (Locusta  viridissîma) . 

Celle-ci  est  un  Orthoptère  au  corps  allongé,  de  couleur  vert  clair,  y  com- 
pris les  ailes,  à  la  bouche  broyeuse,  généralement  carnassier,  aux  longues 
antennes  filiformes,  àl'oviscapte  en  forme  de  sabre,  et  qui  n'a,  en  un  mot, 
aucun  rapport  avec  les  Cigales. 

On  reconnaîtra  ces  dernières  à  leurs  corps  épais,  à  leur  tête  large  et 
courte  portant  deux  gros  yeux  composés  et  trois  ocelles,  à  leur  bouche 
suceuse,  à  leurs  antennes  courtes,  de  sept  articles,  à  leurs  ailes  membra- 
neuses, du  moins  dans  les  espèces  d'Europe;  enfin  à  l'appareil  musical 
bruyant  placé  sous  l'abdomen  du  mâle. 

Les  femelles  sont  munies  d'un  oviscapte  ou  tarière1  à  l'aide  de  laquelle 
elles  percent  les  bois  tendres,  surtout  ceux  qui  ont  de  la  moelle,  pour  y 
déposer  leurs  œufs  qui  écloront  avant  l'automne. 

La  larve  qui  en  sort,  longue  de  1  et  demi  à  2  millim.,  au  corps  blanc 
allongé  et  garni  de  quelques  longs  poils,  ne  tarde  pas  à  s'enfoncer  dans  le 
sol  pour  s'y  nourrir  de  racines.  Au  bout  de  quelque  temps  de  séjour  dans  ce 
nouveau  milieu,  sans  doute  après  une  ou  plusieurs  mues,  ces  larves  ont 
changé  de  forme,  elles  sont  devenues  trapues,  à  corps  glabre,  de  couleur 
rousse  ou  testacée.  La  tête,  triangulaire,  aveugle,  la  place  des  yeux  seule- 
ment indiquée,  porte  des  antennes  de  huit  articles.  Le  thorax,  bien  distinct 
de  l'abdomen  dans  sa  partie  prothoracique,  l'est  moins  dans  le  mésothorax  et 
presque  pas  dans  le  métathorax.  \u  abdomen,  court,  gros,  comme  ballonné, 
est  composé  de  neuf  segments.  Les  pattes  de  devant  sont  remarquablement 
organisées  pour  le  travail  souterrain  qu'elles  ont  à  accomplir.  La  cuisse  et 
le  tibia  aux  bords  tranchants,  armés,  la  première  surtout,  de  fortes  dents 
ou  épines,  fonctionnent  l'un  contre  l'autre  comme  des  tenailles,  ce  qui 
permet  à  l'insecte  d'entailler  les  sols  les  plus  compacts.  Il  ri  y  a  pas  de 


1  Pour  la  description  de  la  tarière  des  Cigales,  appareil  perforant  compliqué, 
voir  Maurice  Girard  ;  Traité  élémentaire  d'Entomologie,  vol.  III,  pag.  851. 


X 


176  LES    CIGALES   NUISIBLES    A    LA    VIGNE. 

tarse  l,  et  cependant  on  trouve  cette  partie  de  la  patte  chez  la  nymphe  et 
chez  l'insecte  parfait. 

Ces  larves,  parfois  très  abondantes  dans  les  vignes,  n'y  produisent  pas, 
nous  l'avons  dit,  de  dommages  appréciables  chez  nous.  «  En  Bourgogne, 
dit  M.  André,  leur  action  malfaisante  n'est  pas  absolument  démontrée.))  Il 
en  est  de  môme  dans  le  midi  de  la  France,  et  d'après  M.  Targionien  Italie; 
il  faut  aller  en  Grèce  pour  les  trouver  nuisibles.  Cette  innocuité  presque 
générale  peut  s'expliquer,  soit  par  la  préférence  marquée  qu'elles  ont  pour 
les  racines  de  graminées  croissant  dans  les  vignes,  soit  par  leur  peu  de 
voracité. 

Le  rostre,  assez  court,  ne  pénètre  que  superficiellement  dans  le  paren- 
chyme cortical,  et,  d'après  M.  Riley,  l'insecte  ne  ferait  que  sucer  la  légère 
exsudation  de  sucs  produite  par  sa  piqûre.  La  lenteur  dans  le  développe- 
ment est  une  preuve  à  l'appui  de  cette  théorie.  Les  cigales  d'Europe  appa- 
raissant chaque  année  en  nombre  à  peu  près  égal,  n'étant  pas,  en  un  mot, 
périodiques  comme  celles  d'Amérique,  on  ue  sait  pas  au  juste  combien  elles 
mettent  d'années  pour  atteindre  l'état  parfait,  mais  à  coup  sûr  elles  en 
mettent  plusieurs.  Aux  États-Unis,  l'apparition  de  certaines  espèces  étant 
périodique,  il  y  a  les  années  à  cigales,  et  le  temps  qui  s'écoule  entre  deu> 
apparitions  est  celui  que  l'insecte  passe  à  l'état  de  larve.  Dans  notre  Intro- 
duction, nous  avons  cité,  d'après  Riley,  la  Cicada  trydecim  et  la  Cicada 
septemdecim,  qui  passent,  l'une  treize  ans,  l'autre  dix-sept  ans  à  l'état  de 
larves.  Cette  lenteur  de  croissance  vraiment  extraordinaire  prouve  bien  que, 
sous  sa  forme  larvaire,  l'insecte  se  nourrit  peu. 

Lanymp/ie,  comme  forme,  tient  le  milieu  entre  la  larveet  l'insecte  parfait. 
Les  yeux,  très  gros,  font  saillie  latéralement;  le  thorax,  dans  ses  segments 
antérieurs  et  médians  du  moins,  a  pris  un  grand  accroissement,  et  latérale- 
ment, partant  des  méso  et  métathorax,  on  voit  les  quatre  moignons  d'ailes 
appliqués  contre  Yabdomen  ;  celui-ci  est  beaucoup  moins  volumineux  en 
proportion  que  chez  la  larve.  Comme  chez  celle-ci,  nous  trouvons  les  pieds 

1  Nous  ne  voyons  relaté  par  aucun  auteur  ce  manque  de  tarse  au  pied  antérieur 
de  la  larve.  Dans  un  article  cité  dans  notre  note  bibliographique,  M.  Kunckel 
d'Herculais,  parlant  du  tarse  de  la  nymphe  logé  dans  un  sillon,  en  dessous  du  tibia, 
dit  que  telle  est  aussi  la  disposition  du  tarse  chez  la  larve.  Dans  la  série  de  larves 
de  Cicada  atra  que  nous  avons  sous  les  yeux,  aucune  n'a  de  tarse  ;  le  sillon 
du  tibia,  si  remarquable  chez  la  nymphe,  est  remplacé  chez  ces  larves  par  une 
saillie  allongée.  On  dirait  que  le  tarse  est  en  réalité  présent  dans  son  sillon,  mais 
à  l'état  d'ébauche  sous  la  cuticule  épaisse  qui  recouvre  le  membre.  Pour  nous,  au 
moment  de  la  transformation  en  nymphe,  le  tarse  dégagé  de  ses  langes  apparaît 
brusquement  à  la  place  où  le  tibia  de  la  larve  présentait  sa  saillie  allongée. 


LES   CIGALES    NUÎSIBLÉS   A    LA    Vl&NË.  177 

antérieurs  organisés  pour  creuser  les  sols  les  plus  durs,  avec  les  mômes 
formes  de  la  cuisse  et  du  tibia;  mais  par  une  disposition  curieuse,  observée 
par  M.  Kunckel  d'IIerculais,  le  tibia  est  muni  en  dessous  d'un  tarse  replie 
dans  un  sillon  qui  l'abrite  pendant  que  le  membre  fouille  le  sol.  Ce  tarse  ne 
sort  définitivement  de  cette  sorte  d'étui  que  lorsque  la  nymphe  quitte  le 
sol  pour  se  transformer  en  insecte  ailé. 

L'état  de  nymphe  dure  un  temps  plus  ou  moins  long,  deux  ou  trois  mois, 
suivant  l'avance  ou  le  retard  des  chaleurs.  Sous  cette  forme,  l'insecte  se 
nourrit  comme  la  larve  et  prend  même  un  certain  accroissement.  La  sortie 
du  sol,  qui  se  fait  généralement  fin  juin  dans  la  région  de  l'olivier,  est 
provoquée  par  une  continuité  de  jours  chauds  suffisante  pour  échauffer  le 
sol  à  une  certaine  profondeur  et  l'apparition  de  tous  les  individus  d'une 
même  espèce  est  presque  simultanée.  Les  nymphes  quittent  le  sol  au  lever 
du  soleil,  montentà  un  arbre  ou  à  un  objet  quelconque,  de  préférence  en  bois, 
s'y  fixent  solidement  au  moyen  des  épines  dont  leurs  pieds  sont  armés,  et, 
la  partie  dorsale  de  leur  cuticule  s'étant  fendue  sur  la  tête  et  le  thorax, 
l'insecte  parfait  en  sort.  Il  est  alors  d'une  couleur  verdâtre  qui  peu  à  peu 
tourne  au  brun.  Les  quatre  ailes,  tout  d'abord  chiffonnées,  dirigées  vers  le 
bas,  s'étendent  assez  rapidement  par  un  mécanisme  analogue  à  celui  que 
nous  avons  décrit  à  propos  du  Phylloxéra  ailé,  et  avant  le  milieu  du  jour 
l'insecte  a  pris  son  vol.  La  dépouille  très  solide  de  la  nymphe  reste  fixée  à 
l'arbre,  parfois  jusqu'à  l'année  suivante. 

Sous  leur  forme  parfaite,  les  cigales  ne  vivent  guère  que  quelques 
semaines,  le  temps  de  s'accoupler  et  de  pondre. Elles  mangent  moins  encore 
que  sous  leurs  premiers  états.  Les  mâles  même,  d'après  M.  Oarlet,  vivent  le 
plus  souvent  sur  leurs  réserves  graisseuses,  sans  plonger,  comme  les 
femelles,  leur  rostre  dans  les  pousses  vertes  des  arbres. 

Du  matin  au  soir  pendant  les  journées  de  grand  soleil,  et  même  la  nuit 
tombée  si  le  temps  est  chaud  et  la  lune  pleine,  ils  font  vibrer  leur  organe 
sonore  pour  attirer  les  femelles. 

L'accouplement  opéré,  les  mâles  meurent  et  les  femelles  déposent  leurs 
œufs  dans  les  bois  à  moelle,  comme  nous  l'avons  dit.  Réaumur  est  le  pre- 
mier qui  ait  observé  et  figuré  ces  pontes  de  cigales.  Les  sarments  de  vigne 
morts  ou  malades,  surtout  les  extrémités  sèches  des  plantiers  de  l'année, 
sont  souvent  ainsi  piqués  de  trous  semblant  faits  avec  une  pointe  mal  ellilée 
qui  aurait  grossièrement  déchiré  et  traversé  l'écorce.  Maintes  fois  on  nous 
a  envoyé  de  ces  bouts  de  sarments  comme  attaqués  par  un  nouvel  en- 
nemi de  la  vigne. 

Si  avant  l'éclosiou,  qui  se  fait  à  la  fin  de  l'été,  on  fend  le  bois,  on  trouve 
au  fond  de  chacun  de  ces  trous,  pratiqués  jusque  dans  la  moelle,  un  œuf 

12 


178.  LES    CIGALES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE. 

blanchâtre,  long  de  2  millira.  environ,  très  allongé,  qui  donnera  naissance 
à  la  jeune  larve. 

Les  cigales  se  trouvent  principalement  dans  les  terres  de  consistance 
moyenne,  profondes  et  pas  trop  humides  ;  les  sols  pierreux  et  sans  épais- 
seur, ainsi  que  les  terrains  très  compacts,  ceux  qui  sont  sablonneux  ou 
irrigués,  en  ont  peu.  Les  quatre  espèces  suivantes  se  rencontrent  abon- 
damment dans  les  vignes  du  midi  de  l'Europe  : 

Cicada  alra,  C.  hœmalodes,  C.  plebeja,  et  C.  orni. 

I.  —  Cicada  (Cicadatra)  atra  Olivier. 

Celte  petite  espèce  entièrement  noire,  sauf  quelques  taches  jaunes  sur  le 
thorax,  appelée  en  français  la  petite  cigale  noire  ou  le  cigalon,  ne  dépasse 
pas,  les  ailes  comprises,  22  à  25  millim.  Elle  est  propre  à  la  région  de  l'o- 
livier. Bien  que  ce  soit  une  des  cigales  les  moins  faciles  à  observer,  à  cause 
de  sa  petite  taille  et  de  son  vol  rapide,  elle  paraît  assez  répandue.  C'est 
une  de  celles  qui  placent  le  plus  souvent  leurs  œufs  dans  les  bouts  de 
sarments  de  vigne.  Nous  les  avons  également  trouvés  dans  le  mûrier. 

II    —  Cicada  (Tibicena)  hœmatodes  Scopoli. 

C'est  l'espèce  dont  l'aire  géographique  est  la  plus  étendue,  celle  qui  monte 
le  plus  au  Nord,  la  cigale  des  vignes  de  Bourgogne  (André,  pag.  172).  Elle 
est  de  toute  la  région  de  l'Ouest,  au  sud  de  la  Loire,  où  elle  est  plus  abon- 
dante que  dans  le  Midi  ;  à  l'Est,  elle  ne  dépasse  guère  le  plateau  de  Lan- 
gres.  On  la  rencontre  cependant  dans  quelques  localités  plus  au  Nord,  dans 
la  vallée  de  l'Yonne  par  exemple,  et  même  dans  la  Seine-et-Marne,  à  Fon- 
tainebleau. On  la  reconnaît  sans  peine  aux  taches  de  son  prothorax,  aux 
nervures  de  ses  ailes  et  à  ses  pieds  rouges,  ainsi  qu'au  liséré  de  même  cou- 
leur qui  borde  postérieurement  chaque  anneau  de  l'abdomen.  Sa  taille  est 
d'environ  4  centim.  de  long.  Son  nom  français  est  la  cigale  sanglante  ou 
la  cigale  à  anneaux  rouges . 

III.  —  Cicada  plebeja  Sgopoli. 

La  cigale  plébéienne,  répandue  dans  tout  le  sud  de  l'Europe,  ne  remonte 
pas  en  France  aussi  haut  que  la  précédente.  Dans  la  vallée  du  Rbône, 
elle  ne  dépasse  pas  Lyon  et  Grenoble,  où  déjà  elle  est  moins  commune  que 
dans  la  région  de  l'olivier.  Elle  appartient  au  genre  Cicada  proprement  dit, 
c'est-à-dire  au  groupe  dont  les  timbales  sont  entièrement  recouvertes.  C'est 


LES   CIGALES    NUISIBLES   A    LA    VIGNE.  •   170 

la  plus  grande  et  la  plus  commune  des  quatre  espèces,  et  elle  a  jusqu'à 
5  centim.  de  long  sur  1  et  demi  de  large;  le  corps  est  noir  en  dessus  et  en 
partie  jaune  en  dessous,  avec  le  prothorax  bordé  de  jaune  en  arrière  ainsi 
que  le  bord  externe  des  ailes  supérieures. 

IV.  —  Gicada  (Tettigia)  orni  Linné. 

Espèce  de  moyenne  taille,  3  a  -i  centim.,  et  propre  à  la  région  de  l'oli- 
vier. Elle  est  caractérisée  par  son  corps  brun  tacbelé  de  jaune  et  revêtu 
de  poils  blancs  et  par  les  onze  points  bruns  que  porte  chacune  des  deux 
ailes  antérieures.  Son  nom  français  est  cigale  du  frêne. 

Ces  deux  dernières  espèces  sont  celles  qui  en  Orient  et  surtout  dans 
l'Archipel  grec  nuisent  à  la  vigne.  D'après  M.  Gennadius,  qui  nous  a 
transmis  quelques  détails  à  ce  sujet,  les  dommages  seraient  assez  impor- 
tants, sans  doute  à  cause  de  la  plus  grande  sécheresse  du  pays,  qui,  suppri- 
mant toute  végétation  herbacée  entre  les  souches  pendant  l'été,  force  les 
larves  de  cigales  à  se  nourrir  exclusivement  des  racines  de  la  vigne1. 
Comme  remède,  les  vignerons  du  pays  sèment  à  l'automne  de  l'crge  entre 
les  rangées  de  souches  ;  les  larves  de  cigales  se  rendent  en  grand  nombre 
aux  racines  de  cette  graminée,  ce  qui  permet  d'en  détruire  beaucoup  sur 
un  même  poiut  par  un  labour.  Ce  serait  le  cas  d'employer  les  poulaillers 
roulants,  usités  dans  le  nord  de  la  France  contre  les  vers  blancs  du  han- 
neton, et  dont  nous  parlerons  à  propos  de  cet  insecte. 

1  Dins  une  Note  publiée  par  M.  Leprieur  [Bull.  Soc.  ent.  de  France,  1877. 
pag.  83),  il  est  dit  qu'eu  Perse  les  Cigales  sont  également  très  nuisibles  à  la 
vigne,  et  qu'aux  environs  de  Téhéran  on  est  obligé'  parfois  d'arracher  la  vigne, 
dout  les  racines  sont  complètement  détruites  par  les  larves  de  ces  insectes. 


CHAPITRE  VIII. 


SOUS-ORDRE  DES  HETEROPTERES. 

Dans  nos  généralités  sur  l'ordre  des  Hémiptères,  nous  avons  dit  que  les 
Hétéroptères  (hkpoç  dissemblable,  nrepov  aile)  appelés  vulgairement  punaises 
étaient  caractérisés  par  les  ailes  supérieures  à  demi  transparentes  et  que 
la  plupart  des  espèces  citées  par  beaucoup  d'auteurs  comme  nuisibles  aux 
vignes  ne  se  trouvent  qu'accidentellement  sur  cette  plante,  occasionnant 
çà  et  là  quelques  dégâts,  dans  des  circonstances  particulières.  La  liste 
complète  des  punaises  signalées  sur  la  vigne  peut  se  dresser  comme  suit  : 
Lopus  sulcalus  Fieber,  Pyrrhocoris  aplerus  Linné,  Camptotelus  minutus 
Jakowlefï,  Nysius  senecionis  Schiller,  Eurydema  oleraccum  Linné  et 
Sehirus  bicolor  Linné. 

De  ces  six.  espèces,  nous  n'en  voyons  qu'une,  le  Lopus  sulcalus  Fieber, 
qui  soit  connue  des  vignerons,  qui  puisse  occasionner  de  sérieux  dommages, 
et  sur  celle-là  seule  nous  nous  étendrons  longuement.  Les  autres  seront 
simplement  citées  avec  quelques  mots  explicatifs. 


LA  GRISETTE  DE  LA  VIGNE  ' 

[Lopus  sulcalus  Fieber). 


Cette  petite  punaise  grise  et  jaune,  bien  connue  des  vignerons  de 
l'Yonne  sous  le  nom  de  Griselie  et  de  ceux  du  bord  du  Cber  sous  celui  de 

1  Bibliographie.  —  Hahn  ;  Die  Wanzenartigen  Itisectcn.  Band  I.  Nùrnberg, 
1831.  —  Fieber;  Die  Europaischen  HemipUra.  Wien,  1861. —  Dr  Populus  ; 
Bull.  Soc.  des  Sciences  de  l'Yonne,  18G7.  —  Id.  ;  Catalogue  des  Hémiptères  de 
l'Yonne,  1873.  —  Id.  ;  Petites  nouv.  EntomoL,  1er  juillet  1875.  —  Dr  Puton  ; 
Catalogue  des  Hémiptères  d'Europe,  1870,  lre  édit.  ;    188C,  1"  édit,  —  Lesne  ; 


I-A    G  RISETTE    DE    LA    VIGNE.  181 

Margolle,  a  été  ces  années  dernières,  dans  les  journaux  agricoles  et  même 
politiques,  l'objet  d'un  grand  nombre  d'articles  où  la  confusion  la  plus 
complète  règne  sur  le  nom  scientifique  qui  doit  lui  être  attribué. 

L'insecte  appartient  à  la  famille  des  Capsides,  qui  renferme  de  nom- 
breuses petites  punaises  des  cbamps  au  corps  allongé,  ne  manquant  pas 
d  élégance  dans  les  formes  et  la  disposition  des  couleurs.  Ces  Hémiptères 
sont  abondants  pendant  l'été  sur  nos  haies  et  dans  nos  prairies,  vivant  du 
suc  des  pousses  tendres,  souvent  même  du  nectar  des  fleurs.  Gomment  se 
fait-il  qu'une  espèce  de  ce  groupe  devienne,  dans  certaines  régions  et  dans 
des  circonstances  particulières,  un  ampélopbage  assez  sérieux  pour  être 
connu  et  redouté  de  tous  les  vignerons  ?  Nous  avons  suffisamment  expliqué 
dans  notre  Introduction  les  causes  qui  font  de  la  vigne  cultivée  un  végétal 
attirant  les  insectes  omnivores,  pour  qu'il  soit  nécessaire  d'y  revenir. 

I.  —  HISTORIQUE. 

Le  genre  Lopus  a  été  créé  par  Habn  en  1831  et  le  L.  sulcatus  décrit 
par  Fieber  en  1861 . 

L'insecte  a  commencé  à  faire  parler  de  lui  comme  ampélopbage  en 
1860.  Sans  que  l'espèce  fût  encore  bien  déterminée,  M.  le  Dr  Populus 
(d'Auxerre)  l'avait  observée  sur  la  vigne  à  cette  époque  et  il  la  sigualait 
sous  son  vrai  nom,  en  1867,  dans  le  Bulletin  de  la  Société  des  Sciences  de 
l'Yonne.  De  nouveau  il  la  citait,  en  1873,  comme  attaquant  la  vigne,  dans 
son  Catalogue  des  Hémiptères  de  l'Yonne,  et,  en  1875,  dans  une  Note  pu- 
bliée par  les  Petites  nouvelles  enlomologiques  de  Paris  (aujourd'hui  le 
Naturaliste).  Dans  ce  dernier  document,  les  dégâts  sont  indiqués  comme 
«  assez  sérieux  dans  les  vignobles  de  Coulange  la  Vineuse  (Yonne)  ». 

En  1884  et  1885  paraissaient,  dans  \z  Journal  d'Agriculture  pratique, 
une  série  d'articles  signés  Lesne  et  Dr  Patrigeon,  où.  sont  relatées  de  très 
bonnes  observations  sur  les  mœurs  de  l'insecte,  mais  où  le  nom  scientifique, 
mal  établi,  se  trouve  ballotté  entre  trois  déterminations  dont  aucune  n'est  la 
bonne.  L'espèce  a  été  en  effet  présentée  d'abord  par  M.  Lesne  sous  le  nom 
de  Calocaris,  puis  par  le  Dr  Patrigeon  sous  celui  de  Phijtocoris  gothicus  et 
définitivement  sous  le  nom  encore  erroné  de  Lopus  albomarginatus.  Cette 

Journal  d'Agriculture  pratique,  1S84.—  Zoilo  Espejo  ;  Bull,  de  l  Association 
des  Agricult.  d'Espagne,  1884.—  Dr  Patrigeon  ;  Journal  d'Agric.  pratique, 
188!  et  1885,  et  Librairie  de  la  Maison  rustique.  —  Id.;  Comptes  rendue  Acad. 
des  Sciences,  23  juin  1884  et  27  avril  1885.  —  Fabien  Rapin  ;  Journal  d'Agr. 
pratique,  1885,  tom.    ,  pag.  486. 


182  LA    GRISE!  TE    DE    LA    VIGNE. 

dernière  espèce  '  existant  réellement  dans  le  Catalogue  des  Hémiptères 
d'Europe  et  étant  répandue  dans  toute  la  France,  on  s'était  demandé  un 
moment  si  l'on  n'avait  pas  affaire  à  un  autre  ennemi  que  celui  signalé  dès 
1860  par  le  Dr  Populus. 

Cette  réserve  faite,  réserve  nécessaire  pour  éclairer  la  question,  nous 
dirons  que  les  articles  de  M.  le  Dr  Patrigeon  sont  excellents  et  que,  n'ayant 
pu  observer  nous-méme  l'insecte  sur  la  vigne  en  Languedoc,  nous  aurons 
à  y  puiser  largement. 

Pour  ramener  l'espèce  à  son  vrai  nom,  nous  n'avons  eu  qu'à  remonter 
aux  notes  du  Dr  Populus  et  à  consulter,  comme  pour  les  autres  Hémi- 
ptères litigieux,  M.  le  Dr  Puton,  possesseur  des  types  sur  lesquels  Fieber 
a  créé  son  espèce.  En  1884,  du  reste,  M.  Zoilo  d'Espejo,  professeur  à 
l'Institut  agricole  de  Madrid,  a  de  son  côté  rapporté  l'espèce  ampélo- 
pbage,  commune  en  Espagne,  parait-il,  au  Lopus  sulcatus  de  Fieber. 

II.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 

La  famille  des  Capsides  et  en  particulier  le  genre  Lopus  se  composent 
d'insectes  élégants,  au  corps  allongé,  aux  téguments  mous,  aux  pieds  et 
aux  antennes  longs  et  fragiles.  La  couleur  est  généralement  claire,  jaune, 
verte,  rouge  ou  grise,  parfois  brune,  mais  bariolée  des  teintes  précédentes. 
Les  pieds  portent  trois  articles  aux  tarses  ;  les  antennes  sétiformes,  avec 
le  second  article  plus  long  et  parfois  plus  épais,  peuvent  atteindre  et  même 
dépasser  la  longueur  du  corps.  Les  yeux  simples  ou  ocelles  font  défaut. 
Le  rostre  appliqué  contre  le  tborax  n'en  dépasse  pas  l'extrémité.  Les  ély- 
trcs  présentent  un  pli  parallèle  au  bord  qui  regarde  l'écusson  ;  ce  pli  isole 
une  aire  spéciale  en  forme  de  trapèze  allongé  qui  constitue  la  pièce  appelée 
clavus ;  l'autre  portion  coriace,  la  p'.us  grande,  forme  un  triangle  {corium). 
Le  prolongement  transparent  de  l'élytre  constitue  la  membrane.  Oïi  remar- 
que sur  celle-ci  une  nervure  arquée,  elliptique,  qui  part  du  bord  du  corium 
et  qui  y  retourne.  Parfois  cbez  les  femelles  les  ailes  inférieures  manquent; 
dans  ce  eus,  la  membrane  manque  également. 

Comme  chez  tous  les  Hémiptères  Hétéroptères,  les  métamorphoses  de 

1  Le  Lopus  albomarginatus  Kahn,  bieu  différent  du  L.  sulcatus,  est  très 
commun  en  France  en  Espagne  et  en  Algérie.  Il  n'a  jamais,  à  notre  connaissance, 
été  signalé  sur  la  vigne.  En  Languedoc,  il  abonde  dans  toutes  les  prairies,  sur 
diverses  plantes  et  également  sur  les  coteaux  secs,  principalement  sur  l'Aspho- 
dèle. Même  remarque  a  été  faite  en  Espagne  par  M.  Puton,  qui  dans  les  Vosges 
le  trouve  surtout  sur  les  Chrysanthèmes. 


LA    GRISETTE    DE    LA    VIGNE. 


183 


notre  espèce  se  réduisent  à  peu  près  à  des  changements  de  peau.  Entre 
les  divers  états,  la  différence  la  plus  grande  est  dans  l'absence  d'ailes  chez 
la  larve,  la  présence  d'ailes  rudinientaires  chez  la  nymphe  et  le  déve- 
loppement complet  de  celles-ci  chez  la  l'orme  parfaite. 

Œufs. —  D'après  le  Dr  Patrigeon,  l'œuf,  long  d'un  peu  moins  de  2  mill. 
et  large  d'un  tiers  de  millimètre,  affecte  la  forme  d'un  ovoïde  allongé,  légè- 
rement recourbé  à  ses  extrémités  ;  il  est  d'un  blanc  nacré  au  moment  de 
la  ponte.  Celle-ci  se  fait  vers  la  fin  de  juin,  surtout  dans  les  fissures  des 
échalas,  et  les  œufs  n'éclosent  que  neuf  mois  après,  c'est-à-dire  fin  mars 
ou  première  quinzaine  d'avril. 

D'après  le  Dr  Populus,  qui  dans  l'Yonne  a  également  observé  la  ponte 
dans  les  échalas,  celle-ci  se  fait  aussi  dans  la  moelle  des  Arcelots,  bouts  de 
sarment  qui  se  dessèchent  entre  la  section  de  la  taille  et  le  bourgeon,  au- 
trement dit  le  bois  de  deux  ans  ou  crossette  dont  nous  avons  parlé  à  propos 
de  l'œuf  d'hiver  du  Phylloxéra. 

Blanc  d'abord,  Vœuf  avant  l'éclosion  passe  au  rose  puis  au  rouge,  teintes 
dues  à  l'embryon  vu  par  transparence.  Après  la  sortie  de  l'insecte,  l'enve- 
loppe de  l'œuf  desséchée  prend  la  forme  d'une  lamelle  blanchâtre  qui  peut 
subsister  plus  d'un  an,  témoignant  ainsi  du  passage  de  la  Grisetle. 

Larve. — Aussitôt  éclose,  la  larve  du  Lopus  manifeste  une  grande  activité 
et  se  fixe  sur  les  tiges  et  les  feuilles  des  nombreuses  plantes  croissant  dans 
les  vignes,  telles  que  le  laiteron,  le  pissenlit,  le  chiendent,  le  séneçon,  etc. 
Cette  dernière  plante,  d'après  MM.  Populus  et  Patrigeon,  est  généralement 
préférée.  En  avril,  dans  des  pays  relativement  froids,  la  vigne,  manifestant 
à  peine  quelques  signes  de  végétation,  ne  pour- 
rait en  effet  offrira  l'insecte  une  subsistance  quel- 
conque. Ne  vivant  que  sur  les  raisins  non  fleuris, 
ne  puisant  jamais  sa  nourriture  sur  les  tiges  et 
les  feuilles,  la  Grisette  n'habite  réellement  la 
vigne  qu'à  l'époque  qui  précède  la  floraison, 
c'est-à-dire  à  partir  de  fin  mai  ou  des  premiers 
jours  de  juin. 

La  larve,  au  sortir  de  l'œuf,  mesure  1  mill.  1/3 

de  long  tout  au  plus,  sa  largeur  est  égale  au  tiers 

de  sa  longueur,  le  bec  est  relativement  très  long, 

1  millim.  environ.  Le  corps,  où  la  limite  de  la  Fi9'  :i9'_  Larve  du  LoPus 

sulcatus. 
tête,  du  thorax  et  de  l'abdomen  sont  encore  peu 

distincts,  est  rouge  clair.  La  tète,  très  volumineuse,  porte  deux  yeux  laté- 
raux d'un  rouge  foncé. 

Dix  jours  après  sa  naissance,  l'insecte  a  notablement  changé  de  forme 


I 


184  LA    GRISETTE    DE    LA    VIGNE. 

et  de  coloration.  Sa  longueur  mesure  2  millim.  environ  sur  l  de  large; 
V abdomen  m  plus  de  largeur  que  le  thorax,  dont  les  trois  anneaux  sont  dis- 
tincts ;  la  tête  a  relativement  diminué,  ainsi  que  le  rostre,  qui  ue  dépasse 
pas  le  bord  inférieur  du  thorax.  La  couleur  rouge  du  corps  s'est  assombrie 
et  de  petites  bandes  longitudinales  d'un  blanc  sale  se  dessinent  sur  le 
milieu  du  corps  et  sur  les  bords  du  thorax.  Entre  le  vingtième  et  le  tren- 
tième jour,  la  larve  a  atteint  sa  taille  définitive,  environ  3  millim.  de  long. 
Sa  couleur  est  alors  d'un  rouge  très  sombre  un  peu  grisâtre,  ses  antennes 
composées  de  quatre  articles  bien  visibles  et  les  angles  postérieurs  saillants 
des  deux  derniers  segments  du  thorax  indiquent  déjà  les  rudiments  des 
ailes. 

Nymphe.  —  Avant  le  trentième  jour  généralement,  une  mue  a  fait  de  la 
larve  unenymphe.  Celle-ci  mesure  environ  3mm,50de  long.  Les  ailes,  très 
petites  encore,  s'accusent  distinctement,  les  supérieures  ne  dépassant  pas  la 
base  du  métathorax  ;  la  couleur  générale  est  le  brun  sépia  foncé,  les 
taches  et  les  bandes  comme  chez  la  larve  adulte.  Entre  le  quarantième  et 
le  cinquantième  jour,  la  taille  de  la  nymphe  atteint  5  millim.  à  5mm,50  de 
long  sur  une  largeur  de  2  millim.;  la  couleur  est  brunâtre  ;  la  tête,  le  pro- 
thorax et  les  ailes  plus  foncés  que  V abdomen.  Le  bord  externe  des  four- 
reaux des  ailes  est  marqué  d'une  bande  blanc  jaunâtre,  ainsi  que  le  milieu 
et  les  côtés  du  prothorax  et  de  Y  abdomen.  Les  cuisses  sont  fortes,  les 
jambes  et  les  tarses  grêles;  les  antennes,  aussi  longues  que  le  corps,  sont  à 
pointes  effilées. 

La  nymphe  mange  avidement,  et  c'est  le  plus  souveut  sous  cette  forme 
que  l'insecte,  quittant  les  séneçons  et  autres  plantes  indifférentes  à  l'homme, 
commence  à  exercer  ses  ravages.  Il  monte  sur  les  souches  dans  le  courant 
de  mai,  alors  que  le  raisin  déjà  grand  n'a  pas  encore  fleuri. 

Insecte  parfait.  —  Entre  Je  cinquantième  et  le  soixantième  jour  à  partir 
de  l'éclosion,  c'est-à-dire  lin  mai,  apparaît  enfin  l'insecte  ailé,  apte  à  se 
reproduire;  autrement  dit,  parfait. 

Notre  insecte,  sous  cette  forme  définitive,  répond  à  la  description  sui- 
vante : 

Corps  long  de  6  à  7  millim.,  large  de  2,  un  peu  plus  développé  chez  la 
femelle  que  chez  le  mâle.  Teinte  générale  brune  un  peu  fumeuse  avec  des 
taches  et  des  bandes  jaunes.  Tête  triangulaire,  sans  ocelles,  avec  les  yeux 
composés  saillants,  d'un  brun  fumeux  parfois  un  peu  rougeâtre  avec  quatre 
taches  jaunes,  deux  entourant  les  yeux,  deux  à  la  base  du  rostre.  Celui-ci 
atteignant  la  nais.-ance  des  pieds  postérieurs,  antennes  presque  aussi  lon- 
gues que  le  corps,  composées  de  quatre  articles,  dont  le  second  presque 
aussi  long  que  les  trois  autres. 


LA    GR1SETTE    DE    LA    VIGNE. 


185 


Thorax  d'un  brun  rougeâtre  fumeux  en  dessus,  moins  foncé  que  lu  tête. 
Le  premier  segment  (prothorax)  bombé,  trapézoïdal,  portant  en  dessus 


Fig.  40.  —  Lopus  sulcatus  mâle  suçant  le  pédoncule  d'une  grappe  (d'après  les 
dessins  du  Dr  Patriçeon). 


plusieurs  dépressions  ou  silloustransversuux,  plus  accentués  cbezlafemellc, 
marqué  au  milieu  et  sur  les  bords  de  bandes  longitudinales  jaunes  teintées 
d'orange,  ces  bandes  plus  larges,  surtout  plus  diffuses  chez  la  femelle, 
jaunes  en  dessous  avec  la  base  des  pattes  rembrunie.  Le  deuxième  segment 
(mésothorux) ,  moins  développé  que  le  premier,  mais  plus  grand  que  le  troi- 
sième, présentant  en  dessus  un  écusson  triangulaire  marqué  d'une  bande 
ou  tache  jaune  clair  élargie  dans  son  milieu,  teintée  d'orange  vers  sa  partie 
antérieure,  brun  teinté  de  jaune  en  dessous.  Le  troisième  segment  (méta- 
thorax),  le  plus  petit  des  trois,  brun  en  dessus,  brun  teinté  de  jaune  en 
dessous.  Les  pattes  longues  brunes,  teintées  de  jaune.  Les  élijlres  ou 
ailes  supérieures,  chez  le  mâle,  dépassant  l'abdomen  de  1  millim.  environ, 
insérées  sur  le  bord  externe  du  mésothorax  ;  le  corium  de  consistauce  faible, 
occupant  les  deux  tiers  basilaires  ;  le  clavus  bombé,  en  forme  de  triangle 
très  allongé  ;  lu  membrane  occupant  le  tiers  inférieur  de  Pélytre,  de  con- 
sistance mince,  transparente,  enfumée,  présentant  une  nervure  elliptique 
destinée  à  la  renforcer  et  partant  du  corium.  Lu  couleur  des  élytres  est  le 
gris  noirâtre  enfumé,  avec  une  bande  jaune  clair  sur  le  bord  externe  et  deux 
points  triangulaires  d'une  jaune  orangé  ù  l'extrémité  inférieure  du  corium. 
Les  ailes  inférieures  insérées  sur  le  bord  externe  du  métutborux  sont 


18G  LA    GRISETTE    DE    LA    VIGNE. 

membraneuses,  enfumées,  avec  des  reflets  irisés,  à  peine  moins  longues  que 
les  élytres.  Elles  offrent  sur  le  bord  interne  une  nervure  elliptique  et  quatre 
nervures  longitudinales  peu  résistantes  n'atteignant  pas  d'ordinaire  le  bord 
extérieur.  Chez  la  femelle,  qui  ne  vole  pas,  les  ailes  sont  beaucoup  moins 
développées,  ne  dépassant  pas  le  sixième  anneau  abdominal;  la  membrane 
est  réduite  à  la  huitième  partie  de  la  longueur  de  l'élytre  et  les  ailes  infé- 
rieures rud inventaires  dépassent  à  peine  la  moitié. 

Abdomen  de  8  anneaux,  brun  clair,  teinté  de  jaune  sur  les  bords  et  por- 
tant en  dessous  une  rangée  latérale  de  taches  jaunes  beaucoup  plus  larges 
chez  la  femelle,  long  de  2  inillim.  et  demi  chez  le  mâle,  de  plus  de  3  chez 
la  femelle  et  de  forme  renflée  avant  la  ponte.  Les  deux  derniers  anneaux 
portant  l'armure  génitale  sont  relativement  très  développés,  plus  coriaces 
que  les  autres  segments  abdominaux.  Cette  armure  génitale  est  ainsi  décrite 
par  le  D1'  Patrigeou: 

«Le  dernier  anneau  est  surtout  développé  chez  le  mâle  et  porte  seul  en 
réalité  les  organes  génitaux.  Il  est  bombé,  proéminent  et  présente  au  des- 
sous de  l'anus  une  sorte  de  plaque  dont  l'extrémité  libre  regarde  en  haut  et 

en  arrière.  Sous  cette  plaque  se  dissi- 
mule le  pénis.  A  droite  et  à  gauche,  ser- 
vant sans  doute  d'appareil  fixateur  pen- 
dant l'accouplement,  se  voient  deux  pe- 
tites éminences  molles  portant  deux 
crochets  chitineux  repliés  en  dedans. 

«Chez  la  femelle,  les  deux  derniers 
anneaux  de  l'abdomen,  c'est-à-dire  le 
septième  et  le  huitième,  participent  à  la 
formation  des  organes  reproducteurs  ex- 
ternes. Ces  organes  sont  représentés  par 
Fig.  41.—  Lopus  sulcatus  femelle  une  longue  fente  vulvaire  allant  de  la 
(d'après  les  dessins  du  D1'  Pairi-    pointe  de  l'abdomen  au-dessous  de  l'anus 

jusqu'au  sixième  anneau.  Très  dilatable 
dans  le  sens  de  la  largeur,  cette  fente  mesure  un  peu  plus  de  1  millirn.  et 
demi  de  longueur. 

«Elle  cache  entre  ses  bords  un  appareil  particulier  (oviscapte)  :  c'est  une 
lame  cornée,  double,  de  couleur  brune,  aiguë  et  tranchante,  comparable  à 
des  lancettes  recourbées,  articulée  sur  le  sixième  anneau  abdominal  et  que 
l'insecte  mobilise  à  son  gré.  Ce  très  curieux  appareil  remplit  un  triple  but  : 
organe  de  tact,  il  permetà  la  femelle  de  reconnaître  les  fentes,  les  tissures, 
la  consistance,  etc.;  organe  de  perforation,  il  sert  à  creuser  dans  les  parties 
plus  ou  moins  tendres  du  bois  ou  ailleurs  les  cavités  nécessaires  au  dépôt 


LA    GRISETTE    DE   LA    VIGNE.  1 S7 

(les  œufs  ;  organe  de  propulsion  de  l'œuf,  il  prend  celui-ci  entre  ses  deux 
laines  et  le  porte  dans  les  points  que  la  femelle  a  choisis  pour  y  accomplir 
sa  ponte. » 

III.  -  DÉGÂTS  ET  MOYENS  DE  DESTRUCTION. 

Dégâts. — Dans  sa  forme  parfaite,  l'insecte  établi  sur  la  vigne  vit  exclu- 
sivement aux  dépens  du  jeune  raisin  encore  en  bouton,  plantant  son  rostre 
dans  le  pédoncule  ou  sur  le  grain  qui  doit  devenir  la  fleur  [fig.  40) .  Au  bout 
de  trois  à  quatre  semaines,  l'acte  reproducteur  accompli,  il  disparait  complè- 
tement. «A  partir  de  Gnjuin,  la  fleur  de  la  vigne  passée,  dit  M.  Patrigeon, 
on  trouve  des  Lupus  morts  sur  les  feuilles,  sur  le  sol,  au  pied  des  ceps,  un 
peu  partout.  Le  peu  qui  survit  quitte  la  vigne  pourretourner  aux  séneçons  et 
autres  plantes  croissant  entre  les  souebes  ou  dans  les  champs  voisins.  Les 
grains  sucés  prennent  une  couleur  brune  à  l'endroit  piqué,  et,  pour  peu  que 
les  piqûres  soient  coniluentes,  le  grain  entier  devient  noir.  Parfois  une 
portion  seulement  de  l'enveloppe  florale  est  mortifiée,  s'amincit  et  se  per- 
fore. Dans  tous  les  cas,  la  fleur  se  désorganise  entièrement  :  l'ovaire  se  fane, 
le  style  et  le  stigmate  sont  jaunes  et  atrophiés,  le  grain  demeure  stérile. 

»Si  le  raisin  n'est  attaqué  que  partiellement,  les  grains  maltraités,  ou  la 
grappe  secondaire  dont  ils  font  partie,  peuvent  succomber  seulement.  Si 
beaucoup  de  grains  ont  souffert,  on  voit  bientôt  le  raisin  tout  entier  dépérir; 
il  se  fane  et  tombe  peu  après  par  une  section  qui  se  produit  à  quelque  dis- 
tance de  l'attache  du  pédicule  sur  la  tige.» 

En  1884,  d'après  M.Fabien  Rapin,  vice-président  de  la  Société  d'Agri- 
culture de  l'Yonne,  les  dégâts  occasionnés  dans  le  seul  canton  de  Coulange 
la  Vineuse  ont  été  évalués  à  plus  d'un  million. 

«Tout  raisin  touché,  dit  de  sou  côté  le  Dr  Populus,  est  un  raisin  perdu  ; 
or  c'est  par  milliers  que  les  grisettes  se  trouvent  dans  certains  vignobles. 
On  peut  juger  du  ravage  qu'elles  peuvent  faire.  Il  y  a  des  vignes  où  il  ne 
reste  plus  un  seul  raisin.» 

Ce  parasite  est  heureusement  assez  peu  répandu  jusqu'à  présent,  du 
moins  comme  espèce  nuisible  ;  dans  le  département  de  l'Yonne,  il  n'y  a  de 
sérieusement  atteint  que  le  canton  de  Coulange  la  Vineuse.  Dans  le  Centre, 
ce  n'est  guère  que  les  deux  rives  du  Cher  qui  sont  maltraitées,  de  Cbabris 
(Indre)  à  Tbézéc,  sur  un  parcours  d'environ  40  kilom.  On  a  également 
signalé  l'insecte  àOuveillun  (Aude),  mais  la  nouvelle  mérite  confirmation. 
Il  est  même  étonnant  qu'une  espèce  décrite  de  Malaga  et  observée  a 
Auxerre  ne  soit  nuisible  que  sur  quelques  points  isolés.  C'est,  dit  le 
Dr  Patrigeon,  surtout  dans  les  teirains  argileux  et  sur  le  plant  appelé  Col  ou 


188  LA    GRISETTE    DE    LA    VIGNE. 

Teinturier  que  s'exercent  les  ravages.  Or  les  terres  argileuses  abondent  et 
le  6'dfestun  des  cépages  les  plus  répandus  en  France;  «il  est,  dit  M.  Foëx, 
cultivé  depuis  l'Yonne  jusqu'à  l'Océan  et  aux  Pyrénées».  Il  y  a  évidemment 
dans  cette  invasion,  heureusement  restreinte,  des  causes  mal  connues  qui  la 
maintiennent  dans  de  certaines  limites,  causes  sur  l'observation  desquelles 
nous  appelons  l'attention  des  viticulteurs. 

Moyens  de  destruction. — Dans  son  travail  de  1885,  réunisous  forme  d'une 
petite  brochure  publiée  par  la  Librairie  agricole  de  la  Maison  rustique, 
M.Patrigeon  consacre  un  long  chapitre  aux  moyens  de  combattre  la  Grisette 
à  l'état  d'œuf,  à  l'état  de  larve  et  à  celui  d'insecte  parfait.  Nous  ne  voulons 
pas  entrer  dans  le  détail  de  tous  les  remèdes  proposés  par  l'auteur  contre 
l'insecte  éclos,  convaincu  que  la  destruction  des  œufs,  dont  les  abris  d'hiver 
sont  connus,  est  possible  et  que  le  remède  est  là.  Comme  le  dit  du  reste 
M.  Patrigeon,  «le  liquide  proposé  par  M.  Balbiani  contre  l'œuf  d'hiver  du 
Phylloxéra  se  trouve  absolument  indiqué.  Des  expériences  faites  en  grand 
ont  démontré  sa  complète  innocuité  pour  le  bois  de  la  vigne  et  pour  les 
bourgeons.  Destructif  pour  l'œuf  d'hiver  du  Phylloxéra,  on  peut  affirmer 
à  priori  qu'il  ne  le  serait  pas  moins  pour  l'œuf  du  Lopus.  La  dépense  occa- 
sionnée par  le  traitement  serait  d'autant  moins  forte  qu'il  s'agirait  de  badi- 
geonner, à  la  rigueur,  non  la  souche  entière,  mais  seulement  les  vieux  trous 
médullaires. 

»I1  importerait  aussi  de  recommander  aux  vignerons  détailler  avant  le 
mois  de  mars  et  d'enlever  rigoureusement  toutes  leurs  javelles  aussitôt 
après  la  taille  des  vignes  atteintes. 

»Quant  aux  œufs  qui  ont  été  observés  dans  la  moelle  des  osiers,  rien  n'est 
plus  simple  que  de  supprimer  ceux-ci  en  les  remplaçant  par  de  la  paille, 
ou,  si  l'on  en  fait  usage,  de  les  ramasser  soigneusement  au  moment  du  dé- 
piquage des  échalas  et  de  les  brûler.  Pour  les  échalas,  ils  devront  être  trans- 
portés en  lieu  clos  pendant  l'hiver  ou  à  la  fin  de  l'hiver,  et  n'être  reconduits 
dans  leurs  vignes  respectives  que  vers  la  fin  de  mai,  c'est-à-dire  après 
l'éclosion  certaine  de  tous  les  œufs.  Ce  qui  se  passera  est  facile  à  prévoir. 
Faute  de  nourriture,  les  Lopus  périront  bientôt  après  leur  naissance  ;  au 
besoin  même,  quelques  fumigations  d'acide  sulfureux,  pratiquées  en  brûlant 
dans  le  local  un  peu  de  fleur  de  soufre,  assureraient  leur  complète  destruc- 
tion.» 

Nous  passerons  sous  silence,  avons-nous  dit,  les  procédés  de  destruction 
indiqués  par  l'auteur  contre  l'insecte  éclos,  larve,  nymphe  ou  adulte, 
procédés  qui  reposent  surtout  sur  l'idée  d'un  liquide  insecticide  projeté  par 
un  pulvérisateur.  Nous  tenons  cependant  àdire  combien  l'entonnoir  à  attises 


LA    GRISETTE    DE    LA    VIGNE.  189 

(Gg.  42)  nous  parait  devoir  être  conseillé,  <x  Larves  et  adultes,  dit  M.  le 

Dr  Patrigeon,  possèdent  un  instinct  de  conservation  très  développé  ;  tout 

occupées  qu'elles  sont  à  sucer  les   herbes  qu'elles    habitent,    il   sullit  de 

remuer  légèrement  ces  herbes  avec  la  main  pour 

voir  les  larves  tomber  à  terre  et  fuir  dans  toutes 

les  directions.  L'insecte  adulte  établi  sur  la  vigne, 

continuant  la  tactique,  se  laisse  choir  sur  le  sol 

ou  parfois  aussi  se  réfugie  vivement  dans  une 

partie  moins  accessible  et  plus  cachée  du  cep. 

Les  mâles  souvent  prennent  leur  vol  dès  qu'on 

chercheàles  saisir.» L'instrument  languedocien,       Fig.  42.  —  Entonnoir  à 

.  Altises. 

inconnu  dans  le  centre  et  la  basse   Bourgogne, 

nous  semble  aussi  indiqué  ici.  Les  badigeonnages  insecticides  ayant  détruit 
la  plus  grande  partie  des  œufs,  le  peu  de  larves  et  d'adultes  qui  se  trouve- 
ront sur  les  ceps  pourront  être  ainsi  facilement  capturés,  puisqu'ils  tombent 
à  la  moindre  secousse. 

AUTRES    PUNAISES    DES    CHAMPS     ATTAQUANT     ACCIDENTELLEMENT 

LA    VIGNE. 

Il  nous  reste  à  parler  des  quelques  espèces  d'IIétéroptères  qui,  ne  se 
trouvant  que  rarement  en  nombre  sur  la  vigne,  ne  sont  signalés  comme 
nuisibles  que  de  loin  en  loin  et  dans  des  circonstances  particulières. 

Cette  petite  liste  peut  être  dressée  comme  suit  :  Pyrrhocoris  apterus 
Linné,  Camptotelus  minutus  Jakowleff,  Nyzius  senecionis  Schiller, 
hurydema  oleraceum  Linué  et  Sehirus  bicolor  Linné. 

Les  trois  premières  espèces  appartiennent  à  la  famille  des  Lygœides,  les 
deux  dernières  à  celles  des  Pentatomides  !. 

Les  Lygœides  sont  caractérisées  par  un  corps  allongé,  les  antennes  de 
quatre  articles,  l'écusson  petit  ou  médiocre.  Les  Pentatomides,  appelés 
vulgairement  punaises  des  bois,  se  reconnaissent  à  leur  corps  large,  à  leurs 

4  On  trouve  encore,  spécialement  sur  la  vigne,  une  espèce  de  punaise  d'un 
bleu  métallique  (Zicroma  cœrulea  Linné),  qui  a  été  présentée  par  certains  auteurs 
(Maurice  Girard:  Insectes  nuisibles,  1878,  pag.  162)  comme  très  nuisible  aux 
vignes.  C'est  une  erreur  que  nous  devons  rectifier.  Ce  Pentalomidc  est  au  con- 
traire utile,  puisqu'il  est  carnassier  et  se  nourrit  principalement  dus  larves  de 
V Attise  de  la  vigne  (Altica  ampelophaga).  Eu  parlant  de  cette  dernière,  nous  par- 
lerons aussi  de  cet  utile  auxiliaire  du  vigneron.  Nous  nous  empressons  d'ajouter  que 
dans  sou  Traité  élémentaire  d'Entomologie  (Paris,  Baillière et  111s,  1685),  Maurice 
Girard  a  rectifié  sou  erreur. 


190  LA    GRISETTE   DE    LA   VIGNE. 

antennes  de  trois  à  cinq  articles,  à  leur  écusson  grand,  recouvrant  parfois 
entièrement  l'abdomen . 

Pyrrhocoris  apterus  (Linné).  —  Cette  punaise  rouge  et  noire  si  com- 
mune dans  nos  jardins,  sur  les  tilleuls  surtout,  est  appelée  vulgairement  le 
suisse,  le  cherche-midi,  la  punaise  tète  de  mort,  etc.  Elle  se  reconnaît  à 
son  corps  long  de  1  centim.  environ,  large  de  4  millira.,  de  couleur  rouge 
écarlate  variée  de  noir,  la  tête,  le  milieu  du  prothorax,  Yècusson,  le 
clavus  et  la  membrane,  quand  elle  existe,  noire,  deux  taches  rondes  et 
noires  sur  la  corie,  l'une  grande  sur  le  milieu,  l'autre  petite  près  de  la  hase, 
entre  le  clavus  et  le  bord  externe.  L'abdomen,  les  pattes  et  les  antennes 
sont  également  noirs,  les  hords  de  l'abdomen,  un  collier,  une  bande  étroite 
à  chaque  segment  du  sternum,  les  hanches  et  l'extrémité  du  dernier  seg- 
ment ventral  rouge.  D'ordinaire,  les  ailes  inférieures  manquent  et  les 
supérieures  sont  réduites  à  la  coric  et  au  clavus.  Les  individus  ailés  se 
voient  surtout  dans  le  midi  de  l'Europe  et  en  Algérie.  L'espèce  se  trouve 
jusqu'en  Suède,  dans  les  endroits  abrités,  et  aux  Etats-Unis. 

L'insecte  est  omnivore,  suce  les  jeunes  pousses  des  arbres  et  les  fruits  ; 
il  se  nourrit  aussi  de  proies  vivantes,  voire  même  des  jeunes  individus  de 
son  espèce,  si  on  le  prive  d'une  autre  nourriture.  Plusieurs  auteurs  l'ont 
signalé  sur  les  vignes  en  espalier  suçant  les  grains  de  raisin.  Nous  doutons 
fort  que  le  dommage  puisse  être  jamais  bien  grave . 

Camplolelus  minutas  (Jakowlclf).  —  Eu   1882,  nous  avons  reçu  de 
M.  Fabries,  pharmacien  en  chef  des  hôpitaux  à  Oran  (Algérie),  une  grande 
quantité  de  petites  punaises  grises,  signalées  comme  attaquant  la  vigne  en 
masses  énormes,  au  point  de  faire  périr  un  certain  nombre  de  pieds.  Sou- 
mise à  M.  Puton,  l'espèce  a  été  reconnue  être  le  C.  minutas  de  Jakowleff 
décrit  des  bords  de  la  Caspienne,  et  dont  l'aire  géographique  s'étend,  pa- 
rait-il, jusqu'à  l'Algérie.  Le  type  de  l'auteur  russe  étant  entre  les  mains 
de  M.  Puton,  il  n'y  a  pas  de  doute  sur  l'exacte  détermination  de  l'insecte. 
C'est  un  petit  Lygœide  long  de  2mm,50  à  3  millim.  et  large  de  0mm,75  à 
1  millim.,  de  couleur  gris  clair  un  peu  jaunâtre,  avec  la  tête  et  surtout  les 
yeux  rembrunis.  Le  prothorax  porte  à  sa  partie  antérieure  deux  larges 
taches  diffluentes  qui  sont  de  même  teinte,  ainsi  que  la  bordure  antérieure 
du  mêsothorax,  le  clavus  et  la  pointe  postérieure  de  la  corie  de  Vélytre  ;  la 
membrane  de  celle-ci  est  aussi  développée  que  la  corie . 

Comme  ampélophage,  cette  espèce  n'a  encore  été  signalée  que  d'Oran. 

Nysius  senecionis  (Schiller).  —  Cet  insecte,  appelé  par  certains  auteurs 
N.  cymoides  (Spinola),  a  été  depuis  quelques  années  signalé  en  Algérie  et 


LA   GRISETTE   DE    LA    VIGNE.  191 

rnèmc  en  France  comme  nuisible  à  la  vigne,  et  a  fait  l'objet  de  plusieurs 
Notes  un  peu  trop  alarmistes,  selon  nous. 

La  première  mention  qui  en  ait  été  faite,  et  la  plus  importante  aussi,  se 
trouve  dans  une  longue  communication  du  général  de  Valdan,  lue  à  la 
Soc.  entom.  de  France  par  M.  Sigaoret  (22  mai  1887).  D'après  ce  docu- 
ment, où  se  trouvent  de  nombreux  détails  sur  l'insecte,  sa  grande  multi- 
plication et  sa  manière  d'attaquer  le  bourgeon,  les  ravages  peuvent  devenir 
graves,  et  certaines  vignes  au  sud  de  Constantinc  ont  été  sérieusement 
atteintes  en  1887.  «  L'insecte,  y  est-il  dit,  attaque  le  bourgeon  à  la  base,  et 
la  sève,  s'écbappant  par  la  piqûre  qui  est  marquée  par  une  tac.be  rouge, 
la  partie  supérieure  encore  herbacée,  se  fane  et  meurt».  Licbtenstein,  de 
son  côté  [Bull.  Soc.  entom.  de  France,  II  août  1869),  parle  de  l'espèce 
comme  trouvée  en  grand  nombre  dans  les  vignes  de  Sorgues  (Vaucluse) . 

Il  se  demande  si,  au  lieu  de  voir  en  elle  un  ennemi  des  souebes,  on  ne 
doit  pas  la  considérer  comme  carnassière  et  vivant  aux  dépens  du  Phyl- 
loxéra. M.  le  Dr  Signoret  (même  Recueil  1869,  pag.  559)  combat  cette 
opinion.  Ayant  personnellement  fait  vivre  l'insecte  en  captivité  sur  des 
bourgeons  de  vignes  portant  des  galles,  l'ayant  vu  sucer  les  tiges  et  ne 
jamais  s'en  prendre  au  Phylloxéra,  nous  sommes  de  l'avis  de  M.  Signoret. 

M.  le  Dr  Desmartis,  enGn,  a  mentionné  l'espèce  comme  causant  des 
ravages  sérieux  sur  la  vigne  dans  le  département  de  l'Aude  [Revue  de 
l 'Aquitaine  et  du  Languedoc.  Bordeaux,  1870). 

De  ces  diverses  Notes,  il  ressort  pour  nous  que  le  Nysius  senecionis, 
qui  est  partout  dans  nos  cultures,  n'attaque  la  vigne  qu'accidentellement. 
«  L'biver  avait  été  sec,  dit  le  général  de  Valdan  ;  la  vigne  n'ayant  reçu 
aucun  binage  depuis  plusieurs  mois,  des  berbes  nombreuses,  surtout  des 
crucifères,  l'avaient  en  vabie.  Aussitôt  après  le  binage,  l'invasion  a  eu  lieu.  » 
Ne  doit-on  pas  supposer  que  les  Nysius  étaient  en  grand  nombre  sur  les 
crucifères  et  que,  brusquement  privés  de  leur  nourriture  habituelle,  ils  ont 
été  forcés  de  s'attaquer  aux  vignes?  Tel  est  notre  avis  concernant  cet 
insecte,  que  l'on  pourra  reconnaître  aux  caractères  suivants  : 

Longueur  4  millim.  à  4mm,50  ;  largeur  lm,u,50  environ;  corps  de  cou- 
leur gris  clair  un  peu  jaunâtre  rembruni  sur  la  tête,  la  partie  antérieure  du 
prothorax  moins  la  bordure,  et  ïécusson  moins  la  pointe  terminale.  La 
tête  parfois  teintée  de  rouge  avec  trois  bandes  longitudinales  de  cette  teinte, 
deux  auprès  des  yeux  et  une  médiane  se  prolongeant  parfois  sur  le  pro- 
thorax, celui-ci  ainsi  que  Vécusson  criblé  de  gros  points  enfoncés,  les 
antennes  rousses,  les  pieds  de  couleur  fauve  avec  les  cuisses  piquetées  de 
points  bruns  et  les  articles  des  tarses  rembrunis  au  bout.  Les  élytres,  d'un 
gris  clair,  parfois  tirant  sur  le  verdâtro  et  piquetées  de  brun  avec  une  bor- 


192  La  grisëtte  de  la  VlGNË. 

dure  brune  au  bord  postéro-interne  de  la  corie,  la  membrane  terminale, 
aussi  développée  que  la  corie,  d'un  gris  blanc  un  peu  irisé.  Dessous  du 
corps  brun  avec  le  bord  et  la  partie  postérieure  de  l'abdomen  jaunes . 

Eurydema  oleraceum  (Linné).  —  Cette  espèce,  appelée  par  beaucoup 
d'auteurs  Pentatoma  oleraceum,  vit  d'ordinaire  dans  nos  jardins  aux  dépens 
de  diverses  crucifères  cultivées,  telles  que  les  choux,  les  navets,  les  raves, 
les  giroflées,  etc.  Nous  ne  l'avons  vue  nulle  part  mentionnée  comme  am- 
pélophage;  mais  nous  la  trouvons  personnellement  en  si  grande  quantité 
chaque  année  dans  les  vignobles  créés  dans  les  sables  du  littoral  de 
l'Hérault,  principalement  au  domaine  de  Maguelone,  et  vivant  sur  la  vigne, 
que  nous  la  mentionnons  au  même  titre  que  les  précédentes. 

Cette  punaise  se  montre  de  mai  en  août.  Dans  les  dunes  non  défrichées, 
elle  se  trouve  sur  une  crucifère  abondante  sur  le  littoral,  le  Nathiolasinuata, 
et,  dans  les  parties  défrichées,  exclusivement  sur  la  vigne,  qu'elle  attaque 
au  point  de  l'affaiblir  sur  certains  points.  Elle  enfonce  son  bec  dans  le  pa- 
renchyme des  feuilles  tendres,  qu'elle  crible  de  petites  surfaces  desséchées, 
à  la  manière  des  divers  Phylloxéras  vivant  sur  les  feuilles  du  chêne. 

Le  corps  est  long  d'environ  7  uiillim.,  large  de  4,  d'un  vert  bronzé  ou 
d'un  bleu  métallique  en  dessus,  marqué  de  plusieurs  bandes  et  taches  d'or- 
dinaire jaunes,  mais  tirant  parfois  sur  le  rouge  ou  sur  le  blanc.  La  tête  est 
finement  bordée  de  même  couleur  en  avant;  le  prothorax,  entièrement  bordé, 
porte  une  large  tache  ou  bande  dans  sa  partie  médiane  ;  Yécusson  porte 
trois  taches,  deux  marginales  en  forme  de  bandes  étroites  partant  des  angles 
de  la  base  et  une  à  son  extrémité.  La  corie  de  l'élytre,  bordée  extérieure- 
ment, porte  aussi  une  tache  vers  son  extrémité.  Le  dessus  du  corps  est 
jaune  avec  de  points  métalliques  verts  ou  bleus  au  bord  de  chaque  segment. 

L'insecte,  assez  gros,  très  visible  par  suite  de  ses  couleurs  bigarrées,  peut 
être  ramassé  à  la  main. 

Sehirus  bicolor  (Linné).  Ce  Pentatomide,  appelé  aussi  Cydnus  bicolor 
et  Canthophorus  bicolor,  long  de  7  millim.  environ,  d'un  noir  luisant, 
finement  ponctué,  avec  des  taches  blanches,  une  au  bord  antérieur  du  pro- 
thorax, une  autre  en  forme  de  croissant  à  la  base  des  élytres,  une  plus 
petite  à  l'extrémité  de  la  corie,  est  commun  dans  nos  haies  et  dans  nos 
jardins.  C'est  la  Punaise  à  quatre  taches  blanches  de  Geoffroy,  qui  vit  sur 
différentes  plantes  potagères  et  divers  arbres  fruitiers.  Elle  a  été  vue  assez 
souvent  sur  la  vigne,  suçant  les  jeunes  pousses  ou  les  raisins,  et  signalée  par 
plusieurs  auteurs. 

Elle  ne  se  multiplie  jamais  en  nombre  tel  que  la  plante  ait  à  en  souffrir 
sérieusement. 


CHAPITRE  IX. 
ORDRE    DES    LÉPIDOPTÈRES 


En  mettant  à  part  le  Phylloxéra,  qui  est  de  beaucoup  l'ampélopbage  le 
plus  dangereux,  on  peut  dire  que  l'ordre  des  Lépidoptères  est  celui  qui 
renferme  les  espèces  les  plus  nuisibles  à  la  vigne. 

Les  insectes  qui  composent  ce  groupe,  appelés  vulgairement  papillons, 
ont  pour  caractère  principal  d'avoir  quatre  ailes  recouvertes  d'écaillés 
brillantes  et  colorées,  imbriquées  comme  les  tuiles  d'un  toit.  De  là,  leur  nom 
(uni;  écaille,  mtpôv  aile).  L'appareil  buccal  est  suceur,  c'est-à-dire  formé 
d'une  trompe  constituée  par  les  deux  mâchoires  qui  se  sont  accolées,  déme- 
surément allongées  et  sont  à  l'état  de  repos  enroulées  en  spirale.  Les  méta- 
morphoses sont  complètes. 

Les  larves,  connues  sous  le  nom  de  Chenilles,  ont  les  six  pieds  articulés 
ordinaires  des  insectes,  plus  des  pieds  membraneux  en  nombre  variable 
placés  par  paires  sous  l'abdomen  et  appelés  fausses  pattes.  Les  nymphes  ou 
chrysalides  ayant  tous  les  appendices  visibles,  mais  d'ordinaire  soudés  au 
corps,  sont  immobiles,  tantôt  suspendues  par  quelques  fils  de  soie,  tantôt 
renfermées  dans  un  cocon  soyeux  ou  terreux  entièrement  clos.  L'insectepar- 
fait  est,  nous  l'avons  dit,  connu  sous  le  nom  de  papillon.  On  a  divisé  les 
Lépidoptères  en  un  certain  nombre  de  groupes,  primitivement  des  genres, 
ensuite  des  familles,  aujourd'hui  des  sous-ordres.  Leurs  dénominations 
ont  changé  de  valeur  à  mesure  que  le  nombre  des  espèces  décrites  s'est 
accru  ;  tant  il  est  vrai  que  les  différentes  coupes  de  la  classification  n'ont 
rien  d'absolu  !  Linné  admettait  trois  grands  genres,  les  Papillons,  les  Sphinx 
et  les  Phalènes.  Latreille  en  fit  trois  familles,  les  Diurnes,  les  Crépuscu- 
laires et  les  Nocturnes.  D'autres  naturalistes,  et  c'est  le  plus  grand  nombre 
aujourd'hui,  adoptant  la  classification  de  Boisduval,  réduisent  ces  groupes 
à  deux,  qu'ils  appellent  des  sous-ordres,  et  qui  sont  les  licléroceres  («Te/»; 
différent,  xepuç  corne),  comprenant  les  Nocturnes  et  les  Crépusculaires,  et 
les  Rhopalocères  (pôrroào-j  massue,  xEpxç  corne),  correspondant  aux  Diur- 
nes. M.  Blanchard  a  proposé  une  autre  base  de  classification,  et  plusieurs 
entomologistes  disent  avec  lui.  les  Chalinoptères  et  les  Achalinoptères, 

13 


194  LES    LÉPIDOPTÈRES    AMPÉLOPHAGES. 

c'est-à-dire  les  Lépidoptères  qui  ont  et  ceux  qui  n'ont  pas  un  frein  (x«>woS) 
retenant  les  ailes  inférieures  Qxées  aux  supérieures.  D'autres  enfin,  surtout 
en  Allemagne,  ont  porté  à  six  le  nombre  de  ces  coupes  principales,  en 
dessous  desquelles  viennent  les  familles. 

Nous  croyons  préférable  d'adopter  la  classification  de  Latreille,  comprise 
par  tous;  des  familles  nous  ferons  seulement  dea  sous-ordres,  et  nous 
dirons  :  Nocturnes,  Crépusculaires  et  diurnes. 

Aucune  espèce  de  papillons  de  jour  n'étant  nuisible  à  la  vigne,  nous 
mettrons  d'ores  et  déjà  de  côté  les  Diurnes.  Nous  n'aurons  donc  à  parler  que 
des  Nocturnes  et  des  Crépusculaires. 

La  nomenclature  des  Lépidoptères  est  embrouillée.  Aidé  des  lumières 
d'un  spécialiste  distingué  de  Paris,  M.  Ragonot.  nous  avons  fait  de  notre 
mieux  pour  la  rendre  claire. 

Renvoyant  pour  la  synonymie  à  la  description  de  chaque  espèce,  nous 
adopterons  la  plupart  des  noms  du  Catalogue  le  plus  généralement  employé, 
celui  des  Lépidoptères  de  la  faune  européenne  de  Staudinger  et  Wocke,  et, 
commençant  par  les  petites  espèces,  nous  grouperons  comme  suit  les  Lé- 
pidoptères ampélophages  : 

Sous-ordre  des  Nocturnes  :  Antispila  Rivillei  Stainton. 

—  —  Torlrix  [Œnophtira]    Pilleriana  *  Schiffer- 

muller  et  Denis. 

—  —  —      (Cochylis)  Ambiguella*  Hubner. 

—  —  —      (Eudemis)  botrana  Schiffermuller. 

—  —  Ephcstia  gnidiclla  Millière. 

1  Walckenaër  et  Anlouin  citent  une  autre  espèce  de  Tordeuse  viticole,  Tortrix 
heperana  (Schiffermuller).  Malgré  toutes  nos  recherches,  nulle  part  nous  n'avons  pu 
trouver  de  renseignements  nous  permettant  de  comprendre  ce  Lépidoptère  dans 
notre  liste  d' ampélophages.  Nous  en  dirons  autant  de  Yllylhia  vinclella  de  Fa- 
bricius,  citée  également  par  Audouin,  et  que,  malgré  son  nom  viticole,  personne  ne 
signale  positivement  sur  la  vigne.  Ce  sont  sans  doute  des  espèces  trouvées  acci- 
dentellement sur  cette  plante  et  qui,  à  tort,  ont  été  considérées  comme  vivant  à 
ses  dépens. 

2  Dans  son  livre  sur  les  Insectes  nuisibles  [DegV  Inselti  che  atlacano  l'Albero 
ed  il  frutto.  Napoli,  1877),  M.  Achille  Costa  décrit  sous  le  nom  de  Tordeuse  de 
la  grappe  (Tortrice  d'ell  uva)  une  espèce  observée  par  lai  attaquant  le  raisin,  à  la 
façon  de  la  Cochylis,  dans  les  vignes  du  Vésuve.  Il  la  rapporte  à  la  Tortrix  Ro- 
maniana,  décrite  par  0.  Costa  comme  atteignant  l'olive.  Nous  pensons  qu'il  s'agit 
là  d'une  de  ces  espèces  polyphages  pouvant  de  loin  en  loin,  dans  des  circonstances 
exceptionnelles,  s'en  prendre  à  la  vigne,  et  qui  ne  doivent  pas  être  pour  cela  com- 
prises parmi  les  insectes  ampélophages. 


ANTISPILA    RIVILLEI.  195 

Sous-ordre  des  Nocturnes  :  Agrotis,  Trilici  Linné. 

—  —  —      Aquilina  Treitschke. 

—  —  —       Obelisca  Ilubner. 

—  —  —      Obesa  Boisduval. 

—  —  —       Crassa  Ilubner. 

—  —  —      Segetum  Scliiffcrmullcr  et  Denis. 

—  —  —      Exclamationis  Linné. 

—  —  —      Pronuba  Liuné. 

—  —  Chclonia  Caja  Linné. 

—  —  —       VUlica  Linné. 

—  —  —      Mendica  Clerk. 

—  —  —      Lubricipeda  Linné. 
Sous-ordre  des  Crépusculaires  :  Ino  ampelophaga  Bayie. 

—  —  Sphinx   (Deilephila)  lineala  Linné. 

—  —  —       Celer  io  Linné. 

—  —  —       Porcellus  Linné. 

—  —  —      Elpenor  Linné. 

De  ces  vingt-deux  espèces,  cinq  à  six  peuvent  être  considérées  comme 
toujours  dangereuses;  parmi  les  autres,  certaines  le  deviennent  de  temps 
en  temps,  d'autres  enfln  ne  sont  qu'exceptionnellement  nuisibles. 

Ici,  comme  dans  tous  les  ordres  d'insectes,  nous  pourrions  dire  dans  toute 
la  série  animale,  c'est  parmi  les  petits  que  se  trouvent  les  grands  ravageurs. 
Nous  aurons  donc  à  parler  surtout  des  Microlépidoptères  (puxp;  petit),  comme 
on  appelle  généralement  les  lilliputiens  du  groupe  des  Nocturnes. 

SOUS-ORDRE  DES  NOCTURNES. 

Ou  nomme  ainsi  des  Lépidoptères  volant  presque  tous  la  nuit,  aux  ailes 
en  forme  de  toit,  munies  d'un  frein  recouvrant  l'abdomen  au  repos,  au  corps 
généralement  épais,  aux  cbenilles  tantôt  nues,  tantôt  velues,  se  filant  pour 
la  plupart  un  cocon  soyeux  pour  abriter  l'état  de  chrysalide. 

Antispila  Rivillei  Stainton. 

Synonymie.  —  Chenille  mineuse  des  feuilles  de  vigne  Godeben  de 
Riville  ;  Alucitauvella  Vallot  ;  Antispila  Rivillella  Rondani. 

Cette  petite  et  mignonne  espèce,  le  plus  petit  des  Lépidoptères  que  nous 
avons  à  décrire,  appartient  à  la  famille  des  Tinéides,  composée  des  petits 


196  ANTISPILA   RIVILLEI. 

Lépidoptères  bien  connus  appelés  vulgairement  teignes,  hartes,  papillons 
de  laine,  etc. 

La  famille  des  Tinêides  peut  être  ainsi  caractérisée  : 

Les  plus  petits  parmi  les  Lépidoptères  ;  antennes  très  minces,  en  forme 
de  soies  ;  palpes  labiaux  développés,  dépassant  la  tête  de  toute  sa  longueur, 
recouverts  de  longues  écailles  en  faisceaux,  le  dernier  article  parfois  re- 
dressé verticalement  ;  palpes  maxillaires  épais  et  saillants;  trompe  courte, 
souvent  avortée;  ailes  longues,  étroites,  frangées,  parfois  étendues,  mais 
le  plus  souvent  repliées  autour  du  corps.  Outre  les  six  pattes  articulées, 
les  chenilles  ont  huit  ou  dix  fausses  pattes.  Les  unes  vivent  dans  des  four- 
reaux, par  exemple  celles  des  espèces  qui  attaquent  les  lainages,  les  crins 
de  nos  meubles,  les  grains,  etc.  D'autres  creusent  les  tissus  végétaux  vi- 
vants, bourgeons,  boutons  de  fleurs,  parenchyme  des  feuilles.  Tel  est  le 
cas  de  notre  Antispila  vivant  exclusivement  dans  la  feuille  de  la  vigne, 
qu'elle  mine  en  y  traçant  des  galeries  sinueuses. 

Selon  M.  Wocke  (in  Heinemann;  Schmetterl.  Deutschl.,  1877,  tom.  Il, 
pag.  314),  le  genre  Antispila,  créé  par  Hubner,  renferme  sept  espèces, 
trois  européennes  et  quatre  américaines.  Les  trois  espèces  d'Europe  sont  : 
Antispila  Pfeifferclla  Hubner,  A.Treitschkiella  Herr.  Scboeff.,  vivant  l'une 
et  l'autre  sur  le  cornouiller,  et  À.  Rivillei  Stainton,  vivant  sur  la  vigne. 
Deux  des  espèces  américaines  vivent  également  sur  la  vigne. 

Le  genre  est  ainsi  caractérisé  :  Très  petits  papillons  ayant  la  tête  dénudée 
ou  parsemée  de  quelques  poils  seulement,  les  antennes  courtes,  les  palpes 
gros  et  pendants,  les  ailes  antérieures  ornées  postérieurement  d'une  frange 
assez  large,  brillantes,  ayant  une  bande  et  deux  taches  pâles  ou  métalliques 
correspondantes. 

La  chenille  a  six  pieds  articulés  et  dix  fausses  pattes.  La  chrysalide  est 
enfermée  dans  une  enveloppe  aplatie  formée  d'un  cocon  recouvert  des  deux 
épidermes  opposés  de  la  feuille  dans  le  parenchyme  de  laquelle  la  chenille 
a  vécu.  Ces  épidermes  sont  coupés  comme  à  l'emporte-pièce  en  forme 
d'ellipse  un  peu  pointue  des  deux  bouts  et  collés  l'un  à  l'autre.  D'une 
pointe  à  l'autre,  court  une  espèce  do  carène  assez  saillante.  Cette  espèce  de 
coque  est  suspendue  par  un  fil  de  soie. 

I.  —  HISTORIQUE. 

h' Antispila  Rivillei  est  une  espèce  italienne,  et,  bien  qu'ayant  été  signalée 
et  décrite  tout  d'abord  par  des  auteurs  français,  elle  n'a  jamais  été  rencon- 
trée dans  notre  pays.  En  dehors  de  la  péninsule,  elle  n'a  été  observée  que 
daus  les  lies  de  Malte  el  de  Corfou. 


ANTISPILA    RIVILLEI  197 

Le  premier  travail  concernant  cette  espèce,  dérouverte  à  Malte,  date  du 
siècle  dernier.  Il  est  de  Godchen  de  Riville  et  a  été  publié  en  1750  (Acta 
extranca  Parisiana,  tom.  I,  pag.  177  à  190,  PI.  X),  sous  le  nom  de  His- 
toire d'une  chenille  mineuse  des  feuilles  de  vigne.  Bonnet,  dans  son  livre 
Contemplation  de  la  nature  (1764),  l'a  reproduit  ;  Lalreille  également 
^Histoire  naturelle  des  insectes,  tom.  I,  pag.  202).  M.  Vallot  (de  Dijon) 
est  le  premier  qui  ait  nommé  l'insecte  et  l'ait  décrit  sous  le  nom  ùvA lucita 
uvella  (Histoire  des  Ins.  ennemis  de  la  vigne,  Mémoires  de  l'Académie 
de  Dijon,  1839-40,  pag.  31). 

En  1855,  Stainton,  ignorant  sans  doute  le  travail  français,  l'a  décrit  de 
nouveau  sous  le  nom  de  Antispila  Rivillei  en  la  comparant  à  une  espèce 
déjà  connue,  VA.  Trcitschkiclla  du  cornouiller  (Trans.  enlom.  Soc.  Lond., 
série  '2,  tom.  III,  pag.  87  ;  et  Ann.  Soc.  eut.  de  Fr.,  1855,  pag.  211,  et 
1857,  pag.  24).  C'est  ce  nom  de  A.  Rivillei  qui  est  généralement  adopté  ; 
mais,  si  comme  nom  de  genre  nous  admettons  celui  d'Antispila,  créé  par 
llQbner,  nous  ne  pouvons,  sans  protester,  en  faire  autant  pour  le  nom 
d'espèce,  la  priorité  de  celui  d'uvclla  donné  par  Vallot  étant  incontestable. 
Les  auteurs  allemands  dont  nous  suivons  le  catalogue  ne  peuvent  avoir 
ignoré  cette  priorité.  L'insecte  est  décrit  et  sa  manière  de  vivre  racontée 
par  l'auteur  français,  pag.  315  de  son  travail  sur  les  Insectes  de  la  vigne, 
de  façon  à  ce  qu'il  n'y  ait  pas  d'équivoque  sur  l'identité  de  l'espèce. 

Nous  devons  toutefois  rejeter  le  nom  générique  d'Alucita1,  employé  par 
Vallot,  parce  qu'il  appartient  à  un  groupe  de  Lépidoptères  qui  ne  fait  même 
pas  partie  de  la  famille  des  Tinéides. 

En  1876,  l'espèce  a  été  de  nouveau  étudiée  à  Parme  par  M.  Rondani. 
Son  travail,  paru  eu  1877  (Ann.  de  la  Soc.  eut.  italienne),  est  très  intéres- 
sant eu  ce  qu'il  donne  la  description  de  trois  parasites  de  l'insecte;  mal- 
beureusement,  sous  prétexte  d'adapter  la  désinence  de  l'épitbète  à  celle 
d'un  grand  nombre  de  noms  de  Tinéides,  il  appelle  l'insecte  Antispila 
Rivillclla.  En  1878  et  1879,  nouvelles  observations  de  M.  Pellegrini  [de 
Vérone)  ;  mais  un  Mémoire  italien  plus  récent  est  celui  de  M.  Targioni 
Tozzetti  [Annali  di agricoltura,  Relazionc  délia  /?.  Stazione  di  cntomologia 
agrariadi  Firenze,  1884).  A  part  la  description  de  Vallot,  qu'il  parait  avoir 
également  ignorée,  ce  qui  lui  fait   adopter  sans  observation  le  uoni  de 

1  Le  genre  Alucita  est  caractérisé  par  des  ailes  entaillées  d'incisions  profonde, 
ee  qui  fait  qu'elles  sont  divisées  en  lobes  distincts  s'ouvrant  comme  les  plis  d'un 
éventail,  caractère  qui  ne  se  rencontre  chez  aucune  Tinéide.  Le  nom  à'Alvcilr  a 
donc  été  improprement  appliqué  à  plusieurs  teignes,  par  exemple  à  l'espèce  qui 
nous  occupe  et  à  l'une  de  celles  qui  attaquent  les  céréales,  la  Sitotroga  cenalella. 
appelée  vulgairement  Alucile  du  blé. 


198  ANTISPILA    RIVILLEI. 

Stainton,  l'auteur  résume  les  autres  travaux  et  figure  l'insecte  qui  depuis 
quelques  années  a  été  observé  dans  presque  toutes  les  régions  viticoles  de 
l'Italie. 

C'est  de  M.  Targioni  que  proviennent  les  exemplaires  en  notre  posses- 
sion ;  c'est  en  partie  dans  son  travail  que  nous  avons  puisé  les  détails  qui 
précèdent,  et  c'est  à  la  même  source  que  nous  emprunterons  la  description 
de  l'insecte. 

II.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 

Corps  d'un  rouge  brun,  avec  le  tborax  argenté  en  dessus,  de  couleur 
blanche  en  dessous. 

Tête  brillante  et  argentée;  trompe  courte;  antennes  du  mâle  à  peine 
pubescentes,  blanches  à  la  base,  métalliques  au  sommet  ;  palpes  maxillaires 
nulles,  palpes  labiaux  de  trois  articles  épais,  le  dernier  de  ceux-ci  en  forme 
de  cône  aigu,  tous  couverts  de  poils  assezlongs. 

Ailes  antérieures  d'un  noir  verdâtre  avec  quatre  taches  dorées  allongées, 
deux  au  bord  antérieur,  deux  au  bord  postérieur,  ces  dernières  se  réunis- 
sant postérieurement  d'une  aile  à  l'autre  en  forme  de  bande  transversale 
oblique,  les  premières  confluentes  ou  séparées  l'une  de  l'autre  par  un  inter- 
valle brun  sinueux,  les  poils  de  la  partie  terminale  longs  et  blanchâtres. Les 
ailes  postérieures  brunes,  les  poils  formant  frange  plus  clairs. 

Pattes  blanchâtres,  argentées;  les  cuisses  et  les  tibias  antérieurs  obscurs; 
les  tibias  intermédiaires  et  postérieurs  armés  de  quatre  éperons  blancs. 
Longueur  lmm,50,  envergure  des  ailes  ouvertes  2mm, 53. 
La  chenille  est  de  couleur  jaunâtre  translucide,  avec  la  tète  marron  et  une 
ligne  brune  sur  le  dos.  Elle  creuse  dans  le  parenchyme  de  la  feuille  une 
galerie  sinueuse  et  une  chambre  de  métamorphose  plus  large  dans  laquelle 
elle  file  son  cocon. 

M.  Gennadius,  d'Athènes,  qui  a  bien  voulu  nous  envoyer  des  feuilles 
attaquées  provenant  de  Corfou,  avec  de  nombreux  cocons,  nous  a  mis  à 
même  d'en  faire  de  visu  la  description  suivante  : 

Ce  cocon  en  soie  blanche  est  recouvert  des  deux  épidémies  de  la  feuille, 
qui,  coupés  comme  à  l'emporte-pièce,  constituent  une  seconde  enveloppe 
protectrice.  Il  est  de  forme  elliptique,  aplatie,  un  peu  pointue  des  deux  bouts, 
avec  une  légère  carène  allant  d'une  pointe  à  l'autre,  et  reste  suspendu  à  la 
feuille  par  un  ligament  soyeux. 

M.  Targioni  a  obtenu  dans  son  laboratoire  deux  générations  de  l'insecte, 
une  de  printemps  et  une  d'automne.  Les  trois  parasites  Hyménoptères 
obtenus  et  décrits  par  le  professeur  Rondani  ont  été  appelés  par  cet  auteur  : 


ANTISP1LA    RIVILLEI.  190 

Entedon  viticola,  E.  antlspilLv,  E.  Rivilclkc  Ils  appartiennent  à  la  famille 
des  Chalcidides,  petits  Hyménoptères  aux  couleurs  métalliques  qui  sous 
leurs  premier?  états  vivent  tous  dans  le  corps  de  diverses  larves.  Vallot 
parle  d'un  parasite  qu'il  appelle  Ichneumon  vitelLv,  mais  dont  il  donne 
une  description  trop  sommaire  pour  qu'on  puisse  reconnaître  l'insecte  ainsi 
désigné.  Il  est,  dit-il,  reconnaissante  à  son  corps  d'un  très  beau  rouge 
tacheté  de  jaune.  Nous  signalons  cette  espèce  à  l'attention  des  observateurs 
italiens.  Ce  n'est  pas  un  Chalcidlde;  mais  est-ce  bien  un  Ichneumon  ? 

III.—  MOYENS  DE  DESTRUCTION. 

Cet  insecte,  intéressant  en  ce  qu'il  est  spécialement  ampélopbage,  n'a  pas 
jusqu'à  présent  causé  de  grands  dommages.  Ce  n'est  pas  toute  la  feuille, 
en  effet,  qui  est  compromise,  et  les  fonctions  de  celle-ci  ne  sont  pas  grave- 
ment entravées.  L'espèce  semble  toutefois  se  répandre  de  plus  en  plus. 
Après  avoir  été  au  début  signalée  à  Malte,  en  Sicile,  à  Corfou,  M.  Targioni 
la  mentionne  de  Venise,  de  Pavie,  d'Ancône,  de  Pesaro,  d'Urbino  et 
d'Ascoli  Piceuo.  Il  est  possible  aussi  qu'on  observe  avec  plus  de  soin 
aujourd'hui  qu'autrefois  ! 

Si  le  parasite  menaçait  de  se  multiplier  outre  mesure,  on  pourrait,  soit 
enlever  les  feuilles  atteintes,  soit  au  moyen  d'une  forte  épingle  extraire  la 
petite  clienillede  sa  galerie  sinueuse,  toujours  très  apparente  sur  la  feuille. 
Ce  travail  minutieux,  mais  en  somme  exécutable,  devra  être  opéré  au 
printemps,  afin  que  la  génération  d'automne,  toujours  plus  considérable, 
ne  puisse  pas  se  produire. 


200  LA    PYRALE   DE    LA    VIGNE. 


LA   PYRALE   DE   LA  VIGNE1 

[Tortrix Pilleriana  Schiffermuller,  177G.) 
(Avec  une  planche  en  chromolithographie.) 


Synonymie.  —  Pxjrale  de  la  vigne  Bosc  (1786)  ;  Phalène  de  la  vigne 
Roberjot  (1787);  Pyralis  vitina  Fabricius  (1794);  Pyralis  Pilleriana  Fa- 
biïcius  (1794)  ;  Tortrix  luteolana  Hubner  (1796);  Chape  de  la  vigne  et 
Pyrale  de  Florensac  Faure  Biguet  et  Sionest  (1802)  ;  Pyralis  vitis  La- 
treille  (1805);  Tortrix  Danticana  Walckenaër  (1835);  Pyralis  vitana  Au- 
douin  (1842)  ;  Œnophlira  Pilleriana  Duponcbel  (1844)  ;  OEnectra  Pille- 
riana Guénée  (1845). 

Dans  les  divers  départements,  la  Pyrale  est  connue  des  vignerons  sous 
le  nom  de   Ver  de  la  vigne  (Rbône  et  Saône-et-Loire),  Ver  à  tête  noire 

1  Bibliographie.—  Schiffermuller  et  Denis  ;  Catalogue  systématique  des 
■papillons  de  Vienne,  1776. —  Bosc  d'Antic  ;  Mémoire  pour  servir  à  l'histoire 
de  la  Chenille  qui  a  ravagé  les  vignes  d'Ârgenteail  en  1786  (Mémoires  de  la 
Soc.  royale  d'Agr.  de  Paris). —  Roberjot;  Mémoire  sur  un  moyen  de  détruire 
les  Chenilles  qui  ravagent  la  vigne  (Mémoires  de  la  Soc.  royale  d'Agr.  de  Paris, 
1787).  —  Faure  Biguet  et  Sionest  ;  Mémoire  sur  quelques  Insectes  nuisi- 
bles à  la  vigne  (Soc.  d'Agr.  de  Lyon,  1809).  —  Bertrand  d'Ace tis  ;  Mémoire 
sur  la  Pyrale  de  la  vigne  (Soc.  d'Agr.  de  Lyon,  1810).—  Artaud  de  la  Fer- 
riére  ;  Mémoire  sur  la  Pyrale  de  la  vigne  (Soc.  d'Agr.  de  Lyon,  1811).  — 
Bosc  ;  Notice  sur  la  Pyrale  et  autres  Insectes  qui  nuisent  aux  vignobles  (Ann. 
de  l'Agr.  de  France,  1813).—  Foudras  ;  Rapport  sur  un  Concours  ouvert  sur 
la  destruction  de  la  Pyrale  (Mémoires  de  la  Soc.  d'Agr.  de  Lyon,  1825). — 
Alexis  Forel  ;  Mémoire  sur  h  Ver  destructeur  de  la  vigne  (Feuille  du  canton 
de  Vaud,  février  1825).  —  Juric  ;  Rapport  siir  les  moyens  de  répression  de  la 
Pyrale  de  la  vigne  (Soc.  d'Agr.  de  Lyon,  1833).  —  "Walckenaër;  Recherches 
sur  les  Insectes  nuisibles  à  la  vigne  (Ann.  Soc.  entom.  de  France,  1835-1836). 
—  Audouin  ;  Diverses  Notes  publiées  dans  les  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des 
Sciences,  les  Annales  de  la  Soc.  d'Agr.  de  Lyon,  les  Ann.  des  Sciences  nal.  et 
le  Bull,  d' Œnologie  de  France,  années  1837  et  1838. —  Sauzey  ;  Instructions 
pour  la  destruction  du  ver  de  la  vigne.  Lyon,  1837.  —  Duméril  ;  Rapport  sur 
les  dégâts  de  la  Pyrale  dans  les  vignobles  d'Argcnicuil  (Comptes  rendus  de  l'Acad. 
des  Sciences,  1837).  —  Dunal  ;  Des  Insectes  qui  attaquent  la  vigne  (BulJ.  Soc. 


LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE.  201 

(Côle-d'Or),  Ver  de  l'été  (Marne),  Conque  (Pyrénées-Orientales),  Babote 
(Hérault). 

Comme  on  le  voit,  la  synonymie  de  ce  Lépidoptère  est  embrouillée. 

Le  point  de  départ  de  Ja  confusion  date  de  Fabricius.  Non  content  de 
rejeter  sans  raison  le  nom  générique  de  Tortrix  et  d'adopter  celui  de  Py- 
ralis,  l'entomologiste  danois  a  donné  de  l'espèce  deux  descriptions  sous 
deux  noms  différents.  Audouin,  qui  a  consacrée  l'insecte  qui  nous  oc- 
cupe un  beau  et  important  travail  classique,  a  adopté  le  nom  de  Pyralis. 
«  Ce  nom,  dit-il  page  22,  est  déjà  reçu  en  France»;  mais  il  convient, 
page  21,  qu'il  vaudrait  mieux  dire  Tortrix,  «  l'insecte  ayant  beaucoup  plus 
les  caractères  des  Tortrix  que  des  Pyralis  ». 

d'Agr.  de  l'Hérault,  1831  à  1838).  —  Desvignos  ;  Manuel  pour  la  cueillette 
des  pontes  de  In  Pyrale,   1838.  —  Recappé  ;  Conseils  aux  cultivateurs  d'Ar- 
genteuil  sur  les  moyens  de  détruire  la  Pyrale,  1838. —  Dr  Companyo  ;  Notice 
sur  les  Insectes  qui  ravagent  les  vignes  des  Pyrén. -Orient.  Perpignan,  1838. — 
Vallot  ;    Mémoire  pour  servir  à  l'histoire  des  Insectes  ennemis  de  la  vigne 
(Mémoires  de  l'Acad.  de  Dijon,  1841  ;  Ann.  Soc.  Agr.  de  Lyon,  1841  ;  Revue  et 
Magasin  de  Zool.,  1840).  — Guérin-Meneville  ;  Notice  sur  les  Py raies  (Extrait 
du  Dictionn.  pittoresque  d'Hist.  nal.,  1839). —  Bourgeois;  Elude  sur  la  Pyrale 
(Soc.  d'Agr.  de  Lyon,  1841).  —  Bugnon  ;  Sur  quelques  Insectes  qui  nuisent  à 
la  vigne   (Neue   Denkschrift  Allgem.   Schweiz.  Geselsch.,  1841).  —  Audouin  ; 
Histoire  des  Insectes  nuisibles  à  la  vi~ne  et  en  particulier  de  la  Pyrale  de  la 
vigne  (Paris,  Fortin  Masson  et  Cie,  1842).  —  Sauzey  ;  Rapport  sur  la  destruc- 
tion de  la    Pyrah  (Ann.  Soc.  d'Agr    de   Lyon,    1842).  —  Westwood  ;    The 
Pyralis  of  (he  Vine   (Gardeners-Chronicle,  avec   fig.,    1847). —  Kollar  ;  Neue 
Beobaehtung  iïber   Tortrix  viiisana  ein  dem  Weinstoche,  in  OEsterreich  sehr 
schœd'dche  Inseckle  (Verhanrïl.  Zool.   Bot.  Verein,  in  Wien,  18521.  —   De  La- 
harpe  ;    Rapport  à  la  Société  Vaudoisc  sur  la  destruction  du  Ver  de  la  vigne 
(Bull.  Soc.  île  Yaud,  1855).  —  Vautrin   de   Lamotte  ;    Réflexions  pratiques 
pour  arriver  à  la  destruction  de  la  Pyrale.  Épernay,  1858.  —  Daunassans  ; 
De  la  Pyrale  et  des  moyens  de  la  combattre  (Journal  de  l'Aigle.  Toulouse,  avril 
1850).  —  Vramant  ;  De  la  Pyrale  et  des  moyens  sûrs  et  faciles  de  la  détruire. 
Épernay,  1300.  —  Paris;  Note  sur  la  Pyrale  yliuW.  Suc.  eut.  de  France,  1862, 
pag.  19).  —  De  Peyerimhoff  ;  Le  Ver  de  la  vigne  (Bull.  Soc.  d'Hist.  nat.  de 
Colmar,    1869.  —    Nordlinger  ;    Die   klrincn    Feinde   der   kandwirllischafl . 
Stuttgart,  1 869.—  Kaltenbach  ;  Die  Pflanzenfeinde  aus  der  Masse  der  Insekten, 
1872.  —  Ladrey;  La  Pyrale  de  la  vigne.  Dijon,  1870.  —  Montoy  ;  Échau- 
dage  de.  la  vigne  et  des   cchalas   (Bull    du  Comice  agr.  de  Beaune).  —  Heuzé  ; 
La  Pyrale  et  l'œuf  d'hiver  du  Phylloxéra  (La  Vigne  française,  1880)  —  André  ; 
Les  Parasites  et  tes  Maladies  de  la   vigne.    Beaune,  1882.  —  Jaussan  ;  De  'a 
Pyrale  et  des  moyens  de  la  combattre.  Béziers,  1882. 


202  LA   PYRALE   DE    LA    VIGNE. 

Voulant  rester  sur  un  terrain  à  la  fois  scientifique  et  pratique,  nous  con- 
servons le  nom  français  de  Pyralc  et  adoptons  comme  nom  latin,  non  pas 
relui  (ÏQEnophtira  Pilleriana  de  Duponcbel,  admis  par  plusieurs  livres 
récents,  mais  celui  de  Tortrix  Pilleriana  des  premiers  descripteurs. 

Le  nom  de  Tortrix,  en  français  Tordeuse,  a  été  donné  par  Linné  à  un 
groupe  de  petits  Lépidoptères  nocturnes  plus  grands  que  les  Teignes,  aux 
ailes  en  forme  de  toit,  n'ayant,  dans  la  position  du  vol,  jamais  moins  de 
7  millim.  et  jamais  plus  de  27  millim.  d'envergure1.  Les  antennes  sont 
en  forme  de  fil  ou  de  soie,  jamais  pectinées  comme  chez  les  Pyralis,  et  au 
repos  toujours  couchées  sur  le  dos.  Les  palpes  sort  droits,  jamais  redres- 
sés à  l'extrémité,  comme  chez  les  Teignes  et  les  Py raies.  Les  ailes  infé- 
rieures sont  toujours  dépourvues  de  dessins,  tandis  que  chez  les  Pyrales 
elles  sont  souvent  ornées  de  lignes  ou  de  taches  concordant  avec  celles  des 
ailes  supérieures. 

On  voit,  par  cette  courte  description  du  groupe,  que  l'insecte  qui  nous 
occupe  doit  bien  être  rangé  parmi  les  Tortrix. 

Avant  l'introduction  en  Europe  du  Phylloxéra,  aucun  insecte  n'avait 
fait  parler  de  lui  autant  que  la  Pyrale.  Connue  peut-être  dès  l'antiquité, 
en  tout  cas  depuis  le  xvi°  siècle,  elle  n'avait  cessé  d'être  considérée  comme 
Pampélophage  le  plus  dangereux.  À  certaines  époques,  surtout  de  1830  à 
1840,  ses  ravages  ont  été  si  considérables  que  l'existence  même  de  la  vigne 
a  été  mise  en  question.  Dans  certains  vignobles,  tels  que  le  Beaujolais  et 
les  Cbarentes,  on  ne  parlait  rien  moins  que  de  l'arracher. 

C'est  à  ce  moment  qu'Audouin,  membre  de  l'Institut,  professeur  au 
Muséum  d'bistoire  naturelle,  fut  chargé  par  le  Gouvernement  français 
d'aller  étudier  sur  place  l'étendue  du  mal,  et  c'est  après  de  nombreuses 
observations  et  plusieurs  voyages  exécutés  de  1837  à  1840  qu'a  été  publié 
le  grand  ouvrage  que  nous  avons  appelé  une  œuvre  classique.  Tous  ceux 
qui  ont  écrit  sur  la  Pyrale,  depuis  1842,  ont  puisé  largement  dans  ce  gros 
volume,  et,  tout  en  ayant  observé  nous-même  l'insecte  sous  ses  différentes 
formes,  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  d'imiter  nos  devanciers.  En  ce 
qui  concerne  spécialement  la  Pyralc,  un  bon  résumé  de  l'œuvre  a  été  pu- 
blié, en  1860,  par  M.  Brullé,  professeur  à  la  Faculté  des  Sciences  de 
Dijon,  ancien  aide-naturaliste  d'Audouin  [La  Bourgogne,  Revue  œnolo- 
gique et  viticole,  par  Ladrey,  professeur  de  cbimie  à  la  Faculté  des  Scien- 
ces de  Dijon),  et  c'est  surtout  à  ce  dernier  travail  que  nous  ferons  des  em- 
prunts. 

1  De  Peyerimoff  ;  Étude  sur  les  Tordeuses  (Ann.  Soc.  entom.  de  Fr.,   1876). 


M    PYRALE   DE    LA   VIGNE.  !03 


I.  —  HISTORIQUE. 

D'après  les  savantes  recherches  de  Walckenaër,  il  est  possible  que  la 

Pyrale  ait  été  connue  des  anciens.  «  Convolvulus  in  vinea  ne  sict  arnur- 
cam  condilo,  le  Convolvulus  ne  se  trouve  pas  sur  la  vigne  badigeonnée 
avec  du  marc  d'huile,  dit  le  traité  De  re  rustica  de  Marcus  Porcius  Cato  ». 
Ce  passage  semble  s'appliquer  à  la  Pyrale  plutôt  qu'au  Rhynchite  ou  Atle- 
labe.  Ce  dernier,  très  commun  en  Italie,  parait  en  effet  désigné  par  Pline 
sous  le  nom  de  volvox  (le  rouleur)  ou  cantharis  (le  scarabée  brillant). 
Pline  distingue  le  volvox  du  convolvulus  et  répète,  au  sujet  de  ce  dernier, 
ce  que  dit  Marcus  Porcius  Cato.  Gesner  (xvie  siècle),  parlant  des  insectes 
qui  attaquent  la  vigne,  ne  fait  guère  que  citer  Pline. 

Il  y  a,  en  somme,  peu  de  documents  utiles  à  retirer  de  mentions  aussi 
vagues,  et  les  premières  observations  un  peu  sûres  remontent  à  l'abbé  Le- 
bœuf.  Dans  son  Histoire  du  diocèse  de  Paris  (1755),  cet  auteur  dit,  en 
effet,  qu'en  1562  «  les  habitants  d'Argenteuil  regardèrent  comme  un  fléau 
de  Dieu  les  insectes  qui  gâtaient  leurs  vignes  dans  le  printemps.  L'évêque 
de  Paris  ordonna  des  prières  publiques  pour  la  diminution  du  fléau.  » 
Comme  Argenteuil  a  toujours  été  et  est  encore  un  des  cantons  préférés  par 
la  Pyrale,  il  est  plus  que  probable  que  les  insectes  désignés  par  Lebœuf 
se  rapportent  à  cette  espèce1. 

Un  demi-siècle  plus  tard,  on  retrouve  la  Pyrale  dans  ces  mêmes  vigno- 
bles. Selon  un  vieux  manuscrit,  dit  Audouin,  un  ver  destructeur  vint,  en 
1(329,  établir  son  séjour  dans  les  vignes  de  Colombe,  près  Argenteuil,  et 
y  commit  d'affreux  ravages.  La  Pyrale  est  mentionnée  de  nouveau  au  bout 
de  cent  ans  sur  le  territoire  d'Ay,  en  Cbampagne.  Une  délibération  du 
Conseil  de  cette  commune,  datée  du  19  avril  1733,  mentionne  ce  qui  suit: 
«  Depuis  quelques  jours,  les  vignes  du  territoire  d'Ay  sont  mangées  dans 
leurs  bourgeons  par  des  vers  qu'on  y  voit  en  quantité  considérable.  Les 
soins  qu'on  pourrait  y  donner  par  la  main  de  l'homme  seraient  inutiles, 

1  Oq  pourrait  s'étonner,  dit  Audouin,  de  l'importance  attachée  alors  à  la  con- 
servation des  vignobles  d'Argenteuil  au  xvie  siècle,  si  l'on  ne  se  rappelait  que  les 
vins  de  ce  canton,  si  peu  recherchés  actuellement,  jouissaient  à  cette  époque  d'une 
haute  réputation.  Les  dîmes  du  vin  formaient  alors  la  partie  la  plus  importante 
des  revenus  de  l'Abbaye  de  Saint-Denis,  et,  dans  une  thèse  publique  des  Ecoles 
de  Médecine  de  Paris,  il  fut  môme  soutenu  que  les  vins  de  ce  terrain  devaient 
avoir  la  préférence  sur  ceux  de  Bourgogne  et  de  Champagne. 


204  LA  PYRALE  DE  LA  VIGNE. 

ainsi  qu'on  l'a  éprouvé  l'année  dernière,  en  sorte  qu'il  ne  reste  d'autre 
ressource  que  d'implorer  la  miséricorde  de  Dieu,  etc.  »  L'année  suivante, 
une  seconde  délibération  nous  apprend  que  «  les  habitants  ont  donné  pou- 
voir aux  maire  et  syndics  de  se  transporter  en  la  ville  de  Reims  pour  de- 
mander la  permission  à  Mgr  l'Archevêque  de  prier  Dieu  et  faire  des  pro- 
cessions pour  les  vermissiaux  ».  Enfin,  d'après  le  journal  tenu  par  un 
propriétaire  du  canton  d'Ay,  le  ver  de  l'été  dévasta  les  vignes  de  ce  canton 
depuis  1779  jusqu'à  1785.  Nous  ne  croyons  pas,  dit  Audouin,  que  jusqu'en 
1820  la  Pyrale  ait  occasionné  dans  ce  pays  de  nouveaux  dommages. 

Dans  le  Beaujolais  et  le  Maçonnais,  il  parait  que,  dès  1746,  Romanècbe 
et  ses  environs  formaient  déjà  le  foyer  principal  des  dégâts  de  l'insecte 
destructeur,  et  un  passage  des  registres  de  la  paroisse  nous  apprend  qu'à 
cette  époque,  pour  obtenir  du  ciel  la  cessation  du  fléau,  une  procession  en 
l'honneur  delà  Sainte- Vierge  fut  établie;  et  elle  a  encore  lieu  à  Romanècbe, 
dit  Audouin,  sous  le  nom  de  procession  de  Notre-Dame  des  vers. 

Vingt  ans  plus  tard,  l'abbé  Roberjot,  curé  de  la  petite  commune  de 
Saint-Vérand,  consignait  dans  un  Mémoire  lu  à  la  Société  d'Agriculture 
de  Paris,  en  1787,  ses  observations  sur  la  Pyrale  et  les  moyens  qu'il  avait 
tentés  pour  la  détruire.  Il  parle  de  l'insecte  comme  l'ayant  observé  depuis 
huit  ans  et  signale  surtout  l'année  1785. 

En  voyant  Roberjot  citer  spécialement  l'année  1785  comme  une  des 
plus  désastreuses  pour  le  Maçonnais,  nous  devons  nous  rappeler,  dit  Au- 
douin, que  cette  même  année  les  vignes  d'Ay  ont  été  violemment  ravagées, 
et  que  ce  fut  aussi  en  1785  que  des  dégâts  semblables  causés  par  le  même 
insecte  aux  vignes  cTArgenteuil  fixèrent  l'attention  de  Bosc. 

C'est  à  Bosc,  en  effet,  que  revient  l'honneur  d'avoir  fait  connaitrele 
premier  en  France,  d'une  manière  scientifique,  la  Pyrale  de  la  vigne.  Il 
en  a  donné,  en  1786,  une  description  assez  exacte  dans  son  Mémoire  pour 
servir  à  V histoire  de  la  chenille  qui  a  ravagé  les  vignes  d'Argenteuil. 
Cependant  dix  années  avant  lui,  en  1776,  Schiffermuller  et  Denis  enre- 
gistraient dans  leur  Catalogue  systématique  des  papillons  de  Vienne,  sous 
le  nom  de  Torlrix  Pilleriana,  une  espèce  que  tous  les  entomologistes  re- 
connaissent aujourd'hui  être  la  Pyrale  de  la  vigne  de  Bosc  et  désignent 
sous  le  nom  du  Catalogue  de  Vienne. 

Pendant  cette  longue  période,  de  1746  à  1786,  où  la  Pyrale  semblait 
établie  dans  les  vignobles  d'Argenteuil,  d'Ay  et  de  Romanècbe,  le  fléau  se 
faisait  aussi  sentir  ailleurs. 

Le  P.  Arcère,  de  l'Oratoire,  dans  son  Histoire  de  la  ville  de  la  Rochelle, 
publiée  en  1786,  parle  de  cet  insecte  comme  ravageant  déjà  les  vignobles 
delà  province  de  l'Aulnis,  et  en  1780,  comme  à  Romanècbe, une  procès- 


LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE.  205 

sion  de  los  roucos  (les  vers)  fut  établie  aux  environs  de  Toulouse,  dans  la 
commune  de  Saint-Simon. 

La  fin  du  siècle  dernier  ne  nous  fournit  plus  de  nouvelles  indications 
relatives  à  la  Pyrale,  soit  que  le  fléau  ait  perdu  de  son  intensité,  soit  plu- 
tôt que  les  événements  politiques  en  aient  détourné  l'attention  ;  mais  il  n'en 
est  pas  de  même  de  ce  siècle. 

En  1808,  les  mêmes  vignes  qui  en  1786  avaient  fait  l'objet  des  recherches 
de  Roberjot,  étaient  de  nouveau  ravagées,  et  c'était  toujours  Romanèche 
qui  était  le  centre  du  territoire  attaqué.  On  trouve  dans  un  manuscrit 
de  Bertrand  d'Acétis  (Archives  de  l'Académie  de  Mâcon)  le  tableau  sui- 
vant de  l'état  des  vignobles  à  cette  époque  :  «  La  propagation  du  fléau  est 
effrayante  ;  il  couvre  de  grandes  surfaces,  sans  abandonner  celles  qu'il  occu- 
pait anciennement.  Les  cantons  envahis  ne  pourront  bientôt  plus  nourrir 
leurs  habitants;  dans  plusieurs  communes,  les  vendanges  n'ont  pas  même 
eu  lieu  cette  année,  et  si  l'on  n'applique  à  ce  mal  un  remède  efficace,  des 
milliers  de  cultivateurs  seront  dans  la  misère,  le  sol  du  paya  ne  convenant 
en  général  qu'à  la  culture  de  la  vigne.  »  Cependant  cette  triste  période  tou- 
chait à  sa  fin,  car  après  avoir  éveillé  l'attention  de  l'autorité,  qui  en  1810 
prescrivait  l'échenillage,  et  après  une  gelée  printanière  (les  Pyrales  mortes 
de  faim  sans  doute),  les  vignes  reprirent  leur  riche  aspect,  et  une  récolte 
peu  abondante,  il  est  vrai,  mais  de  qualité  supérieure,  vint  dédommager  les 
propriétaires.  Cette  récolte  fut  suivie  de  celle  si  renommée  de  1811. 

Quatorze  années  s'écoulèrent  sans  ramener  le  fléau,  puis  en  1825  il  re- 
parut. Faible  d'abord,  le  mal  fut  chaque  année  en  augmentant,  et  en  1837 
et  1838 il  était  parvenu  aune  intensité  effrayante. 

D'après  des  calculs  restés  à  dessein  au-dessous  de  la  vérité,  les  pertes 
éprouvées  durant  cette  période  de  dix  ans  environ,  dans  vingt-trois  com- 
munes du  Rhône  et  de  Saône-et-Loire,  se  sont  élevées  annuellement,  sur 
3,000  hectares  envahis,  à  75,000  hectolitres  de  vin,  soit,  en  calculant  à 
20  fr.  l'hect.,  prix  minimum,  à  1,500,000  fr.  Eu  ajoutant  tous  les  travaux 
accessoires  supprimés  par  le  fait,  fournitures,  frais  de  circulation,  de  trans- 
port, ainsi  que  les  dégrèvements  d'impôts  qui  se  sont  élevés  à  plus  de 
100,000  fr.,  on  a,  pour  ces  deux  départements  seulement,  une  perte  an- 
nuelle de  3  à  4  millions  de  francs,  soit  au  bout  de  dix  ans  une  perte  de  30 
à  40  millions. 

Par  suite  de  circonstances  inconnues,  le  département  de  la  Côte-d'Or 
semble  avoir  été,  à  cette  époque,  préservé,  ou  à  peu  près,  des  ravages  de  la 
Pyrale.  Ce  n'est  qu'en  1837  et  1838  qu'ils  attirèrent  l'attention  des  proprié- 
taires par  l'envahissement  de  quelques  centaines  d'hectares  dont  la  perte 


2()G  LA    PYRALE    DE    LA   VIGNE. 

de  récolte  ne  dépassa  pas  toutefois  un  quinzième,  Nous  verrous  plus  loin 
qu'il  n'en  a  pas  toujours  été  ainsi  malheureusement. 

Dans  le  département  de  la  Marne,  après  avoir  disparu  à  la  fin  du  siècle 
dernier  et  au  commencement  de  celui-ci,  le  mal  se  réveillait  en  1820,  et, 
après  avoir  sévi  pendant  dix  ans  environ,  il  disparaissait  presque  complè- 
tement, pour  ne  plus  reparaître  que  çà  et  là  à  L'état  de  points  isolés;  en  1862 
toutefois,  M.  Paris  (Soc.  ent.  de  France)  signalait  de  nouveau  le  mal  comme 
grave  dans  le  canton  d'Ay,  près  Reims. 

Le  département  de  Seine-et-Oise,  dont  le  canton  d'Argenteuil  avait  été 
l'objet  des  observations  de  Bosc  en  1783,  fut  depuis  cette  époque  dévasté 
par  la  Pyrale  à  deux  reprises  différentes.  Les  années  qui  suivirent  1807 
furent  surtout  marquées  par  de  grands  dégâts.  Puis,  pendant  quinze  an- 
nées, de  1816  à  1831,  le  fléau  cessa,  pour  reparaître  ensuite  avec  une  vigueur 
nouvelle.  En  1837,  le  maire  d'Argenteuil  écrivait  à  l'Académie  des 
Sciences  que  les  dégâts  pouvaient  être,  cette  année-là,  évalués  de  5  à 
600,000  francs,  sans  parler  de  l'influence  funeste  se  faisant  toujours  sentir 
durant  les  années  suivantes. 

La  Pijrale,  déjà  mentionnée  à  la  fin  du  siècle  dernier  dans  la  Haute- 
Garonne,  y  reparut  en  1808,  cessa  tout  à  coup  en  1814,  pour  reparaître 
avec  une  intensité  nouvelle  et  croissante  de  1829  à  1838,  au  point  d'enlever 
les  quatre  cinquièmes  de  la  récolte . 

Le  département  de  la  Charente-Inférieure,  où  l'insecte  avait  exercé  ses 
ravages  vers  le  milieu  du  siècle  dernier,  le  vit  reparaître  en  1801,  puis 
vers  1837,  à  des  degrés  divers;  presque  toutes  les  communes  viticoles  du 
département  étaient  atteintes,  et  l'île  de  Ré,  qui  depuis  longtemps  avait 
quelques  points  d'attaque,  voyait  l'insecte  se  répandre  sur  tout  son  terri- 
toire. En  1838,  aucun  département  viticole  n'était  envahi  d'une  façon  aussi 
générale  et  sur  certains  points  plus  grave.  Une  supplique  adressée  à  cette 
époque  au  préfet  par  la  municipalité  de  Saint-Sauveur  de  Nuaille,  près 
La  Rochelle,  indique  la  durée  et  l'intensité  d'un  fléau  :  «  Depuis  dix-huit 
ans,  les  vignes  de  nos  administrés  sont  atteintes  de  vers  qui  les  dévorent. 
Jamais  calamité  n'a  été  plus  destructive.  Les  hommes  n'ayant  que  cette 
ressource,  la  terre  n'étant  propre  à  aucune  autre  culture,  ils  ont  persévéré 
longtemps  à  entretenir  leurs  propriétés;  mais  actuellement  leur  épuisement 
est  tel  que  les  uns  arrachent  leurs  vignes,  les  autres  cessent  de  les  cultiver.» 
Les  Pyrénées-Orientales,  au  dire  des  vignerons,  ont  de  tout  temps  été 
ravagées  par  la  Pyrale,  appelée  conque  dans  le  pays;  mais  vers  1838, 
comme  dans  les  autres  départements,  le  mal  avait  acquis  la  plus  grande 
intensité  dans  les  deux  cantons  de  Perpignan  et  de  Rivesaltes  ;  on  évaluait 
la  perte  annuelle  à  14,000  hectolitres  de  vin. 


LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE.  207 

Enfin  !o  département  de  l'Hérault  est  atteint,  dit-on,  depuis  plus  d'un 
siècle;  mais  ce  n'est  qu'en  1801  que  les  dégâts  occasionnés  par  la  Pyrale 
dans  les  localités  exactement  désignées,  les  environs  de  Marseillan  et  de 
Florensac  (arrondissement  de  Béziers),  furent  l'objet  d'une  communication 
de  Draparnaud  à  la  Société  d'Agriculture  de  l'Hérault.  Ce  travail  fut 
imprimé  et  répandu  dans  le  département,  par  ordre  du  préfet.  Vers  1818, 
l'insecte  se  montrait  de  nouveau  sur  le  môme  territoire,  et  en  1820  le  mal 
avait  pris  assez  d'accroissement  pour  que  le  Conseil  municipal  de  Mar- 
seillan sollicitât  du  ministre  une  indemnité  aux  deux  communes  atteintes  par 
le  fléau  et  une  prime  d'encouragement  à  qui  trouverait  un  remède  efficace. 
La  Pyrale  gagna  encore  du  terrain  les  années  suivantes,  envahissant 
toutes  les  communes  voisines  de  Florensac  et  de  Marseillan,  surtout  celles 
situées  dans  la  direction  de  la  mer.  sur  la  rive  gauche  de  l'Hérault  ;  puis, 
vers  1823,  disparut,  pour  atteindre  les  environs  de  Montpellier,  où  elle 
paraissait  confinée  en  1838,  au  moment  où  Audouin,  chargé  de  sa  mission 
officielle,  y  arriva. 

Il  résulte  de  ces  documents  historiques,  longuement  développés  dans  le 
livre  d'Audouin  et  résumés  autant  que  possible  dans  les  pages  qui  précè- 
dent, que  pendant  une  période  d'environ  vingt  ans,  se  terminant  en  1838, 
le  fléau  a  été  à  peu  près  permanent  dans  six  départements  viticoles, 
et  qu'à  part  l'Hérault  il  a  toujours  augmenté  en  étendue  et  intensité. 

Depuis  cette  époque,  avec  des  alternatives  que  nous  tâcherons  d'expli- 
quer, quittant  brusquement  ua  canton  pour  en  attaquer  un  autre,  malgré 
des  moyens  vraiment  efficaces  trouvés  pour  la  combattre,  la  Pyrale  a  peu 
à  peu  étendu  son  empire,  et  jusqu'à  la  Bourgogne,  qui  du  temps  d'Audouin 
était  à  peu  près  indemne,  bien  des  vignobles  épargnés  jusque-là  ont  été 
atteints.  «  Les  dégâts  de  la  Pyrale,  dit  M.  André  [Les  Parasites  et  les  Ma- 
ladies de  la  vigne,  pag.  33)  se  calculent  en  Bourgogne  par  des  sommes 
considérables.  Je  ne  veux  en  citer  qu'un  chiffre  rapporté  tout  récemment 
et  qui  résulte  de  calculs  et  d'expériences  consciencieusement  faits  par  un 
de  nos  intelligents  viticulteurs.  M.  Montoy,  dans  le  Bulletin  du  Comité 
d'Agriculture  de  Beaune,  nous  montre  qu'en  écartant  toutes  les  causes 
d'exagération,  la  Pyrale  enlève  certaines  années,  dans  les  vignobles  du 
seul  arrondissement  de  Beaune,  environ  un  tiers  delà  récolte,  représentant 
plus  d'un  million  de  francs,  et  cela  en  ne  considérant  que  les  vignes  à  vins 
Dns  et  sans  tenir  compte  des  grandes  étendues  de  terrains  plantés  en  vignes 
ordinaires.» 

En  Champagne,  d'après  M.  Paris  [Ann.  Soc.ent.,  18G2),  le  mal  s'est 
beaucoup  étendu  depuis  Audouin.  D'après  M.  Vimont,  président  du  Comice 
agricole  d'Épernay   (Ier  juin    1888),  a  les  coteaux  d'Ay  et  d'une  manière 


208  LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE. 


PLANCHE  II. 
Métamorphoses  et  Ravages  de  la  Pyrale  de  la  Vigne. 


1.  Sarment  de  vigne  attaqué  par  la  Pyrale. 
ï  et  3.  Feuilles  rongées. 

4.  Feuille  et  grappe  réunies  en  fourreau  encore  en  végétation. 

5.  Feuille  roulée  en  fourreau  à  demi  desséchée. 
G.  Feuille  roulée  en  fourreau  et  sèche. 

7  et  8.  Chenilles  adultes. 
9.  Chrysalide  à  demi  sortie  d'un  fourreau. 
10.  Papillon  au  vol. 


LA    PYRALE    DE    LA    VlfiNË.  200 

générale  les  environs  de  Reims  sont  toujours  la  terre  île  prédilection  de  la 
Pyrale;  mais,  les  grandes  invasions  ne  se  produisant  que  de  loin  en  loin, 
on  recourt  trop  soumit  au  remède  quand  le  mal  est  fait  » . 

Dans  l'Ouest  et  le  Sud-Est,  le  mal  tend  beaucoup  a  -i1  propager.  Là, 
comme  dans  bien  d'autres  contrées,  depuis  trente  ans,  la  culture  de  la 
vigne  ayant  envahi  les  plaines,  l'insecte,  comme  nous  le  verrons  plus  loin  , 
se  trouve  ainsi  dans  des  conditions  exceptionnelles  de  réussite.  A  l'étran- 
ger, si  nous  parlons  de  la  Suisse,  le  mal,  observé  sur  les  bords  du  Léman, 
dès  1825,  par  Alexis  Forci,  n'a  fait  que  s'étendre,  et  il  nous  aété  signalé 
en  Argovie  par  M.  Wullschleger,  de  Lentzburg.  Eu  Allemagne,  M.  Von 
Heyden  nous  cite  l'insecte  comme  se  trouvant  partout  dans  la  vallée  du 
Rhin.  Il  a  été,  comme  on  sait,  décrit  pour  la  première  fois  eu  Autriche. 
M.  Ilorvath,  de  Buda-I'esth,  le  range  parmi  les  ampélophages  les  plus 
répandus  en  Hongrie,  et  de  son  côté  M.  .1.  Weny  (Rovartani  Lipok,  1S8G) 
le  signale  comme  un  fléau  constant.  M.  Gennadius  en  dit  autant  pour  la 
Grèce,  M.  Graclls  pour  l'Espagne.  En  Ralie,  l'espèce  paraît  moins  fré- 
quente que  la  Cochylis,  et  nous  aurons  l'occasion  de  dire  que  rarement  les 
deux  insectes  attaquent  simultanément  le  même  vignoble. 

II.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 

La  Pyrale  à  l'état  parfait  est  un  petit  papillon  aux  ailes  d'ordinaire  re- 
pliées sur  l'abdomen  et  en  forme  de  ebape. 

Le  corps  est  long  de  11  à  15  millim.,de  l'extrémité  antérieure  des  palpes 
a  l'extrémité  postérieure  des  ailes  ;  la  couleur  est  jaunâtre  plus  ou  moins 
dorée.  L'envergure  des  ailes  déployées  est  d'environ  20  à  24  million  (fig.  43). 

La  tête,  d'un  jaune  fauve,  est  surtout  remarquable  par  ses  deux  palpes 
labiaux  renflés  au  milieu,  formant  en  avant  comme  deux  pointes  paral- 
lèles, longues  d'environ  2  à  3  millim.;  les  antennes, 
iiliformes,  sont  jaunes,  garnies  de  poils  blonds  et  à  pe- 
tites écailles  noirâtres,  composées  de  50  à  60  articles. 
L'insecte  ne  mangeant  pas,  la  trompe  est  courte  et, 
déroulée,  ne  dépasse  pas  1  millim.  et  demi.  Les  Fig.  43.  —  Papillon 
yeux,  grands,    hémisphériques,  composés,   comme  de  la  Pyrale. 

chez  les  autres  Lépidoptères,  de  nombreuses  facettes  hexagonales,  sont 
verts  quand  l'insecte  est  en  vie,  noirs  après  la  mort. 

Le  thorax,  d'un  jaune  doré,  est  convexe,  couvert  d'une  épaisse  fourrure 
d'écaillés  terminées  par  deux  pointes  allongées  en  forme  de  poils,  cachant 
complètement  les  sutures  des  trois  segments  thoraciques. 

Les  ailes  antérieures  sont  jaunes,  rouueâtres,  souvent  avec  des  reflets 

14 


210  la  pyrale  de  la  vigne. 

dorés,  parfois  verdâtres  ou  couleur  paille,  avec  une  tache  à  la  suture,  près 
de  leur  base,  et  trois  bandes  transversales  brunes  à  reflets  dorés  ou  ferru- 
gineux: les  deux  premières  fortement  obliques  ;  les  deux  secondes  moins 
obliques,  très  larges  sur  les  bords;  la  troisième,  celle  de  l'extrémité,  pres- 
que droite.  Cette  tache  et  ces  bandes  sont  plus  accentuées  chez  les  mâles 
que  chez  les  femelles.  Chez  ces  dernières,  elles  disparaissent  souvent;  les 
ailes  sont  alors  d'une  même  teinte.  Les  ailes  postérieures  sont  d'un  gris 
uniforme  plus  ou  moins  doré.  A  la  base  de  ces  ailes,  se  trouve  le  frein,  dont 
nous  avons  parlé  à  propos  des  caractères  généraux  des  Lépidoptères.  C'est, 
chez  la  Pyrale,  un  fort  crin  inséré  à  la  base  de  la  première  nervure  et  venant 
s'engager  dans  un  petit  tube  fixé  à  la  base  de  l'aile  supérieure. 

Les  pattes,  longues,  velues,  sont  d'un  jaune  gris. 

L'abdomen,  caché  sous  les  ailes,  de  même  teinte  que  le  thorax,  est  com- 
posé de  sept  anneaux  distincts. 

Ce  papillon  commence  à  éclore  les  premiers  jours  de  juillet,  un  peu  plus 
tôt,  un  peu  plus  tard,  suivant  les  régions  ;  au  bout  de  vingt  à  vingt-cinq 
jours,  toutes  les  éclosions  sont  terminées,  et  c'est  dans  les  vignes  les  plus 
hâtives  que  se  voient  les  papillons  les  plus  précoces.  L'insecte,  ne  mangeant 
pas,  ne  vit  guère  au  delà  de  quinze  jours,  et,  s'il  trouve  à  s'accoupler  de 
suite,  il  meurt  aussitôt  l'accouplement  et  la  ponte  accomplis.  Le  vol  est 
court,  dix  mètres  au  plus  ;  l'insecte  part  d'un  cep  pour  aller  se  poser  sur 
un  autre.  C'est  au  coucher  du  soleil  que  les  papillons  volent  en  plus 
grand  nombre,  et  ils  ne  reprennent  leur  immobilité  que  lorsque  la  nuit  est 
close.  Le  matin,  au  crépuscule,  le  vol  recommence  et  cesse  peu  après  le 
lever  du  soleil.  Il  va  sans  dire  que  par  un  temps  couvert  il  n'est  pas  rare  de 
voir  des  papillons  voler  en  plein  jour,  surtout  lorsqu'ils  sont  dérangés,  mais 
jamais  au  soleil.  En  cas  de  vent,  l'insecte  reste  jour  et  nuit  dans  une 
immobilité  complète,  cramponné  aux  feuilles  et  aux  tiges,  et  c'est  à  peine 
si  dans  cette  circonstance  on  peut  en  apercevoir  quelques-uns,  môme  à 
l'époque  de  la  plus  forte  éclosion. 

L'accouplement,  qui  a  lieu  sur  les  feuilles  de  la  vigne,  dure  parfois  vingt- 
quatre  heures.  Les  deux  insectes  se  tiennent  bout  à  bout,  la  tète  dirigée 
à  l'opposé  l'un  de  l'autre,  les  ailes  du  mâle  recouvrant  en  partie  celles  de 
la  femelle;  parfois  cependant  celles  de  la  femelle  s'appliquent  sur  celles  du 
mâle. 

Ponte  et  éclosion  des  œufs.  —  C'est  toujours  à  la  face  supérieure  des 
feuilles  que  les  femelles  déposent  leurs  œufs.  Ceux-ci  sont  pondus  en  une 
seule  masse  en  forme  de  plaque,  et  l'insecte  les  dépose  non  pas  en  avançant, 
mais  en  reculant,  les  protégeant  ainsi  de  son  corps  pendant  les  premiers 


i.a  pvraLe  de  la  vigne.  211 

instants.  Un  liquide  agglutinant  fixe  les  œufs  sur  la  feuille;  ils  sont  dis- 
posés par  rangée,  se  recouvrant  un  peu  les  uns  les  autres  comme  les  tuiles 
d'un  toit.  Lorsque  La  dernière  rangée  est  déposée,  la  femelle  emploie  plu- 
sieurs secondes  à  les  recouvrir  de  la  matière  agglutinante,  puis  elle  reste 
sur  les  amfs  deux,  ou  trois  minutes  avant  de  s'envoler.  Dix  minutes  environ 
s'écoulent  entre  le  dépôt  du  premier  œuf  et  le  départ  de  l'insecte.  Ce  délai, 
du  reste,  dépend  du  nombre  d'oeufs  pondus.  Audouin  a  compté  dans  les 
plaques,  depuis  une  douzaine  d'œufs  seulement  jusqu'à  150  ou  200  ;  mais  la 
moyenne  en  renferme  de  50  à  GO.  Ces  plaques  sont  rondes  ou  ovales, 
parfois  irrégulières. 

Les  œufs  sont  d'une  forme  ovalaire  un  peu  comprimée,  d'une  longueur 
de  1  millim.  ou  un  peu  moins,  et  leur  couleur  se  modifie  de  la  ponte  à 
l'éclosion.  Ils  sont  d'abord  d'un  vert  pomme  tendre,  puis  passant  insensi- 
blement au  vert  jaunâtre  et  de  là  au  jaune,  pour  devenir  ensuite  bruns, 
enfin  d'un  gris  noirâtre;  alors  réclusion  approche,  et  après  celle-ci  les 
œufs  deviennent  blancs. 

L'éclosion  se  fait  en  général  au  bout  d'une  dizaine  de  jours,  quelquefois 
un  peu  moins,  mais  souvent  davantage  ;  Audouin  a  constaté  jusqu'à  seize 
jours.  L'abbé  Roberjot  (1787),  qui  le  premier  a  observé  que  les  œufs  ne 
passaient  pas  l'hiver,  a  parlé  d'une  vingtaine  de  jours.  Ce  délai  doit  dépen- 
dre de  la  température  et  de  l'état  hygrométrique  de  l'air.  Audouin  dit  avoir 
hâté  l'éclosion  en  soumettant  les  pontes  à  une  température  de  36°  dans  une 
serre  humide  où  les  feuilles  étaient  entassées.  On  peut  du  reste,  quand  on 
aperçoit  par  transparence  la  tète  de  la  petite  chenille,  en  hâter  la  sortie  en 
soufflant  sur  les  œufs.  A  peine,  dit  Audouin,  le  souffle  chaud  et  humide 
s'est-il  fait  sentir,  que  bientôt  on  distingue  à  la  loupe,  dans  l'intérieur  de 
l'œuf,  la  petite  chenille  qui  se  meut  lentement  ;  on  voit  alors  la  tête  se 
dresser  et  les  mandibules  ratisser  l'enveloppe  jusqu'à  ce  qu'elle  se  rompe. 

Cette  facilité  apportée  à  l'éclosion  par  la  chaleur  humide  contribue  à 
expliquer  la  plus  grande  abondance  de  la  Pyrale  dans  les  bas-fonds  que 
sur  les  hauteurs.  L'air,  plus  calme  le  soir  dans  les  mêmes  endroits,  facilite 
aussi  beaucoup  les  allées  et  venues  des  papillons.  Ceux-ci  paraissant  en 
juillet,  l'éclosion  des  œufs  a  donc  lieu  en  août. 

Le  nombre  des  plaques  d'œufs  sur  une  même  feuille  est  plus  ou  moins 
grand:  quelquefois  il  n'y  en  a  qu'une  ou  deux,  parfois  aussi  quatre,  cinq  et 
jusqu'à  dix  ou  douze.  En  1837,  à  Saint-Lager,  dans  le  Beaujolais,  Audouin 
a  calculé  que  certains  ceps  portaient  plus  de  3,000  œufs. 

La  Pyrale  préfère  la  vigne  à  tous  les  autres  végétaux,  mais  elle  est 
polyphage.  Audouin  adonné  aux  chenilles  des  feuilles  de  frêne,  de  ronce, 
d'althéa,  de  fraisier,  de  luzerne,  qu'elles  mangeaient  fort  bien.  M.  Paris 


212 


LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE. 


[Bail.  Soc.  ent.  de  France,  1862,  pag.  19)  dit  avoir  trouvé  l'espèce  en 
Champagne,  mangeant  les  divers  chardons  qui  poussent  dans  les  vignes. 
Les  pontes  sont  parfois  déposées  sur  toutes  les  plantes  à  la  portée  de 
l'insecte  :  aubépine,  églantier,  liseron,  etc.,  et,  d'après  Audouin,  des  pontes 
trouvées  par  Scbiffermuller  sur  le  Stachys  Gerrnanica  ont  sans  doute 
contribué  à  faire  considérer  pendant  longtemps  les  deux  noms  de  vitana 
et  Pilleriana  comme  s'appliquant  à  deux  espèces  différentes. 

La  chenille. — Au  sortir  de  l'œuf,  les  chenilles  de  Pyrale  ont  de  1  millim . 
et  demi  â  2  millim.  de  longueur.  La  tète  et  le  premier  anneau  sont  d'an 
noir  brillant;  tout  le  reste  du  corps  est  d'un  jaune  verdâtre  et  couvert  de  poils 
de  même  couleur.  Les  chenilles  adultes  (fig.  44)  atteignent  de  2  centim.  et 
demi  à  3  centim.  de  longueur.  Elles  sont  alors  verdàtres  en  dessus,  d."un 
vert  jaunâtre  sur  les  côtés  et  quelquefois  même  d'un 
jaune  assez  vif;  mais  il  y  a  des  variations.  Ainsi,  le  des- 
sous du  corps,  souvent  entièrement  vert  clair,  est  quel- 
quefois orné  de  bandes  longitudinales  d'un  jaune  verdâtre 
ou  grisâtre.  Sur  le  dos  se  voient  de  très  petites  taches 
punctiformes  blanches  et  verdàtres  donnant  naissance  a 
un  poil  d'un  vert  sale  ou  roussâtre.  La  tète  est  toujours 
plus  ou  moins  noire,  mais  le  premier  segment  tboracique 
est  parfois  roux  avec  le  bord  antérieur  plus  clair.  Les 
Fig.  44.— Chenille  côtés  du  corps,  généralement  verts,  sont  tantôt  de  nuance 
e  a  Pyra  e.  c]airej  tantôt  grisâtre,  tantôt  jaunâtre;  le  dessous  est 
souvent  nuancé  de  gris,  de  vert  et  de  jaune,  toujours  d'un  ton  moins  foncé 
que  le  dessus. 

Les  chenilles,  aussitôt  écloses,  se  dispersent  sur  les  feuilles  et  cherchent 
immédiatement  un  abri.  Ce  rfest  qu'au  printemps  que,  sortant  de  leur  re- 
traite, elles  commenceront  leurs  ravages.  Leur  taille,  qui  ne  varie  pas  jus- 
qu'au mois  d'avril  suivant,  prouve  qu'elles  ne  prennent  aucune  nourriture 
en  automne.  Après  s'être  placées  sur  le  bord  d'une  feuille,  elles  se  laissent 
tomber,  soutenues  par  un  long  fil  soyeux,  et,  balancées  parle  vent,  atteignent 
bientôt  le  bois  de  la  vigne,  sous  les  écorces  de  laquelle  elles  se  réfugient. 
Les  bras  de  la  souche  sont  choisis  de  préférence  au  tronc,  surtout  les  parties 
coudées  et  par  cela  même  abritées.  Dans  les  pays  où  l'on  emploie  des 
échalas  ou  des  piquets  pour  soutenir  les  cordons,  les  fissures  de  ces  supporls 
servent  aussi  de  refuge  à  beaucoup  de  chenilles. 

Une  fois  abritée,  la  petite  larve  se  file  un  cocon  de  soie  blanche,  long  de 
3  à  4  millim.,  en  ellipse  allongée.  C'est  dans  cet  étroit  fourreau  qu'elle 
restera  blottie  pendant  tout  l'automne  et  tout  l'hiver,  vivant ^ainsi  pendant 


LA    PYRALE    DE    LA    VIGXE.  2-J3 

neuf  mois  sur  ses  réserves  physiologiques,  jusqu'à  ce  que,  le  soleil  d'avril 
ayant  l'ait  épanouir  les  bourgeons,  elle  sorte  de  son  sommeil  léthargique  et 
monte  vers  les  feuilles. 

L'insecte  ne  mangeant  pas  à  l'état  déjeune  chenille,  ne  mangeant  pas 
non  plus  sous  forme  de  chrysalide  et  de  papillon,  on  conçoit  qu'il  faut  qu'en 
moins  de  deux  mois,  sous  forme  de  grosse  chenille,  il  absorbe  assez  de 
feuilles  pour  les  dix  autres  mois  de  son  existence.  De  là  sa  voracité,  et,  étant 
donnée  sa  fécondité,  les  ravages  rapides  qui  en  sont  la  conséquence. 

Les  chenilles  de  la  Pyrale  quittent  les  écorces  ouïes  fentes  d'échalas  dans 
la  seconde  quinzaine  d'avril  ou  la  première  de  mai,  suivant  les  climats,  sui- 
vant aussi  la  précocité  ou  le  retard  de  la  chaleur.  Dès  qu'elles  ont  gagné 
les  extrémités  des  pousses,  leur  premier  soin  est  de  tendre  des  fils  et  de 
rapprocher  autant  que  possible  les  feuilles  et  les  petites  grappes  qui  consti- 
tuent le  bourgeon.  Jamais, dit  Audouin,  pendant  toute  la  durée  de  leur  vie, 
les  chenilles  ne  commencent  à  manger  sans  s'être  mises  ainsi  à  l'abri  dans 
l'espèce  de  fourreau  qu'elles  se  filent. C'est  en  vain  qu'on  essaye  de  leur  faire 
prendre  leur  nourriture  hors  de  ce  fourreau,  et  lorsqu'elles  sont  obligées  de 
le  quitter,  soit  parce  qu'elles  ont  été  inquiétées,  soit  parce  qu'il  ne  leur  offre 
plus  de  nourriture,  leur  premier  soin  est  de  se  construire  un  nouvel  abri. 

Lorsque  les  feuilles  commencent  à  se  développer  et  que  les  petites  c/ie- 
nilles  ont  atteint  une  longueur  d'environ  1  centim., elles  quittent  l'extrémité 
des  pousses  et  descendent  au  milieu  des  grandes  feuilles  et  des  grappes.  Là, 
elles  recommencent  à  travailler,  et,  le  champ  étant  plus  vaste,  l'ouvrage 
devient  aussi  plus  compliqué.  Se  plaçant  sur  une  feuille  qui  doit  faire  partie 
de  son  nid,  englobant  dans  sa  nouvelle  demeure,  soit  une  autre  feuille,  soit 
une  grappe  voisine  (PI.  II,  fig.  4  et  5), h  chenille  jette  des  deux  côtés  de  son 
corps  des  fils  étroitemeut  bridés  et  entre-croisés  de  manière  à  former  au- 
dessus  d'elle  une  espèce  de  plafond  surbaissé  ;  puis  elle  grimpe  sur  celte 
toile  pour  aller  construire  un  second  étage  à  sa  demeure. Lorsque  la  nouvelle 
trame  est  assez  épaisse,  elle  détruit  avec  ses  mandibules  les  premières  brides 
devenues  inutiles  et  rend  ainsi  sa  demeure  spacieuse.  Enfin  elle  tapisse  de 
fils  la  portion  de  la  surface  de  la  feuille  qui  constitue  le  plancher  de  sa  loge. 

Ce  travail  exige  quelques  heures,  et  il  est  bien  rare  que  la  chenille 
l'abandonne  avant  qu'il  soit  complètement  terminé. 

Le  dommage  causé  à  la  vigne  peut  être  attribué  autant  à  la  construction 
des  fourreaux  qu'à  la  voracité  des  chenilles.  Les  innombrables  fils  jetés  dans 
toutes  les  directions  entravent  eu  effet  la  végétation,  arrêtent  la  floraison  et 
la  fructification  des  grappes  qui  se  trouvent  englobées. Ces  enchevêtrements 
de  grappes,  de  feuilles  et  de  vrilles  offrent  l'aspect  de  désolation  si  parti- 
culier aux  vignobles  envahis  par  la  Pyrale  (PI.  II). 


-14  LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE. 

Les  chenilles  préfèrent  les  feuilles  aux  grappes  ;  mais  elles  mangent 
souvent  ces  dernières,  les  attaquant  d'abord  par  le  pédoncule.  Les  grappes 
alors  se  fanent,  comme  du  reste  les  feuilles,  attaquées  souvent  aussi  par  le 
pétiole  ;  pour  peu  qu'il  pleuve,  la  fermentation  se  produit  dans  le  fourreau 
et  l'insecte  le  quitte  pour  aller  en  former  un  autre,  ce  qui  augmente  d'autant 
les  dégâts.  C'est  surtout  le  matin  et  le  soir  que  le  ravageur  est  dans  toute 
son  activité,  et  l'on  assure,  dit  Audouin,  que  le  soir,  par  un  temps  calme, 
comme  dans  les  magnaneries  au  moment  des  repas,  on  peut  entendre  le 
bruit  que  les  chenilles  font  en  mangeant. 

Chaque  larve  se  construit  un  fourreau  pour  son  propre  compte;  mais  il 
arrive  qu'une  même  feuille  est  utilisée  par  plusieurs  chenilles;  de  sorte  qu'on 
a  pu  dire  que  les  Pyrales  vivaient  en  société  dans  la  même  loge.  Le  cas  se 
présente  lorsque  les  larves  sont  nombreuses  sur  une  même  souche;  encore 
chacune  d'elles  a-t-elle  son  petit  fourreau  séparé  (PI.  II,  Pig.  4)  pour  y 
opérer  tranquillement  ses  mues.  La  Pyrale  à  l'état  de  chenille,  comme  le 
Bo?nbyx  du  mûrier,  comme  du  reste  toutes  les  larves  d'insectes,  est  soumise 
en  effet  à  des  changements  de  peau  qui,  au  nombre  de  quatre  chez  notre 
espèce,  se  succèdent  pendant  les  quarante-cinq  à  cinquante  jours  d'existence 
larvaire.  La  période  d'une  mue  à  l'autre  est  de  dix  a  douze  jours,  y  compris 
le  temps  de  crise  qui  précède  chacune  de  ces  mues. Une  fois  celles-ci  opérées, 
revêtue  d'une  livrée  plus  belle  que  la  précédente,  la  chenille  recommence  ses 
ravages  jusqu'à  ce  que,  huit  jours  environ  après  le  quatrième  changement 
de  peau,  elle  cesse  de  manger  pour  se  transformer  bientôt  en  nymphe. 

La  chrysalide.  —  Quand  le  moment  de  la  métamorphose  est  arrivé, 
c'est-à-dire  seconde  quinzaine  de  juin  environ,  les  chenilles  vont  chercher 
un  abri  dans  les  feuilles  desséchées  et  entrelacées  de  iils  qui  ont  constitué 
les  fourreaux  d'habitation.  Si  les  vignes  n'ont  pas  été  fortement  ravagées 
et  que  les  chenilles  n'y  trouvent  pas  de  nids  convenables,  elles  s'en  font 
de  nouveaux  en  incisant  avec  leurs  mandibules  les  pétioles  de  quelques 
feuilles  qui  ne  tardent  pas  à  se  faner  et  qui,  desséchées  et  réunies  par  des 
fils  à  d'autres  feuilles  ou  à  des  grappes  (fig.  5  et  G),  leur  permettent  de  s'y 
mettre  à  l'abri. 

La  chenille  adulte,  blot'.ie  dans  son  réduit,  ne  prend  plus  aucune  nour- 
riture et  sa  transformation  a  lieu  au  bout  de  deux  ou  trois  jours.  De  suite 
après  cette  métamorphose,  la  chrysalide  est  d'un  vert  jaunâtre,  qui  ne 
tarde  pas  à  devenir  de  plus  en  plus  foncé,  et  au  bout  de  quelques  heures 
l'insecte  est  entièrement  rembruni. 

Renfermée  dans  l'intérieur  du  dernier  étui  de  soie  que  la  chenille  a  filé 
avant  sa  transformation,  libre  quelquefois  au  milieu  des  nombreux  fils 


LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE.  2 1  ô 

tendus  dans  le  fourreau,  la  chrysalide,  dépouillée  de  la  peau  de  larve  pui- 
ses mouvements,  s'y  trouve  soutenue  par  les  épines  recourbées  qui  gar- 
nissent l'extrémité  postérieure  de  son  corps.  Ces  crochets,  au  nombre  de 
huit,  quatre  à  l'extrémité  du  dernier  segment  et  deux  de  chaque  côté, 
s'accrochent  dans  les  fils  qui  entourent  l'insecte,  et  le  maintiennent  en  place 
malgré  les  secousses  occasionnées  par  le  vent. 

A  part  cet  appareil  fixateur,  la  chrysalide  est  remarquable  par  la  double 
rangée  d'épines  qui  garnissent  la  partie  dorsale  de  ses  anneaux  abdominaux. 
Sa  longueur  est  d'environ  12  à  14  millim.  sur  une  largeur  maximum  de 
3  millim.;  sa  forme  est  donc  relativement  allongée.  Sa  couleur  définitive 
est  d'un  brun  rouge,  plus  foncé  sur  l'abdomen. 

La  transformation  en  insecte  parfait  a  lieu  environ  quinze  jours  après  la 
métamorphose  en  chrysalide.  Audouin  a  observé  des  éclosions  au  bout  de 
douze  jours,  d'autres  au  bout  de  dix-huit  jours  seulement.  Au  moment  de 
l'éclosion,  la  peau  de  la  chrysalide  se  fend  sur  les  parties  latérales,  aux 
sutures  formées  par  les  éniinences  des  ailes  et  des  antennes.  Le  papillon 
dégage  d'abord  ses  pattes,  ensuite  sa  tète,  et  finit  par  sortir  entièrement  de 
la  dépouille  de  la  chrysalide.  Celle-ci,  souvent  entraînée  hors  du  fourreau 
par  les  efforts  que  fait  le  papillon  pour  s'en  dégager,  reste  parfois  suspendue 
extérieurement  par  son  extrémité  (Pi.  II  ,fig.  9). 

L'éclosion  se  faisant  le  matin,  l'insecte,  suffisamment  raffermi  par  une 
journée  de  repos,  prend  son  vol  dès  le  premier  soir,  cherche  de  suite  à 
s'accoupler,  et,  la  poute  opérée,  le  cycle  recommence. 

III.  —  CONDITIONS  FAVORABLES  OU  DÉFAVORABLES  A  LA  PYRALE 

Certaines  localités,  telles  qu'Argenteuil  ou  Romanèche,  ont  été,  peut-être 
dès  le  début  de  la  culture  de  la  vigne,  exposées  aux  attaques  de  la  Pyrale; 
d'autres  alternativement  atteintes  ou  préservées  ;  d'autres,  indemnes  pen- 
dant de  longues  années,  ont  été  de  nouveau  brusquement  envahies;  certaines 
enfin,  à  côté  môme  des  quartiers  atteints,  ont  toujours  été  garanties.  Audouin 
s'est  demandé  si  la  nature  du  terrain  était  pour  quelque  chose  dans  l'exten- 
sion du  mal.  D'après  ses  observations,  il  n'en  est  rien.  La  vigne,  dans  les 
différents  viguobles,  est  plantée  dans  les  terrains  les  plus  divers.  L'insecte 
se  montre  dans  le  granit,  le  porphyre,  les  cailloux,  le  sable,  l'argile,  aussi 
bien  que  daus  la  marne,  les  calcaires  compacts,  la  craie  friable,  le  gypse 
ou  les  sols  d'alluvions,  si  variés  de  composition. 

L'exposition  ou  la  disposition  des  lieux  semblent  seuls  influer  sur  la  pré- 
sence de  la  Pyrale.  Presque  toujours  elle  choisit  les  endroits  à  l'abri  du 
vent  du  nord,  les  coteaux  exposés  au  Midi  ou  à  l'Est  et  surtout  les  plaines. 


Î!16  LA    PYBALE    DE    LA    VIGNE. 

Sur  la  rive  droite  de  la  Saône,  aux  environs  de  Montpellier  ou  de  La 
Rochelle,  les  dégâts  ne  sont  plusaussi  graves,  cessent  même  souvent,  aussitôt 
que  le  terrain  commence  à  s'élever.  Si  dans  la  plaine  il  y  a  des  bas-fonds, 
ces  parties-là  sont  spécialement  infestées.  Ce  fait,  observé  de  tout  temps, 
est  en  rapport  surtout  avec  les  habitudes  du  papillon,  qui  recherche  les  parties 
basses,  tranquilles  et  un  peu  humides. 

L'étendue  des  dégâts  dépend  aussi  de  la  nature  des  cépages.  En  Bourgo- 
gne et  dans  Je  Beaujolais,  le  Pinot  est  attaqué  de  préférence  au  Gamay, 
plant  plus  commun.  En  Roussillon  et  dans  le  Bas-Languedoc,  on  a  fait  les 
mômes  remarques  au  sujet  du  Grenache  et  de  YAramon,  aux.  tissus  plus 
tendres  que  ceux  de  la  Carignane.  Celle-ci  est  d'ordinaire  respectée,  au 
détriment  des  deux  autres .  Généralement  les  cépages  à  raisins  noirs  sont  plus 
attaqués  que  les  cépages  à  raisins  blancs.  Les  vignes  vieilles  sont  aussi  plus 
exposées  que  les  jeunes:  il  est  en  effet  prouvé  que  le  papillon  a  l'instinct 
de  confier  de  préférence  ses  œufs  aux  souches  dont  l'écorce  soulevée  et 
crevassée  assurera  aux  jeunes  larves  un  abri  pendant  l'hiver. 

Reste  à  expliquer  pourquoi  le  fléau  disparait  souvent  complètement  d'un 
pays,  tout  au  moins  diminue  beaucoup  d'importance,  pour  reparaître  ensuite, 
parfois  terrible,  à  de  nombreuses  années  d'intervalle. 

A  ce  sujet,  on  est  loin  de  tout  savoir.  Certains  faits  paraissent  même 
inexplicables  ;  mais  on  peut  dire  que  les  intempéries  et  surtout  les  insectes 
parasites  viennent  jouer  bien  souvent  le  rôle  de  pondérateurs. 

Intempéries.  —  Nous  ne  devons  pas  entendre  par  intempéries  les  froids 
de  l'hiver  ou  les  pluies.  Ils  n'ont  aucune  action  sur  les  chenilles  de  Pyrales. 
«  L'hiver  de  1879-1880,  dit  M.  André,  nous  a  fait  passer  en  Bourgogne 
par  des  froids  de  moins  25  à  30°,  tout  à  fait  anormaux  dans  nos  régions, 
et  il  y  avait  lieu  de  croire  que  les  jeunes  chenilles  en  souffriraient.  I\  n'en 
a  rien  été,  car  jamais  les  Pyrales  n'ont  été  aussi  abondantes  que  dans  l'été 
qui  a  suivi.  D'autre  part,  Its  pluies,  même  persistantes,  ne  peuvent  avoir 
que  peu  d'influence  sur  des  chenilles  qui  savent  si  bien  s'abriter  dans  des 
fourreaux  de  feuilles  et  se  filer  des  rideaux  de  soie  qui  les  garantissent.  » 

Les  gelées  printanières  paraissent  avoir  une  tout  autre  importance,  et 
l 'expérience  prouve  qu'elles  peuvent  être  pour  le  vigneron  un  puissant  auxi- 
liaire. A  cette  époque,  dit  Audouin,  les  chenilles,  sorties  de  leur  retraite 
d'hiver,  deviennent  aussi  sensibles  au  froid  qu'elles  l'étaient  peu  auparavant. 
Ayant  commencé  à  prendre  de  la  nourriture,  elles  ne  peuvent  plus  s'en 
passer,  de  telle  sorte  que  les  gelées  tardives  leur  sont  fatales  de  deux  façons, 
action  directe  sur  elles-mêmes  et  destruction  des  feuilles  qui  les  nourrissent. 
C'est  ainsi  que  dans  le  Maçonnais  on  explique  la  brusque  disparition  de  la 


LA    PYHA'-E    DE    LA    VIGNE.  017 

Pyraleeu  1811,  en  1831  et  en  1838.  Les  chenilles,  au  printemps  de  ces  an- 
nées-là,  avaient  commencé  à  se  montrer  en  grand  nombre'dans  les  nouveaux 
bourgeons,  et  disparurent  complètement  pour  plusieurs  années,  à  la  suite 
de  gelées  survenues  fin  avril.  En  1838,  les  chenilles, qui  avaient  supporté 
sans  périr  17  degrés  de  froid  pendant  Pbiver,  succombèrent  au  printemps  à 
une  gelée  de  quelques  degrés.  Le  pbénomèoe  était  sensible  surtout  dans  les 
parties  basses,  où  le  tléau,  comme  nous  l'avons  dit,  a  toujours  plus  d'inten- 
sité. Celte  année-là,  ces  quartiers  à  Pyrales  n'en  avaient  pas,  et  les  coteaux 
non  exposés  à  la  gelée,  souvent  indemnes,  en  avaient  seuls  conservé.  A  une 
époque  où  aucun  remède  ellicace  n'était  connu,  une  gelée,  même  enlevant 
les  trois  quarts  de  la  récolte,  pouvait  donc  être  considérée  comme  un  vé- 
ritable bienfait  par  ceux,  bien  entendu,  qui  savent  voir  au  delà  du  moment 
présent.  L'année  1811,  notamment,  fut  suivie  d'une  longue  période  sans 
Pyrales,  et  fut  aussi  l'année  des  vins  de  la  comète. 

La  pluie  est,  nous  l'avons  dit,  sans  inlluence  sur  les  chenilles  ;  mais  elle 
est  parfois  d'un  secours  sérieux  en  juillet  contre  le  papillon  ;  il  n'est  pas 
rare  alors  de  voir  après  les  orages,  sous  les  ceps  de  vigne,  le  sol  jonché 
de  papillons  qui  auparavant  voltigeaient  à  l'entour. 

Pendant  l'hiver,  l'inondation  des  vignes  basses  à  la  suite  de  grandes  pluies 
a  toujours  été  suivie  de  la  disparition  complète  du  tléau.  On  voit  de  suite 
quel  parti  on  peut  tirer,  contre  la  Pyrale, de  la  submersion  appliquée  sur  une 
graude  échelle  dans  le  midi  de  l'Europe  contre  le  Phylloxéra  '. 

Insectes  'parasites.  —  Comme  la  plupart  des  Lépidoptères,  la  Pyrale 
est  aitaquee  par  des  insectes  parasites,  et,  soit,  que  son  histoire  ait  été  mieux 
faite  que  celle  de  beaucoup  d'autres  mangeurs  de  vigne,  soit  qu'en  réalité 
elle  soit  exposée  à  plus  d'ennemis,  le  nombre  connu  de  ces  utiles  auxi- 
liaires du  vigneron  est  considérable.  L'excellent  livre  d'Audouin  nous 
fournit  encore  à  ce  sujet  des  renseignements  importants. 

Quiconque,  étudiant  la  Pyrale,  a  suivi  ses  transformations  dans  les 
vignes  ou  mieux  encore  dans  son  cabinet,  a  certainement,  au  lieu  du  pa- 
pillon attendu,  vu  sortir  de  la  chrysalide  des  insectes  qui  sous  leurs  pre- 
miers états  avaient  vécu  a  riutérieur  du  corps  de  la  chenille. 

Nous  avons  eu  déjà  l'occasion  de  parler,  en  général,  de  ces  parasites 
qui,  jouant  dans  la  nature  le  rôle  de  pondérateurs,  établissent  un  mouve- 
ment de  bascule  entre  l'espèce  qu'ils  sont  appelés  à  détruire  et  la  leur. 

En  ce  qui  concerne  la  Pyrale,  sa  grande  abondance,  certaines  années, 
est  la  condition   favorable,    la  cause  toute  naturelle  de  la   multiplication 

1  M.  Jaussan  (De  la  Pyrale  et  des  moyens  de  la  combattu  .  Béziers,  1882)  n'est 
pas  de  cet  avis.  Les  observations  d'Audouin  à  ce  sujet  sont  pourtant  positives. 


218  LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE. 

extrême  de  ses  ennemis.  Progressivement,  d'année  en  année,  ceux-ci 
finissent  par  apparaître  en  nombre  tel  qu'à  un  moment  donné  presque 
toutes  les  chenilles  des  Py raies  se  trouvent  infestées  de  leurs  larves  et  que 
bien  peu  arrivent  à  l'état  de  papillon.  L'espèce  disparait  ainsi,  tout  au 
moins  comme  fléau,  parfois  pour  plusieurs  années.  Les  parasites,  éclosen 
nombre  proportionnel  à  celui  des  victimes  détruites,  se  trouvant  alors 
dans  l'impossibilité  de  pondre,  disparaissent  à  leur  tour  jusqu'à  ce  que,  les 
Pyrales  étant  redevenues  nombreuses,  de  nouvelles  conditions  favorables  à 
leur  multiplication  se  présentent  pour  eux.  Avant  que  des  traitements 
véritablement  efficaces  aient  été  connus,  la  Pyrale  a  donc  bien  certainement 
disparu  souvent  d'un  pays  par  des  causes  naturelles,  gelées  printanières 
détruisant  tous  les  bourgeons,  pluies  d'été  ou  attaques  des  parasites. 

Les  ennemis  de  la  Pyrale  sont  nombreux.  Audouin  en  décrit  et  figure 
vingt-quatre  espèces.  Nous  jugeons  inutile  de  parler  de  tous.  Les  insectes 
carnassiers  vagabonds,  comme  les  Carabes,  les  Malacbies,  les  Heméiobes, 
les  Forficules,  etc.,  qui  ne  sont  qu'accidentellement  utiles,  seront  donc 
éliminés,  et  notre  liste  sera  bornée  aux  vrais  parasites  vivant  dans  le  corps 
de  l'insecte  et  qui  sont  de  sérieux  auxiliaires  du  viticulteur. 

Ainsi  réduit,  le  nombre  s'élèvera  encore  à  dix-huit  espèces,  dont  deux 
seulement  appartiennent  à  l'ordre  des  Diptères,  ou  mouches  à  deux  ailes, 
et  les  seize  autres  à  l'ordre  des  Hyménoptères,  ou  mouches  à  quatre  ailes. 
Pour  les  premiers,  nous  suivrons  l'ordre  du  Catalogue  de  M.  Gobert1; 
pour  les  seconds,  celui  du  Catalogue  de  M.  Dours2  : 

Diptères Tacliina  horlorum Meigen. 

Syrphus  [Melanostorna]  hyalinatus.     Macquart. 

Hyménoptères  :   /  Ichneumon  melanoyonus Gravenhorst. 

_      ...     .  1  Agrypon  flaveolatum — 

Famille  des  Limneria  majalis 

Ichneumouides. .  .)  „.       ,       ,      ' 

I  rimpta  aUernans — 

\       —      instigalor Pcmzer. 

i    Chalcis  minuta Linné. 

!    Monodonlomcrus  cupnrus Spiuola. 

I  —  nitidus Smith. 

„     ...    .         \  Pteromaliis  deplanatus Walker. 

Famille  des  . 

Chalcidides commums Nées. 

—  cuprmts — 

/  —         ovatus — 

—  larvarum — 

I    Eulophus  pyralidium Audouin. 

1  D'  Goberl  ;  Catalogue  des  Diptères  de  France.  C.aen,  18a7. 

2  Dr  Dours  ;  Catalogue  des  Hyménoptères  de  France,  Amiens,  1874. 


LA   PYRALE   DE   LA   VIGNE.  210 

Famille  dos  Sphégides. .  Methoca  formicaria ïurine. 

Famille  des  Diploptères.  Eumenes  [Discœlius)  zonatus..     Panzer. 

Donner  ici  une  description  complète  de  ces  dix-huit  espères  serait 
sortir  de  notre  cadre.  Nous  renverrons  donc  pour  les  détails  au  texte  et 
aux  belles  planches  du  livre  d'Audouin,  et  nous  donnerons  seulement  sur 
chacune  ce  que  les  naturalistes  appellent  une  diagnose,  c'est-à-dire  une 
description  sommaire,  suffisante  cependant  pour  faire  reconnaître  l'insecte. 

Tachina  hortorum.  —  Parmi  les  Diptères,  la  famille  des  Muscides  ou 
mouches  vraies  se  compose  d'ordinaire  d'insectes  vivant  à  l'état  de  larve 
aux  dépens  de  matières  azotées,  fumiers,  viandes,  etc.,  en  décomposition; 
beaucoup  d'espèces  cependant  de  la  tribu  des  Tacliinaires  vivent  dans  le 
corps  d'autres  insectes.  Telle  est  la  Tachina  hortorum,  observée  par 
Audouin.  Ayant  vu  sa  larve  sortir  du  corps  d'une  chenille  de  P  y  raie  et 
l'ayant  laissée  se  transformer  en  nymphe,  il  a  obtenu,  douze  jours  après, 
l'insecte  parfait.  C'est  une  mouche  longue  de  7  à  8  millim.,  d'un  noir 
brillant,  velue,  la  tète  garnie  sur  les  parties  latérales  de  la  face  de  poils 
argentés  ;  le  thorax  est  noir  tirant  sur  le  bleuâtre,  l'abdomen  noir  avec 
trois  lignes  transversales  plus  ou  moins  apparentes,  d'un  gris  cendré  argen- 
tin. La  pupe  ou  enveloppe  de  la  nymphe  formée  de  la  peau  delà  larve  est, 
comme  celle  de  tous  les  Muscides,  en  forme  de  barillet. 

Syrphus  hyaïinatus.  —  Le  genre  Syrphus,  qui  a  donné  son  nom  à  la 
famille  des  Syrphides,  se  compose  de  mouches  d'ordinaire  jaunes  et  noires, 
au  vol  tour  à  tour  planant  ou  rapide,  dont  le  rôle  dans  la  nature  est  géné- 
ralement d'entraver  la  multiplication  des  pucerons.  Il  est  facile,  au  milieu 
des  colonies  de  ces  insectes,  d'observer  leurs  larves  allongées  en  forme  de 
sangsues,  sécrétant  autour  d'elles  une  matière  gluante,  sans  cesse  occupées 
à  dévorer  leui-s  victimes.  L'espèce  observée  par  Audouin  fait  exception  et 
se  nourrit  spécialement  de  chenilles  de  Pyrales.  C'est  une  mouche  longue 
de  12  millim.  environ,  d'un  vert  bronzé,  à  l'abdomen  aplati,  présentant 
sur  le  premier  segment  deux  taches  jaunes  et  sur  les  deux  suivants  une 
large  bande  échancrée  vers  le  bas  chez  le  mâle,  complètement  interrompue 
et  formant  deux  taches  chez  la  femelle.  La  tète  et  le  thorax,  sans  aucunes 
taches,  sont  légèrement  pubeseents. 

La  larve,  de  couleur  vert  clair,  pénètre  dans  le  fourreau  de  la  Pyrale, 
et  après  avoir  enveloppé  sa  victime  de  sa  matière  gluante,  malgré  ses 
mouvements  désordonnés,  elie  plonge  dans  son  corps  sa  tête  effilée.  Ecar- 
tant alors  ses  mandibules,  elle  parait  ratisser  tout  le  tissu  sous-cutané  aver- 
ses crochets  cornés  qu'on  aperçoit  par  transparence. 


220 


LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE. 


La  nymphe  ou  pupe,  comme  toutes  celles  du  genre Syrphus,  a  la  forme 
d'une  larme,  renflée  d'un  côté  et  terminée  de  l'autre  par  un  prolongement 
formant  comme  une  queue;  sa  couleur  est  verdâtre.  La  nymphose  dure 
environ  quinze  jours. 


Ichneumon  melanogonus .  — La  famille  des  Ichneumonides,  si  riche  en 
espèces  parasites  des  Lépidoptères,  ne  pouvait  manquer  d'être  représentée 
parmi  les  ennemis  de  la  Pyrale.  C'est  à  elle,  à  la  multiplication  considé- 
rable de  ses  individus,  qu'est  due  souvent,  en  grande  partie,  la  disparition 
subite  du  fléau.  L'insecte,  qui  à  l'état  parfait  vit  du  nectar  des  fleurs,  est 
carnassier  sous  sa  forme  larvaire.  Un  œuf  est  déposé  par  la  pondeuse  sous 

la  peau  de  la  chenille  ;  la  larve  qui  en  sort 
grandit  dans  la  cavité  générale  de  sa  victime, 
vivant  de  son  sang  et  de  son  tissu  graisseux, 
sans  jamais  attaquer  aucun  organe  important. 
La  chenille  ainsi  dévorée  vive  ne  paraît  pas 
cependant  souffrir  beaucoup.  Elle  continue 
à  se  nourrir,  grandit,  peutmème  se  métamor- 
phoser en  chrysalide,  mais  n'arrive  jamais  à 
l'état  parfait.  Sun  ennemi  au  contraire  se 
développe  et  subit  ses  dernières  métamor- 
phoses dans  l'intérieur  du  corps  même  de  la 
chenille  ou  de  la  chrysalide  qu'elle  a  fait 
mourir. La  larve  est  allongée^souvent  termi- 
née en  pointe,  apode  et  de  consistance  molle. 
Fig.  45.  —  Ichneumon.  Tel  est  le  mode  de  développement  des 

Ichneumonides.  Gomme  forme  à  l'état  parfait  (fig.  45),  ce  sont  des  insec- 
tes au  corps  étroit,  linéaire;  les  antennes  grêles,  filiformes,  atteignant  de 
la  moitié  à  la  totalité  de  la  longueur  du  corps,  sont  toujours  animées  d'un 
mouvement  vibratile;  l'abdomen,  long,  souvent  pédoncule,  est  attaché  au 
thorax  entre  les  deux  pattes  postérieures.  Les  femelles  possèdent  un 
oviscapte  composé  de  trois  filets  qui,  réunis,  constituent  l'appareil  perforant 
ou  tarière  destinée  à  l'introduction  des  œufs  dans  le  corps  de  la  victime. 

L'I.  melanogonus  est  long  de  4  à  5  millim.  La  tête  et  le  thorax  sont 
noirs,  les  mandibules  fauves  à  pointe  noire;  les  antennes,  dépassant  à  peine 
la  moitié  du  corps,  ont  les  premiers  articles  ferrugineux,  ceux  de  l'extré- 
mité hlancs  et  lesintermédiaires  noirâtres;  les  pattes  sont  fauves  avec  l'ex- 
trémité des  cuisses  et  des  tibias  noirs.  L'abdomen  a  la  longueur  de  la  tète 
et  du  thorax  réunis,  le  premier  segment  fauve  à  pétiole  noir,  les  deuxième, 
troisième  et  quatrième  fauves,  les  autres  noirs. 


r.A    PYRALE   DE    LA    VIGNE.  221 

Agrypon  foveolatum.  —  Longueur  de  7  à  12  millim.  Face  jaune  ainsi 
que  tout  ou  partie  des  yeux.  Antennes  brunes  à  premier  article  jaune. 
Thorax  noir  ;  souvent,  chez  la  femelle  surtout,  l'extrémité  du  ruésothorax 
est  ferrugineuse,  ainsi  qu'une  tache  latérale  du  prothorax  et  les  sutures 

latérales  de  la  poitrine  ;  parfois  une  tache  de  même  couleur  devant  les 
ailes.  Abdomen  roux,  à  pédoncule  très  grêle  et  très  mince  avec  l'extrémité 
et  le  dos  du  deuxième  segment  noirs.  Pattes  entièrement  fauves.  Ailes 
assez  courtes,  hyalines,  lavées  de  jaune  surtout  vers  la  base,  à  stigma  ou 
tache  du  milieu  de  la  côte  externe  jaune.  Tarière  courte  ne  dépassant  pas 
2  millim. 

Limneria  majalis.  —  Longueur  4  1/2  à  G  millim.;  corps  entièrement 
noir;  mandibules  jaunâtres  au  milieu.  Antennes  noires,  delà  moitié  de  la 
longueur  du  corps.  Abdomen  de  la  longueur  de  la  tète  et  du  thorax  réunis, 
comprimé  à  l'extrémité  chez  les  femelles,  d'ordinaire  rond  chez  les  mâles, 
à  premier  segment  renflé  à  l'extrémité.  Pattes  fauves  avec  les  hanches 
noires.  Ailes  médiocres,  hyalines,  à  stigma  brun.  Tarière  de  la  moitié  de 
la  longueur  de  l'abdomen. 

Pimpla  alternans.  — Longueur  5  à  8  millim.  Noir,  tête  noire,  palpes 
jaunes,  antennes  plus  courtes  que  le  corps,  brunes  en  dessus,  teslacées  en 
dessous  avec  les  deux  premiers  articles  jaunes.  Thorax  noir,  souvent  un 
point  jaune  à  la  racine  des  ailes.  Abdomen  deux  fois  aussi  longs  que  le 
thorax,  noir,  linéaire,  cylindrique  avec  le  bord  des  segments  fauves  chez 
le  mâle,  ferrugineux  chez  la  femelle.  Pattes  fauves,  hanches  tachées  de 
noir,  tibias  postérieurs  bruns  avec  un  anneau  d'un  jaune  pâle  aux  deux 
tiers  antérieurs,  tarses  bruns  avec  la  moitié  basilaire  des  articles  blanche. 
Ailes  hyalines  à  stigma  brun.  Tarière  du  quart  de  la  longueur  de  l'ab- 
domen. 

Celte  espèce  est  celle  que  nous  avons  obtenue  le  plus  souvent  â  Mont- 
pellier dans  nos  éducations  de  Pyrales. 

Pimpla  instigator.  — Longueur?  à  15  millim.  Corps  entièrement  noir. 
Antennes  noires  plus  courtes  que  le  corps.  Abdomen  sessile,  cylindrique, 
plus  long  que  la  tête  et  le  thorax  réunis.  Pattes  roussâtres,  hanches  et  tro- 
ebanters  noirs  ainsi  que  les  tarses  postérieurs.  Ailes  enfumées.  Tarière  de 
la  moitié  de  la  longueur  de  l'abdomen . 

Cet  Ichneumonide,  d'après  le  colonel  Goureau  (Insectes  nuisibles.  Paris, 
Masson,  1861),  attaque  aussi  un  des  Lépidoptères  les  plus  nuisibles  aux 
arbres  fruitiers,  le  Bombyx  chrysorrœa. 

Chalcis  minuta.  —  Les  Chalcidides  parasites  de  la  Pyrale  sont  plus 


222  LA    l'YRALE    DE    LA    VIGNE. 

nombreux  en  espèces  que  les  Idmeumoaides.  Oes  insectes,  le  plus  souvent 
de  très  petite  taille,  ont  pour  caractères  généraux  des  couleurs  d'ordinaire 
métalliques,  des  antennes  coudées  et  une  tarière  assez  longue,  partant  de  la 
face  ventrale  de  l'abdomem.  A  l'état  de  larve,  ils  vivent  aussi  dans  le  corps 
de  leurs  victimes  ;  seulement  le  nombre  des  œufs  pondus  dans  la  même 
cbenille  est  parfois  très  considérable.  Les  larves,  nombreuses  en  propor- 
tion, sont  beaucoup  plus  courtes  que  celle  des  Icbneumonides  ;  comme 
celles-ci,  elles  subissent  leur  métamorpbose  en  nymphe  dans  le  corps  de 
la  cbenille  ou  de  la  ebrysalide  dont  elles  ont  dévoré  la  substance. 

L'espèce  qui  nous  occupe  (fig.  4G)  a  les 
caractères  suivants:  Longueur  3  à  4  millim. 
Corps  entièrement  noir.  Tète  et  tborax  très 
fortement  ponctués,  antennes  noires.  Abdo- 
men d'un  noir  plus  brillant  que  la  tète  et  le 
tborax,  a  pédicule  très  court.  Pattes  anté- 
rieures et  intermédiaires  noires  avec  l'extré- 
Fig.  4 6.  —  Chalcis  minuta,  pa-       .  .  .       , 

rasite  de  lu  Pyrale,  fortement   mite  des  cuisses,   la  base  des  jambes,  leur 

grossi,  extrémité  et  les  tarses  jaunes.  Cuisses  posté- 

rieures renflées  pour  le  saut,  noires  avec  l'extrémité  jaune;  les  tibias 
noirs,  à  base  et  à  extrémité  testacées  ;  tarses  d'un  testacé  pâle. 

Monodontomcrus  cuprseus.  —  Longueur  4  millim.  Corps  entièrement 
bronzé  ou  cuivreux.  Antennes  noires  à  premier  article  vert.  Tborax  pubes- 
cent.  Abdomen  lisse,  luisant,  comprimé  latéralement.  Pattes  de  la  couleur 
du  corps.  Cuisses  postérieures  renflées  pour  le  saut,  armées  d'une  dent  à 
l'extrémité  en  dessous  ;  hanches  postérieures  dentées.  Ailes  irisées  avec  le 
stigma  rembruni  sur  ses  bords.  Tarière  de  la  longueur  de  l'abdomen. 

Monodontomcrus  nitidus.  —  Nous  citons  cette  espèce  d'après  M.  André, 
mais  elle  nous  est  inconnue. 

Pteromalus  deplanalus.  —  Longueur  2  millim.  à  2  millim.  et  demi. 
Tête  transverse,  de  la  longueur  du  thorax,  finement  ponctuée,  d'un  bronzé 
noir.  Antennes  noirâtres  à  premier  article  fauve;  mandibules  fauves. 
Thorax  large,  déprimé,  finement  ponctué,  à  pubescence  légère,  d'un  bronzé 
noir  ;  métathorax  court,  étroit,  subconique.  Abdomen  à  pédicule  très  court, 
de  la  longueur  du  thorax,  mais  un  peu  plus  large,  presque  rond,  un  peu 
déprimé  pourtant,  d'un  brun  doré,  légèrement  caréné  en  dessous,  à  pre- 
mier segment  d'un  bronzé  brillant,  dernier  segment  arrondi  chez  le  mâle, 
en  pointe  chez  la  femelle.  Pattes  d'un  fauve  testacé  avec  les  hanches  et 
souvent  les  cuisses  bronzées.  Ailes  irisées. 


LA  PYRALE  DE  LA  VIGXE.  223 

Pleromalus  communis.  —  Longueur  3  millim.  Tête,  thorax,  abdomen 
bronzés  ou  verdâtres  ;  antennes  grêles,  d'un  brun  noir,  à  premier  article 
testacé.  Abdomen  un  peu  plus  long  que  le  thorax,  ovalaire,  finissant  en 

pointe,  très  lisse.  Pattes  d'un  fauve  testacé  à  ongles  noirs  ;  hanches  de  la 
couleur  du  corps.  Ailes  hyalines. 

Pleromalus  cuprvus. —  Longueur  4  millim.  Cuivreux.  Tète  de  la 
largeur  du  thorax,  ponctuée  ;  antennes  noires  à  premier  article  testacé. 
Abdomen  de  la  longueur  de  la  tète  et  du  thorax  réunis,  conique,  d'un  cui- 
vreux violacé.  Extrémité  et  base  des  tibias  testacés  ainsi  que  les  tarses. 
Ailes  hyalines. 

Pleromalus  ovalus.  —  Longueur  2  millim.  1/2.  Bronzé;  antennes  noires, 
à  premier  article  testacé.  Tète  et  thorax  très  finement  ponctués.  Abdomen 
ovalaire,  court,  cuivreux,  à  base  d'un  vert  brillant.  Pattes  testacées,  à 
cuisses  rousses  avec  le  milieu  brun.  Ailes  hyalines. 

Pleromalus  larvarum.  —  Longueur  2  à  3  millim.  Corps  vert  brillant. 
Antennes  de  la  femelle  brunes  à  premier  article,  jaune.  Tète  verte,  bouche 
jaune.  Thorax  vert,  glabre,  brillant,  finement  ponctué.  Abdomen  de  la 
longueur  de  la  tète  et  du  thorax  réunis,  oblong,  lancéolé,  plan,  aigu,  très 
lisse,  d'un  bronzé  brun,  avec  une  tache  d'un  bronzé  noir  au  milieu.  Pattes 
jaunes,  ailes  hyalines.  Chez  le  mâle,  les  antennes  sont  plus  longues,  de 
teinte  plus  claire,  le  milieu  des  deuxième  et  troisième  segments  abdomi- 
naux testacé  et  translucide;  la  base  des  cuisses,  surtout  des  dernières,  d'un 
bronzé  noir  en  dessus. 

Eulophus  pyralidium.  —  Cette  petite  espèce,  créée  par  Audouin,  n'a 
pas  môme  2  millim.  de  longueur.  Son  corps  est  d'un  bronzé  obscur;  les 
antennes  noirâtres  ;  la  tète  et  le  thorax  sont  couverts  d'une  ponctuation 
serrée  et  d'une  légère  pubescence.  On  remarque  en  outre  un  poil  raidede 
chaque  côté  du  prothorax.  L'abdomen,  oblong,  terminé  en  pointe,  est  très 
luisant.  Les  pattes  sont  de  la  couleur  du  corps  avec  les  tarses  d'un  fauve 
testacé. 

Melhoca  formicaria.  —  Nous  désignons  sous  ce  nom,  d'après  les  Cata- 
logues récents,  un  petit  hyménoptère  rangé  par  Audouin  dans  la  famille 
des  Proctotrupides  et  dans  le  genre  Belhylus.  Tous  les  entomologistes 
actuels  l'ont  sorti  de  ce  groupe,  composé  d'espèces  lilliputiennes,  dont  un 
grand  nombre  vit  à  l'état  de  larve,  non  pas  dans  les  chenilles,  mais  dans  les 
œufs  des  Lépidoptères.  Dès  1861,  le  colonel  Goureau  avait  rapproché  cet 
insecte  des  Sphex, qui  emmagasinent  des  chenilles  pour  nourrir  leurs  larves, 
et  c'est  en  effet  dans  la  famille  des  Sphéyides  qu'il  est  raniié  aujourd'hui. 


224  LA   PYBALE    DE    LA   VIGNE. 

Auilouin  a  admirablement  étudié,  décrit  et  figuré  ses  métamorphoses, -et, 
comme  nous  ne  les  avons  jamais  observées  nous-mème,  nous  n'aurons 
qu'à  citer  brièvement  ce  qu'il  dit. 

Comme  le  nom  d'espèce  l'indique,  l'insecte  ressemble  un  peu  à  une 
fcurmi  ailée.  Le  corps  est  allongé,  étroit,  noir,  lisse.  Les  antennes  d'un 
jaune  testacé  avec  le  premier  article  noir  et  les  derniers  rembrunis.  Les 
ailes  irisées,  légèrement  enfumées  avec  les  nervures  brunes,  n'atteignent 
pas  le  bout  de  l'abdomen.  Les  pattes  testacées  avec  les  hanches  et  les 
cuisses  noires.  L'abdomen,  noir  brillant,  est  terminé  eu  pointe,  ce  qui,  dès 
le  premier  abord,  distingue  l'insecte  des  fourmis. 

helilcihoca  femelle  saisit  une  chenille  par  la  partie  antérieure  du  corps 
et  la  paralyse  d'un  coup  d'aiguillon1  appliqué  sans  doute  dans  les  ganglions 
nerveux  du  thorax.  Plusieurs  œufs  sont  ensuite  pondus  sur  la  peau,  et 
bientôt  de  petites  larves  arrondies  réniformes,  d'un  vert  tendre,  sortent  de 
ces  œufs,  et,  plongeant  aussitôt  leur  tète  entre  les  anneaux  de  la  chenille, 
elles  se  nourrissent  de  sa  substance.  Bientôt  toute  la  partie  antérieure  du 
corps  a  pénétré  dans  celui  delà  victime;  de  réniforme,  le  parasite  devient 
oblong  et  de  couleur  jaune;  puis  enfin,  s'allongeant  de  plus  en  plus,  bien 
que  toujours  courbé  en  forme  de  croissant,  la  couleur  tourne  au  brun  clair 
vineux,  avec  une  tache  foncée  à  l'extrémité  du  corps.  La  larve  adulte, 
longue  d'environ  6  millim.,  quitte  sa  victime  pour  se  filer  à  côté  d'elle, 
sur  les  feuilles,  un  petit  cocon  d'un  blanc  sale,  dans  lequel  ou  aperçoit 
bientôt  la  nymphe  de  couleur  jaunâtre  qui,  par  sa  forme,  rappelle  entière- 
ment l'insecte  parfait.  Les  cocons  de  toutes  les  larves,  c'est-à-dire  cinq  à 
six,  qui  ont  dévoré  une  chenille,  sont  filés  côte  à  côte  sous  une  coque  com- 
mune qui  les  laisse  voir  par  transparence.  De  cocons  filés  le  2  août,  dit 
Audouin,  sont  sortis,  le  15  du  même  mois,  des  insectes  ailés. 

Ceux-ci  passent  l'hiver.  Au  printemps,  ils  sont  communs  sur  les  ceps 
infestés  de  Pyrales,  où  on  les  voit  courir  avec  agilité. 

Eumenes  zonatus.  —  Il  nous  reste  à  parler  d'un  Hymênoptère  de  la 
famille  des  Diploptères,  voisin  des  guêpes,  qui  construit,  contre  un  arbre 
ou  contre  nn  mur,  un  nid  en  terre  gâchée,  à  cellule  arrondie  à  l'intérieur, 
y  emmagasine  des  chenilles  de  P  y  raies  paralysées  d'un  coup  d'aiguillon  et 
dépose  sur  le  tas  un  œuf  d'où  sortira  sa  larve.  Celle-ci,  à  sa  naissance, 
trouve  à  sa  portée  une  proie  sans  défense  et  qui,  n'étant  que  paralysée, 

1  Audouin  dit  :  la  lue  ;  mais  les  belles  études  entomologiques  de  M.  Fàbresur 
la  manière  dont  les  Sphegides  conservent  fraîche  la  proie  destinée  à  leurs  larves 
nous  autorisent  à  dire  que  le  MeUwca  paralyse  la  sienne  d'un  coup  d'aiguillon. 


LA    PYRALE    DE    LA    VIT. NE.  225 

reste  vivante  et  fraîche  jusqu'à  ce  que,  la  provision  épuisée,  le  parasite  se 
transforme  en  nymphe. 

L'insecte  parfait  ressemble,  comme  taille  et  comme  forme,  à  notre  petite 
guêpe  commune  [Polistes  gallicus),  mais  sa  robe  a  beaucoup  moins  de 
jaune.  Il  est  long  d'environ  2centim.,  noir,  la  tète  et  le  thorax  rugueux 
et  couverts  d'une  pubescenre  grise.  L'extrémité  du  labre  ou  lèvre  supé- 
rieure est  jaune,  ainsi  qu'une  tache  à  la  base  des  mandibules.  Les  antennes 
et  les  pattes  sont  noires,  les  ailes  enfumées.  Le  premier  segment  abdominal 
est  en  forme  d'entonnoir,  avec  le  bord  de  la  partie  élargie  jaune,  la  partie 
étroite  forme  le  pédoncule  de  l'abdomen.  Les  deuxième  et  troisième  seg- 
ments, c'est-à-dire  les  plus  larges,  portent  à  leur  partie  postérieure  deux 
bandes  transversales  jaunes. 

Tels  sont  les  principaux  ennemis  de  la  Pyrale,  ceux  qui,  à  un  moment 
donné,  peuvent  arriver  à  faire  rentrer  l'insecte-fléau  dans  le  rang  des  es- 
pèces indifférentes.  Nous  devions  les  étudier  pour  avoir  une  idée  des 
moyens  puissants  que  la  nature  emploie  pour  maintenir  l'équilibre  des  es- 
pèces. Mais  le  viticulteur  ne  pouvait  se  contenter  de  ces  moyens  curatifs, 
dont  l'action  ne  se  fait  parfois  sentir  qu'au  bout  de  plusieurs  années  et  qu'il 
ne  peut  diriger.  Il  en  a  cherché  de  plus  efficaces,  lui  permettant  d'obtenir 
chaque  année  une  récolte  malgré  la  Pyrale,  et  il  lésa  trouvés. 

IV. —  LUTTE  CONTRE  LA  PYRALE. 

De  temps  immémorial1,  on  a  combattu  les  ravages  de  la  Pyrale  par 

i'écbenillage  ;  mais  le  remède  se  montrait  toujours  peu  efficace.  Ce  n'est 
guère  qu'en  1842,  époque  de  la  publication  du  livre  d'Audouin,  que  la  lutte 
contre  l'insecte  a  été  entreprise  d'une  façon  rationnelle  par  la  plupart  des 
viticulteurs  atteints.  Non  pas  que  les  procédés  conseillés  par  le  savant 
professeur  du  Muséum  aient  été  reconnus  parfaits;  mais  c'est  à  partir  de 
ses  études,  effectuées,  comme  nous  l'avons  dit,  au  milieu  même  des  popu- 
lations éprouvées  par  le  fléau,  que  l'attention  de  tous  s'est  portée  vers 
cette  lutte,  considérée,  alors  seulement,  comme  possible.  C'est  à  cette 
époque  qu'un  procédé  vraiment  efficace  et  peu  coûteux,  l'échaudage,  pra- 
tiqué depuis  1828,  mais  soigneusement  tenu  secret,  fut  étudié  et  conseillé 
par  la  Société  académique  de  Mâcon.  Audouin  parle  de  plusieurs  procédés 
qu'il  a  fait  expérimenter,  tous  avec  le  plus  grand  soin,  en  comparant  les 
résultats  obtenus  et  le  prix  de  revient  des  opérations.  Nous  pouvons  citer 

1  Dr  Companyo -,  Notice  sur  les  Insectes  qui  ravagent  les  vignes  des  Pyrénées- 
Orientales.  Perpignan,  1839. 

15 


226  LA  PYRALE  DE  LA  VIGNE. 

l'échenillage,  l'ébourgeonnage,  l'écimage,  le  recepage,  l'enlèvement  des 
chrysalides,  les  badigeonnages  insecticides,  l'écorçage,  les  feux  crépuscu- 
laires, l'enfouissement  des  souches,  le  soufrage  des  échalas  et  la  cueillette 
des  pontes. 

De  ces  divers  moyens,  les  trois  derniers  seuls  ont  donné  des  résultats 
sérieux  et  méritent  d'être  mentionnés  avec  quelques  détails . 

L'enfouissement  des  souches  en  hiver  reposait  sur  ce  principe  rationnel, 
qu'une  chenille  craignant  l'humidité,  ayant  grand  soin  de  se  réfugier  sous 
les  écorces  élevées  du  cep,  doit  être  tuée  par  un  séjour  prolongé  dans  le 
sol;  mais  si,  dans  la  Charente-Inférieure,  l'opération  s'est  montrée  efficace 
sur  certains  points,  la  taille  spéciale  exigée  et  le  peu  de  produits  des  vignes 
ainsi  traitées  firent  renoncer  au  procédé. 

Dans  les  pays  où  la  vigne  est  soutenue  par  des  échalas,  le  traitement  de 
ceux-ci  par  l'acide  sulfureux  (fumée  de  soufre)  dans  un  cylindre  de  tôle 
galvanisée  détruisait  toutes  les  petites  chenilles  réfugiées  dans  les  fissures 
du  bois,  c'est-à-dire  environ  un  tiers  de  la  totalité,  et  Audouin  a  constaté 
que,  jointe  à  l'échenillage  pratiqué  de  tout  temps,  l'opération  avait  des 
résultats  heureux  souvent  très  appréciables. 

De  tous  les  moyens  expérimentés  par  le  professeur  du  Muséum,  la 
cueillette  des  pontes  s'est  toujours  montrée  le  meilleur.  Ce  sont  MM.  Des- 
vignes et  Delahanle,  de  Romanècbe,  qui  les  premiers,  en  1837,  ont  appli- 
qué le  procédé  sur  une  grande  échelle.  C'est  chez  eux  qu'Audouin  a  fait 
ses  expériences,  répétées  à  Perpignan  par  le  Dr  Companyo  ;  mais  l'idée 
première  est  due  à  un  vigneron  de  Lancié,  nommé  Claude  Tardy,  qui  dès 
1836  l'avait  appliqué  dans  ses  vignes1.  Les  œufs,  comme  nous  l'avons  dit, 
déposés  par  plaques,  fin  juillet,  sur  la  face  supérieure  des  feuilles,  étaient 
facilement  aperçus  par  l'ouvrier  qui,  visitant  les  souches  à  trois  reprises 
différentes  pendant  la  première  semaine  d'août,  arrivait  à  n'en  oublier  que 
fort  peu.  Un  ouvrier  exercé  récoltait  ainsi  en  moyenne  de  2  à  3,000  pontes 
dans  ea  journée,  ce  qui,  d'après  les  calculs  d'Audouin,  produisait  la  des- 
truction de  150,000  œufs  par  ouvrier  et  par  jour.  Le  prix  de  revient  par 
hectare,  qui  était,  vers  1840,  de  60  à  70  fr.,  s'élèverait  environ  au  double 
aujourd'hui  ;  mais  l'efficacité  reconnue  du  procédé  l'eût  certainement  fait 
adopter  par  tout  le  monde  si  des  moyens  plus  économiques  et  encore  plus 
énergiques,  tels  que  l'échaudage  et  la  sulfurisation,  n'étaient  entrés  dans 
la  pratique  viticole. 

1  Le  Comice  agricole  de  Beaujeu,  appelé  à  constater  les  heureux  résultats  de 
ce  travail,  a  décidé,  dans  sa  séance  du  8  janvier  1838,  qu'il  serait  accordé  à  ce 
cultivateur  une  prime  d'encouragement  de  200  fr. 


LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE.  227 

Echaudage.  —  C'est  en  1840  seulement,  qu'un  propriétaire  de  Ro- 
manèche,  nommé  Raclet,  s'est  décidé  à  faire  connaître  le  procédé  de  l'é- 
chaudage,  qu'il  avait  appliqué  avec  succès  dès  1828  et  qu'il  avait  tenu  secret 
jusqu'alors  '. 

La  Société  académique  de  Mâcon,   dont  plusieurs  membres  avaient  de 


Fig.  47. —  Appareil  pour  détruire  la  Pyrale  :  A  chaudière  portative  ;  B  entonnoir 
pour  la  remplir;  C  soupape  de  sûreté  avec  sifflet  avertisseur  ;  D  robinets  ;  E  E 
crochets  pour  le  transport  ;  F  foyer  -, 

G  cafetière  pour  ébouillanter  ; 

F  tonneau  à  pétrole  coupé  pour  la  sulfurisation. 


suite  apprécié  la  réelle  valeur  de  l'eau  bouillante  comme  insecticide, 
nomma,  dans  sa  séance  du  10  février  1842,  une  commission  pour  étudier 
la  méthode,  et  les  conclusions  de  son  Rapport  furent  les  suivantes  :  «  La 
Commission  n'bésite  pas  à  déclarer  que  le  procède  de  M.  Raclet  lui  parait 
un  moyen  sinon  infaillible  de  détruire  la.  Pyrale,  du  moins  le  plus  avanta- 

1  Ladrey  ;  La  Bourgogne  [Revue  viticole,  18(31.  pag.  35). 


228  LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE. 

yeux,  Je  plus  simple  et  le  plus  économique  de  tous  ceux  employés  jusqu'à 
ce  jour;  qu'il  est  susceptible  d'être  appliqué  en  grand  dans  tous  nos  vigno- 
bles, et  qu'il  ne  saurait  nuire  en  rien  à  la  végétation .  » 

Depuis  lors,  l'usage  d'ébouillanter  les  ceps  n'a  cessé  de  se  répandre,  et 
si  le  procédé  de  la  clocbe  avec  mèche  soufrée,  dont  nous  parlerons,  est 
employé  dans  certaines  contrées,  on  peut  dire  que  l'échaudage  est  préféré 
dans  la  plupart  des  régions  viticoles  de  la  France. 

Pour  décrire  l'appareil  et  le  traitement,  nous  emprunterons  de  nom- 
breux détails  à  deux  sources  autorisées  :  l'Instruction  spéciale  concernant 
la  Pyi*ale,  dont  M.  Heuzé,  inspecteur  général  de  l'Agriculture,  est  l'au- 
teur, et  le  travail  sur  la  Pyrale,  bien  connu  en  Languedoc,  de  M.  Jaussan. 
vice-président  du  Comice  agricole  de  Béziers1 . 

L'eau  est  portée  à  l'ébullition  dans  une  petite  chaudière  verticale  (fig.  47) 
munie  par  côté  de  deux  crochets  servant  à  passer  deux  barres  de  bois  pour 
son  transport  facile  dans  les  vignes.  Eu  dessus,  se  trouvent  un  entonnoir 
d'alimentation  et  une  petite  soupape  de  sûreté  surmontée  d'un  sifflet 
d'alarme;  en  bas,  un  ou  deux  robinets,  suivant  les  dimensions  de  la  chau- 
dière. A  l'intérieur,  un  serpentin  traversant  le  foyer  amène  un  échauffe- 
ment  rapide  de  l'eau,  et  la  cheminée  qui  donne  issue  à  la  fumée  traverse 
dans  certains  instruments  un  petit  réservoir  supérieur  où  l'eau  d'alimenta- 
tion commence  à  s'échauffer. 

Dès  que  le  sifflet  d'alarme  se  fait  entendre,  ce  qui  arrive  toujours  peu  de 
temps  après  le  premier  moment  d'ébullition,  un  des  ouvriers  remplit  d'eau 
bouillante  une  cafetière  en  fer-blanc,  d'environ  un  litre  (fig.  47  G),  munie 
d'un  bec  effilé  et  enveloppée  au  besoin  de  lisières  de  drap  pour  la  conser- 
vation de  la  chaleur.  Il  la  verse  promplement  sur  le  tronc  et  successivement 
sur  chaque  bras  de  la  souche,  en  opérant  de  bas  en  haut  et  en  évitant  de 
mouiller  les  yeux  des  coursons.  Sur  un  cep  de  dimension  moyenne,  le 
contenu  entier  de  la  cafetière  doit  être  employé.  Il  doit  être  dépassé  si  la 
souche  est  forte. 

L'eau  doit  être  bouillante,  tout  au  moins  à  80°  quand  elle  arrive  à  sa 
destination,  afin  qu'elle  puisse  dissoudre  rapidement  la  gomme  des  coques 
soyeuses  logées  dans  les  écorces  fissurées  des  ceps  et  tuer  les  petites  che- 
nilles. On  opère  par  un  temps  beau  et  doux,  de  janvier  à  mars  de  préfé- 
rence, et  toujours  après  la  taille.  De  peur  que  l'eau  n'arrive  pas  assez 
chaude  sur  l'insecte,  il  faut  éviter  d'opérer  pendant  les  temps  de  gelée  et 
de  pluie. 

En  Bourgogne,  deux  ouvriers  suffisent  pour  faire  fonctionner  l'appareil. 

1  L.  Jaussan  ;  De  la  Pyrale  et  des  moyens  de  la  combattre.  Béziers,  1882. 


LA    PYHALE    DE    LA    VIGNE.  229 

L'un,  le  chauffeur,  alimente  d'eau  la  chaudière  et  entretient  le  feu;  l'autre, 
l'arroseur,  verse  l'eau  bouillante  sur  le  cep.  Deux  ouvriers  habitués  à  ce 
travail  peuvent  traiter  par  jour  de  1,500  à  2,000  ceps. 

Quand  le  vignoble  est  éloigné  de  l'eau,  on  apporte  celle-ci  à  l'aide  d'une 
barrique  qu'on  place  le  plus  près  possible  de  l'eadroit  où  l'on  opère.  L'é- 
ebaudage  bien  exécuté  ne  nuit  jamais  à  la  vigne  et  la  débarrasse  de  toute? 
ses  chenilles  de  Pyrale.  Leséchalas  sont  ébouillantés  comme  les  ceps. 

En  Languedoc,  selon  M.  Jaussan,  pour  servir  une  chaudière,  il  faut  un 
homme  et  cinq  femmes  pour  distribuer  l'eau  ;  une  d'elles  aide  l'homme  à 
changer  l'appareil  de  place.  Il  faut  de  plus,  si  l'on  a  deux  chaudières,  deux 
hommes  transportant  l'eau  du  réservoir  à  pied  d'oeuvre.  En  admettant  une 
distance  de  2  kilom.  de  la  vigne  à  l'endroit  où  l'eau  est  puisée,  il  faut,  pour 
deux  chaudières,  une  charrette  à  un  cheval  et  son  conducteur  pour  amener 
les  barriques  pleines. 

Pour  arriver  à  un  résultat  satisfaisant,  on  doit  placer  la  chaudière  au 
centre  d'un  carré  de  quatorze  souches,  de  façon  à  avoir  sept  souches  devant, 
autant  derrière  et  de  chaque  côté.  La  distance  la  plus  grande  à  parcourir 
sur  les  perpendiculaires,  quand  la  vigne  est  plantée  à  lm,50,  est  alors  de 
9m,7o,  et  dans  les  diagonales  de  I5m,75. 

Cette  chaudière  est  munie  de  deux  robinets  par  lesquels  s'écoule  l'eau. 
Aussitôt  qu'une  cafetière  est  remplie,  le  chauffeur  doit  verser  une  quantité 
égale  d'eau  froide  dans  la  chaudière.  Cela  est  très  important,  car  ainsi  l'é- 
bullition  ne  s'arrête  pas,  tandis  que,  si  l'on  enlevait  plusieurs  litres  et  qu'on 
remit  en  une  seule  fois  la  même  quantité  d'eau  froide,  il  y  aurait  du  temps 
perdu  pour  attendre  l'éhullition. 

Quand  ou  a  terminé  le  carré  formé  par  les  quatorze  souches  de  côté,  on 
transporte  la  chaudière  quatorze  rangées  en  avant.  Eu  partant,  le  chauffeur 
doit  mettre  sa  chaudière  au  plein  et  ajouter  un  peu  de  charbon  :  l'ébullition 
ainsi  ne  s'arrête  pas,  ou  a  repris  quand  la  nouvelle  installation  est  terminée  ; 
on  recommence  delà  même  façon,  et  ainsi  de  suite.  La  journée  terminée,  le 
chauffeur  doit  abattre  sou  feu  et,  si  la  gelée  est  à  craindre  pendant  la  nuit, 
vider  sa  chaudière.  Il  doit  même  la  renverser  en  cas  de  bourrasque  de  vent, 
ou  tout  au  moins  enlever  le  tuyau. 

Certains  propriétaires  ont  modifié  le  système  de  distribution  d'eau 
bouillante  d'une  manière  très  avantageuse.  Trouvant  de  la  difficulté  à  se 
procurer  le  nombre  de  femmes  voulu  pour  l'opération,  ils  suppriment  les 
cafetières  et  ébouillantent  directement  la  souche  au  moyen  de  tuyaux  en 
caoutchouc  placés  a  chacun  des  robinets.  Avec  cette  organisation,  l'équipe 
se  compose  du  chauffeur  et  de  trois  femmes  seulement.  Une  des  femmes 
aide  a  transporter  la  chaudière,  met  a  pied  d'oeuvre  l'eau  et  le  charbon  ré- 


230  LA  PYRALE  DE  LA  VIGNE. 

partis  dans  les  vignes  par  les  ouvriers  chargés  de  ce  soin,  et  les  deux  autre? 
manient  rhacune  un  des  tuyaux  en  caoutchouc,  qui  sont  munis  à  leur 
extrémité  d'une  petite  lance  en  fer-blanc  de  40  à  50  centim.  de  long  et  ter- 
minés par  un  bec  recourbé. 

Il  faut  changer  plus  souvent  la  chaudière  de  place  qu'avec  le  système  des 
cafetières.  Si  en  effet  on  maintenait  la  disposition  des  14  souches  en  carré, 
il  faudrait,  pour  atteindre  la  dernière  souche  de  la  diagonale,  un  tuyau  de 
16  met.,  qui  serait  gênant.  On  réduit  le  carré  à  8  souches  de  côté,  et  un 
tuyau  de  G"1, 50  est  suffisant  pour  atteindre  l'extrémité  de  la  diagonale. 

Pour  opérer,  le  chauffeur  ouvre  les  deux  robinets,  et  l'eau  s'écoule  parles 
tuyaux  ;  son  passage  est  très  rapide,  étant  donnée  la  tension  de  la  vapeur 
dans  la  chaudière;  il  est  facile  du  reste  d'augmenter  encore  cette  pression  en 
chargeant  la  petite  soupape  de  sûreté.  La  femme  procède  à  l'ébouillantage 
et  va  d'une  souche  à  l'autre  sans  discontinuer,  sans  perte  de  temps.  Une 
fois  le  carré  terminé,  le  chauffeur,  prenant  les  mêmes  précautions,  porte  la 
chaudière  huit  rangées  en  a  vaut.  Les  femmes  chargées  des  tuyaux  les 
tiennent  ramassés  dans  la  main,  en  ayant  soin  de  tenir  la  lance  un  peu  élevée. 

Pour  remplacer  l'eau  chaude  employée,  le  chauffeur  n'a  pas,  comme  avec 
la  cafetière,  une  base  bien  exacte,  mais  il  y  supplée  bien  vite  par  un  peu 
d'observation. 

Les  avantages  de  cette  méthode  sont  sensibles  :  d'abord  on  a  toujours  de 
l'eau  à  une  température  très  élevée,  96°  environ  à  la  sortie  des  tuyaux  ; 
ensuite  la  force  avec  laquelle  elle  jaillit  permet  d'atteindre  aisément  les 
parties  horizonlales  des  ceps,  sur  lesquelles  l'eau  des  cafetières  ne  peut  arri- 
ver qu'en  glissant,  et,  ce  qui  est  surtout  avantageux,  on  a  un  personnel 
moins  nombreux. 

Le  moment  le  plus  propice  en  Languedoc  est  du  commencementde  février 
à  la  fin  de  mars,  jusqu'au  moment  où.  la  vigne  débourre.  A  cette  époque,  la 
température,  plus  douce,  refroidit  moins  rapidement  l'eau  et  augmente  les 
chances  de  succès. 

«J'ai  voulu  me  rendre  compte,  dit  M.  Jaussan,  de  la  perte  occasionnée 
par  l'absence  de  traitement  dans  un  quartier  habituellement  envahi.  J'y  suis 
parvenu  de  la  façon  la  plus  sûre.  Dans  une  vigne,  je  pris  un  lot  de  24  ran- 
gées, que  je  subdivisai  en  trois  lots  de  640  souches  chacun.  La  première 
année,  le  lot  n°  1  fut  traité,  les  n06  2  et  3  ne  le  furent  pas.  La  seconde  année, 
les  nos  1  et  2  furent  traitées,  le  n°  3  ne  le  fut  pas. 

Ainsi,  j'avais  le  lot  u°  1  traité  deux  fois. 

—  n°  2    —    une  fois. 

—  n°  3  non  traité. 


LA    PTRALE    DE    LA    VIGNE.  231 

Les  raisins  provenant  de  chacun  de  ces  lois  furent  pesés  séparément,  et 
il  fut  trouvé  : 

Lot  n°  1 1-9Gi  kil°8r' 

-  n"2 1-745     - 

_   n°3 1-426     - 

Il  y  eut  donc  perte  de  219  kilogr.  sur  le  lot  n°  2  resté  un  an  sans  trai- 
tement, et  de  538  kilogr.  sur  le  lot  n°  3  non  traité  pendant  deux  ans. 

Le  prix  de  revient  de  l'opération  en  Languedoc,  étant  donné  le  nombre 
de  4,000  souches  à  l'hectare,  est  au  maximum  de  60  fr.  l'hectare  si  les  sou- 
ches sont  très  fortes,  très  crevassées,  et  de  38  fr.  si  les  souches  sont  jeunes, 
soit  une  moyenne  de  40  fr.  l'hectare.  Nous  ne  pouvons  mieux  faire,  du 
reste,  que  de  citer  un  des  calculs  de  prix  de  revient  de  M.  Jaussan. 

«Cette  année  (1882),  dit-il,  j'ai  traité  256,915  souches,  dont  152,600 
très  fortes  et  104,315  moyennes  ;  le  détail  de  ma  dépense  a  été  : 

13.720  kilogr.  charbon 466  fr.  50 

erg         en 

Transport °~       ,JU 

546  journées  de  femmes  à  1  fr.  90 •  •     1-037      40 

401       _       d'hommes  à  3      25 1-303      25 

46      —       surveillant  à  2      75 126      50 

36      —  de  mule  à  3        » 1°5        » 

Amortissement  de  4  chaudières  et  réparations  ...         200 

Tuyaux  caoutchouc  (durée  2  ans) 72 

3.363  fr.  15 
«Chaque  chaudière  a  fait  par  jour  1,412  souches;  le  prix  de  revient  par 
1,000  souches  a  été  de  13  fr.  09,  et  par  hect.  de  52  fr.  36.» 

En  résumé,  la  dépense  est  minime  en  comparaison  de  la  perte  qui  résul- 
terait du  non-traitement. 

Nous  devons  dire  toutefois  que  ce  prix  de  52  fr.  36  doit  être  augmenté 
pour  les  vignobles  renfermant  plus  de  4,000  ceps  à  l'hectare  (jusqu'à 
50,000),  et  c'est  le  cas  de  tous  ceux  qui  sont  en  dehors  de  la  région  de 
l'olivier. 

En  Bourgogne,  d'après  M.  André,  on  a  calculé  qu'il  revient  de  115  à 
120  fr.  1  hectare,  y  compris  l'échaudage  des  échalas.  A  ce  prix,  on  a  encore, 
d'après  les  calculs  de  M.  Jaussan,  grand  bénéfice  à  échauder  ;  car  si  le  bé- 
néfice de  l'opération  est  d'euvirou  175  fr.  l'hectare,  tous  frais  déduits,  pour 
le  Languedoc,  il  doit  être  au  moins  d'autant  en  Bourgogne,  vu  la  plus- 
value  du  vin. 

Nous  avons  dit  que  dans  les  pays  où  l'on  échalasse  la  vigne,  on  ébouil- 
lantait les  échalas  aussi  bien  que  les  ceps.  On  peut  aussi  les  échauder  a  la 


232  LA    PYRALE   DE   LA    VIGNE. 

vapeur;  c'est  même,  dit  M.  André,  le  moyen  le  plus  employé  aujourd'hui 
en  Bourgogne.  Pour  cela,  on  se  sert  d'une  chaudière  légèrement  modifiée, 
dans  laquelle  le  tuyau  de  fumée,  à  sa  sortie,  est  un  peu  élargi  de  façon  à 
recevoir  un  petit  serpentin  dans  l'intérieur  duquel  circule  la  vapeur  puisée 
dans  la  chaudière.  On  amène  cette  vapeur,  qui  est  à  une  température 
moyenne  de  120°,  dans  une  vaste  caisse  de  hois  où  se  trouvent  emmaga- 
sinées plusieurs  centaines  d'échalas.  Ceux-ci  atteignent  bientôt  80  ou  90°, 
et  tous  les  insectes  qu'ils  peuvent  contenir  dans  leurs  fissures  sont  tués. 

Sulfurifation.  —  Ce  procédé,  appelé  aussi  clochage,  consiste  à  mettre 
la  souche  dans  un  milieu  irrespirable  pendant  un  temps  assez  long  pour 
tuer  l'insecte,  assez  court  pour  ne  pas  nuire  aux  bourgeons.  C'est  l'acide 
sulfureux  (fumée  de  soufre)  qui  a  été  reconnu  l'agent  le  plus  économique 
et  le  plus  commode  à  employer. 

L'idée  n'est  pas  nouvelle  :  dès  1837,  Audouin,  nous  l'avons  vu,  l'avait 
appliquée  à  la  désinfection  des  échalas,  et  il  est  étonnant  qu'étant  ainsi  sur 
la  voie  d'un  moyen  économique  et  très  efficace  pour  débarrasser  la  souebe 
elle-même,  il  n'ait  pas  eu  l'idée  d'en  faire  l'essai. 

Pour  opérer,  on  couvre  le  cep  avec  une  cloche  de  zinc  ou  un  demi-baril 
de  pétrole  muni  de  deux  auses  (fig.  47  H)  sous  lesquels  on  fait  brûler  du 
soufre,  en  ayant  soin  de  ramener  la  terre  tout  autour  pour  ne  pas  laisser 
perdre  le  gaz  sulfureux. 

Le  grand  avantage  de  la  sulfurisation,  dit  M.  Jaussan,  est  de  n'exiger 
qu'un  personnel  très  peu  nombreux,  et  de  pouvoir  être  employée  à  une 
époque  où  les  autres  travaux  agricoles  ne  doivent  pas  être  exécutés  à 
jour  fixe. 

Un  ouvrier  peut  aisément  manœuvrer  vingt  cloches.  Chacune  de  celles- 
ci  restant  dix  minutes  sur  la  souche,  il  en  fait  six  à  l'heure  et  quarante- 
huit  par  journée  de  travail  de  huit  heures.  Les  vingt  cloches  feront  donc 
960  souches  par  journée  ;  900  tout  au  moins . 

Si  l'on  fonctionne  pendant  trois  mois,  admettant  seulement  vingt  jours 
de  travail  par  mois,  soit  60  jours,  un  seul  ouvrier  avec  ses  vingt  cloches 
traitera  54,000  souches,  soit  13  hectares  50  (nous  parlons  de  l'Hérault, 
bien  entendu) . 

Les  cloches  doivent  être  en  métal  peu  oxydable,  en  zinc  par  exemple,  et 
munies  de  deux  poignées  pour  en  faciliter  la  manœuvre.  Leur  dimension 
doit  êti-e  en  rapport  avec  le  développement  des  souches.  Le  prix  de  chaque 
cloche  est  de  1 0  à  1 2  francs . 

On  emploie  indifféremment  des  mèches  soufrées  ou  du  soufre  en  canon 
concassé.  Ce  dernier  est  beaucoup  moins  cher  et  doit  être  préféré.  L'ou- 


LA  PYRALE  DE  LA  VIGNE.  233 

vrier,  après  avoir  mis  ses  vingt  cloches  en  ligne,  pose  sur  chacune  d'elles 
un  petit  vase  en  métal  ou  en  poterie  très  bon  marché,  dans  lequel  il  amis 
quelques  morceaux  de  soufre  de  la  grosseur  d'une  noix,  ou  mieux  d'une 
noisette,  25  grammes  environ.  La  forme  de  ce  récipient  n'est  pas  indiffé- 
rente. Il  doit  être  cylindrique,  de  0m,  10  sur  0m,  10  ;  lorsqu'il  est  plat  et 
peu  profond,  une  partie  du  soufre  se  liquélie  sans  fournir  tout  l'acide 
sulfureux  voulu. 

L'ouvrier  allume  tous  ses  vases  renfermant  du  soufre;  lorsque  la  com- 
bustion se  fait  bien,  il  constate  l'heure  à  sa  montre,  cl,  prenant  le  premier 
vase,  il  Je  pose  au  pied  de  la  première  souche  de  la  ligne,  qu'il  recouvre 
aussitôt  avec  la  première  cloche  ;  il  fait  île  même  pour  la  deuxième,  et  ainsi 
de  suite.  Le  changement  des  vingt  cloches  ne  dure  pas  plus  de  quatre  mi- 
nutes. Une  fois  la  vingtième  cloche  eu  place,  l'ouvrier  remonte  vers  la  pre- 
mière, et  dans  son  trajet,  si  quelqu'une  laisse  échapper  de  la  fumée,  il  ramène 
un  peu  de  terre  avec  le  pied  pour  boucher  la  fuite . 

Arrivé  à  son  point  de  départ,  il  allume  un  des  réchauds  en  sus  des  vingt 
qui  servent  à  la  manœuvre,  et,  dès  que  dix  minutes  se  sont  écoulées,  il 
le  dépose  au  pied  de  la  première  souche  de  la  seconde  rangée  et  la  couvre 
avec  la  première  cloche.  Il  ramasse  le  réchaud  laissé  à  découvert,  y  ajoute 
un  peu  de  soufre,  20  à  25  grammes,  le  met  au  pied  de  la  seconde  souche 
de  la  deuxième  rangée,  la  recouvre  aussitôt,  et  aiusi  de  suite.  Le  change- 
ment de  la  vingtième  cloche  fait,  il  lui  reste  un  des  réchauds  qu'il  garnit 
pour  la  première  souche  de  la  troisième  rangée.  Cette  opération,  on  le 
voit,  est  extrêmement  simple  ;  quelques  précautions  seulement  doivent  être 
prises . 

Quand  on  quitte  le  travail,  soit  à  l'heure  des  repas,  soit  à  la  fin  de  la 
journée,  il  faut  bien  se  garder  de  laisser  les  cloches  sur  les  souches;  on 
doit  les  enlever  et  les  déposer  dans  les  intervalles  des  rangées.  Le  séjour 
trop  prolongé  des  souches  dans  l'acide  sulfureux  produirait  sur  elles  le 
même  effet  que  sur  les  Pyrales,  elles  seraient  asphyxiées.  On  a  constaté 
bien  souvent  que  des  lignes  entières  ue  poussaient  pas  :  c'étaient  celles  que 
l'on  se  rappelait  avoir  laissées  couvertes  pendant  la  durée  des  repas. 

Il  faut  s'abstenir  de  traiter  immédiatement  après  les  pluies  ;  l'eau  ayant 
la  propriété  d'absorber  une  très  grande  quantité  d'acide  sulfureux,  le 
traitement  ne  serait  que  peu  efficace.  Il  faut  laisser  la  terre  se  ressuyer  ù 
la  surface,  et,  si  elle  était  encore  mouillée,  augmenter  un  peu  la  quantité 
de  soufre. 

Il  est  bou  que  la  vigne  soit  déchaussée,  ou  bien  qu'on  y  ait  fait  passer 
la  gratteuse.  La  terre  étant  ameublie,  les  fuites  sont  moins  considérables, 
et  si  l'ouvrier  a  le  soin,  quand  la  cloche  est  posée,  de  lui  donner  un  petit 


234  LA    PYRALE    DE    LA    VIGNE. 

mouvement  circulaire  en  appuyant  dessus,  l'obturation  est  aussi  complète 
que  possible. 

Par  un  temps  calme  et  beau,  on  est  dans  les  meilleures  conditions;  un 
vent  violent  est  préjudiciable. 

Le  prix  de  revient,  amortissement  du  matériel  compris,  est  moins  élevé 
quand  on  emploie  le  soufre  en  canon  que  lorsqu'on  se  sert  de  mèches  sou- 
frées. On  peut  l'établir  ainsi  par  bectare  : 

Avec  le  soufre  en  canon. 

104  lui.  soufre  à  23  fr.  (25  gram.  par  soucbe) ....         23  fr.  90 

Main-d'œuvre 15        50 

Amortissement 4        60 

44  fr.     » 
Avec  les  mèches  soufrées. 

4,000  rrècbes  à  0  fr.  0127  (37  fr.  les  %  kil.  port 

compris  et  29  mèches  au  kil.) 50  fr.  80 

Main-d'œuvre 15  50 

Amortissement 4  60 

70  fr.  90 

En  1882,  113,600  souebes  ont  été  ainsi  traitées  par  M.  Jaussan,  et 
ebaque  équipe  a  fait  par  jour  904  souebes. 

L'amortissement  des  cloches  est  calculé  sur  une  durée  de  quatre  années. 

Telle  est,  en  résumé,  cette  opération  du  clochage,  si  bien  décrite  par 
M.  Jaussan.  Elle  est  en  usage  un  peu  aux  environs  de  Béziers  et  beau- 
coup dans  ceux  de  Montpellier,  surtout  dans  le  quartier-général  de  la 
Pyrale,  qui,  comme  du  temps  d'Audouin,  continue  à  être  les  communes  de 
Mire  val,  de  Vie  et  de  Ville.ieuve-les-Maguelone.  Malgré  ses  avantages 
réels,  cette  métbode  ne  remplacera  jamais,  croyons-nous,  l'écbaudage  dans 
les  pays  où  la  vigne  est  plantée  beaucoup  plus  serrée  que  dans  l'Hérault, 
encore  moins  dans  ceux  où  on  la  plante  en  cordon . 

En  Bourgogne,  par  exemp'e,  où  la  plantation  est  faite  à  raison  de  12,500 
à  50,000  ceps  à  l'bectare  (Foëx,  Cours  complet  de  Viticulture,  pag.  733), 
la  manœuvre  des  cloches,  vu  le  rapprochement  des  souebes,  serait  difficile, 
et  un  ouvrier  ne  ferait  guère  plus  d'un  bectare,  en  travaillant  pendant 
60  jours.  50,000  souebes,  on  s'en  souvient,  font  environ  treize  hectares  en 
Languedoc.  L'écbaudage  continuera  donc  probablement  à  être  préféré 
partout  où  la  vigne  est  plantée  serrée,  autrement  dit  dans  les  vignobles  à 
vins  fins. 


CHAPITRE  X. 
LA  COCHYLIS  DE  LA  VIGNE1 

(Tortrix  (Cochylis)  ambiguella  Hubner.) 


Synonymie. —  Teigne  de  la  vigne  Rozier(1771  ;  Tinca  ambiguella 
Hubner  (179G);  Tinta  omphaciella  Faure  Biguetet  Sionest(1802)  ;  Tinea 
«l'a?  Menning  (1811)  ;  Pyralis  ambiguella  A.  Forel  (1825)  ;  Tortrix  Rosc- 
rana Frœlirh  (18-29)  ;  Cochylis  Roscrana  Treitzchke  (1830)  ;  Teignede  la 
vigne  Dagonet  (1837)  ;  Tinca  ucellaXaUol  (1837)  ;  Cochylis  omphaciella 
Audouin  (1842)  ;  Cochylis  Roserana  Duponcbel  (1844). 

Noms  vulgaires  :  Ver  rouge  (Bourgogne),  Ver  coquin  (vallées  du  Rhône 
et  de  la  Saône) ,  Ver  de  la  vendange  (Champagne),  Teigne  des  grains  ou  de 

1  BiBLicGRAPinr.  —  Bonnet;  Œuvres  complètes,  tom.  I,  pag.  3G7,  1710.  — 
Rozier;  Des  Insectes  essentiellement  nuisibles  à  la  vigne  (Journal  de  Physi- 
que, 177  IL  —  Hubner:  Recueil  des  Papillons  d'Europe,  179G.  —  Faure 
Biguet  et  Sionest  ;  Mémoire  sur  les  Insectes  nuisibles  à  la  vigne.  Lyon,  1802. 

—  Von  Menning  ;  Mon  oire  sur  un  Insecte  très  nuisible  qui  s'est  naturalisé 
dans  Vile  de  Reichtnau,  lac  de  Constance,  1811,  et  2e  édit.,  1810.  —  Bosc  ; 
Rapport  sur  une  Teigne  vivant  aux  dépens  des  bourgeons  de  la  vigne  et  des 
grains  de  raùins  (Annales  de  l'Agr.  française,  1812).—  Alexis  Forel  ;  Mé- 
moire sur  le  Ver  destructeur  de  la  vigne,  avec  planche  (Feuillu  du  canton  de 
Vaud,  Î825). —  Frœlich  ;  Enumeralio  Tortricum  in  regno  Wurtembergicn. 
1829.  _  Vallot;  Mémoire  pour  servir  à  l'histoire  des  Insectes  ennemis  de  la 
vigne  (Acad.  de  Dijon,  1841  ;  Soc.  d'Agr.  de  Lyon,  1841  ;  Revue  et  Magasin  de 
Zcol.,  1840).—  Bugnion,  Blanchet  et  Forel;  Mémoire  sur  quelques  Insectes 
nuisibles  à  la  vigne  dans  le  Canton  de  Vaud  (Neue  Denkschrift  Allgem.  Schweiz 
G(  sellsch.,  1841).—  Audouin  ;  Histoire  des  Insectes  nuisibles  à  la  vigne,  1842. 

—  Sauzey  ;  Mémoire  sur  la  Cochylis  omphaciella  et  moyens  de  la  détruire 
(Ann.  Sac.  Agr.  de  Lyon,  1847).  —  Kollar  ;  Ueber  Weinbeschadigung  durch 
einen  Meinen  Nachlfalter,  Tortrix  Roscrana,  in  dm  Weing&rten  von  Brum 
nœchsl  Mxdling  (Stizungsber.  Akad.  Wissensch.  Wien,  1850).—  Laboulbéne  ; 
La  Cochylis  Roscrana  à  Yillefranche   (Bull.   Soc.  entom.  de  France,    pag.  90. 


236  LA    COCHYLIS    DE    LA    VIGNE. 

la  grappe  (environs  de  Paris.  Dans  le  midi  de  a  France,  on  dit  générale- 
ment Cochylis. 

Sans  être  aussi  longue  que  celle  de  la  Pyrale,  la  synonymie  de  la  Cochylis 
est,  on  le  voit,  assez  compliquée.  Nous  avons  adopté  le  nom  admis  par  la 
plupart  des  entomologistes  modernes,  celui  qui  est  porté  sur  le  Catalogue 
des  Lépidoptères  de  la  Faune  européenne  de  MM.  Staudioger  et  Wocke. 
Le  sous-genre  Cochylis  a  été  créé  par  Treilzchke  pour  les  Torlrix  qui 
ont  la  nervure  costale  7  (à  partir  du  bord  interne)  soudée  avec  la  nervure  8, 
sur  une  tige  commune,  comme  bifurquée.  L'aile  inférieure  est  un  peu  lan- 
céolée, par  suite  de  l'apex  très  arrondi  et  de  l'angle  interne  fortement  dé- 
primé (De  Peyerirnlioff,  Soc.  eut.  de  Fr.,  1876,  pag.  561  et  575). 

Les  ravages  de  la  Cochylis  sont  moins  célèbres  et  en  réalité  moins  graves 
que  ceux  de  la  Pyrale.  Rarement  l'insecte  s'établit  pour  toujours  dans  une 
contrée  ;  il  change  facilement  de  localité,  et  tel  quartier  qui  aura  été  éprouvé 
une  ou  plusieurs  années  de  suite  pourra  rester  u:i  demi -siècle  sans  revoir 
le  fléau. 

Lorsque  l'insecte  reparait,  le  souvenir  même  en  est  parfois  perdu,  de 
sorte  que  bien  souvent  ce  petit  Lépidoptère  nous  est  envoyé  comme  nouveau 
de  pays  où  jadis  il  avait  déjà  exercé  ses  ravages. 

Si  l'on  consulte  les  annales  agricoles  de  toutes  les  contrées  viticoles,  on 
constate  que  l'aire  géographique  de  cette  espèce  est  plus  étendue  que  celle 
de  la  Pyrale.  Elle  est  toutefois  moins  localisée  que  cette  dernière,  et  fort 
heureusement  il  est  très  rare  qu'on  ait  à  lutter  contre  les  deux  chenilles  à 
la  fois.  Certaines  régions  cependant  sont  plus  souvent  attaquées  que  d'au- 
tres. En  France  actuellement,  comme  du  temps  de  l'abbé  Rozier,  le  Ver 
coquin,  bien  que  se  montrant  souvent  dans  l'Ouest,  fait  surtout  parler  de  lui 
chaque  année  sur  quelques  points  de  la  Champagne,  de  la  Bourgogne,  du 
Beaujolais  et  du  Dauphiné.  Dans  cette  dernière  région,  d'après  M.  Rougier, 
professeur  d'Agriculture  de  l'Ardèche,  c'est  la  vallée  de  l'Isère,  jusqu'en 
Savoie,  qui  est  le  plus  souvent  ravagée.  Aux  environs  de  Paris,  le  quartier  le 
plus  atteint  parait  être  le  territoire  de  la  commune  de  Puteaux,  et  dans  les 
vignobles  de  la  Lorraine  les  environs  de  Metz  et  de  Bar-le-Duc.  Dans  la 

1857).  —  Bach;  Ueber  Cochylis  Roserana  die  Wienmotte  (Natur.  und  Oflenba- 
ruog,  tom.  IV,  pag.  254,  1858).  —  Forel  ;  Société  Linnécnne  de  Lyon,  1860. — 
Goureau  ;  Insectes  nuisibles,  supplément  (Bull,  des  Se.  hist.  et  nat.  de  l'Yonne, 
1863).—  Boisduval  ;  Entomologie  horticole,  1867.—  Coret  ;  Bull.  Soc. 
entotn.  de  France,  1868.  —  De  Feyerimhoff  ;  Organisation  extérieure  des 
Tordeuses  (Soc.  ent.  de  France,  1876).  —  André;  Les  Parasites  et  les  Maladies 
de  la  vigne,  1882. —  Targioni-Tozzetti  ;  Relazione  delta  Stazione  cli  Ento- 
mologia  agraria  di  Firenze,  1884. 


LA    COCHYLIS    DE   LA    VIGNE.  237 

région  de  l'olivier,  l'insecte  se  montre  tic  temps  en  temps  un  peu  partout; 
mais  les  plantations  faites  depuis  une  dizaine  d'années  dans  les  sables  du 
littoral  méditerranéen  semblent  être  actuellement  ses  quartiers  préférés. 

Si  nous  parlons  de  l'étranger,  les  parages  les  plus  atteints  de  l'Alle- 
magne sont,  d'après  M.  Von  Heyden,  les  vignobles  de  la  vallée  du  Rhin  ; 
en  Suisse,  les  bords  des  lacs  de  Constance  et  de  Genève;  en  Russie,  la 
Crimée.  D'Autriche,  le  parasite  nous  a  été  signalé  comme  très  nuisible  par 
M.  Bollé;  de  Hongrie,  par  M.  Horvatb.  En  Italie,  d'après  M.  Targioni, 
bien  que  l'insecte  soit  parfois  signalé  dans  le  Sud,  la  Toscane  et  l'ancien 
Piémont  restent  les  régions  les  plus  attaquées.  Pour  l'Espagne,  l'espèce 
est  comprise  dans  la  liste  d'ampélophages  que  M.  Graëlls  a  bien  voulu 
dresser  pour  nous,  mais  elle  n'est  pas  notée  parmi  les  grands  ravageurs. 
Nous  dirons  enfin  que  nous  ne  la  voyons  pas  figurer  dans  la  liste  envoyée 
par  M.  Gennadius  (d'Athènes).  Elle  est  remplacée  en  Grèce  par  d'autres 
espèces. 

En  résumé  et  quoi  qu'en  disent  certains  auteurs,  l'insecte  paraît  se 
montrer  plus  fréquent  dans  les  vignobles  du  nord  que  dans  ceux  du  midi  de 
l'Europe  ;  c'est  du  reste  dans  le  grand-duché  de  Bade  et  en  Suisse  qu'il  a 
été  tout  d'abord  observé  d'une  façon  certaine. 


I.  —  HISTORIQUE. 

La  Cochylis  était-elle  connue  des  anciens?  Il  est  permis  de  le  croire. 
mais  on  peut  penser  aussi  que  plusieurs  insectes  désignés  sous  les  noms 
ô'Involvulus,  de  Convolvidus  et  de  Volucra  pouvaient  être  aussi  bien  la 
Pyrale  que  la  Cochylis  ou  d'autres  espèces  encore.  Pline  et  Columelle, 
cependant,  en  se  servant  indifféremment  des  mots  Volucra  et  Avança  ou 
Araneus  pour  un  animal  qui  enveloppait  de  fils  le  grain  de  raisin  elle  man- 
geait, semblent  avoir  voulu  parler  de  la  Cochylis,  le  seul  ampélophagequi 
agisse  ainsi.  Au  xvie  siècle,  Aldrovande1  (De  Insectis,  pag.  GOOJ  cite  un  pas- 
sage de  Pline  sous  le  titre  de  Araneus  vilium.  Les  traducteurs,  dit  M.Vallot, 
n'ayant  aucune  connaissance  de  la  Cochylis,  ont  traduit  le  mot  (.V  Araneus 
par  celui  d'Araignée;  or  aucune  araignée  ne  détruit  (absumit)  ou  ne  ronge 
[prserodit)  les  grains  de  raisins. 

D'après  le  Dr  Menning,  qui  fut  chargé  en  181 1,  par  le  gouvernement 
du  grand-duché  de  Bade,  d'aller  étudier  la  Cochylis  dans  l'Ile  de  Reichenau 
(lac  de  Constance),  et  qui  la  redécrivit  alors  sous  le  nom    de  Tinea  uvx, 

1  Ou  Aldrovandi. 


238  LA    COCHYLIS    DE    LA    VIGNE. 

l'insecte  était  connu  dans  cette  localité  depuis  1713,  année  où  il  exerça  des 
ravages  restés  célèbres. 

En  1740,  les  dégâts  causés  par  la  Cochylis  sur  les  vignes  des  environs 
de  Genève  fixèrent  l'attention  de  Bonnet,  qui,  sous  le  titre  de  :  Une  petite 
chenille  qui  vit  dans  l'intérieur  des  grains  de  raisins,  la  décrit  suffisam- 
ment pour  qu'elle  puisse  être  reconnue. 

Pazumot,  en  donnant  à  l'Académie  de  Dijon  (7  juillet  1769)  la  descrip- 
tion du  Ver,  qui  au  printemps  de  cette  même  année  attaqua  les  raisins  dans 
les  vignes  de  l'Auxerrois,  du  Tonnerois,  du  Senonois,  signalait,  sans  le 
savoir,  la  première  génération  de  notre  insecte. 

Beguillet,  dans  son  Œnologie  (1770),  parle  ainsi  du  Ver  de  la  vigne:  «Si 
le  vigneron  remarque  que  le  raisin  à  peine  noué  a  de  la  peine  à  défleurir  et 
surtout  qu'il  soit  entortillé  des  soies  de  l'insecte  connu  en  Bourgogne 
sous  le  nom  de  Mazar,  il  caresse  le  rnisin  pour  en  détacher  les  pétales  des- 
séchées, et  les  toiles  des  insectes,  qui  causent  tant  de  préjudices  aux  vignes. » 

D'après  l'abbé  Rozier  (1771),  l'insecte  a  reçu  son  premier  nom  latin 
d'Adanson,  qui  l'appelait  Phalxna  scutella.  «C'est  l'insecte,  dit  Rozier, 
dont  la  chenille  est  le  Ver  coquin;'\\  se  trouve  principalement  dans  les  pro- 
vinces de  Champagne,  Bourgogne,  Beaujolais,  Lyonnais  et  Diuphiné.  » 

En  179G,  Ilubner,  dans  ses  Papillons  d'Europe,  donna  le  premier  une 
description  détaillée  de  l'espèce,  avec  figures,  sous  le  nom  de  Tinea  ambi- 
guellu,  et  Pallas,  en  1799  [Voyage  en  Russie),  la  signale  comme  exerçant 
des  ravages  dans  les  vignes  de  la  Crimée. 

En  1802,  nouvelle  description  de  l'insecte  par  Faure  Biguet  et  Sionest 
sous  le  nom  de  Tinea  omphaciella .  Celui  de  Tinea  uvœ,  donné  par  Men- 
ning,  date,  nous  l'avons  dit,  de  1811,  et  celui  de  Tortrix  Roserana,  donné 
par  Frœlich,  de  1829.  Ce  dernier  auteur  avait  étudié  l'insecte  sur  des 
exemplaires  rapportés  des  environs  de  Stuttgard  par  Roser,  naturaliste 
officiel  du  royaume  de  Wuttemberg,  et  il  le  lui  dédia. 

Plusieurs  auteurs,  tels  que  Treitzchke  (1830J,  le  créateur  du  genre  Co- 
chylis, etDuponchel  (1844),  l'auteur  de  l'Histoire  naturelle  des  papillons 
de  France,  ont  adopté  ce  nom  spécifique  de  Roserana  ;  Vallot  pourtant 
(1841),  tout  en  mentionnant  les  descriptions  précédentes,  créa  le  nom  nou- 
veau de  Tinea  avella,  et  Audouin  (1842)  est  revenu  à  celui  de  Cochylis 
omphaciella  de  Faure  Biguet,  le  croyant  le  plus  ancien.  La  règle  de  la 
priorité  nous  fait  un  devoir  d'admettre,  avec  les  catalogues  modernes,  le 
nom  de  Tortrix  (Cochylis)  ambiguella,  d'Hubner,  le  premier  auteur  qui 
ait  donné  de  l'insecte  une  description  complète  et  indiscutable. 


LA   COCHYLIS   DE    LA   VIGNE.  239 


II.   —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 


A  l'état  de  papillon  (fig.  48,  et  PI.  III,  iig.  3  et  4),  quand  les  ailes 
sont  repliées  sur  l'abdomen,  la  longueur  de  l'insecte  est  de  7  à  8  millim. 
L'envergure  des  ailes  déployées  est  d'environ  13 à  15  millim. 

Le  corps  est  d'un  jaune  pâle  avec  quelques  reflets  argentins  sur  la  tète  el 
le  thorax,  reflets  remarquables  surtout  quand  l'insecte  est  un  peu  défraîchi. 
Les  antennes,  filiformes,  sont  d'un  gris  clair.  Le  papillon,  ne  mangeant 
pasi,  a  une  trompe  courte,  n'atteignant  pas,  déroulée,  la  longueur  de  la  télé. 

Les  ailes  antérieures,  de  môme  couleur  que  le  corps,  parfois  un  peu  plus 
foncées  cependant,  frangées  à  leur  extrémité,  présentent  vers  leur  milieu 
une  hande  transversale  brune  qui  se  rétrécit  notablement 
du  bord  extérieur  au  bord  intérieur  et  sur  laquelle  on  dis- 
tingue quelques  marbrures  plus  pâles  et  des  espaces  ferru- 
gineux. De  chaque  côté  de  la  bande  brune  se  voit  une  ligue  F-  is  _  Pa, 
argentée  et  une  série  de  petites  taches  de  la  même  nuance  pillon  de  la 
situées  à  l'extrémité  des  ailes.  La  partie  antérieure  de  cette 
extrémité  est  un  peu  rembrunie.  Les  aile?  postérieures  sont  d'un  gris 
brun  uni,  avec  leur  frange  plus  claire. 

On  ne  peut  confondre  cette  petite  Tortrix  avec  la  Pyrale.  La  taille  est 
moitié  moindre,  la  couleur  toute  différente;  il  y  a  par  an  deux  générations 
au  lieu  d'une.  L'insecte  hiverne  sous  forme  de  chenille  adulte  ou  de  chrysa- 
lide et  non  de  petite  chenille . 

Le  papillon  au  repos  tient  les  ailes  serrées  l'une  contre  l'autre  le  long  du 
corps,  de  sorte  que  leur  extrémité,  relevée  du  hout  à  la  façon  de  celle  des 
teignes,  forme  une  espèce  de  crête  et  leur  donne  un  aspect  tout  différent 
de  celui  de  la  Pyrale. 

Les  papillons  de  la  première  génération  paraissent  en  avril  et  mai  et 
ceux  de  la  seconde  fin  juillet;  quelques-uns  voltigent  en  plein  jour,  allant 
d'une  souche  à  l'autre,  mais  le  plus  grand  nombre  reste  appliqué  sous  les 
feuilles  pendant  le  jour  et  ne  circule  qu'à  l'aurore  ou  au  crépuscule. 

La  ponte  a  lieu  en  mai.  «  A  cette  époque,  dit  M.  Forel  [Ann.  Soc.  Linn. 
de  Lyon,  1860),  si  l'on  observe  attentivement  les  jeunes  pousses  de  la  vigne 
attaquée,  on  trouve  sur  les  nouveaux  sarments,  sur  les  pétioles,  mais  sur- 
tout dans  les  grappes,  sur  Taxe  et  les  pédoncules,  de  petits  œufs  blancs 
transparents  collés  au  végétal  et  presque  invisibles  sans  le  secours  d'une 
loupe.  Peu  à  peu  ces  œufs  deviennent  d'une  couleur  moins  pure  et  se  cou- 
vrent de  petites  taches  ordinairement  rougeâtres.  Vers  le  neuvième  ou  le 
dixième  jour,  on  distingue  la  tète  et  le  premier  anneau  de  la  jeune  chenille. 


240  LA    COCHYLIS    DE    LA    VIGNE. 

Enûn  le  onzième,  douzième  ou  treizième  jour,  ou  peut  observer  les  mou- 
vements de  l'insecte  replié  dans  l'œuf,  ainsi  que  le  jeu  de  ses  mâchoires 
pour  percer  son  enveloppe.» 

La  chenille  (PI.  III,  fig.  2)  a  une  taille  des  deux  tiers  plus  petite  que 
celle  de  la  Pyrale,  c'est-à-dire  qu'elle  ne  dépasse  pas  8  à  10  millim.  La 
tète  et  le  protborax  sont  d'un  brun  rouge  foncé  ;  le  reste  du  corps,  qui  est 
grisâtre  lorsque  l'insecte  est  jeune,  est  après  la  première  mue  d'un  rose 
violacé  tendre,  mais  bien  trancbé.  Cette  teinte  est  surtout  marquée  dans 
les  chenilles  de  la  seconde  génération,  qui  se  nourrissent  de  raisins  mûrs 
ou  presque  mûrs.  Celles  de  la  première  sont  parfois  verdâtrcs.  Il  y  a  là  un 
cas  de  mimétisme  animal  intéressant  à  signaler. 

Comme  cbez  la  chenille  dete  Pyrale,  il  y  a  sur  tous  les  anneaux,  sauf  le 
troisième,  deux  rangées  de  plaques  ou  espaces  lisses  arrondis  qui  émettent 
ebacun  un  poil  delà  nuance  du  corps.  Le  troisième  anneau  n'en  porte  qu'une 
rangée.  A  part  la  différence  de  taille  et  de  couleur,  les  formes  de  cette 
chenille  rappellent  entièrement  celles  de  la  Pyrale.  Outre  les  six  pieds 
articulés,  elle  a,  comme  elle,  cinq  paires  de  fausses  pattes  placées  sous  les 
anneaux  abdominaux. 

Vers  le  douzième  jour  après  la  ponte,  c'est-à-dire  fin  mai  pour  la  régi'  u 
de  l'olivier  et  première  quinzaine  de  juin  pour  les  vignobles  du  Nord,  les 
jeunes  chenilles  percent  la  coque  de  l'œuf,  gagnent  de  suite  le  milieu  de  la 
grappe  et,  entamant  de  leurs  mandibules  les  grains  qui  ne  sont  encore  que 
des  boutons  à  fleurs,  pénètrent  dans  leur  intérieur  et  se  mettent  à  ronger 
les  étamines  et  les  ovaires.  Chaque  bouton,  dit  M.  André,  ne  contient  qu'un 
habitant  qui  tout  d'abord  est  d'une  taille  presque  microscopique.  Bientôt 
la  chenille  est  obligée  de  quitter  son  premier  grain,  qui  est  épuisé,  pour 
passer  à  un  autre,  et  ainsi  de  suite,  détruisant  successivement  tous  les  or- 
ganes de  la  fructification.  En  même  temps,  préoccupée  de  se  tenir  toujours 
à  l'abri,  elle  réunit  tous  les  grains  par  un  réseau  de  fils  de  soie,  de  façon  à 
les  mettre  en  paquet  plus  ou  moins  gros  (PI.  III,  fig.  1).  Peu  à  peu  les 
grains  se  fanent,  deviennent  jaunes,  puis  bruns,  et  la  grappe  ne  tarde  pas 
à  être  perdue.  Celle-ci,  d'après  Vallot,  est  parfois  tuée  d'un  coup  par  la 
chenille,  qui  pénètre  dans  le  pédoncule  même.  Si  la  végétation  marche 
rapidement  et  si  la  floraison  s'achève  dans  un  court  intervalle  de  temps,  le 
dommage  est  moins  grand,  parce  que  l'insecte,  attaquant  des  grains  déjà 
noués,  en  détruit  un  moins  grand  nombre  et  ne  peut  plus  les  réunir  au 
moyen  de  ses  fils.  On  peut  donc  dire,  avec  Vallot,  que  lorsque  la  vigne 
pousse  rapidement,  elle  fournit  plus  que  la  larve  ne  peut  manger,  et  que 
si  au  contraire  la  végétation  marche  lentement,  la  larve  mange  plus  que  la 
vigne  ne  peut  pousser,  et  dans  ce  cas  la  perte  est  considérable. 


LA    COCHYLIS    DE    LA    VIGNE*  24] 

La  chenille  est  adulte  au  bout  de  cinq  semaines  environ,  c'est-à-dire  fin 
juin  ou  première  quinzaine  de  juillet.  Elle  se  retire  alors  au  milieu  des 
grappes,  qu'elle  enveloppe  d'un  tissu  de  soie  plus  serré,  ou  bien  dans  les 
tissures  des  éclialas  et  sous  les  écorces,  pour  se  filer  un  cocon  blanc  et  s'v 
transformer  eu  chrysalide.  Parfois  elle  se  contente  de  rouler  le  bord  d'une 
feuille  en  le  fixant  avec  des  iils.  Ce  cas  se  présente  souvent  dans  les  éduca- 
tions eu  captivité.  Forel  en  a  observé  en  liberté  qui  coupaient  un  petit 
morceau  de  feuille,  le  fixaient  au  cep  et  le  roulaient  autour  d'elles  en  filant 
leur  coque. 

Il  y  a,  à  cette  époque,  comme  un  moment  de  répit  dans  les  ravages,  ce 
qui  fait  dire  parfois  au  cultivateur  que  le  ver  coquin  a  disparu;  mais  ce 
calme  apparent  est  trompeur  et  le  mois  d'août  viendra  détruire  l'espoir  du 
vigneron. 

L'état  de  chrysalide  dure  quinze  jours  environ,  et  dans  la  seconde  quin- 
zaine de  juillet  on  retrouve  de  nouveau  des  papillons  dans  les  vignes. 
L'accouplement  a  lieu  de  suite,  et  très  peu  de  jours  après,  ses  œufs  ayant 
été  déposés  sur  la  rafle  de  la  grappe  ou  sur  le  grain  lui-même,  le  papillon 
ne  tarde  pas  à  mourir. 

L'évolution  chez  les  œufs  d'été  étant  un  peu  plus  rapide  que  chez  ceux 
du  printemps,  la  petite  chenille  perce  le  chorion  de  l'œuf  au  bout  de  huit 
à  dix  jours,  c'est-à-dire  première  quinzaine  d'août,  et  commence  de  suite 
a  entamer  de  ses  mandibules  l'épidémie  du  grain.  Elle  y  fait  un  trou  rond 
dans  lequel  elle  passe  sa  tête  et  dévore  la  pulpe  du  raisin.  L'accroissement 
de  l'insecte  étant  rapide,  ses  ravages  grandissent  en  proportion  de  sa  taille. 
Les  grains  sont  perforés  parfois  jusqu'aux  pépins,  et  souvent  la  chenille 
disparait  en  entier  dans  l'intérieur  ;  on  voit  alors  à  l'entrée  de  la  galerie 
une  matière  pulvérulente  qui  n'est  formée  que  des  déjections  de  l'insecte. 
Bien  souvent  celui-ci,  n'achevant  pas  le  grain  attaqué  la  veille,  en  atta- 
quant plusieurs  par  jour  quelquefois,  passe  à  d'autres  le  lendemain,  ce  qui 
fait  qu'une  seule  chenille,  en  l'espace  d'un  mois,  peut  détruire  plus  d'une 
trentaine  de  grains.  Ceux-ci.  à  moitié  vides,  se  fanent,  se  dessèchent,  si  le 
temps  est  pluvieux  pourrissent  et  communiquent  l'infection  au  reste  de  la 
grappe. 

On  reconnaît  facilement  les  raisins  attaqués,  non  seulement  aux  grains 
vidés,  mais  aux  nombreux  fils  tendus  de  l'un  à  l'autre  (FI.  III,  fig.  2).  Ce  sont 
toujours  les  grains  de  l'extrémité  de  la  grappe  qui  sont  atteints  les  premiers, 
et  nos  vignerons  de  l'Hérault  savent  très  bien  juger  de  l'étendue  du  mal 
eu  pressant  dans  leur  main  l'extrémité  du  raisin,  devenue  molle  et  spon- 
gieuse sous  les  attaques  prolongées  de  l'insecte. 

La  chenille  de  cette  seconde  génération   est.  nous   l'avons  dit,  d'une 

16 


242  LA    COCHYLIS    DE    LA    VIGNE. 

teinte  vineuse  plus  accentuée  que  celle  de  l'insecte  printanier.  Elle  est 
adulte  à  peu  près  vers  le  milieu  de  septembre  dans  la  région  de  l'olivier, 
et  fin  septembre  ou  commencement  d'octobre  dans  le  Nord.  Elle  quitte 
alors  les  grappes,  pour  se  réfugier  dans  les  fentes  et  sous  les  esquilles  des 
écbalas,  dans  les  fissures  et  sous  les  écorces  de  la  souche,  surtout  celle 
des  bras,  et  là,  sans  doute  en  prévision  des  froids  de  l'hiver,  elle  se  file 
un  cocon  un  peu  plus  épais  que  celui  de  la  génération  du  printemps. 

Les  métamorphoses  en  chrysalides  commencent  en  décembre  et  achè- 
vent de  s'opérer  en  janvier.  Il  est  très  rare  en  Languedoc  de  trouver  des 
chenilles  non  transformées  en  février. 

Sous  cette  forme  de.  nymphe,  l'insecte  a  environ  6  millim.  de  long.  Le 
corps  est  d'un  brun  clair  uniforme,  de  teinte  beaucoup  plus  pâle  que  celui 
delà  chrysalide  de  la  Pyrale.  Il  est  aussi  plus  court  en  proportion  et  plus 
obtus  à  l'extrémité.  Les  anneaux  de  l'abdomen  sont,  comme  chez  la  Pyrale, 
garnis  sur  le  dos  d'une  double  rangée  d'épines,  mais  celles  de  la  première 
rangée  sont  toujours  plus  grandes  que  celles  de  la  seconde,  qui  disparais- 
sent môme  entièrement  sur  les  quatre  derniers  anneaux.  Le  dernier  seg- 
ment, élargi  et  court,  présente  deux  pointes  latérales  et  porte  à  son  extré- 
mité une  douzaine  de  poils  durs  terminés  par  un  petit  crochet,  servant, 
comme  chez  la  Pyrale,  d'appareil  fixateur  dans  l'intérieur  du  cocon.  Le 
papillon  écîosant  courant  mai,  comme  nous  l'avons  dit,  l'état  de  chrysalide 
de  la  seconde  génération  dure  environ  quatre  mois. 

III.  —  CONDITIONS  FAVORABLES  OU  DÉFAVORABLES  A  LA  COCHYLIS. 

Rarement  l'espèce  qui  nous  occupe  se  rencontre  simultanément  avec  la 
Pyrale.  Celle-ci  aime,  nous  l'avons  dit.  les  plaines  abritées  et  les  coteaux 
ensoleillés;  la  Cochylis  ne  craint  ni  les  coteaux  froids  ni  les  plaines  expo- 
sées au  vent.  Dans  les  vignobles  septentrionaux,  les  expositions  préférées 
sont  celles  du  Nord  et  de  l'Est;  dans  le  Midi,  sont  atteints  surtout  les  co- 
teaux exposés  au  Nord  et  les  plaines  peu  abritées.  L'habitat  préféré  con- 
firme donc  l'origine  septentrionale  de  l'insecte. 

Suivant  Audouin,  la  Cochylis  paraît  indifférente  sur  la  nature  du  cépage; 
aux  environs  de  Paris  cependant,  d'après  MM.  Coret  et  Fallou  [Bull. Soc. 
entom.  de  France,  1868.  pag.  99),leGamay  serait  particulièrement  attaqué. 
En  Languedoc,  le  Terret  est,  de  l'avis  de  tous,  le  plant  le  plus  atteint.  Nous 
dirons  plus  loin  ce  que  nous  pensons  à  ce  sujet. 

La  Cochylis,  comme  la  Pyrale,  a  des  ennemis  naturels  appelés  sans  doute 
à  refréner  la  trop  grande  multiplication  de  l'espèce,  mais  ils  paraissent  moins 
nombreux  ;  peut-être  aussi  sont-ils  moins  connus  ! 


LA    COCHYLIS    DE    LA    VIGNE.  243 

Une  seule  espèce  d'Hyménoptère  parasite,  un  Ichneumonide d'assez  petite 

taille,  a  été  obtenu  par  nous,  à  plusieurs  reprises,  de  la  chrysalide.  C'est 
sans  doute  la  Limmeria  dîffbrmis,  signalée  dans  le  Catalogue  des  Hymé- 
noptères de  Dours.  Ne  la  voyant  mentionnée  dans  aucun  travail  sur  les 
insectes  ampélopbages,  nous  en  donnons  la  description  suivante  : 

Corps  très  allongé,  noir,  long  d'environ  .~>  millini.  Antennes  également 
noires  avec  le  premier  article  plus  clair,  atteignant  4  à  5  millim.,  c'est-à- 
dire  à  peu  prés  la  longueur  du  corps.  Palpes  et  mandibules  jaunes,  sauf 
la  base  de  ces  dernières,  qui  est  brune.  Pattes  d'un  jaune  roux,  avec  les 
troebanters  rembrunis  sur  la  moitié  ou  les  deux  tiers  de  leur  longueur. 
Ailes  fortement  irisées  avec  les  nervures  fauves  et  le  stigma  rembruni. 
Abdomen  grêle  et  allongé,  comme  coupé  en  forme  de  hache  à  son  extrémité 
chez  le  mâle,  progressivement  rétréci  chez  la  femelle.  Cet  abdomen  est 
supporté  par  un  pédoncule  délié  formé  des  deux  premiers  segments,  le  pre- 
mier étroit  et  presque  parallèle,  le  second  rende  à  son  extrémité.  Oviscapte 
noir,  d'un  brun  roux  à  l'extrémité,  long  d'environ  2  millim. 

IV.  —  MOYENS  DE  DESTRUCTION. 

Si  la  Cochylis  est  moins  dangereuse  que  la  Pyrale,  elle  est  par  contre  plus 
difficile  à  combattre.  De  tout  temps  on  a  extrait  au  moyen  d'une  pointe  les 
chenilles  de  printemps  du  milieu  des  grappes  en  fleurs  ;  mais  au  moindre 
contact  une  grande  partie  de  ces  larves  se  laisse  tomber  en  filant,  et  pour  les 
détruire  toutes  il  faudrait  sacrifier  la  grappe.  Pour  la  génération  d'automne, 
de  tout  temps  aussi  on  a  coupé  l'extrémité  des  grappes  attaquées,  mais  ces 
moyens  ont  toujours  été  peu  efficaces. Le  clocbage  et  l'écbaudage  en  hiver, 
si  utiles  contre  la  Pyrale,  ont  été  essayés  sans  résultats  contre  la  Cochylis. 

En  ce  qui  concerne  le  clocbage,  ayant  fait  personnellement  quelques 
expériences  sur  la  résistance  des  Lépidoptères  sous  leurs  diverses  formes, 
nous  nous  expliquons  sans  peine  le  peu  d'action  que  peu\ent  avoir  sur  ces 
insectes  les  gaz  insecticides.  En  hiver,  du  moins  à  partir  de  janvier,  la 
Cochylis  est  en  chrysalide;  or  sous  cet  état,  et  surtout  quand  il  est  enfermé 
dans  un  cocon,  le  lépidoptère  est  beaucoup  plus  résistant  que  sous  les  formes 
de  chenille  ou  d'insecte  parfait.  Nos  expériences  ont  été  faites  sur  diver- 
ses espèces  de  Noctuelles  et  sur  le  Bombyx  du  mûrier  au  moyen  de  deux 
gaz  insecticides,  les  vapeurs  de  sulfure  de  carbone  et  l'acide  sulfureux. 

Le  récipient  employé  a  été  une  boite  en  parlievitreecndossus.de  forme 
aplatie,  soigneusement  jointéc,  d'une  capacité  d'environ  un  décimètre  cube. 
Pour  le  sulfure  de  carbone,  environ  2  gram.  ont  été  verses  sur  de  la 
sciure  de  bois  grossière  emmagasinant  immédiatement  le  liquide  tout  en 


244  LA    COCHYLIS    DE    LA    VIGNE. 

augmentant  la  surface  devaporation.  Pour  l'acide  sulfureux,  2  grain, 
environ  de  mèche  soufrée  ont  été  brûlés. 

L'action  asphyxiante  des  deux  gaz  est  presque  égale,  un  peu  plus  puis- 
sante pourtant  chez  l'acide  sulfureux. 

La  chenille  est  tuée  en  six  ou  huit  minutes;  le  papillon  cesse  presque  in- 
stantanément de  se  mouvoir  rapidement,  ses  ailes  vibrent  faiblement  pen- 
dant deux  ou  trois  minutes  ;  les  derniers  mouvements,  ceux  de  l'extrémité 
abdominale, cessent  au  bout  de  quatre,  et  l'asphyxie  est  complète  au  bout  de 
cinq  à  sept  minutes;  une  chrysalide  âgée  de  8  jours,  sortie  du  cocon,  résiste 
de  douze  à  quinze  miuules,  et,  enfermée  dans  son  cocon,  environ  trois 
heures.  Bien  que  le  tissu  soyeux  filé  par  la  Cochylis  ne  soit  pas  aussi 
épais  que  celui  du  Bombyx  du  mûrier,  étant  donné  que  la  souche  ne  peut 
supporter  sans  inconvénient  l'action  du  gaz  asphyxiant  pendant  plus  de 
dix  minutes,  on  voit  de  suite  qu'il  n'y  a  rien  à  faire  au  moyen  de  la  cloche  à 
soufre  contre  une  chrysalide  enfermée  dans  son  cocon1. 

Le  procédé  le  plus  généralement  employé  est  l  ecorçage  en  hiver.  Le 
remède  n'est  pas  nouveau  ;  dès  1811,  le  D''  Menning  l'avait  expérimenté 
sur  les  vignes  de  l'Ile  de  Reicheneau  (lac  de  Constance)3  et  disait  s'en  être 
bien  trouvé  ;  mais  l'écorçage  avec  un  couteau,  comme  il  le  pratiquait,  est 
dispendieux  et  souvent  inefficace,  parce  qu'il  est  nécessairement  mal  fait. 
L'invention  du  gant  de  cotte  de  mailles  de  M.  Sabaté,  de  Bordeaux,  est 
venue  récemment  rendre  l'opération  moins  dispendieuse  et  plus  efficace.  Il 
faut  avoir  soin  d'entourer  la  souche  d'un  linge  reposant  sur  le  sol,  pendant 
que,  recouverte  du  gant  de  fer,  la  main  fait  tomber  les  écorces.  Celles-ci 
sont  soigneusement  recueillies  et  brûlées.  Nous  avons  suivi  en  février 
l'opération  chez  un  propriétaire  de  Béziers,  M.  J.  Coste,  et  la  quantité  de 

i  M.  Verson  a  signalé  ce  fait  curieux  que  les  cocons  peuvent  séjourner  dix 
heures  dans  le  vide  pneumatique  sans  que  les  chrysalides  périssent.  M.  Francc- 
zon  a  observé  qu'elles  résistent  également  bien  à  un  séjour  de  dix  heures  dans 
l'oxyde  de  carbone  pur,  de  dix-huit  heures  dans  l'acide  carbonique,  l'hydrogène, 
le  protoxyde  d'azote,  etc.  (Maillot,  Leçons  sur  le  Ver  à  soie.  Montpellier,  1885.) 

2  En  Suisse,  d'après  M.  Forel,  un  certain  nombre  de  chenilles  de  la  seconde 
génération  s'enloncent  en  terre  en  septembre  et  se  filent  un  cocon  entouré  de 
grains  de  terre  agglomérés  -,  il  a  observé,  dit-il,  le  fait  en  très  grande  proportion 
dans  ses  éducations  de  laboratoire.  Nous  u' avons  rien  vu  de  semblable  en  Lan- 
guedoc, où  nous  avons  donné  à  la  fois  à  l'insecte  des  morceaux  de  vigne  avec  leur 
écorce  et  de  la  terre.  Le  cocon  s'est  toujours  fait  sous  les  écorces.  Il  est  possible 
que  dans  les  pays  froids  comme  la  Suisse,  l'insecte  ait  l'instinct  de  se  mieux 
protéger  que  chez  nous.  Dans  ce  cas-là,  la  destruction  des  individus  enterrés  est 
à  peu  près  impossible. 


LA    COCHYLIS    DE    LA    VIGNE.  245 

chrysalides  recueillies  mélangées  aux  écorecs  était  considérable.  M.  Coste 
nous  a  dit  s'être  souvent  à  [jeu  près  débarrassé  de  l'insecte  de  cette  façon- 
là.  Cette  opération  doit  être  complétée  dans  les  pays  où  on  échalasse  la 
vigne  par  L'échaudage  des  échalas. 

Un  moyen  radical  consiste  à  vendanger  avant  que  la  chenille  soit  adulte. 
La  chose  est  possible  avec  les  plants  à  maturité  précoce,  tels  que  l'Aramon, 
plus  difficile  avec  les  cépages  tardifs,  tels  que  le  Terret  ;  et,  comme  nous 
l'écrivait  tout  récemment  M.  Jaussan,  le  praticien  observateur  toujours  bon 
à  consulter,  il  est  fort  possible  qu'en  réalité  le  cépage  soit  indifférent  à 
l'insecte.  Si  le  Terret  est  plus  attaqué,  c'est  qu'il  mûrit  plus  tard  que  l'A- 
ramon ou  la  Carignaoe.  La  Cochylis,  sur  ce  plant-là,  a  près  d'un  mois  de 
plus  pour  achever  ses  ravages  et  se  métamorphoser  tranquillement  en  chry- 
salide pour  l'année  suivante,  tandis  que  lorsque  l'Aramon,  par  exemple, 
est  infesté,  raisins  et  chenilles  étant  mis  ensemble  à  la  cuve,  ces  dernières 
sont  toutes  tuées  par  la  fermentatiou.il  nous  est  souvent  arrivé  de  voir,  sur 
les  parois  et  au  bord  des  comportes  de  vendange  ou  des  cuves,  des  milliers 
de  chenilles  ayant  quitté  les  raisins  foulés  et  cherchant  à  s'échapper.  «Une 
année,  nous  écrit  M.  Jaussan,  j'avais  fait  mes  Terrets  en  blanc.  La  cuve 
fermentant  tumultueusement,  je  Cs  enlever  par-dessus  un  certain  nombre 
de  comportes  de  moût  :  toute  ia  surface  était  couverte  de  chenilles.  »' 

Si  le  moyen  est  bon  pour  détruire  le  plus  grand  nombre  des  Cochylis, 
il  n'est  pas  toujours  possible  de  vendanger  hâtivement,  et  si  l'on  y  gagne 
en  quantité  de  vin,  c'est,  bien  entendu,  au  détriment  de  la  qualité.  Même 
abandonné  des  chenilles,  le  raisin  plus  ou  moins  sec  ou  fermenté,  rempli 
de  déjections  de  l'insecte,  fait  un  vin  détestable,  et,  selon  Vallot,  si  l'on 
veut  connaître  en  Bourgogne  les  années  où  le  ver  coquin  a  donné  mauvais 
goût  aux  vins,  on  n'a  qu'à  consulter  la  Statistique  de  la  vigne  dans  le 
départ,  de  la  Côte-d'Or  par  le  D1'  Morelet  (Dijon,  1831,  pag.  215-222). 

Le  remède  infaillible  contre  la  Cochylis  est  donc  encore  à  trouver. 
Peut-être  est-il  dans  l'échaudage  direct  des  souches,  sans  cafetière,  tel  que 
nous  l'avons  décrit,  à  propos  de  la  Pyralc.  On  se  souvient  que  l'eau  arrive 
sur  le  cep  à  environ  9G°.  Étant  donnée  la  vitalité  de  la  chenille,  beaucoup 
moins  grande  que  celle  de  la  chrysalide,  sa  résistance  à  la  chaleur  moin- 
dre1, si  l'on  a  le  soin  de  faire  l'opération  en  novembre  ou  en  décembre, 
c'est-à-dire  avant  que  les  chenilles  se  soient  transformées  en  chrysalides, 
on  les  tuera,  croyons-nous,  presque  toutes. 

1  Une  chenille  de  ver  à  soie  plongée  dans  l'eau  à  GO^  meurt  presque  instanta- 
nément. Le  degré  nécessaire  pour  tuer  instantanément  les  Chrysalides  parait 
être  de  75  à  80°  (Maillot,  Leçons  sur  le  Ver  à  suie,  pag.  180). 


CHAPITRE  XL 
LA  TORDEUSE  DE  LA  GRAPPE 

Torlrix  [Eudemis)  botrana  Schiffebmuller,  1776.) 


Synonymie:  Tortrix vilisana Jacquin  (1788);  Tineapremixlana Hubner 
1796);  Cochylis  reliqvana  Treitzchke  (1830);  Cochylis  vilisana  Audouin 
1842)  ;  Penthina  vilivorana  Packard  (1860). 

Le  sous-genre  Eudemis  a  été  créé  par  Hubner  pour  les  Tordeuses  qui 
à  l'aile  supérieure  ont  les  nervures  costales  7,  8  et  9  (à  partir  du  bord  in- 
terne) se  réunissant  sur  une  tige  commune  partant  de  la  base  de  l'aile,  une 
tige  trifurquée,  et  qui  ont  l'aile  inférieure  presque  triangulaire  (De  Peyeri- 
raoff,  Soc.  eut.  de  Fr.,  1876,  pag.  561  et  75).  Ce  sous-genre  ne  comprend 
que  l'espèce  qui  nous  occupe. 

Cette  petite  Tordeuseue  se  trouve  en  France  que  dans  les  Alpes-Mariti- 
mes, mais  il  est  fort  à  craindre  qu'elle  ne  se  répande  quelque  jour  dans  toute 
la  région  du  Midi.  Décrite  en  effet,  dès  le  siècle  dernier,  comme  observée 
en  Autriche,  elle  a  été  signalée  depuis  en  Allemagne,  en  Italie,  en  Grèce, 
et  Riley  la  cite  parmi  les  Ampélophages  des  États-Unis  comme  récem- 
ment introduite  en  Amérique.  En  Italie,  elle  est  signalée  dans  l'île  d'Elbe, 
en  vue  de  la  Corse.  Peut-être  est-elle  dans  ce  département. 

Elle  a  les  mœurs  de  la  Tortrix  [Cochylis)  ambiguclla,  c'est-à-dire 
qu'elle  passe  l'hiver  à  l'état  de  chrysalide  et  qu'elle  a  deux  générations  par 
an,  la  première  attaquant  le  raisin  en  fleur,  la  seconde  s'en  prenant  au 
grain  déjà  gros,  prêt  à  mûrir,  et  le  perçant  de  trous  qui  provoquent  sa  des- 
siccation. Ce  sont  surtout  les  vignes  en  espaliers  qui  ont  à  souffrir  de  ce 
parasite.  N'ayant  pu  l'observer  nous-mème,  nous  empruntons  les  détails  qui 
suivent  à  trois  auteurs  étrangers  qui  ont  eu  l'occasion  de  l'étudier  :  Kollar, 
Riley  et  Targioni-Tozzetti  '. 

1  Kollar;  Naturgeschiste  der  scadlicher  Insecten.  Wien,  1837.— Riley  ;  Report 
of  the  entomologist  of  slate  Missouri  (Voir  traduction  française  de  ce  qui  concerne 
cette  espèce,  dans  Catalogue  illustré  et  descriptif  des  Vignes  américaines,  par 
Bush  et  Meissner.  Montpellier,  Goulet,  1876  et  1885).—  Targioni-Tozzetti;  Annali 
di  Agricollura,  Relazione  delta  R.  stazionedi  Entomologia,  1884,  pag.  477. 


LA    TORDEl'SE   DE    LA    GRAPPE.  247 


I.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 

En  avril  et  mai,  on  voit  le  petit  papillon  voltiger  et  se  reposer  sur  les 
branches  de  la  vigne.  Les  œufs  sont  déposés  à  la  base  des  bourgeons.  Les 
petites  chenilles  qui  en  sortent,  les  chenilles  de  printemps,  rongent  l'in- 
térieur de  ces  bourgeons  et,  quand  la  fleur  commence,  s'établissent  dans  les 
grappes,  relient  les  grains  entre  eux  avec  des  fils  et  dévorent  les  diverses 
parties  de  la  fleur.  Il  en  résulte  que  celle-ci  avorte. 

Vers  le  milieu  de  juin,  la  chenille  a  acquis  tout  son  développement.  Elle 
a  alors  8  à  10  millim.  de  longueur,  sa  couleur  générale  est  d'un  vert  sale; 
la  tête  et  l'anneau  prothoracique  sont  d'un  brun  jaunâtre,  tous  les  autres 
anneaux  présentent  des  plaques  piligères  bordées  de  blanc  ;  les  pattes 
écailleuses  sont  noirâtres  et  les  pattes  membraneuses  brunâtres. 

La  chrysalide  de  couleur  brune  est  courte  et  obtuse  comme  celle  de  la 
Cochylis  ambiguella  et  offre  également  des  épines  sur  les  anneaux  de 
l'abdomen.  La  transformation  en  chrysalide  a  lieu  fin  juin,  dit  Kollar.  et 
se  fait  dans  une  feuille  roulée. 

Riley  décrit  ainsi  cette  métamorphose:  «  La  chenille  découpe  propre- 
ment dans  la  feuille  une  pièce  ovale  dont  un  côté  laissé  adhérent  sert  de 
charnière  ;  elle  replie  la  pièce  sur  la  feuille,  en  assujettit  le  bord  libre  au 
moyen  de  fils  et  se  forme  ainsi  une  bonne  petite  maison  dans  laquelle  elle 
se  transforme  en  chrysalide  ».  Environ  dix  jours  après,  cette  nymphe  sort 
à  moitié  du  cocon  au  moyen  des  mouvements  de  son  abdomen,  dont  les 
segments  armés  d'épines  permettent  à  l'insecte  d'avancer,  et  le  petit  pa- 
pillon éclos  le  matin  prend  son  essor  pour  s'accoupler  et  pondre  des  œufs. 
Ceux-ci  donnent  bientôt  naissance  à  la  chenille  d'été,  qui  attaque  le  grain 
lui-même.  «  Les  grains  attaqués,  dit  Riley,  commencent  à  montrer  un 
point  décoloré  là  où  la  chenille  est  entrée.  Eu  ouvrant  le  grain,  on  en  trouve, 
l'habitant  à  l'extrémité  d'un  canal  sinueux.  Il  contiuue  à  se  nourrir  de  la 
pulpe,  et,  arrivant  aux  pépins,  il  en  mange  généralement  l'intérieur.  Dès 
qu'on  touche  le  raisin,  la  chenille  en  sort  et,  se  suspendant  au  fil  de  soie 
qui  s'allonge  de  sa  filière,  se  laisse  couler  sur  le  sol  ».  Pour  se  chrysalider, 
la  chenille  d'automne  se  retire  sous  les  écorces  de  la  vigne,  où  elle  passera 
l'hiver. 

Le  papillon  a  8  millim.  de  longueur  et  12  à  13  d'envergure.  Les  ailes 
antérieures  sont  gris  de  perle  marbré  de  jaune  roussâtre  et  présentent  deux 
bandes  légèrement  obliques  d'un  gris  brunâtre.  La  première  est  placée  un 
peu  avant  le  milieu  de  l'aile  et  la  seconde  un  peu  au  delà.  Ces  deux  bande 


248  LA    PYRALE    DU    DAPHNE. 

sont  irrégulières  et  plus  ou  moins  tachées  de  brun  foncé.  Le  sommet  des 
ailes  est  d'un  jaune  roussâtre  pâle,  si  l'on  en  excepte  l'angle  supérieur,  qui 
effre  une  petite  tache  blanche  circonscrite  par  une  autre  d'un  brun  foncé  ; 
la  frange  est  de  la  même  couleur  que  le  sommet  des  ailes.  Les  ailes  pos- 
térieures, triangulaires,  sont  d'un  gris  pâle,  leur  frange  plus  claire.  La  tête, 
les  antennes,  le  thorax  et  les  pattes  sont  d'un  roux  grisâtre  ;  mais  le  thorax 
offre  des  écailles  brunes  qui  le  font  paraître  nuancé.  \j  abdomen  est  entière- 
ment d'un  gris  jaunâtre  pâle. 

II.  —   MOYENS  DE  DESTRUCTION. 

\jEudemis  botrana  devra  être  combattue  de  la  même  façon  que  la 
Cochylis,  par  l'écorçàge  en  hiver,  l'écheuillage  des  grappes  fleuries  au  prin- 
temps et  la  section  de  l'extrémité  des  grappes  en  automne;  mais  on  ren- 
contrera une  difficulté  de  plus.  Nous  avons  dit  en  effet  que  c'était  surtout 
les  espaliers  qui  étaient  attaqués.  On  devra  établir  autant  que  possible  ces 
vigues  à  grand  développement  contre  des  murs  recrépis,  offrant  en  un  mot 
le  moins  d'anfractuosités  possible.  Mieux  encore  que  contre  les  Cochylis, 
leau  bouillante  de  la  chaudière  à  Py  raies  devra  être  efficace.  L'écorçàge 
opéré,  le  jet  sera  dirigé  non  seulement  sur  le  tronc  du  cep  et  l'enfourchurc 
des  bras,  mais  sur  les  supports,  les  liens  d'osier  et  même  les  quelques 
iinfractuosités  de  la  muraille.  L'opération  pratiquée  fin  novembre  atteindra 
la  chenille  non  encore  transformée  en  chrysalide,  hien  plus  sensihle  par 
conséquent  à  l'action  de  l'eau  bouillante . 


LA  PYRALE  DU  DAPHNE' 

[Ephestia  gnidiella  Millière  ) 


Ce  petit  Lépidoptère,  décrit  il  y  a  une  vingtaine  d'années  par  Millière 
de  Cannes  comme  vivant  sur  le  Daphne  gnidium,  a  été  depuis  signalé  sur 
la  vicne  aux  environs  de  Nice  et  en  Italie. 

1  Bibliographie. —  Guénée;  Europeorum  Microlepidoplcrorum  index  metho- 
iUlus.  Paris,  Roiel,  1845.—  Millière;  Iconographie  et  description  des  Chenilles 
(Aan.  Sec.  Linucenne  de  Lyon,  1867). —  Constant;  Chenilles  nouvelles  ou  peu 
connues  (Aan.  Soc.  ent.  de  France,  1883,  pag.  11).  —   Professeur  Penzig  : 


LA    PYRALE    HU    DAPHNE,  249 

Il  appartient  au  groupe  îles  Pyrales  vraies  (les  Pyrales  de  Linné  ,  c'est- 
à-dire  des  Microlépidoptères  qui  ont  les  antennes  filiformes,  souvent  pciti- 
nées  chez  le  mâle,  les  pulpes  maxillaires  distincts,  de  trois  articles,  les 
palpes  labiaux  grands  et  dirigés  en  avant,  les  ailes  au  repos  étendues  sur 
le  plan,  divergentes  en  arriére,  les  pattes  longues,  les  postérieures  dépas- 
sant les  ailes  et  armées  d'éperons. 

Les  caractères  spécifiques  de  l'espèce  sont  les  suivants  : 
Longueur  du  corps  5  à  6  millim.  non  compris  les  ailes.  Celles-ci  fer- 
mées atteignent  7  millim.  et  étendues  environ  15,  d'une  pointe  à  l'autre. 
Le  corps  est  allongé,  la  tête,  le  thorax  et  Y  abdomen  d'un  gris  métallique, 
les  antennes  plus  longues  que  la  moitié  des  ailes,  sétacées,  grises,  cou- 
vertes de  poils  avec  le  2e  article  très  développé  dans  les  deux  sexes,  le 
3e  petit,  le  4e  prolongé  extérieurement  chez  le  mâle  en  une  pointe  styli- 
forme,  un  peu  divergente  et  recourbée  à  l'extrémité,  appliquée  le  long  de 
l'antenne  et  atteignant  la  base  du  8e  article.  Les  ailes  antérieures  planes, 
étendues  longitndinalement,  forment  un  triangle  étroit  et  allongé.  Elles 
sont  légèrement  renflées  latéralement  et  en  avant  avec  le  bord  postérieur 
frangé  et  l'angle  postéro-interne  très  arrondi,  d'un  gris  obscur,  brillant  en 
dessus,  avec  deux  bandée  transversales  blancbâtres,  Tune  basilaire,  placée 
entre  le  tiers  et  la  moitié  de  la  longueur  de  l'aile,  recourbée  en  arrière 
dans  su  partie  externe;  l'autre  à  la  partie  postérieure  également,  recourbée, 
à  convexité  postéro-externe,  légèrement  sinueuse.  La  partie  de  l'aile 
avoisinant  ces  deux  bandes  est  plus  obscure.  Elles  sont  d'ailleurs  séparées 
de  la  région  intermédiaire  par  une  tache  grisâtre  plus  claire  entre  laquelle 
et  la  bande  basilaire  reste  un  intervalle  brun  triangulaire  ayant  sa  base  sur 
le  bord  externe  de  l'aile.  Lu  frange  marginale  est  d'un  gris  luisant.  Les 
ailes  postérieures  sont  larges,  couleur  grisâtre  clair,  luisantes,  avec  12 
nervures  faciles  à  compter  à  l'extrémité,  mais  plus  ou  moins  soudées  entre 
elles  et  confondues  à  la  base.  Le  bord  antérieur  et  le  sommet  sont  bruns, 
ainsi  que  les  franges  qui  garnissent  ce  sommet  et  le  bord  interne,  ces  franges 
plus  claires  à  lu  buse.  Pattes  antérieures  avec  une  petite  pointe  au  milieu 
du  tibia,  pattes  intermédiaires  et  postérieures  avec  deux  éperons  au 
sommet  du  tibia,  les  tarses  de  5  articles  décroissant  de  grandeur  du" pre- 
mier uu  dernier*. 

Un  nuovo  flagella  degli  agrumi  (Italia  agricola,  Milan,  1883).—  Targioni- 
Tozzetti;  Relazione  délia  H.  stazione  di  Entomologia  di  Firenze,  1884.— 
Peragallo  ;  Éludes  sur  les  Insectes  nuisibles  à  l'Agric,  pag.  131 .  Nice,  1885. 
1  En  Italie,  M.  le  professeur  Giovanni  Biïosi,  directeur  de  la  Station  agricole 
de  Païenne,  a  publié  un  travail,  avec  planche  (1876),  sur  un  autre  Lépidoptère, 
voisin  de  notre  Éphestia  gnidiella,  qu'il  a  ilécrit  sous  le  nom  de  Albinia  Woc- 


250  LA.    PYRALE    DU    DAPHNE. 

La  chenille,  longue  de  10  à  12  millim.,  a  le  corps  atténué  des  deux  bouts, 
de  couleur  brun  sale  en  dessus,  d'un  grisâtre  couleur  de  chair  à  la  face 
sternale  ;  sur  la  partie  dorsale,  une  bande  d'un  brun  plus  sombre  ;  sur  les 
flancs,  une  bande  sligmatique  large  et  noire,  quelques  poils  espacés  et  assez 
raides  partant  de  petits  espaces  arrondis  et  lisses  comme  chez  les  chenilles 
de  la  Pyrale  et  de  la  Cochylis. 

La  chrysalide  est  enfermée  dans  un  cocon  sous  les  écorces,  dans  les 
feuiHes  sèches  ou  dans  les  fissures  des  échalas. 

Cet  insecte  est  extrêmement  polyphage.  M.  Peragallo  (de  Nice)  la  cite 
comme  attaquant  spécialement  les  fleurs  d'orangers  et  de  citronniers. 
M.  Constant  (de  Golfe  Juan,  près  Antibes)  le  considère  au  contraire  comme 
plus  nuisible  à  la  vigne.  «Depuis  que  Millière,  dit-il,  l'a  décrite  comme 
vivant  sur  le  Daphne  gnidium,  on  l'a  signalé  sur  le  Tamarix,  le  Chœno- 
moles  Japonica,  le  citronnier,  l'oranger,  la  sn\ic-dive  ( Lythrum  salicaria); 
mais  sa  nourriture  de  prédilection  semble  être  le  raisin.  C'est  en  effet 
sur  ce  fruit  que  je  la  trouve  en  plus  grande  abondance  de  juillet  à  septem- 
bre, dans  mon  jardin,  et  j'évalue  au  moins  à  10  %  de  la  récolte  le  dégât 
qu'il  cause  parfois.  La  chenille  circule  entre  les  grains  déjà  gros,  les  réu- 
nissant par  des  fils  pour  s'abriter  et  les  rongeant  à  la  périphérie  sans  péné- 
trer toutefois  à  l'intérieur.  On  la  trouve  dans  une  grappe  par  petits  groupes 
de  deux  à  six  individus  de  différentes  tailles,  qui  paraissent  vivre  en  famille. 
Ce  n'est  pas  que  la  consommation  qu'elles  font  soit  bien  considérable  ; 
mais,  comme  elles  attaquent  les  grains  près  de  la  maturité  et  qu'à  ce  point 
les  lésions  du  fruit  ne  peuvent  se  cicatriser,  il  s'ensuit  que  tout  grain 
entamé  tombe  en  pourriture  et  que  la  contagion  s'étend  de  proche  en  proche 
à  toute  la  grappe,  surtout  si  la  saison  est  tant  soit  peu  humide.» 

M.  Penzig1  dit  que  sur  l'oranger  il  y  a  deux  générations  par  an.  Il  est 
possible  qu'il  y  en  ait  davantage  sur  d'autres  végétaux.  Ainsi  seraient 

kiana  et  qui,  d'après  lui,  exercerait  des  ravages  dans  les  vignes  de  la  Sicile. 
Malgré  certaines  différences  entre  ces  deux  insectes,  M.  le  professeur  Penzig 
(Italia  agricola,  1882,  pag.  229)  est  d'avis  de  les  considérer  comme  deux  types 
d'une  même  espèce,  variété  de  Ligurie  et  variété  de  la  Sicile.  M.  Targioni  a  de 
son  côté  étudié  la  question  (Relazionc  délia  R.stazione  di  Entom.  di  Firenze, 
1884,  pag.  486).  Le  savant  entomologiste  de  Florence  donne  parallèlement  les 
caractères  distinctifs,  et,  comme  le  professeur  Penzig,  conclut  à  deux  formes  d'une 
même  espèce.  N'ayant  pas  sous  les  yeux  l'insecte  de  M.  Briosi,  nous  n'avens  pu 
comparer  nous-même  et,  nous  ralliant  jusqu'à  nouvel  ordre  aux  idées  des  deux. 
naturalistes  ci-dessus,  nous  jugeons  inutile  de  reproduire  ici  la  description,  de 
M.  Briosi  ainsi  que  la  dissertation  assez  étendue  de  M.  Targioni. 
1  Penzig;  Un  nuovo  flagello  degli  agrumi  (Italia  agric.  Milan,  6  févr.  1883). 


LA    PYRALE    1)1"    DAPHXE.  ?.",! 

expliquées  les  chenilles  hibernantes  de  plusieurs  grandeurs  trouvées  par 
M.  Constant  entre  les  feuilles  sèches  d'un  pêcber,  et  les  chenilles  de  di- 
verses tailles  que  l'on  trouve  sur  les  raisins  en  automne. 

MOYENS  DE  DESTRUCTION. 

Etant  donné  un  pays  où  le  sol  est  entièrement  occupé  par  la  vigne,  où 
celle-ci,  comme  dans  une  grande  partie  de  l'Hérault  et  certaines  régions  de  la 
Sicile,  n'est  pas  même  entourée  de  baies,  où  il  n'y  a  pas  un  pouce  de  ter- 
rain qui  ne  soit  biné  plusieurs  fois  l'an,  les  traitements  conseillés  contre  les 
autres  ennemis  de  la  grappe  sent  tout  indiqués  ici.  Mais  tel  n'est  pas  mal- 
heureusement le  cas  de  la  côte  ligurienne  de  l'Italie  et  des  Alpes-Mari- 
times, où  YEpheslia  est  partout  dans  le  pays,  dans  les  bois,  dans  les  haies, 
dans  les  champs  et  les  jardins  avoisinant  les  vignes.  «Ce  microlépidoptère. 
dit  M.  Constant,  appartient  à  cette  série  d'ennemis  agricoles  qu'il  est  inu- 
tile de  chercher  à  détruire,  attendu  qu'une  quantité  d'autres  plantes  voisines 
enverront  à  la  saison  suivante  de  nombreuses  phalanges  qui  remplaceront 
au  centuple  lu  génération  qu'on  aura  supprimée  sur  la  vigne.»  Pour  ces 
pays-là,  en  dehors  de  la  recherche  directe  du  ravageur  sur  la  grappe,  nous 
devons  donc  avouer  que  le  remède  n'est  pas  connu  et  que  fort  probablement 
il  ne  sera  jamais  trouvé. 


CHAPITRE  XII. 
LES  NOCTUELLES  NUISIBLES  A  LA  VIGNE 


Le  grand  genre  Noclua  de  Linné,  composé  aujourd'hui  d'envirou  deux 
mille  espèces  décrites,  parfaitement  distinctes,  est  devenu  dans  les  classifi- 
cations modernes  la  Camille  des  Noctuides.  Ce  groupe  a  été  divisé  en  un 
grand  nombre  de  genres,  dont  l'un  surtout  [Âgrotis]  renferme  des  espèces 
polyphages,  vivant  de  racines  et  de  feuilles  et  devenant  certaines  années  des 
ampélophages  dangereux. 

Les  Noctuelles  à  l'état  de  papillon  sont  caractérisées  par  une  taille 
moyenne,  des  formes  courtes,  une  trompe  bien  développée  enroulée  sur 
elle-même  entre  deux  palpes  comprimés,  des  antennes  en  forme  de  soies 
ciliées  ou  pectinées  chez  les  mâles,  un  corps  couvert  de  longues  écailles 
ressemblant  à  des  poils,  un  thorax  arrondi  et  un  abdomen  pointu  offrant 
souvent  des  bouquets  de  poils  en  forme  de  crêtes.  Les  ailes  repliées  en 
forme  de  chape  le  long  du  corps  ou  plus  ou  moins  aplaties,  les  supérieures 
toujours  plus  foncées  que  les  inférieures  portent  d'ordinaire  deux  taches 
ou  macules,  la  tache  orbiculaire  et  la  tache rêniforme.  Les  ailes  inférieures, 
d'habitude  plus  claires,  sont  parfois  ornées  de  couleurs  vives. 

Les  mouvements,  nuls  ou  à  peu  près  pendant  le  repos,  sont  très  vifs  le 
soir,  une  ou  deux  heures  avant  le  coueber  du  soleil.  On  voit  alors  les 
Noctuelles  voler  avec  rapidité,  butinant  sur  les  (leurs,  sans  jamais  se  poser. 

Les  chenilles  (fig.  49),  souvent  nues,  luisan- 
tes, de  couleur  grise,  parfois  ocreuse  ou  verdâ- 
Ire,  avec  des  lignes  longitudinales  plus  claires, 
s'enroulent  en  rond  et  restent  immobiles  dès 
Fig.   49.  —  Chenille  de      qu'on  les  touche  ;  parfois  au  contraire  elles  se 

Noctuelle  ou  ver  gns.  détendent  brusquement  pour  s'enrouler  en  sens 
contraire.  Elles  sont  connues  de  nos  vignerons  sous  le  nom  de  ver  gris. 

La  plupart,  nées  à  la  fin  de  l'été  et  n'ayant  pris  que  la  moitié  de  leur 
accroissement  à  l'arrivée  des  froids,  passent  l'hiver  enterrées  à  10  ou  15 
centim.  clans  le  sol,  demeurant  engourdies  si  la  température  est  basse,  ou 
mangeant  des  racines  si  le  temps  est  doux.  Au  printemps,  elles  sortent,  se 


LES    NOCTUELLES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE.  253 

nourrissent  des  plantes  qui  croissent  entre  les  souches,  surtout  des  com- 
posées dont  elles  mangent  la  racine  et  les  feuilles,  et,  aussitôt  le  premier 
binage  opéré,  faute  d'autre  nourriture,  se  rabattent  sur  la  vigne.  D'autres, 
adultes  en  automne,  passent  l'hiver  à  l'état  de  nymphes,  sont  papillons  en 
avril,  et  des  œufs  que  ceux-ci  ont  pondus  sortent  les  chenilles,  qui  pren- 
nent tout  leur  accroissement  avant  l'hiver. 

Ces  vers  gris  sont  nocturnes;  le  jour  on  n'en  voit  aucun ,  ils  sont  cachés  à 
une  faible  profondeur  dans  la  terre  d'habitude  soigneusement  binée  dans  les 
vignes,  et  on  ne  s'aperçoit  de  leur  présence  qu'aux  ravages  opérés  sur  les 
pousses.  Les  plus  grands  se  constatent  en  avril  et  mai,  et,  comme  il  est 
facile  de  le  comprendre,  mieux  la  vigne  est  tenue,  plus  ils  sont  considérables. 

Première  quiuzaine  de  juin,  l'ennemi  disparaît.  Ils'estenfoncéà20cenlim. 
environ  dans  le  sol,  parfois  moins  profondément;  si  on  le  poursuit  dans 
sa  retraite,  on  le  trouve  enfermé  dans  une  coque  terreuse  unie  à  l'intérieur, 
formée  d'une  couche  de  1  millim.  environ  d'épaisseur  de  terre  gâcbéeavec 
de  la  salive,  dans  laquelle  il  se  transforme  en  chrysalide.  Dans  les  nom- 
breux élevages  faits  par  nous  en  Languedoc,  nous  n'avons  jamais  trouvé  de 
brins  de  soie  mélangés  à  la  terre,  comme  l'indiquent  certains  auteurs. 

Toutes  les  Noctuelles  attaquant  sérieusement  la  vigne  appartiennent  à  la 
sous-famille  ou  tribu  des  Agrotines  et  peuvent  être  ramenées  au  genre  Agro- 
tis, reconnaissable  aux  caractères  suivants:  Une  têteel  un  thorax  revêtus  de 
poils  serrés,  sans  crête  longitudinale  sur  le  thorax,  des  yeux  nus  et  sans  cils, 
des  palpes  redressés  et  terminés  par  un  dernier  article  infléchi,  un  abdomen 
dépourvu  de  huppes,  fréquemment  large  et  aplati,  des  cuisses  velues  à  la 
partie  inférieure,  des  tibias  moyens  et  postérieurs  armés  d'éperons.  Ajoutons 
à  cela  des  ailes  placées  l'une  au-dessus  de  l'autre  horizontalement  pendant  le 
repos,  et  le  mouvement  de  trémulatiou  imprimé  aux  ailes  quand  l'insecte 
est  dérangé  pendant  le  jour,  ce  qui  le  fait  se  déplacer  comme  s'il  marchait 
sur  le  sol. 

Nous  sommes  persuadé  que  plus  de  la  moitié  des  Agrotis  peuvent  à 
l'occasion  devenir  ampélophages,  et  nommer  toutes  les  espèces  mentionnées 
accidentellement  comme  telles,  serait  grossir  inutilement  la  liste.  Nous  nous 
bornons  donc  à  citer  les  plus  fréquemment  signalées  dans  les  diverses 
régions  viticoles  de  la  France  ;  cette  liste  peut  ainsi  être  réduite  aux  huit 
espèces  suivantes  :  Agrotis  tritici,  aquilina,  obelisca,  obesa.  crassa, 
segetuni,  exclamationis  etpronuba. 

Les  quatre  dernières  sont  de  beaucoup  les  plus  communes  dans  les  vignes 
et  seules  seront  décrites  avec  détails. 


254  LES    NOCTUELLES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE. 


I.  —  Noctuelle  épaisse  (Agrotis  crassa  Linné). 

Cette  Noctuelle,  moins  abondante  que  les  trois  autres  dans  la  région  de 
l'olivier,  est  signalée  spécialement  par  M.  André  comme  répandue  en  Bour- 
gogne. Audouin  et  Dunal  la  citent  aussi  parmi  les  plus  nuisibles  à  la  vigne. 
C'est  une  des  grandes  espèces  du  genre. 

Le  papillon  a  25  millim.  de  long,  les  ailes  fermées,  et  de  40  à  45  d'en- 
vergure; les  ailes  antérieures,  d'un  gris  roussâtre  plus  foncé  chez  la  femelle 
que  cbez  le  mâle,  sont  traversées  par  trois  lignes  blanchâtres  anguleuses, 
bordées  de  noir  ;  les  deux  premières  renferment  les  taches  ordinaires, 
qui  sont  brunes,  entourées  de  noir,  et  une  petite  tache  en  chevron  entière- 
ment noire;  la  troisième  ligne,  située  près  de  l'extrémité  des  ailes,  adhère 
à  des  traits  noirs  en  forme  de  fer  de  flèche.  Dans  le  mâle,  les  ailes  posté- 
rieures sont  blanches  avec  une  ligne  noire  le  long  du  bord  frangé;  dans 
la  femelle,  elles  sont  grisâtres  avec  une  large  bordure  obscure.  La  tête  et  le 
thorax  sont  de  la  même  nuance  que  les  ailes  antérieures  avec  une  ligne 
noire  transversale  en  forme  de  collier.  Les  antennes,  d'un  jaune  testacé,  sont 
pectinées  chez  le  mâle  et  simples  chez  la  femelle.  L'abdomen  est  d'un  gris 
pâle  avec  les  derniers  segments  bordés  de  brun. 

La  chenille  adulte  est  longue  de  4  â  5  centim.  (6g.  49).  Tout  son  corps 
est  gris  plus  ou  moins  nuancé  de  brun  ou  de  verdâlre,  elle  a  une  double  raie 
longitudinale  sur  le  dos  et  une  ligne  de  chaque  côté  de  couleur  noire;  chaque 
anueau  porte  en  outre  une  douzaine  de  points  noirs  groupés  sur  le  dos  et 
les  parties  latérales,  la  tête  est  fauve  avec  deux  petites  lignes  noires.  C'est 
surtout  en  mai  qu'elle  exerce  ses  ravages. 

La  chrysalide,  ovoïde,  terminée  en  pointe,  est  d'un  brun  foncé.  La  coque 
terreuse  pratiquée  dans  le  sol,  dans  laquelle  on  la  trouve  enfermée  et  que 
nous  n'avons  pas  observée  personnellement,  est,  d'après  Audouin,  tapissée 
de  quelques  fils  de  soie. 

IL  —  Noctuelle  des  moissons  [Agrotis  segetum 

Sghiffermuller). 

Cette  Noctuelle  est  une  des  plus  répandues  ;  signalée  dans  touie  l'Europe, 
on  la  trouve  également  dans  l'Asie  du  Nord,  Sibérie,  Chine  et  Japon  et 
jusqu'aux  Etats-Unis.  Sa  chenille  est  une  des  plus  nuisibles  à  l'agriculture 
en  général  ;  elle  attaque  les  céréales,  comme  son  nom  l'indique,  les  plantes 
potagères  les  plus  diverses,  compromet  quelquefois  la  récolte  des  betteraves 
et  bien  souvent  exerce  de  graves  dégâts  sur  la  vigne. 


LES    NOCTUELLES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE.  255 

Le  papillon  (fig.  50)  a  environ  30  à  35  millim.  d'envergure.  Ses  ailes 

supérieures  sont  d'un  gris  brunâtre  sombre,  enfumées  de  noirâtre  avec  trois 

lignes  ondulées  transversales  brunes  plus 

ou  moins  fondues  dans  la  teinte  générale. 

La   tache   réni forme,   dont  nous    avons 

parlé  dans  les  caractères  généraux   des 

Noctuides,  est  d'un   brun  noirâtre  ainsi 

que  l'extrémité  de  la  bordure.  Les  ailes 

inférieures,  blanches  dans  le  mâle,  sont    n.     rn       XT         ,,     , 

'  Fig.  a().  —  Noctuelle  des  moissons 

d  un  blanc  enlumé  chez  la  femelle  pnn-  grandeur  naturelle. 

cipalement  sur  les  nervures. 

La  chenille,  quand  elle  est  jeune,  est  d'un  gris  plus  ou  moins  pâle  avec 
trois  lignes  blanchâtres  parallèles,  dont  une  dorsale.  A  l'âge  adulte,  ces 
lignes  sont  bien  moins  visibles  ;  l'insecte  est  d'un  gris  terreux  ardoisé,  avec 
les  côtés  plus  pâles  que  le  dos,  sans  que  souvent  la  ligne  de  démarcation 
soit  bien  tranchée.  La  tête  est  noirâtre  ainsi  que  les  six  pattes  écailleuses. 
Les  pattes  membraneuses,  ou  fausses-pattes,  au  nombre  de  dix,  qui,  lors- 
que la  chenille  était  jeune,  étaient  munies  d'une  demi-couronne  de  petits 
crochets,  perdent  une  grande  partie  de  ceux-ci  à  la  dernière  mue,  de  sorte 
que  ce  ver  gris,  assez  mauvais  grimpeur,  attaque  surtout  les  vignes  basses, 
et  ne  les  atteindrait  presque  pas  si  l'on  avait  soin  de  laisser  de  distance  en 
distance,  entre  les  souches,  une  bande  de  terrain  garnie  de  ses  mauvaises 
herbes.  Comme  toutes  les  chenilles  d' 'Agrotis,  celle-ci  est  enterrée  pendant 
le  jour  et  sort  la  nuit  pour  se  nourrir.  Née  pendant  l'été,  elle  arrive  à  l'hiver 
déjà  grosse,  s'abrite  dans  le  sol  pendant  les  froids,  et,  mangeant  de  nouveau 
au  printemps,  elle  est  adulte  en  mai. 

La  chrysalide,  que  l'on  trouve  dans  le  sol  enfermée  dans  le  cocon  de  terre 
dont  nous  avons  parlé,  est  d'un  brun  ferrugineux  brillant,  les  segments 
abdominaux  sont  dépourvus  d'épines. 

De  juin  à  août  paraît  le  papillon.  Le  jour,  il  reste  caché  dans  lesherbes, 
sous  les  feuilles,  les  écorces  fissurées  des  souebes  et  un  peu  avant  le  coucher 
du  soleil  il  va  butiner  sur  les  trèfles,  les  luzernes,  etc. 

Cette  Noctuelle  est  en  somme  plus  commune  dans  le  nord  que  dans  le 
midi  de  l'Europe  ;  mais  dans  la  région  de  l'olivier  elle  abonde  cependant 
dans  les  terres  meubles,  où  sa  chenille  peut  facilement  s'enfoncer.  Dans  les 
sols  argileux  ou  marneux,  compacts,  elle  est  remplacée  par  l'espèce  suivante. 


250  LUS    NOCTUELLES    NUISII3I.ES    A    LA    VlflNE. 


NI.  —  Noctuelle  point  d'exclamation  (Agrotis  exclamations 

Linné). 

Cette  espèce,  qui  tire  son  nom  de  la  disposition  des  taches  sur  les  ailes, 
est,  d'après  Boisduval  [Entomologie  horticole.  Paris,  1807),  commune 
dans  l'Europe  du  Nord,  en  Angleterre  et  en  Suède,  où  elle  fait  de  grands 
ravages  dans  les  champs  des  diverses  crucifères  cultivées,  telles  que  les 
raves,  les  choux,  les  colzas,  etc.  C'est  cependant  celle  qui  dans  la  région 
de  l'olivier  est  le  plus  souvent  signalée  sur  la  vigne.  Huit  fois  sur  dix 
sa  chenille  est  le  ver  gris  qui  nous  est  soumis  par  les  vignerons  de 
l'Hérault  de  l'Aude  et  du  Gard.  Nous  l'avons  reçue  également  des  envi- 
rons d'Avignon.  Dans  les  terres  argileuses,  compactes,  c'est  à  peu  près  la 
seule  que  l'on  rencontre  en  grande  quantité  dans  toutes  les  cultures. 

Le  papillon,  long  de  20  à  22  millim.,  ayant  environ  35  à  iO  millim. 
d'envergure,  a  le  thorax  d'un  gris  pâle  à  reflets  un  peu  violâtres  ou  rosés. 

Les  ailes  supérieures  sont  de  la  couleur  du  thorax,  marquées  de  taches 
pâles  et  hrunes  avec  trois  raies  transversales  sinueuses,  très  peu  marquées 
parfois,  dont  celle  du  milieu  offre  sur  son  côté  externe  une  tache  noire  en 
forme  de  coin  que  l'on  a  comparée  à  un  point  d'exclamation.  La  tache 
ronde  est  parfois  brune,  parfois  blanchâtre  avec  un  point  brun  au  milieu, 
la  tache  réniforme  brune  ou  grisâtre,  parfois  claire,  mais  toujours  bien 
marquée;  le  bout  de  l'aile  est  bordé  par  une  petite  bande  brunâtre  lisérée 
intérieurement  par  une  petite  raie  sinuée,  plus  pâle  que  le  fond.  Les  ailes 
inférieures,  blanches  chez  le  mâle,  sont  plus  ou  moins  enfumées  chez  la 
femelle. 

La  chenille  adulte  a  40  millim.  de  long  ;  elle  est  de  couleur  lilas  sombre 
avec  un  large  espace  sur  le  dosocreuxet  brillant  dont  les  bords  sont  limités 
par  une  double  ligne  brune.  Les  côtés  sont  d'un  vert  blanchâtre  pâle,  la 
tête  est  noirâtre  ;  les  mâchoires,  les  yeux,  deux  lignes  obliques  à  la  base  et 
un  point  entre  elles,  sont  noirs  ainsi  que  les  neuf  stigmates.  Le  premier 
segment  thoracique  est  corné  et  taché  de  noirâtre  en  dessus,  les  autres 
segments  ont  quatre  tubercules  sur  le  dos  et  plusieurs  autres  sur  les  côtés, 
tous  portant  un  poil.  Les  six  pattes  articulées  sont  couleur  d'ocre  avec  les 
ongles  noirs  et  les  dix  pattes  membraneuses  brunes  à  l'extrémité. 

La  chrysalide,  que  l'on  trouve  eu  juin  dans  la  terre,  est  d'un  brun  roux, 
brillant.  La  coque,  en  forme  d'ellipse,  où  elle  est  enfermée,  semble  faite  de 
plusieurs  morceaux  ou  manchons  de  terre  très  courts,  ajoutés  les  uns  aux 
autres,  quatre  à  cinq  par  loge.  Ces  solutions  de  continuité,  visibles  parfois 


LES   NOCTUELLES    NUISIBLES   A    LA    VIGNE.  257 

môme  à  L'extérieur,  semblent  indiquer  que  La  chenille  s'est  interrompue 
plusieurs  fois  dans  sou  travail  de  crépissage.  Pas  plus  que  chez  YAgrotis 
segetum,  nous  n'avons  observé  de  brins  de  soie  dans  les  coques. 

Le  papillon  parait  en  juillet,  août  et  mèoie  eu  septembre,  suivant  que  la 
chenille  s'est  chrysalidée  plus  ou  moins  tôt.  Ou  trouve  encore  en  effet 
quelques  chenilles  [tendant  les  mois  de  juin  et  de  juillet.  Les  œufs  de  ces 
retardataires  produisent  les  petites  chenilles  que  l'on  rencontre  en  biver  et 
au  printemps  mélangées  à  celles  de  taille  moyenne. 

La  Noctuelle  point  dy  exclamation  est  de  beaucoup  la  plus  ampélophage 
du  genre,  et  les  dommages  graves,  parfois  désastreux,  qui  de  temps  en  temps 
sont  signalés  comme  causés  par  le  ver  gris  dans  les  plaines  de  l'Hérault 
et  de  l'Aude  sont  toujours  occasionnés  par  elle.  Plus  rarement  que  cbez 
l'espèce  précédente,  la  demi-couronne  de  crochets  des  fausses  pattes  dis- 
parût à  la  dernière  mue,  de  sorte  qu'un  seul  de  ces  insectes  resté  bon 
grimpeur  au  moment  de  l'énorme  consommation  de  feuilles  qui  précède  la 
nymphose,  fait,  pour  sa  part,  plus  de  dégâts  nocturnes  que  dix  chenilles 
de  Noctuelles  des  moissons,  qui,  ne  pouvant  plus  monter  sur  les  souches 
au  moment  de  la  fringale,  broutent  les  plantes  basses  ou  les  racines. 

Les  chenilles  de  Noctuelles  sont  difficiles  à  élever  en  captivité  ;  elles 
meurent  de  la  flacherie,  cette  maladie  des  voies  digestives  qui  fait  tant  de 
ravages  dans  les  magnaneries.  Malgré  cela,  eu  multipliant  les  petites  édu- 
cations séparées,  sous  cloche  de  toile  métallique  et  en  plein  air,  on  arrive 
à  obtenir  un  certain  nombre  de  coques  et  de  chrysalides.  Une  fois  dans  cet 
état,  l'insecte  est  sauvé  et  l'on  a  le  papillon  au  bout  d'un  mois. 

La  chenille  est,  nous  l'avons  dit,  omnivore.  Nous  l'avons  nourrie  avec 
des  feuilles  de  laitue,  de  radis,  de  chou  et  de  vigne.  Elle  se  tient  le  jour 
enterrée  à  un  pouce  à  peine  de  profondeur,  juste  ce  qu'il  faut  pour  qu'elle 
puisse  être  dans  l'obscurité.  Elle  sort  vers  9  heures  du  soir.  Souvent  elle 
se  sert  de  son  trou  de  sortie  pour  rentrer  après  le  repas  dans  l'espèce  de 
loge  que  peu  à  peu  elle  a  formée  par  la  pression  de  son  corps  et  où  elle  se 
tient  roulée  en  demi-cercle.  Elle  passe  toujours  de  préférence  parles  ou- 
vertures pratiquées,  fissures  entre  les  mottes  de  terre  ou  autres.  Si  le  pa- 
quet de  feuilles  qu'on  lui  donne  à  manger  est  épais,  elle  se  contente  souvent 
de  s'abriter  dessous;  en  un  mot,  elle  n'aime  pas  à  creuser,  étant  fort  mal 
outillée  pour  cela.  Au  point  de  vue  de  la  lutte  à  entreprendre  contre 
ce  ravageur  nocturne,  ces  derniers  détails  ne  sont  pas  indifférents. 

En  liberté,  l'insecte  monte  sur  les  souches  pendant  la  nuit,  broute  les 
feuilles  les  plus  tendres  et  les  grappes  non  ûeurics,  opérant  ainsi  un  pince- 
ment désastreux,  et,  ce  qui  est  encore  plus  grave,  il  entaille  la  tige  verte  du 
jeune  pampre  qui,  se  cassant  au  moindre  vent,  pend  le  matin  à  demi  flétri 

17 


258  LES    NOCTUELLES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE. 

ou  tombe  même  au  pied  de  la  souche.  Que  de  fois  nous  avons  vu  au  mois  de 
mai,  aux  environs  de  Narbonne  surtout,  les  ceps  entièrement  dépouillés  de 
leur  feuillage  naissant,  et  cela  sur  des  hectares  !  Il  y  a  jusqu'à  dix,  vingt, 
trente  chenilles  par  souche,  et  le  mal  va  crescendo  jusqu'à  ce  qu'intervien- 
nent les  espèces  parasites,  mouches  à  deux  ou  à  quatre  ailes,  qui  rétablis- 
sent l'équilibre. 

IV.  —  Noctuelle  fiancée  (Agrolis  pronuba  Linné). 

Cette  Noctuelle  est  la  plus  grande  de  celles  que  nous  avons  observées 
sur  la  vigne.  Le  papillon  atteint  50  à  60  millim.  d'envergure;  ses  ailes 
supérieures  varient  pour  la  couleur  du  fond  qui  permet  de  distinguer  deux 
variétés  bien  caractérisées  de  l'insecte.  L'une,  qui  a  les  ailes  antérieures 
rougeâtres,  couleur  de  cuir  ou  havane,  de  teinte  presque  uniforme;  l'autre, 
dont  les  marques  sont  plus  nettes,  a  sur  les  ailes  une  teinte  fondamentale 
brun  rouge,  brun  grisâtre,  tirant  parfois  jusqu'au  noir,  mais  toujours 
mélangée  de  gris  cendré.  Dans  les  deux  types,  l'aire  médiane  est  parcourue 
de  raies  transversales  plus  ou  moins  sombres  ;  la  tache  orbiculaire  et  la 
tache  réniforme  sont  claires,  entourées  d'une  teinte  sombre  ou  sombres 
entourées  d'une  teinte  claire,  parfois  très  peu  visibles  sur  la  teinte  claire 
du  fond.  Les  ailes  postérieures  sont  d'un  jaune  d'ocre  vif,  avec  une  bande 
noire  presque  marginale;  l'extrémité  de  la  bordure  et  la  frange  sont  d'un 
jaune  d'ocre.  L'abdomen  est  d'un  gris  jaunâtre. 

Comme  chez  les  espèces  précédentes,  la  chenille  est  polyphage,  nuisible 
surtout  daus  les  jardins  potagers.  Nous  l'avons  souvent  observée  sur  la 
vigneaux  environs  de  Montpellier  dans,  les  terrains  meubles,  mélangée 
à  celles  de  V Agrolis  segelum  ;  c'est  une  des  plus  abondantes  dans  les 
bonnes  terres  de  l'Ecole  d'Agriculture.  Elle  varie  pour  la  couleur  :  tantôt 
d'un  gris  terreux,  tirant  sur  le  verdâtre  ou  le  jaunâtre,  tantôt  et  le  plus 
souvent  d'un  gris  roussâtre  pâle.  Elle  a  sur  le  dos  une  ligne  jaunâtre  très 
étroite,  un  peu  ombrée  de  brun  sur  les  côtés.  Au-dessous  de  cette  ligne 
se  voit  une  série  longitudinale  de  taches  brunes  oblongues  atter.ant  à  une 
ligne  jaune  plus  ou  moins  apparente.  Parfois  ces  taches  sont  nulles  ou  à 
peu  près.  Les  flancs  et  le  dessous  du  corps  sont  plus  pâles,  roussâtres  ou 
jaunâtres.  La  tête  est  rousse,  marquée  de  deux  lignes  noires;  les  stigmates, 
blanchâtres,  sont  cerclés  de  noir. 

Cette  chenille,  née  en  été,  est,  à  la  fin  de  l'automne,  arrivée  aux  deux  tiers 
de  sa  taille.  Elle  parait  ne  pas  craindre  le  froid.  L'hiver,  on  la  trouve  sous 
les  feuilles  sèches,  dans  les  haies  ou  au  pied  des  souches,  enterrée  à  une 
faible  profondeur,  mangeant,  si  le  temps  est  doux,  les  plantes  qui  sont  à  sa 


LES    NOCTUELLES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE.  259 

portée.  La  métamorphose  en  chrysalide  a  lieu  en  avril  ou  mai  dans  une  coque 
terreuse  très  peu  solide,  et  c'est  surtout  les  années  où  le  printemps  est  précoce 
qu'elle  peut  être  nuisible  à  la  vigne.  Ses  dégâts,  du  reste,  ne  sont  jamais 
comparables  à  ceux  des  trois  autres  espèces  décrites  ci-dessus. 

On  distinguera  toujours  facilement  son  papillon  à  la  couleur  jaune  de  ses 
ailes  postérieures.  Il  vole  peu,  mais  souvent  pendant  le  jour  s'abat  prompte- 
meut  et  se  cache  rapidement  dans  les  herbes . 

V.  —  Ennemis  naturels  et  Moyens  de  destruction. 

A.  Ennemis  naturels.  —  Comme  la  plupart  des  Lépidoptères,  les 
Noctuelles  ont  des  ennemis  naturels  qui,  à  un  moment  donné,  arrêtent  leur 
trop  grande  multiplication.  Ce  sont  des  Diptères  de  la  famille  des  Muscides, 
appartenant  à  l'ancien  genre  Tachina  de  Meigeo,  devenu  la  tribu  des  Ta- 
chinaires  et  des  Hyménoptères  de  la  famille  des  Ichneumouides  et  de  celle 
des  Chalcidides. 

Malgré  d'excellents  travaux  sur  ces  divers  groupes  de  parasites,  on  peut 
dire  qu'en  particulier  ceux  qui  détruisent  les  Noctuelles  sont  assez  mal 
connus. 

Si  nous  laissons  de  côté  les  Hyménoptères,  dont  nous  n'avons  trouvé 
dans  les  Noctuelles  ampélophages  qu'une  seule  espèce,  encore  à  l'étude, 
et  dont  nous  parlerons  plus  tard,  nous  ne  trouvons  en  effet  que  quelques 
Tachinaires  connus  comme  attaquant  les  Noctuelles.  Dans  les  rares  tra- 
vaux qui  en  parlent1,  nous  voyons  bien  cités  des  espèces  qui  déciment 
la  Noctuelle  du  chou  {Haclena  Brassicœ  Dup.)  et  la  Noctuelle  gamma  (Plusia 
gamma  Dup.),  mais  pas  un  mot  du  celles  qui  attaquent  nos  Noctuelles 
ampélophages. 

Maintes  fois  cependant,  des  chrysalides  de  VAgrotis  exclamationis  nous 
avons  vu  sortir  une  grosse  mouche  grise,  à  abdomen  roux,  à  corps  épineux 
et  que  ses  allures  turbulentes  nous  ont  fait  ranger  de  suite  parmi  les  Mou- 
ches Tachmes. 

C'est  VEchinomyia  prompta  Meigen,  qui  bien  certainement,  comme  ses 
congénères,  vit  aux  dépens  de  divers  Lépidoptères.  Elle  est  commune  en 
Languedoc,  et  s'attaque  si  souvent  aux  chenilles  de  notre  Agrotis  que 
certaines  années  plus  de  la  moitié  de  celles-ci  en  sont  atteintes.  Nous  avons 

1  Robineau-Desvoidy  ;  Essai  sur  les  Myodaircs  (Mémoires  présentés  par  divers 
savants  à  l'Académie  des  Sciences,  tom.  II,  1830).  —  Dr  Laboulbène  ;  Métamor- 
phoses d'une  mouche  parasite  de  la  Noctua  Brassicx  Linné  (Ann.  Soc.  enl.  de 
Fr.,  18G1,  pag.  231).  —  Goureau  ;  Les  Insectes  nuisibles.  Paris,  V.  Masson,  18G1. 


260  LES    NOCTUELLES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE. 

môme  fait  des  éducations  où  toutes  les  chrysalides  obtenues  renfermaient 
un  de  ces  parasites,  et  c'est  bien  certainement  à  cette  moucbe  que  dans  la 
région  de  l'Olivier  nous  devons  de  passer  parfois  plusieurs  années  sans 
qu'il  soit  parlé  des  ravages  du  ver  gris. 

La  plupart  des  Tacbinaires  vivent  en  certain  nombre  dans  le  corps  de 
leur  victime  et  sortent  de  celle-ci  quand  elle  est  transformée  en  chrysalide, 
pour  se  changer  immédiatement  en  pupe.  Réaumur,  dans  sa  description 
des  Vers  de  mouches  à  deux  ailes,  avait  déjà  observé  cet  exode  et  cette 
métamorphose  immédiate'.  Chez  les  Echinomyia,  comme  du  reste  chez 
certains  autres  genres,  il  n'en  est  pas  ainsi  :  la  métamorphose  en  pupe  a 
lieu  dans  l'intérieur  de  la  chrysalide  et.  vu  la  grosseur  du  parasite,  il  n'y  en 
a  qu'un  par  victime. 

Un  seul  œuf  est  déposé  sur  le  dos  de  la  chenille,  et  il  y  est  si  bien  collé 
qu'on  ne  peut  l'enlever  sans  l'écraser.  De  cet  œuf  sort  une  petite  larve  qui 
perce  la  peau  de  l'insecte  et  pénètre  dans  sa  cavité  générale.  Là,  vivant  du 
tissu  adipeux  et  respectant  tous  les  viscères,  elle  grandit  sans  que  la  che- 
nille paraisse  incommodée.  Celle-ci  continue  à  manger,  à  grossir,  et 
arrive  même  le  plus  souvent  à  faire  sa  coque  et  à  se  changer  en  chrysalide. 
De  suite  après  cette  métamorphose,  c'est-à-dire  en  juin,  les  organes  essen- 
tiels de  l'insecte  sont  attaqués  ;  celui-ci  meurt,  et  dans  l'intérieur  de  son 
corps  le  parasite  se  transforme  en  pupe.  Vers  le  mois  d'août,  a  lieu  la  mé- 
tamorphose de  {'Echinomyia  en  insecte  parfait.  A  ce  moment,  les  chenilles 
des  Noctuelles  sont  écloses,  et  en  septembre  un  œuf  est  pondu  sur  leur  dos 
par  la  grosse  mouche,  et  le  cycle  recommence.  Exceptionnellement,  nous 
avons  vu  sortir  le  parasite  de  la  peau  racornie  de  la  chenille . 

U  Echinomyiaprompta  se  reconnaîtra  facilement  à  la  description  suivante: 

Corps  long  de  12  à  15  millim.,  large  de  5  environ,  couvert  de  poils 
rudes  un  peu  recourbés  en  arrière,  plus  serrés  sur  la  tête  et  le  thorax  que 
sur  l'abdomen.  Tête  triangulaire,  d'un  blanc  argenté,  soyeux,  avec  les  yeux 
d'un  brun  roux  et  une  bande  frontale  rousse  partant  du  sommet  du  vertex. 
Palpes  allongés,  filiformes;  antennes  de  trois  articles,  le  troisième  plus 
court  que  le  deuxième  et  portant  un  appendice  ou  style  très  délié  de  trois 
articles.  Thorax  gris  foncé  avec  quelques  bandes  longitudinales  plus  claires 
sur  sa  partie  antérieure;  ccusson  rougeâtre,  à  base  brune.  Pieds  noirs  à 
dernier  article  bilobé  très  dilaté.  Abdomen  roux  ou  d'un  jaune  testacé  avec 
des  reflets  argentés  portant  une  bande  dorsale  noire,  dilatée,  en  forme  de 
triangle  sur  chaque  segment.  Les  poils  de  l'abdomen,  moins  serrés  que  ceux 
de  la  tête  et  du  thorax,   sont  plus  longs,  plus  raides,  surtout  ceux  du  bord 

1  Réaumur;  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  des  Insectes,  loin.  II,  pag.  441. 


LES    NOCTUELLES    NUISIBLES   A    LA    VIGNE.  261 

postérieur  des  segments  et  constituent  vraisemblablement  un  appareil  de 
protection  contre  les  mouvements  désordonnés  de  la  chenille  sur  laquelle 
l'œuf  sera  déposé. 

La  larve,  aveugle,  blanche,  en  forme  de  quille,  rentre  dans  le  type  bien 
connu  des  larves  de  mouches. 

La  pupe,  ressemblant  à  un  barillet,  formée  de  la  peau  de  la  larve 
durcie  et  renfermant  la  véritable  nymphe,  est  cylindrique,  c'est-à-dire 
peu  atténuée  des  deux  bouts.  Elle  présente  du  côté  antérieur  une  ligne 
transversale  un  peu  en  relief  indiquant  l'ouverture  de  sortie  de  l'insecte. 
Au-dessus  de  cette  ligne,  en  contact  avec  elle,  on  distingue  deux  petits 
tubercules,  et,  au-dessous  de  ces  proéminences,  les  vestiges  de  la  bouche;  du 
côté  postérieur  enfin,  au-dessus  d'une  dépression  qui  correspond  sans  doute 
à  l'ouverture  anale,  se  voient  deux  saillies  chitineuses  qui  sont  les  deux 
stigmates  abdominaux  en  forme  de  bouton  trilobé. 

Cette  grosse  mouche,  à  l'allure  vive,  est  plus  commune  dans  le  midi  de 
la  France  que  dans  le  Nord  '.  Elle  vit  du  nectar  des  fleurs  et  on  la  voit 
fréquemment  sur  celles  d'une  des  Ombellifères  les  plus  répandues,  le 
Daucus  carotta.  Elle  pénètre  même  souvent  dans  nos  habitations. 

En  dehors  de  l'action  destructive  de  notre  mouche  parasite,  le  mal  peut 
être  enrayé  naturellement  par  les  intempéries.  Nous  avons  remarqué  en 
effet  que  les  printemps  secs  succédant  aux  hivers  également  secs,  s'ils 
coïncidaient  surtout  avec  une  faible  proportion  de  chenilles  attaquées  par 
les  Echinomyia,  étaient  ceux  où  les  ravages  étaient  les  plus  grands.  La 
chenille,  dans  sa  retraite  souterraine,  est,  parait-il,  tuée  par  un  excès 
d'humidité,  et  c'est  ce  qui  explique  facilement  les  ravages  plus  grands 
exercés  dans  le  midi  que  dans  le  nord  de  l'Europe. 

L'hiver  de  1888-89  eu  Languedoc  a  été  remarquable  sous  ce  rapport. 
Les  vers  gris,  extrêmement  abondants  à  l'automne  de  1888,  faisaient  pré- 
voir de  grands  dégâts  pour  le  printemps  suivant  ;  mais  l'hiver  ayant  été 
exceptionnellement  pluvieux  (320  millim.  d'eau  pendant  le  seul  mois  de 
décembre),  les  vers  gris  ont  été  très  rares  au  printemps  de  1889. 

Il  n'est  malheureusement  pas  donné  à  l'homme  de  pouvoir  aider  la  na- 
ture dans  cette  œuvre  de  pondération.  Pas  plus  qu'il  ne  peut  régler  ou 
même  prévoir  la  quantité  d'eau  que  donnera  le  pluviomètre  en  hiver,  il  ne 
peut  en  aucune  façon  aider  à  la  multiplication  de  la  mouche  bienfaisante. 
Bien  plus,  il  détruit  forcément  cette  dernière  en  écrasant  la  chenille  qui 
renferme  sa  larve. 

1  Macquart;  Nouvelles  observations  sur  les  Tachinaires  [Ann.  Soc.  ent.  de 
Fr.,  1815,  pag.  262. 


2G2  LES    NOCTUELLES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE. 

B.  Moyens  de  destruction.— Le  cultivateur  devra  donc  agir  comme  si 
ces  auxiliaires  naturels  n'existaient  pas.  Pour  que  ses  efforts  soient  féconds, 
il  lui  faut,  comme  toujours,  bien  connaître  les  mœurs  de  son  ennemi. 

Nous  avons  dit  que  celui-ci  s'enterrait  le  jour  à  une  faible  profondeur. 
De  tout  temps,  sans  doute,  la  recbercbe  du  ver  gris  au  moyen  d'une  petite 
piocbe  a  été  pratiquée.  On  détruit  ainsi,  en  avril  et  mai,  des  quantités 
notables  de  ces  brouteurs  nocturnes  ;  des  femmes  ou  des  enfants  peuvent 
faire  ce  travail,  mais  bien  souvent  nous  avons  vu  les  vignerons  s'étonner 
de  ce  qu'une  soucbe  au  pied  de  laquelle  dix  ou  douze  vers  gris  avaient  été 
écrasés,  en  avait  autant  le  lendemain.  C'est  que  partout  où  la  terre  a  été 
binée,  il  y  a  des  chenilles  enterrées  et  que,  l'entre-deux  des  soucbes  n'étant 
jamais  fouillé,  les  mottes  de  terre,  moins  émiettées,  y  offrent  aux  ravageurs 
un  refuge  plus  assuré  et  plus  commode.  Il  y  a  donc  en  réalité,  en  dehors 
des  premières  recherches,  plus  de  chenilles  à  une  certaine  distance  qu'au 
pied  môme  de  la  soucbe.  Une  première  précaution  qui  devra  être  prise 
consistera,  lors  du  binage  de  printemps,  à  laisser  de  distance  en  distance, 
tous  les  deux  rangs  à  peu  près,  une  bande  de  terrain  non  piochée  ou  non 
labourée,  qui,  le  jour,  rejettera  toutes  les  chenilles  dans  la  raie  binée;  la 
nuit,  en  attirera  le  plus  grand  nombre  sur  ses  mauvaises  herbes.  Une  fois 
le  grand  danger  passé,  c'est-à-dire  fin  mai,  le  binage  supplémentaire 
pourra  se  faire.  Il  ne  faut  pas  oublier  en  effet  que  les  chenilles  de  Noc- 
tuelles sont  omnivores  et  paresseuses,  et  qu'entre  une  feuille  de  pissenlit 
ou  de  séneçon  au  ras  du  sol  et  une  feuille  de  vigne  à  un  demi-mètre  d'éléva- 
tion, la  préférence  sera  donnée  à  la  première. 

Nous  avons  dit  également  que  les  vers  gris,  mal  outillés  pour  creuser, 
rentraient  toujours  dans  les  mêmes  trous  ou  se  réunissaient  sous  les  mêmes 
abris.  Ces  habitudes  ont  été  observées  aux  environs  de  Narbonne  par  tous 
les  viticulteurs,  et  un  moyen  de  destruction  très  répandu  dans  cette  région, 
si  souvent  ravagée,  consiste  à  mettre  au  pied  de  la  soucbe  une  poignée  de 
luzerne  ou  d'herbe  coupée  que  l'on  soulève  tous  les  matins  et  où  l'on  écrase 
les  chenilles.  On  pratique  encore  dans  la  même  région  viticole  le  procédé 
que  nous  appellerons  celui  des  trous  de  pal.  Trois  ou  quatre  trous  sont 
pratiqués  non  loin  de  la  souche  avec  un  petit  pal  ou  plantoir  en  bois.  Les 
chenilles  se  contentent  fort  bien  de  ces  trous  béants  aux  parois  tassées,  pour 
s'abriter  pendant  le  jour,  et  le  matin  on  n'a  plus  qu'à  les  écraser  au  fond 
de  leur  retraite  avec  le  même  instrument. 

En  employant  simultanément  ces  trois  procédés,  d'une  application  si 
simple,  on  arrivera  certainement  à  sauver  la  plus  grande  partie  de  sa  récolte. 

Il  nous  reste  à  parler  du  sulfure  de  carhone,  dont  l'emploi  semble  indi- 
qué contre  tout  insecte  souterrain.  Ses  vapeurs  tendent  plutôt  à  descendre 


LES   ÉCAILLES    OU    CHÉLONIES.  20.'? 

dans  le  sol  qu'à  remonter  à  sa  surface  ;  or  c'est  précisément  dans  la  cou- 
che superGcielle  que  se  tiennent  les  vers  gris  au  printemps  et  à  l'automne. 
Il  serait  donc  à  craindre  qu'appliqué  à  ces  époques-là,  le  traitement  ne  fût 
pas  efficace  ;  mais  il  devra  être  essayé  en  hiver,  après  une  forte  gelée  qui 
aura  fait  descendre  la  grande  niasse  des  chenilles  entre  10  et  20  centim.  de 
profondeur. 


LES  ÉCAILLES  OU  CHÉLONIES. 


On  nomme  ainsi  de  heaux  papillons  de  la  tribu  des  Romhycides,  aux 
couleurs  vives,  aux  chenilles  couvertes  de  longs  poils,  marchant  rapidement, 
bien  connues  des  maraîchers  comme  saltaquant  à  une  foule  de  plantes 
cultivées. 

Plusieurs  espèces  ont  été  signalées  sur  la  vigne  et  se  soDt,  certaines  an- 
nées, tellement  multipliées  dans  les  départements  de  l'Hérault  et  du  Gard, 
que  dans  plusieurs  quartiers  la  récolte  en  a  été  sensiblement  réduite. 

Ces  cas-là  sont  rares.  La  règle  qui  fait  du  gros  insecte  un  ennemi  peu 
redoutable  en  comparaison  du  petit,  trouve  ici  son  application,  et  les  grands 
ravages  ne  sont  qu'exceptionnels.  Nous  ne  pouvons  cependant  moins  faire 
que  de  donner  quelques  détails  sur  ces  Lépidoptères  omnivores,  répandus 
dans  la  plus  grande  partie  de  l'Europe  et  cités  par  Walckenaer,  Vallot, 
Dunal,  Audouin,  Audré,  etc.,  tous  ceux,  en  un  mot,  qui  ont  fait  un  tra- 
vail d'ensemble  sur  les  insectes  de  la  vigne. 

Ces  divers  auteurs  citent  une  demi-douzaine  de  ces  écailles  ampélo- 
phages  ;  nous  croyons  suffisant  d'en  porter  le  nombre  à  quatre,  et  nous  par- 
lerons des  Chelonia  caja,  viltica,  mendica  et  lubricipeda,  qui  sont  les 
plus  répandues. 

I.  —  L'Écaillé  martre  (Chelonia  caja  Linné). 

Ce  beau  papillon  (fig.  51),  long  de  4  centim.  environ,  en  a  ordinairement 
0  d'envergure.  Ses  ailes  antérieures  sont  d'un  blanc  roussâtre  avec  de 
grandes  taches  irregulières  d'un  brun  café  au  lait  foncé  qui  occupent  par- 
fois la  plus  grande  surface  des  ailes  et  peuvent  être  alors  considérées 
comme  en  formant  le  fond.  Les  ailes  postérieures  sont  d'un  rouge  vif  avec- 
plusieurs  taches  d'un  bleu  foncé  métallique  entourées  de  noir,  plus  ou 
moins  grandes.  La  tête  et  le  thorax  en  dessus  sont  d'un  brun  cale  au  lait 


264  LES   ÉCAILLES   OU    CHÉLONIES. 

comme  les  ailes  antérieures,  avec  un  collier  rouge;  les  antennes,  pectinées, 
sont  blanches  ;  Y  abdomen  est  rouge  avec  trois  rangées  longitudinales  de 

tacbes  noires,  celles-ci  d'or- 
dinaire réunies  forment  des 
taches  transversales  sur 
plusieurs  segments.  Le  des- 
sous du  corps  est  revêtu  de 
poils  rouges. 

La  chenille,  longue  de 
plus  de  5  centim.,  est  noire 
avec  des  bouquets  de  poils 
très  longs,  de  même  cou- 
leur, implantés  sur  des  tu- 


Fig.  51.  —  Écaille  martre,  grandeur  naturelle. 


hercules  également  noirs.  Les  trois  anneaux  thoraciques  sont  garnis  de 
poils  d'un  roux  vif  insérés  sur  des  tubercules  d'un  blanc  bleuâtre.  La  tête 
est  d'un  noir  brillant;  les  pattes  brunes,  ainsi  que  la  partie  ventrale.  Les 
stigmates  sont  blancs. 

La  chrysalide  est  cylindro-conique,  d'un  noir  luisant,  avec  l'extrémité 
ahdominale  bilobée  et  garnie  de  petites  épines  ferrugineuses.  Le  cocon 
dans  lequel  elle  est  enfermée,  dans  une  feuille  repliée,  entre  deux  feuilles 
ou  dans  une  fissure  d'écorce,  est  fait  de  soie  grossière  formant  un  tissu 
peu  serré  et  entremêlé  des  longs  poils  de  la  chenille. 

«L'Ecaillé  caja  est  surtout  abondante,  dit  Dunal,  dans  le  département 
du  Gard.  Certaines  années,  elle  s'y  trouve  en  si  grande  quantité  sur  fa 
vigne  qu'elle  la  ravage.  Dans  une  vigne  de  30  ares,  à  Saint-Gilles,  on  a  tué 
dans  une  matinée  1 ,200  de  ces  larves.  Elles  mangent  les  bourgeons  sans  les 
couper  à  leur  base. 

»I1  paraît  que  cet  insecte  s'est  montré  à  toutes  les  expositions,  princi- 
palement sur  le  cépage  appelé  Grenache  et  dans  les  terres  argileuses.  » 

Aux  environs  de  Montpellier,  le  printemps  de  1889  a  été  remarquable 
par  l'abondance  extrême  de  ces  grosses  chenilles  velues.  Dans  tous  les 
terrains  formés  de  cailloux  et  de  débris  siliceux  (Diluvium  alpin),  surtout 
dans  la  commune  de  Saint  Georges,  célèbre  par  ses  vins,  on  a  pu  évaluer 
le  dégât  entre  un  dixième  et  un  cinquième  de  la  récolte.  L'insecte  n'étant 
pas  nocturne,  ses  dimensions  étant  grandes,  sa  recherche  est  assez  facile. 
On  le  trouve  broutant  les  feuilles  pendant  le  jour  ;  jamais  il  ne  coupe  le 
bourgeon  entier,  comme  le  ver  gris  de  la  Noctuelle. 


LES   ÉCAILLES   OU    CHÊLONIES.  265 


II.  —  L'Écaillé  fermière  {Chelonia  villlca  Linné  . 

L'insecte  parfait,  long  de  30  à  35  millim.  les  ailes  fermées,  en  a  50  à  60 
d'envergure.  Les  ailes  antérieures  sont  d'un  beau  noir  velouté  avec  des 
taches  d'un  jaune  paille  clair,  de  forme  irrégulière.  Les  ailes  inférieures 
sont  d'un  beau  jaune  orange  avec  quelques  points  noirs  dans  leur  partie 
moyenne  et  une  assez  grande  tache  apicale  plus  ou  moins  déchiquetée  ren- 
fermant aussi  dans  son  intérieur  deux  ou  trois  espaces  jaunes  plus  ou 
moins  grands.  La  tête,  les  antennes,  le  thorax  et  les  pattes  sont  d'un  noir 
profond  avec  deux  taches  couleur  paille  sur  les  côtés  antérieurs  du  thorax. 
En  dessous,  le  thorax  et  les  cuisses  offrent  des  poils  d'un  rouge  carminé. 
L'abdomen  est  jaune  en  dessus  avec  son  tiers  postérieur  rouge  et  quelques 
points  noirs  ;  en  dessous,  il  est  rouge  avec  deux  lignes  d'un  brun  noirâtre. 

La  chenille  adulte,  longue  de  plus  de  5  centim.,  est  entièrement  noire, 
avec  des  tubercules  plus  pâles  supportant  des  bouquets  de  poils  d'un  brun 
rouge.  La  tête  est  également  rouge,  ainsi  que  les  pattes.  Les  stigmates  sont 
blanchâtres  cerclés  de  noir. 

La  chrysalide,  d'un  brun  noirâtre,  avec  les  entre-deux  des  segments  plus 
clairs,  ceux-ci  garnis  de  petits  faisceaux  de  poils  roux,  est  aussi  enfermée 
dans  un  cocon  de  soie  grossière. 

III.  —  L'Écaillé  mendiante  [Chelonia  mendica  Linné). 

Cette  espèce,  plus  petite  que  les  précédentes,  est  remarquable  par  la  dif- 
férence de  robe  existant  entre  le  mâle  et  la  femelle.  Le  corps,  gris  chez  le 
premier,  blanc  chez  la  seconde,  est  long  de  20  à  22  millim. , les  ailes  fermées, 
et  de  ?o  millim.  en  viron  d'envergure.  Dans  le  mâle,  les  quatre  ailes  sont  d'un 
gris  uniforme;  dans  la  femelle,  elles  sont  blanches,  un  peu  transparentes. 
Chez  les  deux  sexes,  les  antérieures  seules  présentent  cinq  à  six  points 
noirs  épars  et  disposés  parfois  un  peu  différemment.  Les  antennes,  noires 
chez  la  femelle,  sont  grises  et  pectinées  chez  le  mâle  ;  enfin,  dans  les  deux 
sexes,  les  cuisses  offrent  des  poils  d'un  jaune  fauve  et  Vabdomen  cinq 
rangées  longitudinales  de  points  noirs. 

La  chenille,  que  l'on  trouve  en  juin  et  juillet,  est  d'un  blanc  sale  tirant  sur 
le  jaune  ou  le  gris  ;  elle  offre  une  large  ligne  dorsale  d'un  gris  obscur,  et 
sur  les  parties  latérales  quelques  traits  obliques  qui  paraissent  formés  par 
des  replis  de  la  peau  ;  sa  tète  est  d'un  roux  clair  brillant.  Tout  son  corps 


2G6  LES    ÉCAILLES    OU   CHÉLOMES. 

est  couvert  de  poils  raides,  blonds  ou  roussâtres,  disposés  par  bouquets  sur 
des  tubercules  peu  saillants. 

La  chrysalide  est  ovoïde  et  d'un  brun  luisant.  Le  cocon  soyeux  qui  la 
renferme  est  d'un  tissu  lâche  entremêlé  de  poils.  Le  papillon  n'éclôt  qu'au 
printemps  suivant. 

IV.  —  L'Écaillé  pied  glissant  (Chcîonia  lubricipcda  Linné). 

Cette  espèce,  dont  le  corps,  les  ailes  fermées,  est  long  de  2  centim.  et 
demi,  a,  les  ailes  ouvertes,  une  envergure  de  4  centim.  Elle  ressemble  par 
la  taille  et  un  peu  par  la  couleur  à  la  femelle  de  VÉcaille  mendiante.  Les 
ailes  sont  d'un  jaune  terne  pâle,  presque  blanc,  en  dessus  et  en  dessous,  avec 
des  points  noirs.  Les  points  des  ailes  supérieures  sont  au  nombre  de  12  à 
14,  dont  trois  placés  sur  la  côte  ou  bord  d'en  haut  ;  les  autres,  à  l'excep- 
tion des  deux  postérieurs,  lorsqu'ils  existent,  forment  une  ligne  oblique 
qui  descend  du  sommet  au  bord  interne.  Les  points  des  ailes  inférieures 
varient  de  un  à  sept,  mais  il  y  en  a  toujours  davantage  chez  la  femelle.  La 
tête  et  le  thorax  sont  de  même  couleur  que  les  ailes.  L' abdomen,  d'un 
jaune  fauve,  a  cinq  rangées  longitudinales  de  points  noirs.  Les  pattes  sont 
d'un  brun  obscur  avec  des  poils  jaunes  sur  les  cuisses.  Les  antennes  sont 
grises  avec  la  lige  noire. 

La  chenille  adulte  est  d'un  brun  noirâtre  avec  une  ligne  dorsale  bleuâtre 
et  des  tubercules  ferrugineux,  sur  lesquels  sont  des  aigrettes  de  poils  d'un 
brun  jaunâtre  ;  mais  quelquefois  la  teinte  générale  du  corps  est  d'un  gris 
roussâtre  avec  la  ligne  dorsale  rembrunie.  Elle  court  très  vite,  et  c'est  cette 
circonstance  qui  lui  a  fait  donner  par  Linné  le  nom  de  lubricipcda  (pied 
glissant).  On  la  trouve  depuis  juillet  jusqu'en  octobre  sur  différentes  plan- 
tes, y  compris  la  vigne,  sur  laquelle,  dit  Dunal,  elle  occasionne  parfois  des 
ravages.  Nous  ne  l'avons  pas  toutefois  rencontrée  sur  la  vigne  en  Lan- 
guedoc. 

La  chrysalide  est  d'un  brun  rougeâtre,  avec  de  petits  crochets  ferrugineux 
à  la  pointe  postérieure.  Le  cocon  ressemble  à  celui  des  autres  espèces. 

Les  trois  Ecailles  dont  nous  venons  de  parler  se  combattent,  comme 
l'Ecaillé  martre,  en  recherchant  le  jour  la  chenille  sur  les  bourgeons. 
La  présence  de  l'ennemi  est  vite  décelée  par  les  sarments  dépouillés  de 
feuilles  ;  mais  en  mai,  certaines  années,  assez  rares  heureusement,  la  visite 
doit  être  journalière. 


CHAPITRE  XIII. 
SOUS-ORDRE  DES  CRÉPUSCULAIRES 


Ces  Lépidoptères,  dont  les  ailes  inférieures,  comme  chez  les  Nocturnes, 
sont  réunies  par  un  frein  aux  ailes  supérieures,  sont  remarquables  par  leur 
corps  très  développé  par  rapport  aux  ailes,  leur  abdomen  fusiforme  relié 
étroitement  au  tborax,  et  leurs  antennes  prismatiques  terminées  par  une 
pointe  recourbée.  Leur  trompe,  très  développée,  dépasse  parfois  debeaucoup 
la  longueur  du  corps,  ce  qui  permet  à  ces  insectes,  qui  ont  pour  la  plupart 
un  vol  coutinu  et  rapide,  de  visiter,  sans  se  pofer,  les  corolles  les  plus  pro- 
fondes. La  plupart  volent  au  crépuscule,  comme  leur  nom  l'indique.  Tels 
sont  les  Sphinx;  d'autres,  comme  les  Zygènes  et  les  Macroglosscs,  volent 
en  plein  soleil. 


LA    ZYGÈNE    DE   LA  VIGNE1 

(Ino  Ampelophaga  Bayle.) 


Synonymie  :  Sphinx  ampelophaga  Hiïbner.  —  Sphinx  vilis  Freyer. 
—  Procris  vitis  Bonnelli,  Boisduval.  —  Zigxna  ampelophaga  Bayle. 

1  Bibliographie.—  V.  Hiibner;  Eur.  Schmett.  Sphingidx,  1805.—  Bayle 
Barelle  ;  Sarjgio  intorno  agli  insetti  ?wcivi.  Milano,  1824.  —  Passerini  ; 
Mem.  sopra  due  specie  d'Insetti  nocivi  (Atli  délia  R.  Acad.  dei  Georgofili  di  Fi- 
renze,  1829  et  1830.  —  Walckenaer  ;  Ins.  nuisibles  à  la  Vigne,  1836.  — 
Vallot  ;  Ins.  nuisibles  à  la  Vigne,  18 il. —  Audouin  ;  Ins.  nuisibles  à  la 
Vigne,  1842.  —  Dei  ;  Insetti  dannosi  aile  vili  in  llalia.  Milano,  1873.  —  Ach. 
Costa;  Insetti  che  altacano  l'Albcro  ed  il  frutto.  Napoli,  1877.  —  Minière; 
Iconographie  des  Lépidoptères.  Lyon,  1882.  —  André;  1rs  Parasites  de  la 
Vigne.  Beaune,  1882.  —  Targioni-Tozzetti  ;  Helazione  délia  R.  slazzionc  di 
Ëntomologia  di  Firenze,  pag.  4  43.  1884.  —  Peragallo  ;  Insectes  nuisibles  à 
l'Agric.  Nice,  1885.  —  Ottavio  Ottavi  ;  Traité  pratique  de  Vitic.  1885. 


268  LA    ZYGÈNE    DE    LA  VIGNE. 

Procris  ampelophaga  Passerini,  Duponchel,  Audouin.  —  Atgchia  ampe- 
lophaga Treitscbke.  —  Ino  ampelophaga  Leach,  Curo,  Targioni,  Stau- 
dinger  et  Wocke.  Noms  français  :  Zygène  de  lu  vigne,  Procris  mange- 
vigne.  Nom  italien  :  Zygœna  délia  vite. 

L'espèce  dont  il  est  ici  question,  signalée  depuis  fort  longtemps  sur  la 
vigne  dans  l'Europe  méridionale,  fait  partie  de  la  famille  des  Zygénides, 
groupe  de  Crépusculaires  qui  forme  transition  avec  les  Nucturnes.  Leurs 
ailes,  de  même  que  chez  ces  derniers,  sont  tectiformes  et  dirigées  vers  le 
bas  comme  une  chape;  mais  leur  corps,  très  développé  par  rapport  aux 
ailes,  et  surtout  leurs  antennes,  les  rapprochent  des  Crépusculaires.  Les 
Zygénides  ont  une  particularité  commune  à  toutes  les  espèces  du  groupe, 
celle  de  simuler  la  mort  lorsqu'on  les  saisit.  Le  vol  est  diurne,  assez  lourd, 
toujours  court;  l'accouplement  se  fait  hout  à  bout.  Le  cocon,  allongé,  mem- 
braneux, jaune  clair  ou  blanchâtre,  est  généralement  mal  dissimulé  sur  des 
tiges  grêles  ou  des  chaumes  de  graminées  ;  parfois  cependant,  comme  celui 
de  uotre  espèce,  il  est  Glé  dans  les  feuilles  sèches,  les  fissures  de  l'écorce, 
les  creux  de  roseaux,  etc. 

1.  -   HISTORIQUE. 

Baylc-Barelle,  de  Milan  (1824),  est  le  premier  qui,  au  point  de  vue 
méthodique,  ait  suffisamment  étudié  l'espèce  qui  nous  occupe,  pour  qu'on 
puisse  lui  attribuer  le  nom  spécifique  adopté  par  tous  les  entomologistes. 
Passerini,  de  Florence  (1829  et  1830),  a  décrit  dans  deux  Mémoires  les 
mœurs  de  l'insecte.  D'après  Walckenaer  (1836),  qui  a  étudié  ce  dernier 
surtout  au  point  de  vue  historique,  l'espèce,  très  répandue  en  Italie,  est 
peut-être  celle  ou  une  de  celles  connues  des  anciens  sous  les  noms  d'/ïi- 
volvulus  ou  Convolvulus.  Pallas,  ajoute  Walckenaer,  parait  avoir,  dès  le 
xvme  siècle,  observé  l'insecte  dans  les  vignes  de  la  Crimée  {Travels  in 
Russie,  tom.  II,  pag.  241).  Ce  n'est  en  tout  cas  que  depuis  Bayle  et  Pas- 
serini que  les  observations  sont  positives,  et  c'est  dans  les  travaux  de  ces 
deux  auteurs  qu'ont  puisé  Walckenaer,  Audouin  et  la  plupart  de  ceux  qui 
ont  écrit  sur  les  insectes  de  la  vigne.  Le  livre  de  M.  Ach.  Costa,  de  Naples 
(1877),  pag.  203  à  213,  est  certainement,  parmi  les  travaux  récents, celui  qui 
donne  le  plus  de  détails  sur  l'insecte,  celui  auquel  sont  empruntés  une  bonne 
partie  de  ceux  que  nous  donnons  nous-même.  Millière  (1882)  a  le  premier 
signalé  l'espèce  en  France  dans  le  département  des  Alpes-Maritimes,  et 
c'est  à  ce  titre  que,  parmi  plusieurs  entomologistes  qui  ont  récemment  parlé 
de  la  Zygène  de  la  vigne,  nous  citons  spécialement  l'auteur  bien  connu  de 
\' Iconographie  des  Lépidoptères. 


LA    ZYGÈNE    DE    LA    VIGNE.  269 


II.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 


Les  derniers  jours  d'avril  ou  les  premiers  de  mai,  apparaît  le  papillon, 
et,  aussitôt  la  femelle  fécondée,  les  œufs  sont  déposés  sur  les  branches  de 
la  vigne  par  groupes  de  deux  à  trente,  accolés  régulièrement  sur  un  même 
plan. 

Au  bout  de  dix  à  douze  jours,  les  petites  chenilles  éclosent  et  se  mettent 
aussitôt  à  manger  les  jeunes  bourgeons,  passant  successivement  aux  feuilles 
les  plus  tendres.  Elles  les  attaquent,  non  pas  sur  le  bord,  mais  au  milieu 
du  limbe,  à  la  manière  des  escargots.  Pendant  le  jour,  elles  se  tiennent  sur 
la  face  inférieure  des  feuilles,  évitant  soigneusement  les  rayons  directs  du 
soleil,  se  cachant  même  dans  les  fissures  et  jusque  dans  le  sol  quand  la 
chaleur  est  trop  forte.  C'est  à  l'aurore  et  au  crépuscule  que  les  dégâts  se 
commettent.  L'insecte  est  à  l'état  de  larve  adulte  au  bout  d'une  trentaine 
de  jours,  c'est-à-dire  fin  mai  ou  commencement  de  juin.  A  ce  moment,  il 
se  retire  dans  les  crevasses  de  la  souche  ou  dans  celles  des  échalas  et  ûo^ 
arbres  sur  lesquels  la  vigne  monte,  suivant  l'usage  italien,  ou,  si  la  vigne 
tenue  basse  est  supportée  par  une  simple  canne  de  roseau,  c'est  dans  la 
cavité  de  celui-ci  qu'il  se  réfugie.  Là,  il  se  sépare  de  l'air  extérieur  par  une 
cloison  de  soie  grossière,  se  file  un  cocon  soyeux,  plus  finement  tissé  et, 
reste  quelque  temps  encore  sous  forme  de  larve.  Enfin  a  lieu  la  métamor- 
phose en  chrysalide,  et  cet  état  dure  de  douze  à  quinze  jours,  après  lesquels, 
dans  la  seconde  moitié  du  mois  de  juin ,  apparaît  le  nouveau  papillon . 

Les  œufs  sont  pondus  de  la  même  façon  qu'au  printemps  ;  la  chenille 
fait  une  nouvelle  consommation  de  feuilles  de  vigne  et  construit  un  cocon 
pour  s'y  chrysalider.  Des  premiers  cocons  filés  sortent,  fin  août  ou  premiers 
jours  de  septembre,  quelques  papillons  généralement  inféconds  et  que 
l'hiver  tuera.  Le  reste,  plus  tardif,  passe  à  l'état  de  chrysalide  l'automne 
et  l'hiver,  pour  apparaître  au  printemps  et  recommencer  la  propagation  de 
l'espèce. 

Œufs.  —  Ils  sont  presque  sphériques,  d'un  diamètre  d'environ  i 
dixièmes  de  millim.,  d'une  couleur  blanchâtre  tirant  sur  le  jaune  paille,  a 
cuticule  lisse  et  transparente. 

Chenille.  —  Le  corps  est  relativement  court  et  gros,  12  millim.  de 
long  sur  3  de  large  a  1  âge  adulte.  Quand  la  chenille  est  jeune,  la  couleur 
générale  est  le  gris  jaunâtre  avec  trois  bandes  longitudinales  sur  le  dos  et  une 
autre  sur  chacun  des  flancs.  Ces  bandes  sont  formées  par  des  séries  de 
taches  allongées  de  couleur  sombre,  placées  sur  chaque  anneau,  le  ventre 


270  LA    ZYGÈNE    DE    LA    VIGNE. 

de  couleur  plus  claire.  Quand  la  chenille  est  adulte,  dit  Millière,  le  dos  et 
les  flancs  sont  d'un  brun  rougeâtre  et  le  ventre  jaune  de  Naples;  la  tête, 
très  petite,  est  noire  ;  les  6  pattes  écailleuses  et  les  10  fausses  pattes  sont 
jaune  clair.  Le  corps  est  recouvert  en  dessus  de  gros  points  pilifères 
bleuâtres  donnant  naissance  à  de  nombreux  poils  bruns  médiocrement 
longs.  La  face  ventrale  est  toujours  plus  claire  et  dénuée  de  poils. 

Chrysalide.  —  L'insecte,  sous  cette  forme,  estd'unjaunegrisâtre.  Il  est 
enfermé  dans  un  cocon  de  soie  assez  lâche,  de  couleur  blanc  cendré  un 
peu  bleuâtre,  long  de  12  à  13  miliim. 

Le  papillon  (fig.  52),  long  de  12  miliim.  environ  les  ailes  fermées,  en 
a  22  à  25  d'envergure.  Les  ailes  antérieures  sont  d'un  brun  verdâtre  ou 
bleuâtre  uniforme,  légèrement  bronzé,  les  posté- 
rieures entièrement  d'un  brun  noirâtre.  Le  corps 
est  d'un  vert  brillant  avec  des  poils  noirs.  Les 
antennes,  presque  aussi  longues  que  le  corps, 
sont  largement  pectinées  chez    le    mâle,    plus 

1,        brièvement  chez  la  femelle. 
Ce  papillon,  d'une  grande  vivacité,  présente, 
d'après  Millière,  ainsi  que  toutes  les  Zygènes, 

Fig.  52.      Zygène  de  la    cette  particularité  inexplicable  de  résister  indé- 
vigne. 

uniment  dans  le  flacon  à  cyanure  de  potassium 

dont  se  servent  les  entomologistes,  milieu  où  succombent  presque  instan- 
tanément la  plupart  des  Lépidoptères.  Cette  espèce  se  trouve  dans  une 
grande  partie  de  l'Europe  méridionale.  Décrite  d'abord  en  Italie,  elle  a 
été  signalée  en  France  dans  les  Alpes-Maritimes  par  Millière,  e.n  Hongrie 
par  M.  Horvath,  en  Autriche  par  M.  Bollé,  en  Espagne  par  M.  Graëlls. 
L'Italie  parait  toutefois  sa  patrie  préférée,  son  centre  de  rayonnement. 
Passerini  et  tous  les  auteurs  italiens  nommés  plus  haut  citent  le  Tyrol,  le 
Piémont,  la  Lombardie,  la  Toscane  surtout,  les  environs  de  Rome,  de 
Naples  et  la  Sicile  comme  les  régions  les  plus  attaquées.  C'est,  on  le  voit, 
presque  toute  l'Italie. 

III.  —  DÉGÂTS  ET  MOYENS  DE  LES  COMBATTRE. 

LaZygène  de  la  vigne  peut  être  fort  nuisible.  D'après  Passerini,  c'est  la 
moitié  delà  récolte  qui  parfois  est  enlevée.  Costa  parle  d'un  quart  ou  d'un 
tiers,  et  cela  est  suffisant  pour  faire  de  cette  chenille,  exclusivement  arapé- 
lophage,  un  ennemi  redoutable. 

Jusqu'à  présent  aucun  moyen  infaillible  n'a  été  conseillé  pour  la  dé- 
truire. 


LA    ZYGÈNE    DE    LA    VIGNE.  27] 

Pour  atteindre  les  petits  ennemis  de  ses  récoltes,  l'agriculteur,  avons- 
nous  dit,  doit  avant  tout  bien  connaître  leurs  mœurs  ;  or  les  divers  auteurs 
qui  ont  écrit  sur  notre  Zygène  ne  sont  pas  d'accord  sur  le  nombre  de  ses 
générations.  Bayle-Barelle  affirme  que  dans  le  Piémont  il  n'y  en  a  qu'une; 
Millière,  de  Cannes,  dit  qu'il  en  est  de  même  dans  les  Alpes-Maritimes.  Il 
a  vu,  dit-il,  les  chenilles  descendre  en  juin  pour  faire  leur  cocon,  et  le  pa- 
pillon paraître  en  juillet.  L'espèce  passerait,  selon  lui,  l'hiver  à  l'état  d'oeuf. 
M.  Costa,  de  Naples,  dont  nous  avons,  dans  la  partie  biologique,  donné 
en  quelque  sorte  une  traduction  abrégée,  mais  fidèle,  parle,  on  l'a  vu,  de 
deux  générations  et  cite  même  une  troisième  apparition,  partielle  il  est 
vrai,  de  papillons  en  automne.  Nous  croyons  à  l'exactitude  d'observation 
des  trois  naturalistes.  L'insecte,  qui  dans  le  nord  de  son  aire  géographique 
n'a  qu'une  seule  génération,  en  a  deux  dans  le  Midi. 

Le  mode  de  destruction,  on  le  conçoit  sans  peine,  doit  donc  varier  avec 
les  différences  de  mœurs;  autrement  dit,  avec  les  pays. 

Dans  ceux  où  il  n'y  a  qu'une  génération,  nous  dirons,  avec  Bayle-Bar- 
relle,  qu'une  fois  la  taille  faite  et  avant  que  la  vigne  soit  attachée  à  ses  sup- 
ports ou  échalas,  on  doit  frotter  énergiquement  avec  un  chiffon  rude  les 
écorces  et  le  bois  qui  portent  les  plaques  d'œufs.  Nous  ajouterons  que  les 
badigeonnages  Balbiani,  dont  il  a  été  question  à  propos  de  l'œuf  d'hiver  du 
Phxjlloxora  (pag.  1 19),  ne  pourraient  être  que  fort  utiles.  Il  estàproposde 
rappeler  ici  que,  puisque  nous  avons  affaire  à  une  espèce  spécialement  ita- 
lienne, elle  était  fort  probablement  connue  des  anciens,  et  que  dans  son  livre 
De  rerustica,  Caton  a  bien  pu  vouloir  parler  des  badigeonnages  insecticides 
employés  contre  elle  lorsqu'il  dit  que  la  vigne  enduite  avec  du  marc  d'huile 
réduit  à  la  consistance  du  miel  n'est  pas  attaquée  par  les  Convolvulus.  Ce 
nom,  nous  l'avons  déjà  dit,  pouvait  du  reste  s'appliquer  à  plusieurs  insectes. 

Dans  les  régions  où  il  y  a  deux  générations  dans  l'année,  où  l'insecte 
passe  l'hiver  à  l'état  de  chrysalide,  il  faut  re- 
noncer à  l'idée  d'écraser  les  pontes  sur  le  bois 
de  la  vigne  garnie  de  feuilles.  On  proGtera  de 
l'habitude  qu'a  la  chenille  de  se  laisser  choir  sur 
le  sol  quand  on  secoue  le  cep.  Si  la  vigne  est 
cultivée  avec  un  grand  développement,  on  fera 
tomber  l'insecte,  comme  le  dit  M.  Costa,  au 

moyen  d'un  bâton,   sur  un  linge  étendu  sur  le        Fig.  53.  — -  Entonnoir  à 

,    -,.  ,  .  ,  Altises. 

sol.  Si  les  ceps  au  contraire  sont  tenus  bas,  on 

se  servira  de  l'entonnoir  à  altises  (fig.  53),  déjà  décrit  à  propos  delà  Grisettc. 

Les  chenilles  des  Zygènes,  mauvaises  Gleuses,  ne  se  laissent  pas  couler 

au  bout  d'un  fil,  à  la  façon  de  celles  des  Tordeuses.  Elles  tombent  pliées  eu 


272  LES    SPHINX    AMPÉLOPHAGES. 

demi-cercle,  et  bien  certainement,  mieux  que  les  Altises  ou  les  Grisettes, 
elles  iront  rouler  jusqu'au  fond  du  sac  qui  termine  l'entonnoir. 


LES  SPHINX  AMPÉLOPHAGES. 


En  fait  de  Lépidoptères  nuisibles  aux  vignes,  il  nous  reste  à  parler 
des  Spbingides  ou  Sphinx,  qui  de  temps  en  temps  font  parler  d'eux.  Les 
divers  auteurs"'  portent  à  trois  ou  quatre  le  nombre  des  espèces  incri- 
minées. Aucune  d'elles  n'arrive  à  occasionner  des  dommages  bien  graves  ; 
mais  comme  leurs  chenilles  sont  grosses,  facilement  remarquées,  elles  sont 
accusées  de  toutes  les  entailles  faites  aux  feuilles  des  souches  et  nous  sont 
fréquemment  apportées  par  les  viticulteurs.  Le  mal  fait  par  l'espèce  la 
plus  ampélopbage  est,  en  somme,  minime,  et  là  encore,  comme  pour  les 
Chelonia,  nous  pouvons  constater  que  d'ordinaire  le  gros  insecte  est  moins 
nuisible  que  le  petit. 

Les  Sphinx  se  reconnaissent  de  suite  à  leur  corps  énorme  par  rapport 
au  faible  développement  de  leurs  ailes  toujours  étendues,  à  leurs  antennes 
fortes,  courtes,  prismatiques,  à  leur  trompe  très  développée,  à  leurs  ailes 
antérieures  lancéolées  et  à  leur  abdomen  conique.  Leurs  couleurs  sont 
généralement  belles,  aussi  bien  chez  la  chenille  que  chez  l'insecte  parfait. 
Chez  celui-ci,  les  sexes  présentent  peu  de  différences  extérieures.  La  che- 
nille porte  toujours  un  éperon  sur  l'avant-dernier  anneau.  Le  groupe, 
nombreux  en  espèces,  soixante  environ,  est  répandu  dans  les  deux  mondes, 
et  en  Amérique  comme  en  Europe  il  y  a  des  espèces  qui  peuvent,  à  l'oc- 
casion, nuire  à  la  vigne. 

Celles  qui  chez  nous  ont  été  signalées  par  tous  les  auteurs  sont  au 
nombre  de  trois  :  Sphinx  (Deilephila)  lineata,  Porcellus  et  Elpenor. 

Des  deux  premières,  nous  ne  dirons  que  quelques  mots.  Certains  au- 
teurs, Dunal  entre  autres,  leur  ont  accordé  trop  d'importance. 

I  —  Le  Sphinx  à  bandes. 

(Sphinx  [Deilephila)  lineata  Linné). 

Le  Sphinx  {Deilephila)  lineata  a  la  couleur  générale  d'un  brun 
olivâtre,  nuancée  de  jaune,  de  rouge  et  de  blanc.  Le  jaune  consiste  en  une 
bande  traversant  l'aile  supérieure  d'un  bout  à  l'autre,  le  rouge  dans  une 


LES   SPHINX   AJdPÉLOPHAGES.  J7.! 

bande  de  même  forme  traversant  l'aile  inférieure,  le  blanc  dans  des  bandes 
et  des  taches  diversement  disposées  sur  le  thorax,  les  ailes  et  l'abdomen. 
Les  quatre  raies  blanches  longitudinales  dont  le  thorax  est  orné,  les  deux 
intermédiares  convergentes,  permettent  de  distinguer  cette  espèce  de  toutes 
les  autres. 

La  chenille  est  d'un  jaune  olivâtre,  avec  la  tête  et  deux  lignes  dorsales 
parallèles  roses;  le  ventre  est  blanchâtre.  Elle  vit  sur  les  plantes  de  la 
famille  des  Rubiacées  telles  que  le  caille-lait,  sur  certaines  Composées 
comme  la  scorzonère  et  aussi  sur  la  vigne.  Nous  l'avons  trouvée  sur  cette 
dernière  à  Montpellier  et  nous  l'avons  reçue  d'Algérie. 

II.  —  Le  Sphinx  petit  pourceau. 

[Sphinx  (Dcilephila)  porcellus  Linné). 

Le  Sphinx  (Deîlephila)  porcellus,  appelé  en  français  Sphinx  petit 
pourceau  ou  petit  Sphinx  de  la  vigne,  est  le  moins  grand  des  trois, 
4  à  5  centim.  d'envergure.  La  couleur  dominante  sur  le  corps  et  les  ailes 
de  cette  petite  espèce  est  le  rose.  Le  milieu  des  quatre  ailes  est  d'un  jaune 
verdâtre  clair  et  le  bord  antérieur  des  deux  ailes  postérieures  est  teinté 
de  brun. 

La  chenille  est  brune  ou  verte,  généralement  brune  ;  elle  a  de  chaque 
côté,  sur  le  devant  du  corps,  trois  taches  oculaires  noires  à  prunelle  blanche 
et  à  iris  roussàtre.  La  corne  est  courte,  à  peine  saillante.  Le  caille-lait 
jaune,  l'épilobe  et  la  vigne  sont  ses  trois  plantes  préférées. 

III.  —  Le  Sphinx  de  la  vigne. 

[Sphinx  [Deilephila]  Elpenor  Linné). 

Cette  espèce,  appelée  par  Geoffroy  Sphinx  de  la  vigne,  ne  doit  pas  être 
confondue  avec  le  Sphinx  vitis  Linné,  qui  est  d'Amérique,  et  dont  nous 
n'avons  pas  à  parler.  C'est  la  plus  ampélophage  des  trois  espèces  de  Sphinx, 
citées  ici  et  c'est  aussi  la  seule  sur  laquelle  nous  nous  étendrons  un  peu 
longuement. 

Le  papillon  (6g.  54)  a  6  à  7  centim,  d'envergure.  Le  corps  est  rose, 
avec  deux  bandes  longitudinales  d'un  vert  olive  jaunâtre  sur  Vabdomen 
et  cinq  lignes  divergentes  de  cette  couleur  sur  le  thorax;  celui-ci  est  borde 
de  blanc  près  de  l'attache  des  ailes  et  la  naissance  de  l'abdomen  offre  de 
chaque  côté  une  tache  noire  arrondie.  Les  ailes  antérieures  sont,  en  dessus, 
d'un  rose  pourpre  avec  trois  bandes  d'un  vert  olive  clair.  La  bande  anté- 

18 


274 


LES    SPHINX    AMPÉLOPHAGES. 


rieure  longe  presque  toute  la-côte  et  elle  a  le  milieu  marqué  d'un  petit  point 
blanc.  La  bande  intermédiaire  est  oblique  et  se  confond  à  sa  partie  supé- 
rieure avec  la  bande  précédente.  La  bande  postérieure,  également  oblique, 
iiniten  pointe  au  sommet.  Indépendamment  de  cela,  il  y  a  une  petite  tache 


Fig.  54.  —  Sphiux  de  la  vigne,  grandeur  naturelle. 


brune  contre  la  base  de  l'aile  et  le  bord  interne  est  garni  de  poils  blancs 
depuis  son  origine  jusqu'à  la  bande  postérieure.  Les  ailes  postérieures 
sont,  en  dessus,  d'un  rose  pourpre  avec  la  moitié  basilaire  d'un  brun  ver- 
dâtre,  le  bord  supérieur  est  d'un  blanc  teinté  de  verdâtre  et  le  bord  posté- 
rieur est  liséré  de  blanc  pur.  Le  dessous  des  quatre  ailes  est  rose,  avec  une 
ou  plusieurs  bandes  à  leur  partie  antérieure  d'un  jaune  verdâtre  variant  de 
formes.  Les  antennes,  roses  en  dedans,  d'un  verdâtre  rosé  en  dehors,  sont 
liséréesde  blanc  en  dessus.  Les  pattes  sont  blanches,  la  trompe  d'un  jaune 
sombre  un  peu  doré. 

La  chenille 'est  verte  quand  elle  est  jeune,  conservant  parfois  cette  couleur 
dans  un  âge  avancé;  mais  alors  les  raies  obliques  qu'on  observe  sur  ses  côtés 
sont  noirâtres  au  lieu  d'être  grisâtres.  D'ordinaire,  après  la  seconde  mue, 
celte  chenille  est  d'un  brun  plus  ou  moins  obscur,  finement  veiné  de  noir, 
avec  six  raies  longitudinales  obliques  grisâtres.  Elle  a  sur  le  premier  et  le 
deuxième  segment  de  l'abdomen  deux  taches  noires  orbiculaires  et  marquées 
chacune  d'une  lunule  dont  les  bords  sont  d'un  blanc  violacé  et  le  milieu 
d'un  brun  olivâtre.  Elle  a  de  plus,  le  long  du  dos,  deux  rangs  de  points  de 
cette  dernière  couleur.  Son  éperon  est  recourbé,  noir,  avec  l'extrémité 
blanchâtre.  La  tête  est  petite,  ainsi  que  les  deux  premiers  segments  du 
thorax,  dont  le  dernier  segment  (métathorax)  est  seul  développé.  Les  pattes 
articulées  sont  d'un  gris  luisant,  les  fausses  pattes  brunes. 

Cette  chenille  vit  plus  souvent  sur  la  vigne  que  celle  des  deux  espèces 
précédentes,  mais  on  la  trouve  aussi  sur  le  caille-lait  jaune,  l'épilobe  et  la 
salicaire.  Elle  mange  beaucoup  et  grossit  assez  vite.  Sortie  de  l'œuf  cou- 


LES    SPHINX    AJIPÉLOPHAGES.  275 

rantjuin,  elle  est  adulte,  c'est-à-dire  longue  de  (i  à  7  centim.,les  premiers 
jours  de  septembre. 

Elle  se  creuse  alors  dans  le  sol,  comme  du  reste  les  chenilles  des  deux 
espèces  précédentes,  une  loge  ovale  aux  parois  unies  et  garnie  de  quelques 
fils  de  soie  où  elle  opère  sa  uympliose. 

La  chrysalide,  qui  passe  l'hiver,  est  d'un  brun  roux  rappelantla  couleur 
vieux  bois,  avec  la  partie  dorsale  plus  claire  et  celle  qui  correspond  aux 
appendices  du  vol  el  delà  marche  plus  foncée.  L'extrémité  del'abdumen  est 
en  forme  de  pointe  incurvée  vers  le  bas,  de  couleur  noire  ;  les  stigmates  et 
une  rangée  de  petites  épines  entourant  presque  entièrement  les  i",  .V  et  Gc 
anneaux  abdominaux  sont  également  noirs. 

Le  papillon  parait  fin  mai  de  l'année  suivante  ;  la  femelle  pond  sur  les 
feuilles  de  20  à  25  œufs,  qui  sont  éclosau  bout  de  huit  à  dix  juins  ;  ces  trufs 
sont  arrondis,  luisants  et  de  couleur  verdâlre. 

En  dehors  des  vignes  en  espaliers,  nous  n'avons  jamais  vu  le  Sphinx 
de  la  vigne  faire  des  dégâts  sérieux.  Il  ne  broute  la  vigne  sous  forme  de 
chenille  que  de  juin  à  tin  août,  étant  à  l'état  de  chrysalide  ou  de  pa- 
pillon inoffensif  lorsque  les  pousses  sont  tendres.  On  peut  donc  ne  pas 
s'en  inquiéter  en  grande  culture,  où  sa  multiplication,  du  reste,  semble 
entravée  par  les  binages,  qui  déterrent  la  chrysalide.  Que  de  fois  nous  avons 
vu  cette  dernière  ramenée  à  la  surface  du  sol  par  la  charrue,  et  morte  sans 
doute  après  quelques  journées  d'exposition  au  soleil! 

Pour  les  espaliers,  à  part  les  dégâts  occasionnés  sur  les  pampres,  la 
présence  de  la  chenille  est  d'ordinaire  décelée  par  ses  grosses  déjections 
cannelées  et  verdàtres  qui  tombent  au  pied  des  ceps.  Il  est,  en  somme, 
facile,  avec  ces  points  de  repère,  de  trouver  une  chenille  longue  de  G  a  7 
centim.  et  de  la  détruire  sans  avoir  recours  à  l'arsenal  de  la  chimie. 


CHAPITRE  XIV. 
ORDRE    DES    NÉVROPTÈRES 


Ce  groupe  se  compose  d'insectes  ayant  des  formes,  une  structure  anato- 
mique  et  des  métamorphoses  assez  différentes  pour  que  certains  naturalistes 
les  aient  divisés  en  deux  groupes,  les  Névroptères  vrais  et  les  Pseudo- 
névroptères.  Dans  un  travail  d'ensemhle  comme  celui-ci,  nous  ne  pensons 
pas  devoir  même  donner  les  caractères  de  ces  deux  coupes,  et  nous  dirons 
avec  Linné,  le  créateur  de  l'ordre,  que  les  Névroptères  sont  les  insectes 
réunissant  les  caractères  suivants  :  quatre  ailes  membraneuses  égales 
parcourues  par  un  réseau  de  nervures  (vsu^ov)  plus  ou  moins  serré,  un 
appareil  buccal  masticateur  et  un  prothorax  toujours  distinct . 

Les  Hémérobes,  les  Fourmis-Lions,  les  Phryganes,  les  Libellules,  les 
Éphémères,  les  Termites,  sont  les  types  les  plus  connus  de  l'ordre  des 
Névroptères.  Ce  sont  des  insectes  en  majeure  partie  carnassiers,  c'est-à-dire 
utiles  à  l'agriculture  ;  mais  tout  un  groupe,  celui  des  Termites,  est  poly- 
phage,  tout  au  moins  lignivore,  par  conséquent  nuisible  a  l'homme. 


LES  TERMITES  NUISIBLES  A  LA  VIGNE. 


Les  Termites,  appelés  fourmis  blanches  dans  les  pays  chauds,  sont  des 
insectes  aux  mœurs  sociales  fort  curieuses,  vivant  en  colonies  nombreu- 
ses appelées  termitières  et  qui  parfois  occasionnent  de  très  grands  dégâts. 
On  a  beaucoup  écrit  sur  ces  Névroptères  ;  mais,  ne  pouvant  entrer  ici  clans 
de  grands  détails,  nous  renverrons  à  leur  sujet  aux  travaux  des  Konig, 
des  Sméathman,  des  Hagen,  des  Lespès,  des  F.  Mûller,  etc.,  qui  les  ont 
si  bien  étudiés.  Disons  cependant  qu'une  termitière  se  compose  de  très 
nombreux  individus,   parmi  lesquels,   comme  chez  les  fourmis,  on  ren- 


LES    TERMITES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE.  27*3 

contre  des  individus  de  formes  diverses,  tels  que  des  ailés  sexués,  mâles 
et  femelles,  et  des  aptères  asexués,  ouvriers  et  soldats,  les  uns  chargés 
des  soins  domestiques,  construction,  élevages  des  jeunes,  etc.,  les  autres 
chargés  de  la  défense  de  la  colonie  et  remarquables  par  leur  énorme  tête 
carrée.  Nous  ajouterons  qu'il  y  a  des  termites  dont  les  habitations  sont 
souterraines,  d'autres  qui  bâtissent  en  terre  gâchée  des  constructions  ex- 
térieures plus  ou  moins  vastes  ayant  jusqu'à  plusieurs  mètres  d'élévation, 
d'autres  enfin  qui  se  contentent  d'établir  leurs  colonies  dans  le  bois  mort, 
qu'ils  creusent  à  cet  effet  en  galeries  irrégulières  et  profondes. 

C'est  à  ces  derniers  qu'appartiennent  les  deux  espèces  européennes 
signalées  par  divers  auteurs  comme  nuisibles  aux  vieilles  souches  de  vignes: 
le  Termite  lucifuge  (Termes  lucifugus)  et  le  Termite  à  col  jaune  [Terme* 
flavicollis) . 

J. —  Termite  lucifuge. 

[Termes  lucifugus  Rossi). 

On  nomme  ainsi  l'espèce  européenne  la  plus  connue,  la  plus  répandue, 
celle  dont  les  mœurs  et  les  dégâts  ont  été  le  mieux  étudiés.  Lespès  '  a 
publié  sur  ce  termite  une  étude  restée  classique,  et  dans  ses  colonies,  établies 
dans  le  bois,  il  a  été  observé  par  cet  auteur  des  faits  nouveaux  et  même 
des  formes  d'insectes  n'existant  pas  dans  les  autres  termitières.  Outre  les 
quatre  formes  citées  plus  haut,  les  mâles,  les  femelles,  les  ouvriers  et  les 
soldats,  Lespès  a  en  effet  constaté  une  seconde  forme  de  sexués,  les  petits 
mâles  et  les  petites  femelles,  destinés  à  émigrer,  à  aller  fonder  des  colo- 
nies. Les  petits  î^ois  et  les  petites  reines,  comme  les  appelle  l'auteur,  faisant 
allusion  au  rôle  rempli  par  les  sexués  dans  la  termitière,  paraissent  vers  le 
mois  de  mai.  Les  grands  rois  et  les  grands  reines,  qui  n'émigrent  pas» 
paraissent  au  contraire  au  mois  d'août.  Dans  les  deux  formes,  la  femelle, 
d'abord  ailée,  perd  ses  ailes,  et,  la  fécondation  opérée,  l'abdomen  de  l'in- 
secte, par  suite  de  la  grande  production  d'oeufs,  prend  des  dimensions 
extraordinaires. 

On  reconnaîtra  le  Termite  lucifuge  aux  caractères  suivants  : 
Longueur  du  mâle,  ailes  non  comprises,  5  millim.   environ;  de  la  fe- 
melle non  fécondée  6  millim.,  de  la  femelle  fécondée  et  pleine  d'reufs  8  à 
9  millim.  l'envergure  est  de  18  à  20  millim.   Les  insectes  ailés  perdent 
leurs  ailes  avant  l'accouplement  ;  celles-ci  paraissent  coupées  irrégulière- 

1  Lespès  ;  Recherche*  sur  l'organisation  et  les  mœurs  du  Termite  lucifuge 
[Ann.  des  Se.  nal.,  1856). 


278  LES    TERMITES    NUISIBLES    A    LA    VIGNE. 

ment.  La  longueur  de  l'ouvrier  est  de  4  millim.,  celle  du  soldat  de  5  à  6. 

Le  corps,  ressemblant  à  celui  d'une  fourmi,  couvert  de  poils  courts  et 
bruns,  est  de  couleur  brun  clair  cbez  l'ouvrier,  tirant  sur  le  roux  chez 
le  soldat,  beaucoup  plus  foncée  et  même  d'un  noir  brillant  cbez  les 
sexués.  Les  femelles  pleines  d'œufs  ont  l'abdomen  distendu,  d'un  blanc 
sale,  sauf  les  plaques  cbitineuses  de  la  partie  dorsale  et  ventrale,  qui  res- 
tent brunes.  Les  appendices  sont  bruns,  sauf  l'extrémité  jaunâtre  des  tibias, 
des  tarses,  des  antennes  et  des  palpes  ;  les  quatre  ailes,  égales,  sont  mem- 
braneuses. Avant  d'atteindre  l'état  de  nymphe,  remarquable  par  ses  moi- 
gnons d'ailes,  la  larve,  qui  est  presque  blanche,  subit  quatre  mues  dont  les 
intervalles  sont  appelés  stades  par  Lespès.  Après  la  première  mue,  c'est- 
à-dire  au  premier  stade,  la  larve  a  10  articles  aux  antennes,  12  à  14  au 
deuxième  stade  et  16  au  troisième. 

Les  caractères  importants  qui  font  placer  le  Termes  lucifugus  dans  le? 
Termes  vrais  sont  les  suivants  :  Tête  sans  saillie  antérieure,  cellule  mar- 
ginale des  ailes  dépourvue  de  nervures,  tarses  sans  pelotes  en  forme  de 
ventouses  entre  les  griffes. 

Cette  espèce  est  répandue  dans  le  sud  et  surtout  le  sud-ouest  de  l'Eu- 
rope. Elle  est  signalée  pour  M.  Horvath  en  Serbie  et  dans  le  sud  de  la 
Hongrie,  dans  les  vignes  de  Berzaszka  sur  les  bords  du  Danube,  dans  le  sud 
de  l'Italie,  la  Sicile,  la  Calabre,  les  environs  de  Naples  par  MM.  Targioni 
et  Aloi.  Ses  régions  préférées  paraissent  être  cependant  le  sud  et  l'ouest  de 
l'Espagne,  le  Maroc,  Madère,  le  Portugal  et  nos  départements  du  Sud- 
Ouest.  D'après  Perris1,  elle  abonde  dans  les  forêts  de  toute  la  côte,  jusque 
dans  les  Charentes,  attaquant  les  souches  des  pins  aussi  bien  que  celles  des 
chênes;  tous  kh  bois  morts,  en  un  mot,  jusqu'aux  charpentes  des  maisons. 

D'après  Audouin,  Milne-Edwards  et  M.  Blanchard,  c'est  l'espèce  qui 
depuis  la  fin  du  siècle  dernier  a  eDvabi  les  villes  de  La  Rochelle  et  de  Ro- 
cbefort  et  y  a  causé  des  ravages  devenus  célèbres;  mais,  selon  M.  de  Qua- 
trefages2,  l'identité  de  ces  termites  citadins,  différents  par  leurs  mœurs  de 
ceux  des  ebamps  et  des  bois,  émigrant  en  mars  et  non  en  mai,  resterait 
encore  a.  prouver. 

Le  Termite  lucifuge  attaque  le  bois  mort  de  la  vigne,  comme  il  attaque 
tous  les  bois  morts.  Chez  la  vigne,  on  le  sait,  les  blessures  se  cicatrisent 
mal.  Les  ceps  soumis  depuis  longtemps  à  la  taille  ont  donc  beaucoup  de  fis- 
sures, de  tares,  de  bois  mort  apparent.  Ces  parties  mortes  ou  cariées  sont 
attaquées  par  notre  insecte,  dont  les  excavations,  surtout  dans  les  parages 

'  Perris  ;  Observation  n°  7183  (Manuscrits  de  l'École  d'Agric.  de  Montpellier). 
2  Quatrefages  ;  Souvenirs  d'un  Naturaliste.  Paris,  1854. 


LES    TERMITES    NUISIBLES    \    LA    VIGNE.  270 

exposés  au  vent,  finissent  par  provoquer  la  rupture  des  ceps.  Ces  acci- 
dents sont  rares,  en  somme,  et  nous  pensons  que  MM.  Aloi  et  Grassi  en 
signalant  les  termites1  comme  sérieusement  nuisibles  a  la  vigne,  ont  un  peu 
dépassé  la  mesure. 

II.  —  Termite  à  col  jaune. 

[Termes  (Calotermes)  flavicollis  Fabricius). 

Cette  espèce  se  trouve  dans  tout  le  sud  de  l'Europe.  Elle  attaque  éga- 
lement les  bois  morts,  mais  préfère  ceux  qui  sont  un  peu  pourris,  tout 
au  moins  ramollis  par  l'humidité.  Vieux  troncs  d'arbres  fruitiers  ou  de  saules 
taillés  en  têtards,  vieilles  souches  de  vignes,  pieux  plantés  dans  le  sol, 
tout  lui  est  bon  ;  mais  il  ne  pénètre  jamais  dans  les  bois  de  nos  construc- 
tions, comme  le  Termite  lucifuge. 

Il  est  possible  que,  sous  le  rapport  des  mœurs  et  des  différentes  formes 
d'individus  peuplant  la  termitière,  cette  espèce  ressemble  à  la  précédente, 
mais  son  histoire  est  encore  mal  connue.  On  n'a  observé  que  les  larves,  les 
ouvriers,  les  soldats  et  les  mâles,  et  un  travail  intéressant  serait  à  faire  sur 
cet  insecte. 

Les  larves  et  les  ouvriers  sont  blancs  et,  mieux  encore  que  ceux  du 
Termite  lucifuge,  méritent  le  nom  vulgaire  de  fourmis  blanches.  Les  soldats, 
plus  grands,  atteignent  7  à  9  millim.  de  long  ;  leur  couleur  est  le  blanc 
jaunâtre,  avec  une  énorme  tête  quadrangulaire  tirant  sur  le  roux;  leurs 
mandibules,  dentelées  en  dedans,  anguleuses  extérieurement  au  niveau  de 
leurs  racines,  sont  moitié  aussi  longues  que  la  tète. 

Les  mâles  sont  d'un  brun  marron  foncé;  la  bouche,  les  antennes,  les 
pattes  et  le  prothorax  sont  jaunes.  Les  ailes,  dont  l'envergure  atteint 
20  millim.,  sont  légèrement  enfumées.  Cette  espèce  se  distingue  en  outre 
par  une  £c7e  quadrangulaire  assez  grosse,  un  grand  écusson  cervical  échan- 
cré  en  avant  et  une  pelote  faisant  fonction  de  ventouse  entre  les  griffes  de 
chaque  tarse.  Ce  dernier  caractère  fait  ranger  l'insecte  dans  le  sous-genre 
Calotermes. 

Il  occasionne  sur  les  vieux  ceps  de  vigne  les  mêmes  dégâts  que  le 
Termite  lucifuge.  Très  répandu  en  Provence  et  en  Languedoc,  dans  la  zone 
de  l'olivier  du  moins,  où  l'espèce  précédente  est  inconnue,  il  ne  se  passe  pas 
d'année  qu'il  ne  nous  soit  envoyé  comme  ayant  complètement  évidé  le  tronc 
de  quelque  vieille  souche  et  occasionné  sa  rupture.  Par  suite  du  renouvel  le- 

1  Targioni-Tozzetti  ;  Relazione  délia  Stazione  di  Entom,  di  Firenze,  1888, 
pag.  1M  ;  et  Aloi  e  Grassi  ;  Bulletino  di  Not.  agr.,  188-i. 


280  LES    TERMITES    NUISIBLES   A    LA    VIGNE. 

meut  presque  complet  du  vignoble  méridional,  le  cas  est  cependant  devenu 
plus  rare  qu'avant  l'invasion  phylloxérique.  MM.  Targioni-Tozzetti,  Aloi 
et  Grassi  ont  signalé  l'insecte  sur  les  vignes  en  Italie,  où.  il  habite  toute 
la  région  de  l'olivier,  y  compris  l'île  de  Sardaigne. 

Les  dégâts,  avons-nous  dit,  ne  sont  jamais  graves.  Quand  un  cep 
est  assez  vieux,  assez  évidé  pour  se  briser,  on  n'a  qu'à  le  remplacer  Mais 
si,  pour  des  raisons  particulières,  la  belle  dimension  d'un  espalier  par 
exemple,  on  voulait  conserver  un  vieux  cep  malgré  les  termites  qui  s'y 
sont  établis,  on  pourrait  procéder  ainsi  :  pratiquer,  au  moyen  d'une  grosse 
vrille,  un  trou  aboutissant  en  pleine  termitière  et  y  injecter  du  sulfure 
de  carbone  en  quantité  suffisante  pour  remplir  plusieurs  galeries.  L'ouver- 
ture étant  bouchée  avec  soin,  on  peut  être  assuré  que  tous  les  termites 
seraient  infailliblement  tués. 


CHAPITRE  XV. 
ORDRE    DES  ORTHOPTÈRES 


Les  insectes  composant  ce  groupe  se  reconnaissent  d'ordinaire  à  leur 
grande  taille.  Ils  ont  les  ailes  droites  (o/>0o;),  les  antérieures  croisées  l'une 
sur  l'autre,  les  postérieures  pliées  en  éventail,  la  bouclie  broyeusc  et  les 
métamorpboses  incomplètes.  Celles-ci  se  réduisent  en  effet  à  des  mues  ^ui 
ne  modifient  pas  sensiblement  la  forme  générale  de  l'insecte.  L'état  de  nym- 
phe ne  diffère  de  celui  de  larve  que  par  la  présence  des  moignons  d'ailes 
et  de  celui  d'Insecte  parfait  par  des  ailes  complètement  développées. 

Si  nous  nommions  ici  tous  les  Ortboptères  accusés  par  les  divers  au- 
teurs de  manger  la  vigne,  nous  atteindrions  bien  certainement  la  vingtaine. 
Dès  J 833,  Soiier,  de  Marseille,  dans  une  Note  à  la  Soc.  cnt.de  France,  en 
nomme  une  dizaine  d'espèces.  Ce  sont  pour  la  plupart  les  mêmes  qui  sont 
observées  aujourd'bui  dans  la  région  de  l'olivier;  mais  plusieurs,  très  impor- 
tantes cependant,  confondues  sans  doute  avec  d'autres  et  décrites  depuis, 
ne  sont  pas  nommées.  D'autres  au  contraire  y  figurent  qui  ne  valent  pas 
la  peine  de  nous  arrêter  même  quelques  instants,  ne  devenant  ravageuses 
que  de  très  loin  entrés  loin,  les  années  de  multiplication  exceptionnelle. 

*  Bibliographie.  —  Soiier;  Note  sur  l'Ephippiger  vitîum  cl  autres  Ortho- 
ptères ampétophages  de  Provence  (Aun.  Soc.  eut.  de  Fr.,  1833).  —  Dunal  ;  Des 
Orthoptères  auipëlophages  (Soc  d'Agric.  de  l'Hérault  1883).  —  Boisduval  ; 
Entomologie  horticole.  Paris,  Donnaud,  18G7.  —  Maurice  Girard;  Traité 
élémentaire  d'Entomologie.  Paris,  Baillière,  1870.  —  Marquet  ;  Xolcs  sur  les 
Orthoptères  du  Languedoc  (Bull.  Soc.  d'Hist.  nat.  de  Toulouse,  1870-77).  — 
Brunner  de  Wattenwyl  ;  Prodromus  der  europwischen  Orthopteren. 
Leipzig,  Eagelmann,  1882. —  Finot  ;  Les  Orthoptères  de  la  France.  Paris, 
Deyrolle,  1883.  —  Kunckel  d  Herculais  ;  Les  Insectes,  tom.  I  (traduction 
française  de  Brehra,  1882.  Paris,  Baillière).  —  Targioni-Tozzetti  ;  Relazione 
delta  Stazione  di  Entomologia  di  Firenze,  188 i  et  1888.  — V.  Mayet  ;  Uescr. 
d'une  noue,  espèce  de  liai  bitislcs  attaquant  la  vigne  (Bull.  Soc.  en  t.  de  France, 
25  juillet  1888).  — Journal  La  Nature,  1888,  Le  Cosmos,  1888,  etc.  ;  !.■ 
invasions  deCricjuets  en  Algérie. 


282  LES    CRIQUETS    NUISIBLES    A    LA    VIGNE. 

Les  espèces  maintenues  de  la  liste  de  Solier,  ajoutées  à  quelques-unes 
vivant  dans  d'autres  régions  ou  décrites  depuis  1833,  nous  permettent  de 
porter  à  huit,  pas  davantage,  le  nombre  des  Orthoptères  réellement  nui- 
sibles aux  vignes,  et  encore  plusieurs  ne  le  sont-ils  pas  cbaque  année. 
Nous  suivrons  pour  la  nomenclature  le  Catalogue  des  Orthoptères  de 
France,  par  M.  Pinot. 
La  liste  peut  se  dresser  comme  suit  : 

Famille  des  Acridides  (Criquets) . .   Acridium   (Pachytylus)   migrato- 

rius  Linné. 

—  —  —         [Caloptenus)  Italiens 

Burmeister. 

—  —  —         (Stauronotits)  Marocca- 

nus  Tbunberg. 
Famille  des  Locustides  (Sauterelles)  Ephippigcr  vitium  Serville, 

—  —  —  Bitterensis  Marquet. 

—  —  Barbilislcs  Bcrcnguicrl  Mayet. 

—  —  Phaneroptera  falcata  Serville. 
Famille  des  Gryllides  (Grillons)..   OEcanthus  pellucens  Scopoli. 

FAMILLE  DES  ACRIDIDES. 

Tout  le  monde  a  remarqué,  dans  les  lieux  secs,  des  insectes  qui,  dès  que 
l'on  s'approche,  s'envolent  en  montrant  leurs  ailes  inférieures  rouges, 
bleues,  jaunes  ou  blanchâtres  et  vont  se  reposer  un  peu  plus  loin.  Ce  sont 
des  Acridides  ou  Criquets,  improprement  appelés  Sauterelles.  Ils  volent 
et  sautent  bien.  Grâce  au  développement  de  leurs  cuisses  postérieures,  ce 
sont  même  les  meilleurs  sauteurs  de  l'ordre  des  Orthoptères.  A  ce  signa- 
lement seul  on  les  reconnaîtrait;  mais  ils  réunissent  toujours  les  carac- 
tères spéciaux  suivants:  des  antennes  courtes,  des  tarses  de  trois  articles 
et  un  oviducte  très  court,  ne  dépassant  pas  l'extrémité  de  l'abdomen.  Le 
mâle  fait  entendre  un  cri  grêle  et  perçant  qui  provient  du  frottement  du 
bord  interne  dentelé  des  cuisses  de  l'insecte  contre  les  nervures  saillantes 
de  ses  élytres. 

De  nombreux  criquets  sont  sédentaires  ;  quelques-uns  de  ceux-ci,  se 
multipliant  beaucoup  certaines  années,  peuvent  nuire  accidentellement  à 
la  Yigne  ;  mais  nous  ne  les  comprenons  pas  pour  cela  dans  les  ampôlo- 
phages. 

D'autres,  moins  nombreux  en  espèces,  mais  innombrables  comme  in- 
dividus et  terribles  parfois  par  leurs  ravages,  ont  l'instinct  d'émigration  et 


LES    CRIQUETS    NUISIBLES   A    l.\    VIGNE.  283 

en  font  usage  lorsque,  par  suite  de  leur  énorme  multiplication,  I  a  régions 

qu'ils  habitent,  dévastées,  ne  leur  offrent  plus  rien  à  lirouter.il>  émigrenl 
généralement  vers  le  Nord.  Quand  ils  sont  ailés,  c'est-à-dire  adultes,  ils 
prennent  leur  vol  en  masse  si  serrée  que  leurs  bandes  ont  été  comparées, 
avec  juste  raison,  à  des  nuages  obscurcissant  le  soleil.  A  l'état  de  larve, 
c'est-à-dire  sans  ailes,  ils  marchent  à  la  suite  les  uns  des  autres.  «La  troupe 
entière,  dit  Pallas,  parlent  spécialement  du  Caloptenus  Italiens,  observé 
dans  le  sud  de  la  Russie,  se  met  en  marche  et  forme  une  colonne  rectiligne, 
parfaitement  unie.  Ces  convois,  qui  rappellent  ceux  des  fourmis,  suivent 
tous,  sans  se  toucher,  la  même  route.  Ces  criquets  se  dirigent  vers  une 
même  région  sans  trêve  ni  repos,  avec  toute  la  vitesse  dont  ils  sont  capa- 
bles ;  ils  courent,  mais  ne  sautent  que  si  on  les  pourchasse.  Ils  marchent 
du  matin  au  soir  sans  s'arrêter,  cheminant  volontiers  sur  les  roules  frayées. 
Lorsqu'ils  rencontrent  un  obstacle,  haie,  buisson  ou  fossé,  ils  passent  au- 
dessus  et  au  travers  s'ils  le  peuvent.  Vers  le  coucher  du  soleil,  l'essaim 
entier  se  divise  en  groupes  qui  cherchent  leurs  quartiers  pour  passer  la 
nuit.  » 

Arrivé  au  lieu  de  destination,  la  troupe,  affamée,  s'attaque  à  toutes  les 
plantes  vertes,  sauvages  ou  cultivées,  et  la  vigne  n'est  pas  plus  épargnée 
que  le  blé,  le  tabac  ou  les  plantes  fourragères.  Feuilles,  fruits,  jusqu'aux 
sarments  encore  tendres,  tout  y  passe,  et,  le  désastre  consommé,  la  bande 
vorace  repreud  sa  course  pour  aller  ravager  d'autres  quartiers. 


LES  CRIQUETS  NUISIBLES  A  LA  VIGNE. 


Nous  ne  considérons  comme  réellement  nuisibles  à  la  vigne  que  les  trois 
criquets  émigrants  et  ravageurs  par  excellence  :  YAcridium  {Pachytulia 
migralorium,  VA.  (Calopicnus)  Ilalicum  et  VA.  [Stauronotus]  Marocca- 
num.  Ces  trois  espèces  ne  sont  que  trop  connues  dans  l'Europe  du  Sud, 
la  Russie,  la  Grèce,  l'Italie,  l'Espagne  et  même  la  France,  et  surtout  dans 
la  Turquie  d'Asie  et  l'Afrique  du  Nord.  De  temps  en  temps,  trop  souvent 
pour  la  viticulture,  nés  sur  les  lieux  ou  arrivant  du  Sud  par  vols  immenses, 
ils  enlèvent  complètement  la  récolte. 


284  LES    CRIQUETS    NUISIBLES    A    LA    VIGNE. 

I.  —  Le  Criquet  émigrant. 

(Acridium  (Pachytylits)  migratorium  Linné). 

Synonymie:  Gryllus  migratorius  Linné.  —  Acridium  migratorium 
Latreille.  —  Œdipoda  migratoria  Serville. 

C'est  une  des  plus  grandes  espèces  voyageuses,  60  millim.  environ  de 
long  et  110  millim.  d'envergure.  Teinte  générale  du  corps  verdâtre;  tête 
verte  avec  la  face  jaunâtre;  thorax  parallèle,  sans  rugosité,  caréné  seule- 
ment dans  son  milieu,  d'un  jaune  verdâtre;  prosternum  dépourvu  de 
pointe;  élytres  transparentes,  d*un  gris  sale  avec  une  grande  quantité  de 
petites  taches  brunes  répandues  sur  leur  surface;  ailes  inférieures  dia- 
phanes, légèrement  lavées  de  jaune;  cuisses  légèrement  tachetées  de  brun  ; 
tibias  roses* 

Ce  criquet  se  rencontre  dans  l'Afrique  du  Nord  et  dans  l'Europe  du 
Sud  également,  même  en  dehors  des  grandes  migrations  où  l'insecte  fran- 
chit la  Méditerranée.  On  le  trouve  en  Espagne,  en  Italie,  en  Grèce  et  même 
en  France,  suivant  certains  auteurs.  Pinot  [Les  Orthoptères  de  France)  nie 
cependant  qu'il  soit  indigène  chez  nous. 

II.  —  Le  Criquet  Italien. 

[Acridium   [Caloptenus)  Ilalicum  Linné). 

Synonymie:  Gryllus  Italiens  Linné.  —  Acrydium  Ilalicum  Latreille. 
—  Acridium  Iialicum  Brullé.  —  Calliptamus  Italiens  Serville.  — 
Calliptamus  Ictericus  Sevvilia.  —  Calliptamus  marginellusServiUe.  — 
Calliptamus  Cerisanus  Serville.  —  Caloptenus  Italicus  Burmeister.  — 
Caloptenus  Cerasinus  Fischer. 

Cette  espèce  est  répandue  dans  toute  l'Europe  tempérée  et  méridionale, 
aussi  bien  que  sur  la  côte  barbaresque.  C'est,  d'après  M.  Targioni,  la  seule 
qui  soit  réellement  dangereuse  dans  le  nord  de  l'Italie  les  années  où  elle  se 
multiplie  beaucoup.  Nous  pouvons  en  dire  autant  pour  le  midi  de  la  France. 
On  la  reconnaîtra  à  sa  taille  moitié  moindre  que  celle  du  criquet  émigrant, 
20  à  40  millim.  Le  corps  ainsi  que  les  élytres  ont  une  teinte  fondamentale 
jauue  sale,  assombrie  parfois  presque  entièrement  par  des  mouchetures 
brunes.  La  robe,  du  reste,  est  variable.  La  variété  marginellus  (Serville) 
présente  sur  le  prethorax  deux  raies  latérales  blanches  ou  jaunes  prolongées 
parfois  sur  la  tête  et  les  élytres.  Le  bord  interne  des  ailes  postérieures  est 


LES    CRIQUETS    NUISIBLES    A    LA    VIGNE.  285 

coloré  sur  une  grande  largeur  en  rose  rouge,  ainsi  que  L'extrémité  interne 
des  cuisses  et  les  tibias . 

III.  —  Le  Criquet  Marocain. 

[Acridium  (Stauronolus)  Maroccanum  Thdnberg). 

Synonymie:  Gryllus  Maroccanus  Thunberg.  —  Œdipoda  cruciata 
Brullé.  —  Stauronolus  cruciatus  Fischer.  —  Gryllus  crucigcrus 
Rambur. 

On  reconnaîtra  le  Criquet  marocain  aux  caractères  suivants  :  Longueur 
variable,  de  20  à  40  millim.  Le  corps,  développé  en  hauteur,  est  resserré 
latéralement,  ce  qui,  vu  de  dos,  le  fait  paraître  long  et  étroit.  La  teinte 
générale  est  le  gris  jaunâtre  clair  avec  des  taches  brunes  plus  ou  moins 
nombreuses.  Pour  peu  que  l'insecte  soit  mal  préparé,  cette  teinte  générale 


Fig.  55. —  Le  Criquet  Marocain,  grandeur  naturelle 


claire  passe  au  brun  après  la  mort.  La  tête,  renllée  en  dessus,  vue  de  profil, 
dépasse  de  beaucoup  le  thorax  en  hauteur;  les  fovéoles  du  vertex,  placées 
en  avant  des  yeux,  sont  trapézoïdales.  Le  prothorax,  fortement  resserré  au 
milieu  par  le  sillon  transversal,  est  orné  de  quatre  taches  ou  bandes  obli- 
ques jaunes,  partant  de  la  partie  antérieure  et  postérieure,  inclinées  au- 
devant  l'une  de  l'autre,  ne  se  rejoignant  jamais,  mais  assez  prolongées 
parfois  pour  simuler  deux  bandes  croisées  qui  traverseraient  le  pronotum 
en  diagonale  ;  de  là,  le  nom  de  crucialus  ou  crucigerus  dounéà  ce  criquet 
par  certains  auteurs.  Les  deux  bandes  partant  de  la  partie  postérieure  qui 
suivent  les  carènes  latérales  vont  toujours  jusqu'au  sillon  transversal  ;  celles 
du  bord  antérieur  sont  plus  ou  moins  courtes,  parfois  nulles.  Les  ailes,  très 
développées,  destinées  à  fournir  un  vol  soutenu,  dépassent  l'abdomen  de 
près  d'un  quart  de  leur  longueur  ;  les  pieds  postérieurs  portent  une  tache 
noire  à  l'extrémité  des  cuisses  et  ont  les  tibias  rouges. 

Cette  espèce  est  tristement  célèbre  par  les  ravages  qu'elle  exerce  dans 
l'Afrique  du  Nord  et  même  en  Europe.  M.  Targioni  affirme  [Relazione, 


286  LES    CRIQUETS   NUISIBLES   A    LA    VIGNE. 

1884,  pag  14)  que  c'est  elle  exclusivement  qui  occasionne  les  grands  dégâts 
dans  le  sud  do  l'Italie.  On  l'a  signalée  également  comme  fléau  à  l'île  de 
Chypre,  en  Asie-Mineure,  en  Grèce,  en  Turquie,  en  Hongrie  et  en  Espa- 
gne. On  la  trouve  jusqu'en  France  sur  le  cordon  littoral  de  l'Hérault. 

«  Dans  le  nord  de  l'Afrique,  dit  M.  Kunckel  d'Herculais1,  chargé  d'une 
mission  spéciale  du  Ministre  de  1  Instruction  publique,  son  habitat  com- 
prend toute  la  région  qui  s'étend  de  l'Atlantique  au  golfe  de  Gahès,  en 
bordure  du  Sahara,  à  travers  le  Maroc,  l'Algérie  et  la  Tunisie,  région 
permanente,  les  Hauts-Plateaux,  région  subpermanente,  et  le  Tell,  région 
temporaire.  J'ai  fait  dresser  par  commune  et  par  département  la  carte 
complète  des  pontes  pour  1888.  Les  gisements  d'œufs  couvrent  au  moins 
150,000  hectares. 

«Les  alouettes  et  les  étourneaux  sont  de  grands  destructeurs  d'œufs.  La 
chasse  des  alouettes,  que  l'on  expédiait  par  chargement  sur  Marseille,  a  été 
interdite.  J'ai  reconnu  que  le  Ver  qui  dévore  les  œufs  dans  les  coques 
ovigères  est  la  larve  d'un  insecte  diptère  de  la  famille  desBombylides.  Des 
gisements  en  renferment  de  10  à  50  %.  J'ai  trouvé  également  dans  les 
coques  des  larves  de  Canlharidiens,  ce  qui  confirme  les  belles  observa- 
tions de  M.  Riley  en  Amérique. 

»Les  champignons  jouent  également  un  rôle  destructeur  des  plus  puis- 
sauts,  et  je  me  suis  assuré  que  dans  certains  gisements,  70  et  même  100  % 
avaient  été  anéantis.  J'ai  vérifié  ainsi  l'exactitude  des  observations  des  natu- 
ralistes russes  Metschnikoff  et  Krassiltschich,  qui  démontrent  que  l'arrêt 
subit  des  invasions  des  Acridiens  est  dû  au  développement  des  cryptogames 
parasites  des  œufs. 

«Quels  que  soient  les  bons  effets  des  causes  naturelles  de  destruction,  ils 
sont  malheureusement  insuffisants . 

»Le  ramassage  des  œufs  a  été  pratiqué  d'août  jusqua  la  fin  de  septembre 
pour  venir  en  aide  aux  Arabes  menacés  de  la  famine.  Il  a  permis  de  ré- 
colter 10,666  met.  cubes  de  coques  ovigères.  Le  labourage  produit  d'excel- 
lents effets  :  par  le  bouleversement  des  gisements,  on  dérange  la  situation 
normale  des  coques.  Les  jeunes  sont  alors  mis  dans  l'impossibilité  de  sou- 
lever l'opercule  qui  ferme  leur  demeure. 

«Dans  tous  les  pays  qui  ont  à  souffrir  de  l'invasion  des  Acridiens,  on 
est  unanime  à  concentrer  tous  les  efforts  en  vue  de  la  destruction  des 
jeunes.  J'ai  mis  en  pratique  les  procédés  de  destruction  qui  ont  permis  aux 
Anglais  de  débarrasser  l'Ile  de  Chypre  de  ces  ennemis.  6,000  appareils 
cypriotes  de  50  met.  de  longueur  et  de  0m,85  de  hauteur,  en  toile  de  cre- 

*  Kuuckel  d'Herculais;  Comptes  rendus  de  V Acad.  des  Sciences,  Il  fév.,  1-889). 


l 'ephippiger  ou  porte-selle  de  la  vigne.  287 

tonne  avec  bande  cirée  de  Û'",10,   opposant  au\  Acridiens  une  surface 
glissante  infranchissable,  sont  en  cours  de  fabrication,  soit  300 kilomèt.  de 

barrages  mobiles.» 

FAMILLE  DES  LOCUSTIDES. 

Les  Sauterelles  vraies  ou  Locustides  sont  remarquables,  au  premier 
abord,  par  leur  oviscapte  en  forme  de  sabre  et  leurs  antennes  sétiformes, 
très  fines,  à  articles  peu  distincts,  généralement  plus  longues  que  le  corps. 
La  tête  est  verticale,  la  face  aplatie;  le  labre,  grand,  corné,  composé  de 
deux  pièces,  cacbe  en  partie  des  mandibules  robustes.  Le  pronotum  ou 
partie  dorsale  du  protliorax  a  la  forme  d'une  selle,  plate  chez  certains 
genres,  relevée  en  arrière  cbez  d'autres.  Les  ailes,  très  développées  et 
en  forme  de  toit  aplati  cbez  les  Locusta,  par  exemple,  sont  réduites  à  des 
moignons  en  forme  de  coquilles  cbez  les  Ephippiger  et  les  Barbitistes.  Le 
chant,  plus  aigu  que  celui  des  Criquets,  est  produit  par  le  frottement  de 
l'élylre  gauche  contre  le  bord  d'une  partie  spécialement  aplanie  de  l'élytre 
droite  appelée  miroir.  Aucune  Sauterelle  n'a  l'instinct  d'émigration,  ce 
qui  n'empêche  pas  certains  de  ces  insectes,  précisément  des  espèces  qui 
n'ont  pas  d'ailes,  telles  que  les  Ephippiger,  d'être  régulièrement  plus 
dangereux  pour  la  vigne   que  les  Criquets. 


L'ÉPHIPPIGER  OU  PORTE-SELLE  DE  LA  VIGNE. 

(Ephippiger  vitium  Serville). 


Synonymie  :  Locusta  Ephippiger  Latreille.  —  Ephippigera  vitium 
Fischer,  Brunner.  —  Barbitistes  Ephippiger  Charpentier,  Audouin.  — 
Ephippiger  vitium  Bolivar,  Finot. 

Les  Éphippigères  (Ephippium selle,  gero  je  porte),  autrefois  confondus 
avec  les  Barbitistes,  portent  le  nom  vulgaire  de  porte-selles,  grils,  gros 
grils,  cousis,  cousi-cousis,  etc.  Ils  sont  faciles  à  distinguer  de  toutes  les 
autres  sauterelles,  à  leur  prothorax  recouvert  d'une  plaque  dorsale  géné- 
ralement relevée  en  arrière  en  forme  de  selle,  à  leur  gros  abdomen  nu,  à 
leurs  ailes  avortées,  les  inférieures  complètement  nulles,  les  supérieures, 
ou  élytres,  courtes,  en  forme  de  coquilles,  abritées  en  partie  par  le  bord 
postérieur  de  la  selle,  ne  servant  pas  au  vol  et   réduites  au  rôle  d'organe 


2£8  l"éphippigep.  ou  porte-selle  de  la  vigne. 

phonateur.  Le  bruit  qu'elles  produisent,  bien  qu'assez  faible,  est  très  aigu 
et  s'entend  de  loin  ;  on  peut  le  comparer  à  un  Kzi  suraigu,  ce  qui  par 
onomatopée  a  fait  nommer  l'insecte  cousi-cousi  par  les  vignerons  lan- 
guedociens. L'abdomen,  nu,  généralement  très  gros,  est  terminé  cbez  les 
femelles  par  un  oviscapte  en  forme  de  yatagan. 

Les  Êphippigères  sont  omnivores,  toutes  les  plantes  cultivées  leur  sont 
bonnes.  A  l'occasion  carnassiers,  ils  vont  jusqu'à  se  manger  entre  eux,  et, 
dans  le  midi  de  la  France,  nombreux  sont  les  exemples  de  dormeurs  fai- 
sant la  sieste  dans  les  champs,  qui  ont  été  éveillés  par  leurs  morsures. 

h'Ephippiger  vitium,  dont  la  robe  est  variable,  est  d'ordinaire  entière- 
ment vert,  avec  le  ventre  jaune,  dans  les  pays  de  bois  et  de  prairies  et 
môme  dans  les  vignes  des  pays  un  peu  frais.  Sur  les  coteaux  secs  et  dans 
les  plaines  du  Midi,  la  robe  change.  La  tète,  le  thorax  et  les  pieds  sont  d'un 
vert  presque  jaune,  parfois  testacé;  l'abdomen,  sur  un  fond  d'un  noir  violet, 
a  les  segments  abdominaux  bordés  de  vert  ou  de  jaune  parfois  très  pâle  ; 
le  ventre  est  couleur  jaune  soufra.  Jeune,  c'est-à-dire  à  l'état  de  larve, 
fort  semblable  à  l'insecte  parfait  moins  les  ailes,  et  à  l'état  de  nymphe,  avec 
des  rudiments  d'ailes,  l'insecte  est  toujours  entièrement  vert. 

On  distinguera  sans  peine  cette  espèce  de  VE.  liitterensis,  moins  par  sa 
robe,  qui  est  variable,  que  par  sa  taille  moindre,  ne  dépassant  pas  22  à 
25  millim.  chez  le  mâle  et  25  à  30  millim.  chez  la  femelle;  par  son  ovi- 
scapte plus  court,  20  à  22  millim.,  par  la  plaque  en  forme  de  selle,  unico- 
lore,  rugueuse,  relevée  et  étroite  en  avant,  fortement  cintrée  et  élargie  en 
arrière. 

h'E.  vitium  est  le  plus  anciennement  décrit  du  genre,  celui  dont  tous 
les  auteurs  ampélographes  ont  parlé.  Il  est  répandu  dans  le  centre  de  la 
France,  remonte  au  Nord  jusqu'aux  environs  de  Paris,  où  il  est  commun 
certaines  années,  et  descend  dans  le  Midi  jusqu'au  bord  de  la  Méditerranée. 
C'est  le  Porte-selle  de  l'Ouest,  de  la  Bourgogne  et  de  la  vallée  du  Rhône. 
Il  abonde  dans  les  taillis,  les  baies  et  les  prairies.  Il  s'attaque  très  souvent 
aux  céréales,  surtout  quand  il  est  jeune,  et  émigré  dans  les  vignes  aussitôt 
après  la  moisson.  Si  le  pays  est  en  entier  vignoble,  il  passe  toute  son 
existence  sur  les  ceps  ;  mais  on  doit  considérer  les  cultures  de  céréales,  où 
l'on  ne  pénètre  qu'au  moment  de  la  moisson  et  dont  la  terre  n'est  la- 
bourée qu'une  fois  l'an,  comme  très  favorables  à  la  multiplication  de  cet 
insecte. 

Il  fait  çà  et  là  des  dégâts  sérieux  sur  la  vigne  dans  les  régions  sus-indi- 
quées  ;  mais  ses  ravages  ne  sont  jamais  à  comparer  à  ceux  de  l'espèce  sui- 
vante. A  propos  de  cette  dernière,  nous  parlerons  des  moyens  de  détruire 
les  Ephippigères. 


l'éphippigère  de  béziers.  28'.) 

LÉPHIPPIGÈRE  DE  BÉZIERS1. 

[Ephippiger  Bitterensis  Linné.) 


I.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 

Ce  porte-selle,  décrit  par  M.  Marquet,  de  Toulouse,  longtemps  confondu 

avec  le  précédent, en  diffère  par  plusieurs  caractères  constants.  La  taille  est 
toujours  plus  grande  (fig.  56),  30  à  35  millim..  parfois  40,  non  compris 
l'oviscapte  en  forme  de  sabre  ;  celui-ci  atteint  de  23  à  25  millim.  La  plaque 
dorsaledu  prothorax  (pronotum)  moins  relevée,  du  milieu  vers  la  tète,  parait 
aussi  large  antérieurement  que  postérieurement.  Ce  pronotum  en  forme  de 
selle  est  liste  à  sa  partie  antérieure,  rugueux  postérieurement  et  porte  un 
peu  en  avant  une  tache  dorsale  noire  irréguiière,  estompée  sur  ses  bords, 
parfois  en  forme  de  croix.  Le  pronotum  de  VE.  vitium  est  au  contraire 
unicolore,  rugueux  sur  toute  sa  surface  et  étroit  en  avant.  La  teinte  géné- 
rale du  corps,  variant,  nous  l'avons  dit,  suivant  les  milieux,  est  fréquem- 
ment la  même  chez  les  deux  espèces.  Le  vert  uniforme  est  cependant  plus 
rare  chez  VE.  Bitterensis.    Plus  souvent  l'insecte  est  vert  jaunâtre   ou 
jaune  testacé  très  pâle,  avec  l'abdomen  d'un  noir  profond,  les  segments 
bordés  de  jaune  pâle.  Le  dessous  du  corps  est  toujours  jaune,  les  pattes 
fréquemment  violacées  ou  couleur  de  chair. 

De  juillet  à  septembre,  VE.  Bitterensis  dépose  ses  œufs  dans  la  terre 
meuble,  de  préférence  loin  des  bas-fonds,  dans  les  endroits  où  le  sol 
s'égoutte  bien,  à  environ  2  ou  3  centim.  de  profondeur.  Dans  ce  but.  il  re- 
courbe l'extrémité  de  son  abdomen  de  façon  à  faire  pénétrer  perpendicu- 
lairement dans  le  sol  son  long  oviscapte  en  forme  de  sabre.  La  ponte  ne 
se  fait  pas,  comme  chez  les  criquets,  sur  un  seul  point,  dans  une  cavité 
préparée  à  l'avance.  Les  œufs,  blancs,  allongés,  cylindriques,  un  peu  fusi- 
formes,  plus  atténués  à  un  bout  qu'à  l'autre,  longs  de  5  millim  environ  sur 
1  millim.  à  lmm,25  de  diamètre,  sont  déposés  au  nombre  de  50  à  70,  ça  et 

'  M.  Graëlls  signale  sur  la  vigne  en  Espagne  VE.  Perezi  Bolivar.  Nous  nous 
contentons  de  mentionner  cette  espèce  en  note,  comme  nous  pourrions  1"  faire 
pour  d'autres  observées  eu  Italie,  en  Algérie,  etc.  Qu'il  nous  suffise  de  dire  que  la 
plupart  des  Éphippigèrcs  peuvent  à  l'occasion  devenir  ampéli 

19 


290  l'éphippigère  de  béziers. 

là  dans  le  sol,   séparés   les  uns   des   autres  par  une  distance  de  un  à 

plusieurs  centimètres,  parfois  plus. 


Fig.  51).  —  Éphippigère  de  Béziers,  grandeur  naturelle,  d'après  le  dessiu  de 

M.  Marquet. 

Ces  œufs  écloront  au  printemps  suivant.  La  jeune  larve,  d'abord  de 
couleur  brune,  puis  verte,  fort  semblable  à  l'insecte  parfait,  montée  seule- 
ment sur  des  pattes  gigantesques  par  rapport  à  sa  taille,  subira  plusieurs 
mues  et  sera  nymphe,  c'est-à-dire  longue  de  plusieurs  centimètres  et  munie 
de  petits  moignons  d'ailes  vers  la  fin  de  juin  et  insecte  parfait  en  juillet. 
C'est  sous  cette  dernière  forme  surtout  que  l'insecte  envahit  les  vignes. 

L'espèce  créée  par  M.  Marquet1  est  admise  par  les  derniers  auteurs  qui 
ont  écrit  sur  les  Orthoptères:  Bolivar,  Finot,  etc.;  nous  n'avons  donc  pas 
à  la  discuter.  Elle  est  beaucoup  plus  dangereuse  que  YE.  vitium,  et  c'est 
bien  certainement  par  suite  de  la  confusion  des  deux  types  que  les  auteurs 
appelés  par  nous  les  Classiques,  Dunal  excepté,  ont  considéré  ces  insectes 
comme  «  n'étant  jamais  assez  abondants  dans  les  vignes  pour  y  produire 
de  grands  ravages 2». 


il. 


DEGATS. 


h'E.  Bitterensis  est  au  contraire  un  des  plus  grands  ravageurs  de  vignes 
du  Bas-Languedoc.  Il  fait  exception  à  la  règle  générale,  qui  dit  le  gros 
insecte  moins  dangereux  que  le  petit,  et  les  nombreux  mémoires  qui  depuis 
Dunal 3  ont  parlé,  sous  le  nom  de  E.  vitium,  des  porte-selles  nuisibles  aux 
vignes  en  Languedoc,  ont  certainement  voulu  désigner  notre  insecte.  La 
bonne  figure  coloriée  donnée  par  Dunal  (1838)  ne  laisse  aucun  doute  à 
cet  égard . 

'  Marquet  ;  Orthoptères  nouveaux  [Ann.  Soc.  d'Hist.  nat.  de  Toulouse,  1877) 
-  Walckenaer  ;  Ins.  nuisibles  à  la  vigne  {Ann.  Soc.  enlom.  de  France,  1835, 

pag.  238).  Audouin  ;  Ins.  nuisible  à  la  vigne,  1842,  pag.  320. 

3  Dunal;  Des  Orthoptères  ampélophages  {Bull.  Soc.  d'Agr.  de  l'Hérault,  1838, 

pag.  435). 


l'éphippigère  de  béziers.  291 

Les  dégâts,  sérieux  avant  l'invasion  du  Phylloxéra,  sont  devenus  pro- 
gressivement beaucoup  plus  graves  depuis  vingt  ans,  par  suite  de  l'extension 
de  la^ culture  des  céréales,  qui,  nous  l'avons  dit,  favorise  la  multiplication 
des  Epbippigères.  «  C'est  par  plusieurs  dizaines,  dit  M.  Marquet,  que  les 
ravageurs  se  trouvent  sur  chaque  souche  dans  beaucoup  de  communes  ih^ 
environs  de  Béziers.»  Nous  avons  personnellement  observé  l'insecte  en 
nombre  énorme,  commettant  des  ravages  affreux,  en  août  et  septembre, 
dans  toute  la  basse  vallée  de  l'Hérault,  de  Ganges  à  Agde,  principalement 
aux  environs  deClermont-l'IIôrault,  de  Pézenas  et  de  Florensac. 

Dans  un  petit  opuscule  publié  récemment  '  par  un  homme  des  champs, 
travail  plus  humoristique  que  scientifique,  où  grande  est  la  part  à  faire 
à  l'imagination,  mais  où  cependant  les  détails  pris  sur  le  vif  abondent, 
nous  lisons  ce  qui  suit  :  «  Cet  audacieux  insecte  est,  dans  certains  quar- 
tiers de  la  vallée  de  l'Hérault,  plus  redoutable  que  le  Phylloxéra,  puis- 
que aucun  insecticide  ne  peut  l'atteindre.  Le  grain  de  raisin  entame. 
c'est-à-dire  perdu,  n'est  jamais  achevé  et  le  repas  de  l'insecte  se  continue 
sur  des  grains  encore  intacts,  bientôt  perdus  à  leur  tour.  Après  le  fruit, 
c'est  la  feuille  qui  y  passe,  puis  l'écorce  encore  verte.  Bien  sourentle 
propriétaire  allant  à  sa  vigne  pour  admirer  sa  récolte  se  trouve  en  pré- 
sence de  souches  ne  portant  que  des  bûches  dont  l'écorce  et  même  l'aubier 
ont  été  grignotés.  Des  céréales,  l'Ephippigère  est  venu  sur  la  vigne  ;  celle-ci 
ravagée,  il  passe  aux  arbres  fruitiers,  aux  mûriers,  aux  plantes  fourra- 
gères et  potagères.  Lorsque  table  rase  est  faite  de  toutes  les  récoltes,  il 
s'accommode  des  fruits  de  l'aubépine,  de  la  ronce,  de  l'églantier,  etc., 
s'attaque  même  au  linge,  aux  vêtements,  au  cuir  des  sacs  ou  des  chaus- 
sures, à  l'homme  lui-même.  Nous  pouvons  citer  en  effet  un  enfant  au 
maillot  déposé  endormi  au  pied  d'un  arbre,  pendant  que  sa  mère  travaillait  à 
la  vigne,  qui  fut  attaqué  par  une  vingtaine  de  cousi-cousis.  La  mère,  atli 
par  les  cris,  constata  qu'une  large  plaie  avait  été  en  quelques  instants  prati- 
quée sur  la  joue  de  l'enfant.  Il  est  même  hors  de  doute  qu'un  homme  à 
qui  l'on  voudrait  infliger  ie  pire  supplice,  livré  pieds  et  poings  liés  à  ces 
rapaces  toujours  affamés,  deviendrait  bien  vite  leur  proie  et  en  moins 
de  vingt-quatre  heures  serait  réduit  à  l'état  de  parfait  squelette. 

»Ce  goût  de  la  chair  est  tellement  prononcé  chez  les  cousi-cousis  que 
certains  vignerons  se  servent  des  têtes  de  mouton  et  autres  déchets  de  bou- 
cherie pour  les  attirer  et  les  détruire.  On  ne  saurait  croire  combien  ces 
insectes  ont  le  flair  subtil  et  avec  quelle  rapidité  ils  parcourent  de  grand,  s 
distances  pour  atteindre  la  nourriture  qu'ils  ont  sentie  de  loin.  » 

1  Pépin  Pages,  instituteur;  La  chasse  au  Cousi-Gousi.  Bfonlp.,  Hamelin,  1888. 


292  l'éphippigère  de  béziers. 

Nous  avons  vu  en  effet  nous-même,  aux  environs  de  Florensac,  les  vigne- 
rons se  servir  avec  succès,  comme  appas,  des  débris  de  boucherie.  Sans 
aller  aussi  loin  que  l'auteur  des  lignes  qui  précèdent,  sans  voir  dons  YEphîp- 
piger  BUterensis  un  ennemi  plus  redoutable  que  le  Phylloxéra,  capable 
de  faire  d'un  homme  vivant  un  parfait  squelette  en  moins  de  vingt-quatre 
heures,  nous  n'en  croyons  pas  moins  que,  vu  le  nombre  et  la  voracité  de 
ces  énormes  Ortboptères,  ils  peuvent  être  rangés  parmi  les  plus  grands 
ravageurs  de  notre  vignoble  languedocien. 

III.  — MOYENS  DE  DESTRUCTION. 

On  emploie  depuis  longtemps,  en  Languedoc,  les  volailles  contre  les 
Éphippigères.  Les  années  de  grandes  invasions,  certains  propriétaires 
achètent  spécialement  des  troupeaux  de  dindons  qu'ils  font  conduire  dans 
les  vignes.  Au  début,  ces  oiseaux  font  une  grande  consommation  de  ces 
insectes;  mais  d'ordinaire  ils  s'en  dégoûtent  bientôt  et  l'on  est  obligé  de 
revenir  à  la  destruction  à  la  main  ou  plutôt  au  bâton.  Pour  que  le  coup 
mortel  soit  mieux  assuré,  ce  bâton  peut  être  terminé  par  une  petite  plan- 
cbette  solidement  fixée,  et  avec  une  certaine  habitude,  en  renouvelant 
souvent  l'opération,  surtout  au  début  de  la  grande  invasion,  qui  a  lieu  fin 
juin,  on  arrive  à  détruire  la  majeure  partie  de  ces  gros  ravageuis.  «  C'est 
alors,  dit  M.  Pages  (loc.  cil .  )  par  trente,  quarante,  cinquaute  et  plus  qu'on 
les  rencontre  parfois  sur  chaque  cep,  et,  si  l'on  revient  sur  ses  pas  une 
demi-heure  après  avoir  exterminé  tout  ce  qu'on  a  pu  dénicber,  on  est  tout 
étonné  d'en  revoir  presque  autant  ;  de  même  le  lendemain  et  les  jours 
suivants  ».  Il  faut  donc  agir  promptement,  car  la  récolte  peut  être  anéan- 
tie en  quelques  jours. 

Pour  donner  une  idée  du  nombre  et  de  la  quantité  d'Épbippigères 
répandus  dans  la  vallée  de  l'Hérault;  pour  indiquer  en  même  temps  un  bon 
procédé  à  employer  contre  eux,  nous  emprunterons  au  même  auteur  des 
détails  sur  la  chasse  qui  leur  est  faite  depuis  plusieurs  années  dans  la  com- 
mune de  Péret,  près  Clermont-l'Hérault,  détails  puisés  dans  les  Archives 
de  ce  village  et  envoyés  à  M.  Pages  par  M.  Renouvier,  propriétaire  de  la 
localité. 

aLe  Conseil  municipal  de  Péret,  dit  M.  Pages,  commune  qui  compte 
700  habitants  au  plus,  voyant  depuis  plusieurs  années  les  récoltes  entière- 
ment détruites  parles  cousi-cousis,  fut  saisi,  dès  1886,  d'une  bien  louable 
idée.  Au  lieu  de  gaspiller  les  fonds  du  budget  en  de  folles  dépenses,  il  ré- 
solut de  faire  ramasser  les  animaux  dévastateurs  dans  tout  le  territoire  et 
de  les  payera  tout  venant  à  raison  de  20  centim.  le  kilo,  puis  de  les  enfouir 


l'éphippigère  de  béziers.  29  : 

dans  u i;o  fosse  commune  désinfectée  quotidiennemeat  avec  de  la  chaux 

vive. 

»Ce  moyen,  généralement  approuvé  par  la  population,  fut  mis  immédia- 
tement en  pratique.  Tout  le  peuple,  petits  et  grands  des  deux  sexes,  se  mil 
aussitôt  à  la  besogne,  et  dés  cette  première  année  la  dépense  communale  pour 
cet  objet  s'éleva  à  la  somme  de  400  fr.,  ce  qui  présentait  2,000  kilogram. 
de  cousi-cousis  détruits. 

«L'opération  se  répéta  en  1887,  et  l'on  dépensa  cette  fois  600  fr.,  repré- 
sentant 3,000  kilogram.  d'insectes. 

»En  1888,  la  destruction  a  atteint  de  bien  plus  grandes  proportions.  Si  l'on 
fait  entrer  en  ligne  de  compte  environ  2,000  kilogram.  de  cousi-cousi.s 
recueillis  par  des  particuliers  qui  n'ont  pas  voulu  les  porter  en  charge  au 
bubget  communal,  on  peut  estimer  à  7,000  kilogram.  la  quantité  détruite. 
Si  l'on  considère  qu'il  faut  en  moyenne  340  de  ces  Ortboptôres  pour 
équilibrer  le  poids  d'un  kilogramme,  on  atteindra  le  nombre  de  2,380,000 
Epbippigères  tués  à  Péret  en  1888  ;  et  il  n'y  là  qu'une  minime  partie  de 
ceux  qui  peuplent  la  région  des  vignobles  envahis.» 

Ce  n'est  pas  seulemeut  dans  l'Hérault  qu'une  prime  en  argent  a  été 
établie  par  certaines  municipalités  contre  les  porte-selles.  Nous  voyons 
en  effet  dans  le  journal  la  Vigne  américaine  (tom.  VII,  1883,  pag.  254), 
sous  la  signature  de  M.  Valette,  viticulteur,  qu'une  localité  célèbre  dans 
l'bistoire  du  Phylloxéra,  la  commune  de  Pujault  (Gard),  vote  presque 
ebaque  année  des  fonds  pour  payer  20  cent,  le  kilogr.  les  Epbippigères 
ramassés  dans  les  vignes.  M.  Valette  ajoute  qu'il  s'est  bien  trouvé  de 
saupoudrer  le  raisin  avec  une  poudre  1/2  partie  chaux  vive,  1/2  partie 
soufre. 

Ces  insectes  sont,  on  le  voit,  autrement  redoutables  que  beaucoup  d'autres 
qui  passent  pour  des  ampélophages  très  dangereux. 

Le  remède  le  plus  pratique  est  donc  dans  le  ramassage  ou  dans  la  des- 
truction avec  un  bâton  ;  mais  nous  donnerons  de  plus  le  conseil  de  restreindre 
autant  que  possible  la  culture  des  céréales.  Nous  avons  vu  le  mal  grandir 
avec  l'extension  de  cette  dernière,  et  certainement,  la  vigne  tendant  à  repren- 
dre la  place  qu'elle  occupait  avant  le  Phylloxéra,  la  multiplication  de 
l'insecte  se  trouvera  enrayée  en  proportion. 


294  LE    BARBIT1STE    DE    BÉRENGUIER. 

LE  BARBITISTE  DE  BÉRENGUIER. 

(Barbitistes  Berenguieri  Mayet.) 


Les  Barbitistes  étaient  autrefois  réunis  aux  Ephippiger,  à  cause  de  leurs 
ailes  avortées  et  réduites  à  des  moignons  conchiformes  Avec  raison,  ce- 
caractère  n'a  plus,  dans  les  classifications  modernes,  l'importance  qu'on 
lui  attribuait  autrefois,  et  dans  certaines  tribus,  les  Phaneropteridae  par 
exemple,  dont  les  Barbitistes  et  les  Phaneroptera  font  partie,  nous  voyous 
les  premiers  avoir  des  ailes  avortées  et  les  seconds  des  ailes  développées 

On  distinguera  sans  peine  les  Barbitistes  des  Ephippiger -aux  caractères 
suivants  :  Ailes  -avortées  comme  chez  ces  derniers,  mais  beaucoup  moins 
conchiformes;  pronotum  jamais  relevé  en  forme  de  selle  arabe;  cerques 
des  mâles  longs,  recourbés  et  croisés  sous  la  plaque  sous-génitale  ;  tibias 
antérieurs  munis  de  trous  auditifs. 

Le  Barbitistes  Berenguieri  a  été  compris  par  nous  dans  les  Orthoptères 
les  plus  nuisibles  aux  vignes,  à  cause  des  ravages  exceptionnels  exercés 
par  lui  ces  années  dernières.  En  1888  surtout,  dans  le  département  du  Var, 
principalement  dans  la  chaîne  des  Maures,  entre  Hyères  et  Fréjus,  ils  ont 
été  terribles. 

Ce  que  nous  avons  dit  de  YEphippiger  Bitterensis  pourrait  se  répéter 
au  sujet  de  notre  espèce.  Les  dégâts  ont  été  tels  que  l'autorité  préfectorale  est 
intervenue  et  qu'une  enquête  suivie  d'un  Rapport  a  été  faite  dans  le  pays  par 
M.  Bérenguier,  professeur  départemental  d'agriculture  à  Draguignan.Nous 
empruntons  en  grande  partie  à  ce  Rapport  officiel  les  détails  sur  cette  in- 
vasion désastreuse. 

Plusieurs  espèces  de  Locustides  appartenant  aux  genres  Ephippiger, 
Thamnotrizon  et  Barbitistes  ont,  paraît-il,  contribué  à  détruire  les  récoltes, 
et  en  particulier  la  vigne;  mais  ce  sont  surtout  les  Barbitistes  qui,  parleur 
nombre  prodigieux,  ont  été  les  grands  dévastateurs. 

I.  —  DESCRIPTION  ET  BIOLOGIE. 

C'est  vers  le  mois  de  mars  que  ces  insectes  sortent  des  œufs  qui  ont  été 
pondus  l'été  précédent,  dans  la  terre  meuble,  comme  ceux  des  Ephippigères. 
Les  dégâts  sérieux  commencent  en  mai  et  juin  et  après  la  ponte,  c'est-à- 
dire  en  juillet  ;  l'insecte  parfait  meurt  et  disparaît. 

«  En  1880,  dit  M.  Bérenguier,  une  première  invasion  un  peu  importante 


LE    BARBITISTE    DE    BÉRENGUIER. 

eut  lieu  dans  les  communes  de  Sainte-Maxime,  Ramatuelleet  lionnes,  et 
endommagea  quelques  récoltes;  elle  devint  plus  grande  en  1887;  enfin,  dans 
le  courant  de  1888,  elle  a  atteint  des  proportions  qui  inspirent  de  sérieuses 
inquiétudes  aux  populations  du  littoral.  Le  lléau  s'étend  actuellement  sur 
tout  le  territoire  compris  entre  Sainte-Maxime  et  Dormes. 

»  La  marche  de  ces  insectes  n'est  pas  comparable  à  colle  des  criquets  : 
tandis  que  ceux-ci  vivent  par  bandes,  les  sauterelles  du  Var,  appelées  bou- 
dragos  ou  bouclrayos  par  les  cultivateurs,  se  trouvent  disséminées  d'une 
façon  irrégulière  sur  toute  l'étendue  du  territoire  envahi.  L'origine  de  ces 
Sauterelles  est  dans  les  bois.  Elles  n'apparaissent  jamais  au  début  des 
invasions  dans  les  champs  cultivés.  Il  s'ensuit  que  les  champs  les  plus 
exposés  à  être  ravagés  sont  ceux  qui  sont  situés  sur  La  lisière  des  bois. 

«Ces  insectes  sont  excessivement  voraces,  ditM.Bérenguier.  Les  premiers 
dégâts  ont  lieu  dans  les  bois,  dans  les  forêts  de  chênes  lièges  surtout  ;  on 
compte  parfois  sur  le  même  arbre  des  centaiues  de  ces  insectes  qui  le  dé- 
pouillent totalement  de  ses  feuilles  daus  l'espace  de  quelques  jours,  couvrant 
littéralement  le  sol  de  leurs  excréments.  Tous  les  arbustes  sont  en  môme 
temps  attaqués.  Les  bois  envahis  forment  un  contraste  frappant  au  milieu 
des  parties  indemnes. 

«Dans  les  cultures,  toutes  les  récoltes  sont  atteintes,  et  en  premier  lieu  la 
vigne  et  les  arbres  fruitiers.  Les  fleurs  et  les  fruits  sont  d'abord  dévorés, 
ce  qui  donne  aux  ravages  un  caractère  de  gravité  exceptionnel;  les  parties 
vertes  ensuite  sont  attaquées.  La  destruction  continuelle  des  pousses  en- 
traine parfois  dans  les  jeunes  vignes  la  mort  des  ceps.» 

M.  Bérenguier  attribue  les  grands  dégâts  de  1888  surtout  au  Barbitistes 
Fischeri.  Cette  espèce,  décrite  par  Yersin*,  peut  bien,  à.  l'occasion,  devenir 
nuisible  en  Provence  ;  nous  l'avons  reçue  de  M.  Abeille,  d'IIyères,  et 
dans  une  Note  de  M.  Azam,  de  Draguignan,  sur  les  Locustides  nuisibles 
du  Var2,  il  est  parlé  d'un  Barbitistes  trouvé  sur  le  territoire  de  la  com- 
mune du  Muy,  plus  petit  que  cemx  de  la  chaîne  des  Maures  et  qui  pourrait 
bien  être  le  B.  Fischeri.  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  la  vingtaine  de 
Barbitistes  vivants  ou  plongés  dans  l'alcool,  à  nous  envoyés  par  M.  Bé- 
renguier, nous  a  mis  à  même  d'étudier  le  grand  ravageur  de  1888. 

L'espèce  ne  peut  être  rapportée  à  la  description  du  Fischeri,  et  bien  cer- 
tainement elle  est  nouvelle.  Nous  l'avons  comparéeà  toutes  les  espèces  dé- 

1  Yersin  ;  Orthoptères  nouveaux  ou  peu  connus  (Bull.de  la  Sue.  Vaudois<  des 
Sciences  nut.,  185 i). 

-  Azam  ;  Note  sur  l'invasion  des  Sauterell  ■  d<  18  B  [Bull  .  d'  Igr. 

du  Var,  1888,  pag.  555). 


296  LE    BARBITISTE    DE   BÉRENGUIER. 

crites  dans  le  grand  ouvrage  de  Brunner,etaucuned'ellesne  s'en  rapproche. 
Un  spécialiste  bien  connu,  le  P.  Pantel,  de  Toulouse,  auquel  nous  l'avons 
soumise,  a  été  du  même  avis;  il  nous  a  engagé  à  la  publier,  et  c'est  ainsi 
qu'au  mois  de  juillet  1888',  la  dédiant  à  celui  qui  nous  l'a  envoyée,  nous  en 
avons  donné  la  description  suivante  à  la  Société  entomologique  de  France: 

Longueur  de  23  à  29  millim.,  le  mâle  généralement  plus  petit; 
pronolum  du  mâle  de  4  à  5  millim.,  de  la  femelle  de  5  à  6,2  millim.  ; 
élytres  de  4  à  5  millim.  cbez  le  mâle,  de  2  à  3  millim.  cbez  la  femelle  ; 
abdomen  de  15  à  20  millim.,  plus  petit,  bien  entendu,  chez  le  mâle; 
ovisçaple  de  8  à   10,5  millim.,  mesure  prise  en  dessous. 

Corps  d'un  noir  violacé  tirant  sur  le  vineux,  orné  en  dessus  de  trois 
bandes  longitudinales  d'un  jaune  pâle  presque  blanc,  les  deux  latérales 
plus  larges  que  la  dorsale,  qui  est  très  étroite,  parfois  peu  visible  sur  la 
tête  et  le  thorax.  La  tête  médiocre,  le  front  d'un  vineux  foncé,  les  joncs 
plus  claires,  Yépistome  et  le  labre  plus  clairs  encore,  Y  occiput  plus  foncé; 
la  pointe  du  vertex  placée  entre  les  deux  antennes,  creusée  en  dessus  cbez 
le  mâle,  plane  chez  la  femelle;  les  antennes  presque  noires,  à  premiers 
articles  plus  clairs,  piquetées  de  petites  macules  jaunes  en  forme  de  fil 
très  fin,  atteignant  une  fois  et  3/4 ,1a  longueur  du  corps  chez  le  mâle,  une 
fois  et  1/2  cbez  la  femelle. 

Le  pronolum,  non  resserré  et  non  parallèle,  comme  chez  le  Barbilisles 
Fischeri,  dilaté  postérieurement,  plus  large  en  proportion  chez  le  mâle 
que  chez  la  femelle,  portant  en  dessus  les  trois  bandes  jaunes  dont  il  a  été 
parlé,  celle  du  dos  très  étroite  et  parfois  en  partie  effacée  chez  le  mâle.  Les 
élytres,  atteignant  à  peu  près  la  longueur  du  premier  segment  abdominal 
chez  le  mâle  et  le  milieu  de  ce  segment  chez  la  femelle,  d'une  couleur 
jaune  avec  deux  bandes  longitudinales  vineuses  et  les  bords  externes  d'un 
jaune  blanc;  on  voit  de  plus,  en  dessus  des  élytres,  chez  le  mâle,  deux 
fossettes  réniformes  rembrunies.  Les  pieds }  violacés  ou  presque  noirs,  ont 
la  base  des  cuisses  plus  claire  en  dessus  et  d'un  jaune  soufre  en  dessous. 

L'abdomen,  d'un  noir  vineux  en  dessus,  porte  les  trois  bandes  déjà 
signalées;  les  deux  latérales,  plus  développées  que  la  dorsale,  s'élargissent 
en  forme  de  taches  jaunâtres  criblées  de  points  bruns  et  le  bord  posté- 
rieur des  segments  est  marqué  de  petites  taches  également  jaunâtres  ;  les 
lianes  sont  violacés,  le  dessous  pâle  avec  une  tache  médiane  violacée  sur 
chaque  segment.  Les  cerques,  d'un  roux  violacé  à  la  base  chez  le  mâle, 
noirs  au  sommet  avec  une  tache  plus  claire  à  l'extrémité  et  une  pointe  au 

1  V.  Mayet  :  Description  d'une  nouvelle  espèce  de  Barbitistes  {Bull,  de  la  Soc. 
ent.  de  France,  25  juillet  1888). 


LE    BARBIT1STE    DE   BÉRENGUIER.  297 

bout,  font  longs,  sinueusemcnt  recourbés  et  croisés  L'un  sur  L'autre;  la 
lame  sous-génitale  convexe,  brillante,  assez  lisse,  de  couleur  pâle  avec  la 
base  bordée  de  brun,  est  munie  dans  son  milieu  d'une  crête  rugueuse  en 
forme  de  lame  rappelant  le  cimier  d'un  casqué,  avec  le  bord  finement  den- 
telé et  rembruni  ;  chez  la  femelle,  les  cerques  sont  courts,  non  croisés,  un 
peu  recourbés  au  bout,  de  couleur  rousse;  Voviscapte, de  couleur  rousse 
violacée,  composé  de  quatre  lames,  est  aplati  latéralement,  légèrement 
recourbé  vers  le  haut  à  son  extrémité,  qui  est  fortement  épineuse  sur  Les 
bords  supérieurs  et  inférieurs. 

Cette  espèce  diffère  du  Barbitistes  Fischeri  par  sa  taille,  généralement 
plus  grande,  plus  trapue,  sa  couleur  brun  violacé  plus  clair  à  l'état  de 
larve  et  de  nymphe  il  est  vrai,  mais  ne  tournant  pas  au  vert,  teinte  habituelle 
du  Fischeri,  chez  aucun  des  vingt  individus  sur  lesquels  notre  description 
a  été  faite.  Quand  la  robe  est  plus  claire,  le  fond,  d'un  roux  jaunâtre,  est 
criblé  de  petites  taches  violacées,  jamais  vertes.  Lepronolum  du  B.Bercn- 
guieri  est  notablement  dilaté  postérieurement,  plus  large  en  proportion 
chez  le  mâle  que  chez  la  femelle;  chez  le  B.  Fischeri,  il  est  parallèle  et 
d'égale  largeur  chez  les  deux  sexes.  Les  élytres  sont  plus  larges  en  pro- 
portion chez  notre  espèce,  comme  du  reste  le  sont  généralement  toutes  les 
parties  du  corps. 

H.  —  MOYENS  DE  DESTRUCTION. 

Pour  lutter  contre  ce  nouvel  ennemi,  M.  Bérenguier  et  M.  Azam  pro- 
posent de  débroussailler  les  bois  pendant  l'hiver  et  de  brûler  au  mois  de 
mai  les  morts-bois  ainsi  arrachés,  pour  faire  périr  tous  les  jeunes  insectes 
qui  se  trouvent  â  la  surface  du  sol.  Témoin,  comme  nous  l'avons  été  eu 
Algérie,  d'incendies  allumés  dans  des  forêts  de  chêne  liège  par  des  morts- 
bois  ainsi  arrachés  et  brûlés  sur  place,  nous  ne  pouvons  approuver  l'emploi 
du  feu.  Le  procédé,  du  reste,  est  barbare,  en  ce  qu'il  empêche  le  repeu- 
plement des  bois.  On  fera  mieux  de  se  contenter  du  ramassage  des  insec- 
tes, comme  on  l'a  partout  pratiqué  en  1887  et  18^8,  et  au  besoin  les 
communes  pourront  recourir  aux  primes  accordées  aux  destructeurs,  comme 
nous  l'avons  vu  pratiquer  en  Languedoc  pour  les  Êphippigères.  Il  y  a  lieu 
aussi  d'espérer,  comme  le  dit  M.  Bérenguier,  qu'après  les  années  favorables 
au  développement  de  ces  ravageurs,  des  circonstances  naturelles  con- 
traires mettront,  à  un  moment  donné,  obstacle  à  leur  multiplication'. 

«  L'invasion  en  1889,  écrit  M.  Jiérenguier,  a  été  déjà  beaucoup  moins  grave. 
Les  Barbitistes,  éclos  en  nombre  effroyable  de  février  à  avril,  ont  été  en  grande 
partie  détruits  par  les  pluies  et  les  gelées  printanieres. 


298  LA    PETITE    SAUTERELLE    VENTE. 

LA  PETITE  SAUTERELLE  VERTE1. 

(Phaneroptora  fakata  Serville.) 


Synonymie:  Grillus  falcalus  Scopoli.  —  Locusta  fakata  Blancbard. 
—  Plianeroptera  liliifolia  Serville. 

Cette  Sauterelle,  bien  connue  des  jardiniers,  rappelle  un  peu  par  sa  forme 
la  grande  Sauterelle  verte  dont  nous  parlons  en  note  ».  Elle  est  longue  de 
2  à  2  centirn.  1/2,  non  compris  les  ailes,  très  développées  par  rapport  au 
corps,  qui  donnent  à  l'insecte  une  longueur  totale  d'environ  4  centim.  La 
robe  est  d'un  vert  qui  se  confond  avec  celui  des  feuilles;  l'oviscapte,  relati- 
vement court,  plus  large  au  milieu  qu'aux  deux  bouts,  est  aplati  en  bau- 
teur  et  recourbé  vers  le  haut. 

Cette  espèce,  répandue  dans  toute  la  France,  est,  d'après  le  Dr  Boisdu- 
val,  très  nuisible  aux  cultures  de  raisins  en  espalier  de  Fontainebleau, 
Thomery,  etc.  Elle  attaque  les  grains  avant  la  maturité,  les  rongeant  sur 
la  largeur  d'une  lentille  à  peu  près.  Ceux  qui  ont  été  entamés  pourrissent 
et  font  pourrir  les  autres,  ce  qui  occasionne  de  grandes  pertes  aux  produc- 
teurs de  raisin  de  table. 

1  Plusieurs  auteurs,  Solier  eutre  autres,  rangeât  dans  les  ainpélophages  la 
grande  Sauterelle  verte  [Locusta  viridissima  Linné),  espèce  commune  en  Europe 
dans  les  taillis,  les  haies  et  les  prairies,  et  qui  est  le  type  des  Locustides.  Nous 
n'en  parlons  qu'incidemment,  regardant  cet  insecte  comme  rarement  nuisible.  Il 
est  polyphage,  aussi  souvent  carnassier  qu'herbivore,  et  ne  broute  les  raisins  que 
de  loin  en  loin. 

Solier  parle  également  de  trois  autres  sauterelles  :  Platyclcis  ijriseus  Fabricius, 
Declicus  verrucivorus  Fabricius  et  Decticus  albifrons  Fabricius,  comme  nuisibles 
aux  vignes  en  Provence.  De  ces  trois  insectes,  depuis  près  de  vingt  ans  nous  n'avons 
observé  comme  tel  que  le  Declicus  albifrons,  et  cela  une  seule  année  Cette  grande 
Sauterelle  grise,  à  grosse  tête,  à  face  blanche,  aux  pattes  et  antennes  démesurées,  à 
mœurs  diurnes,  commune  dans  la  région  de  l'olivier,  fait  entendre  partout  en  été  son 
cri  aigu,  qui  peut  se  rendre  par  le  mot:  Declick  très  rapidement  répété;  de  là  son 
nom.  L'espèce,  eu  1880,  s'était  tellement  multipliée  que  toutes  les  récoltes  d'au'omne, 
y  compris  la  vigne,  ont  été  sensiblement  atteintes.  Les  Decticus  entamaient  les 
grains  de  raisin  à  la  façon  des  Éphippigères.  Le  fait,  pour  nous,  est  trop  excep- 
tionnel pour  que  l'insecte  aille  grossir  une  liste  déjà  trop  longue. 


LE    GRILLON    TRANSPARENT.  299 

L'insecte  est  très  rusé,  vole  peu,  et  pendant  le  jour  se  tient  radié  sous 
les  feuilles.  Il  faut  le  chercher  avec  soin  dans  les  environs  des  grains 
rongés,  et  avec  un  peu  d'habitude  on  arrive  à  s'emparer  du  ravageur,  qui. 
ayant  des  mœurs  nocturnes,  est  facilement  capturé  pendant  le  jour. 

FAMILLE  DES  GRYLLIDES. 

La  famille  des  Gryllides,  dont  le  Grillon  domestique  et  le  Grillon  des 

champs  sont  les  types  les  plus  connus,  se  compose  d'insectes  au  corps 
cylindrique  généralement  court,  terminé  par  un  oviscapte  droit  et  par  deux 
cerques  prolongés  en  filets  ;  les  antennes  sont  longues,  sétiformes  ;  les 
élytres,  planes  sur  le  dos,  recouvrent  les  flancs  par  un  repli  à  angle  droit 
et  sont  dépassées  par  les  ailes  inférieures,  d'ordinaire  terminées  en  pointe. 
La  nourriture  se  compose  surtout  de  proies  vivantes.  Il  peut  donc,  au 
premier  abord,  paraître  extraordinaire  devoir  rangé  parmi  les  ennemis  de 
la  vigne  uu  insecte  appartenant  à  ce  groupe. 


LE  GRILLON  TRANSPARENT 

(OEcanthus  pellucens  Scopoli.) 


Synonymie  :  Gryllus  pellucens  Scopoli  ;  Gryllus  Italiens  Olivier,  La- 
treille  ;  Œcanthus  pellucens  Serville  ;  OEcanthus  pellucens  Rambur. 

V  Œcanthus  pellucens  est  en  réalité  fort  peu  nuisible,  et  nous  ne  le 
faisons  figurer  ici  que  parce  que  maintes  fois  il  a  été  parlé  de  sa  ponte,  qui 
s'effectue  dans  un  certain  nombre  de  tiges  tendres,  riches  en  moelle,  telles 
que  celles  delà  ronce,  de  divers  chardons,  de  la  centaurée,  du  panicaud, 
du  mélilot,  de  la  vigne,  etc. 

Eu  Amérique,  où  le  genre  est  représenté  par  plusieurs  espèces,  aussi 
bien  qu'en  Europe,  où  nous  n'en  avons  qu'une,  les  Œcanthus  sont  accusés 
de  nuire  aux  vignes.  Chaque  année  ou  à  peu  près,  des  sarments  portant 
des  œufs  nous  sont  apportés  comme  attaqués  par  uu  ennemi  inconnu. 

Asa  Fitch  d'abord,  puis  Riley  ■ ,  ont  parlé  des  espèces  américaines.  Riley 

i  Ch.  Riley;  General  Index  and  Supplément  to  the  nine  Reports  on  th>  : 
of  Missouri.  Washington,  1881,  pag.  60. 


300  LE    ORILI-ON    TP.AXSPAREXT. 

cite  VŒcanthus  niveuset  VŒ.  latipennis  comme  plaçant  leurs  œufs  dans 
les  sarments  des  vignes  aux  États-Unis,  et  spécialement  le  dernier  comme 
les  plaçant  souvent  dans  le  pétiole  du  raisin,  qu'il  entame  d'abord  avec  ses 
mandibules,  ce  qui  le  fait  sécber.  La  ponte  de  VŒcanthus  pellucens 
d'Europe  a  été  décrite  et  figurée  dès  le  siècle  dernier  par  L.  Salvi1,  qui 
l'avait  découverte  dans  les  rameaux  de  la  ronce.  Elle  a  été,  croyons-nous, 
signalée  pour  la  première  fois  sur  la  vigne  en  1869  par  Perris2.  En  1879 
et  1883,  Plancbon3  citait  des  sarments  d'Amérique  arrivés  à  Montpellier 
portant  des  œufs  des  espèces  des  Etats-Unis  ;  enfin,  en  1884,  M.  Horvatb 
signalait  celle  d'Europe  en  Hongrie 4  et  publiait  un  bon  travail  avec  plancbe 
sur  les  soi-disant  dégâts  occasionnés  par  cet  insecte . 

Le  genre  Œcanthus  est  caractérisé  par  un  corps  grêle,  allongé,  un 
prothorax  plus  étroit  antérieurement  que  postérieurement  ;  des  élytres 
enveloppant  latéralement  le  corps;  des  pattes  grêles,  longues,  très  fragiles, 
les  antérieures  et  les  intermédiaires  à  trois  articles,  les  postérieures  en 
ayant  quatre;  des  antennes  très  longues  en  forme  de  soies;  des  cerques  ou 
filets  abdominaux  très  développés. 

Comme  on  le  voit,  ces  insectes  s'écartent  beaucoup,  par  leur  forme 
élancée,  des  grillons  proprement  dits,  mais  par  leurs  teintes  pâles  ils  rap- 
pellent le  grillon  domestique. 

Notre  espèce  a  la  teinte  générale  encore  plus  pâle,  presque  blanche,  et 
son  corps  est  transparent;  de  là  son  nom.  La  longueur,  de  l'extrémité  de 
la  tête  à  celle  des  ailes,  est  de  12  à  14  millim.,  non  compris  l'oviscapte, 
qui  atteint  5  à  6  millim.  Cette  tarière,  dont  nous  représentons  l'extrémité 
(fig.  57,  fig.  1),  est  l'instrument  perforateur.  Elle  est  formée  de  deux  pièces 
chitineuses  servant  de  protection  à  l'oviducte  a  et  terminées  chacune  par 
trois  dents  crochues,  elles-mêmes  dentelées,  dont  l'intermédiaire  est  fort 
petite.  L'ouverture  pratiquée  dans  le  sarment  (fig.  3)  est  ronde,  un  peu 
saillante  ;  les  fibres  de  l'écorce  sont  déchiquetées  et  rappellent  le  trou  que 
ferait  un  clou  ou  une  grosse  épingle  épointée. 

La  coupe  longitudinale  de  sarment  que  représente  la  fig.  2  montre  le 
canal  pratiqué  par  la  tarière,  et  au  fond  de  chaque  cavité  se  voient  deux 
œufs  plantés  dans  la  moelle.  Il  y  en  a  jusqu'à  trois.  Nous  représentons 
(fig.  4)  fortement  grossi  un  de  ces  œufs,  qui  ont  été  bien  étudiés  par 
M.  Horvatb.  Ils  sont  longs  de  3,25  millim.  avec  un  diamètre  de  1/2  millim., 

'   Luigi  Salvi  ;  Memorie  intorno  le  Locuste  grillajole.  Verona,  1750. 

2  Perris  -,  Notices  entomologiques  (Ann.  de  la  Soc.  ent.  de  Fr.,  1869,  pag.  461). 

3  Planchon;  La  Vigne  américaine,  1879,  pag.  108,  et  1883,  pag.  159. 

4  Horvath  ;  Rovartani  Lapok.  Budapesth,  janvier  1884,  pag.  8. 


LE    GRILLON    THANSPAUENT. 


301 


d'un  blanc  légèrement  ambré,  lisses,   un  peu  arqués,  avec  le  bout  anté- 
rieur b  d'un  brun  jaunâtre  et   couvert  de  granulations  perforées  à  leur 


Fig.  57.  —  Fonte  de  l'OEsauthus  pellucens  dans  un  sarment  de  vigne. 
1.  Tarière  de  l'insecte  avec  l'oviducte  a.  —  2.  Coupe  d'un  sarment  renrermant 
des  œufs  dans  sa  moede.  —  3.  Sarment  avec  trous  de  ponte.  —  4.  Œuf  avec 
l'extrémité  b  où  se  voient  les  micropyles. 


sommet.  Ces  perforations  sont  sans  aucun  doute  des  micropyles  et  le  natu- 
raliste hongrois  appelle  cette  partie  de  l'œuf  la  région  micropylienne. 

Ces  œufs  éclosent  vers  le  milieu  de  juin.  En  août,  l'insecte  est  à  l'état 
parfait  et  fait  sa  ponte  dans  les  sarments  encore  verts.  Les  incisions  sont 
toujours  pratiquées  du  côté  du  Nord,  dit  Perris,  sans  doute  pour  que  les 
œufs  soient  mieux  abrités  des  ardeurs  du  soleil.  Ces  œufs  n'écloront  qu'au 
mois  de  juin  suivant;  il  n'y  a  donc  qu'une  seule  génération  par  an. 

Les  sarments  portant  les  pontes  se  trouvent  surtout  dans  le  voisinage  des 
bois  :  YŒcanlhus  vit  en  elTet  de  préférence  dans  les  broussailles  et  les 
taillis.  Comme  il  est  plus  carnassier  qu'herbivore  et  qu'il  ne  touche  ni  aux 
raisins  ni  aux  feuilles,  nous  n'avons  pas  à  conseiller  de  le  détruire . 


CHAPITRE  XVI. 
ORDRE   DES  COLÉOPTÈRES 


Les  Coléoptères,  appelés  vulgairement  Scarabées,  sont  les  insectes  dont 
les  ailes  antérieures  ou  élytres  fortement  chitinisées  servent  d'étuis  (xoàeoç) 
aux  ailes  postérieures,  qui  sont  membraneuses  et  repliées  en  travers  sur  l'ab- 
domen. Ces  ailes  postérieures  seules  servent  au  vol.  L'appareil  buccal  est 
broyeur,  les  métamorphoses  complètes.  Les  larves,  d'ordinaire  munies  de 
pieds,  offrent  des  formes  variées,  aussi  variées  que  le  sont  leurs  mœurs . 

Ce  n'est  pas  dans  ce  groupe  que  se  trouvent  les  plus  redoutables  enne- 
mis de  la  vigne  ;  mais  c'est  de  beaucoup  celui  qui  en  renferme  le  plus  grand 
nombre. 

On  a  divisé  les  Coléoptères  en  un  certain  nombre  de  familles,  et  parmi 
celles-ci  nous  citerons  comme  renfermant  des  ampélopbages  :  les  Chryso- 
mélides  ou  Phytophages,  les  Longicornes,  les  Curculionides  ou  Charan- 
çons, les  Ténébrionides,  les  Térédiles,  les  Buprestides  et  les  Lamelli- 
cornes . 

Les  Chrysomélides  sont  surtout  nuisibles  aux  feuilles,  les  Longicornes 
au  bois  et  aux  racines,  les  Charançons  aux  bourgeons.  Les  Ténébrionides, 
d'habitude  mangeurs  de  détritus,  ne  nous  offrent  qu'une  espèce  qui  s'attaque 
aux  bourgeons  souterrains  des  greffons,  les  Térédiles,  comme  les  Longi- 
cornes jouent  le  rôle  de  mangeurs  de  bois,  ainsi  que  la  seule  espèce  de 
Buprestide  réellement  ampélophage;  les  Lamellicornes,  enfin,  sont,  les  uns 
brouteurs  de  feuilles,  les  autres  mangeurs  de  racines,  souvent  les  deux  à 
la  fois  si  on  les  observe  sous  leurs  différents  états. 

Nous  avons  dressé  comme  suit  la  liste  des  Coléoptères  dont  nous  devrons 
parler  avec  quelques  détails.  Elle  comprend  40  espèces,  ce  qui  peut  paraître 
considérable,  mais  le  paraîtra  moins  si  nous  disons  que  le  même  nombre 
à  peu  près  a  été  retranché  à  la  liste  primitivement  dressée.  Nous  avons 
supprimé  toutes  les  espèces  qui  ne  sont  que  de  loin  en  loin  nuisibles,  nous 
réservant  de  les  citer  au  besoin,  tout  au  moins  en  note,  à  propos  des 
espèces  congénères. 


l'altise  de  la  vigne.  303 

Famille  des  Chrysomélides  :  Altica  ampelophaga  Guérin. 

—  —  Aulacophora abdoininalis  Fabricius. 

—  —  Malacosoma  lusitanicum  Linné. 

—  —  Adoxusvitis  Fabricius  • 

—  —  Clytkra  taxicornis  Fabricius . 

—  tles  Longicornes  :  Cerambyx  miles  Bonelli. 

—  —  Clytusverbasci  Linné. 

—  —  CaUidiumunifuscialum  Olivier. 

—  —  Vesperus Xatarti  Mulsant. 

—  des  Curculionides  :  Rhynchites  Betuleti  Fabricius. 

—  —  Geonemus  flabellipes  Olivier. 

—  —  Cneôrhinus geminatus  Fabricius. 

—  —  Peritelus subdepressus  Mulsant. 

—  —  —       griseus  Olivier. 

—  —  —       Senex  Bohemann. 

—  —  —       familiaris  Bohemann. 

—  —  Oliorhynchus planithorax  Bohemann. 

—  —  —  ligustici  Linné. 

—  —  —  asphaltinus  Germar. 

—  —  —  populeti  Bohemann. 

—  —  —  sulcatus  Fabricius. 

—  —  —  globus  Bohemann. 

—  —  —  singularis  Linné. 

—  —  —  raucus  Fabricius. 

—  des  Ténébrionides  :  0 palrum sabulosum  Linné. 

—  des  Térédiles  :  Apate  (sinoxylon)  scxdcntata  Olivier. 

—  —  —  —  muricata  Fabricius. 

—  —  —    [xxjlopertha)  sinuata  Fabricius. 

—  —  —  —  bimaculata  Olivier. 

—  des  Bupreslides  :  Agrilus  derasofasciatus  Lacordaire. 

—  des  Lamellicornes  :  Celonia  hirleUa  Lioné. 

—  —  —      sliciica  Linné. 

—  —  Pentodon  punctalus  Villers. 

—  —  Anomala  OEnca  Degeer. 

—  —  —       vitis  Fabricius. 

—  —  Mdolontha  vulgaris  Fabricius 

—  —  —         fullo  Linné. 

—  —  Rhizolrogus  marginipes  Mulsant. 

—  —  —  in/lalusllu(\uc[. 

—  —  Lcthrus  aplerus  L'ixmaun . 


304  l'altise  de  la  vicne. 

L  ALTISE  DE  LA  VIGNE 

(Altica  Ampelophaga  Guérin.) 


Synonymie:  Chrysomela  oleracea  Linné,  Altica  oleracea  Geoffroy, 
Altica  Ampelophaga  Guérin-Meneville,  Altica  consobrina  Dufstschmidt. 
Noms  français  et  noms  vulgaires  :  Altise  de  la  vigne,  pucerote,  puce  de 
vigne;  en  espagnol,  pulgon  de  la  vid. 

Le  grand  genre  Altica,  créé  par  Geoffroy  aux  dépens  des  Chrysomela  de 
Linné,  subdivisé  par  les  entomologistes  modernes  en  un  grand  nombre  de 
groupes  secondaires,  se  compose  de  petits  Coléoptères  sauteurs,  aux  cou- 
leurs parfois  métalliques  et  qui  font  partie  de  la  famille  des  Ohrysomélines 
(xpvffoç  or)  ou  Phytophages  (<j>vtôv  bourgeon,  yxyzïv  manger). 

Très  nombreuses  en  espèces,  environ  250  en  France  seulement,  les 
Altises  attaquent  un  grand  nombre  de  nos  plantes  cultivées.  Une  seule 
espèce,  heureusement,  se  trouve,  non  pas  exclusivement,  mais  fréquem- 
ment sur  la  vigne.  Confondue  d'abord  avec  l'Altise  des  potagers  {A,  Ole- 
racea  Linné),  nommée  ainsi  dans  le  livre  d'Audouin,  elle  a  été  définitive- 
ment considérée  comme  distincte  depuis  la  description  qu'en  a  donnée 
Guérin-Méneville  et  appelée  par  cet  auteur  A.  Ampelophaga. 

C'est  un  petit  insecte  allongé,  vert  ou  bleu  métallique  (PI.  III,  fig.  G), 
bien  connu  des  vignerons  du  midi  de  l'Europe,  et  échappant  par  des  sauts 
à  la  main  qui  veut  le  saisir.  Il  est  nuisible  à  l'état  de  larve  et  à  celui  d'in- 
secte parfait.  L'espèce  se  trouvant  en  France  sur  divers  végétaux,  le 
saule  entre  autres,  de  temps  immémorial  sans  doute,  on  ne  peut,  ainsi  que 
semble  l'indiquer  Audouin,  considérer  l'Espagne  comme  le  point  de  dé- 
part de  l'espèce,  du  moins  en  ce  qui  concerne  l'Europe.  Du  vignoble  de 
Malaga,  où  d'après  cet  auteur  les  ravages  étaient  signalés  dès  le  moyen 
âge,  l'insecte  dévastateur  aurait,  par  une  migration  continue  de  l'Ouest  à 
l'Est,  envahi  le  Roussillon  vers  1817,  et  les  environs  de  Montpellier  vers 
1819. 

L'espèce  n'est  pas  originaire  d'Espagne.  Foudras,  l'auteur  d'une  excel- 
lente monographie  des  Altises1,  mort  octogénaire  en  1859,  l'avait  trouvée 
sur  le  saule  à  Lyon,  bien  avant  1819  ;  mais  on  peut  dire  que  l'Espagne 

1  Foudras  ;  Altisides.  Paris,  Magnin,  Blanchard  et  C'e,  1859. 


1.  A.LTISE    DE    LA    VIGNE.  .'Jlù 

est  le  point.central  de  la  grande  multiplication  de  cet  insecte  sur  la  vigne, 
celui  d'où,  certaines  années  il  peut  rayonner,  essaimer  par  rois  considérables 

emportés  par  le  vent  vers  le  Nord  ou  le  Sud,  et  aussi  être  inconsciemment 
transporté  par  l'homme. 

Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  si  cette  émigration  lente  et  progressive 
de  l'Ouest  à  l'Est  n'est  pas  prouvée  pour  l'Europe,  elle  parait  l'être  pour 
nos  colonies  du  nord  de  l'Afrique.  L'Algérie,  le  pays  le  plus  ravagé  au- 
jourd'hui, n'avait  que  très  peu  d'altises  en  1849,  époque  où  a  été  publiée 
par  M.  Lucas  la  partie  entomologique  de  VExploration  scientifique  de 
l'Algérie.  L'espèce,  alors  d'introduction  récente  sans  doute,  y  est  citée  sous 
le  nom  erroné  d'AlticaLythri,  il  est  vrai,  mais  est  citée  comme  se  trouvant 
sur  la  vigne,  sans  qu'il  soit  cependant  parlé  des  dégâts  occasionnés  par  elle. 
Depuis  cette  époque,  les  choses  ont  changé.  Un  service  de  bateau  à  va- 
peur a  été  créé  entre  Oarthagène  et  Oran;  les  routes  d'abord,  les  lignes 
ferrées  ensuite,  ont  relié  entre  eux.  les  divers  centres  de  culture;  Mascara 
et  Médeah,  les  deux  plus  anciens  vignobles  du  pays,  ont  été  atteints;  au- 
jourd'hui les  trois  provinces  sont  contaminées,  et  pas  n'est  besoin  d'être 
prophète  pour  annoncer  que  la  Tunisie,  encore  indemne,  ne  tardera  pas  à 
être  envahie.  La  ligne  ferrée  venant  d'Algérie  par  la  vallée  de  la  Medjer- 
dah  sera  la  brèche  d'entrée  de  l'ennemi. 

En  Algérie,  ['attise  arrive  souvent  à  enlever  plus  de  la  moitié  de  la 
récolte  dans  certains  quartiers,  et  la  masse  des  insectes  est  parfois  telle 
que  tous  les  efforts  des  vignerons  demeurent  impuissants.  «  A  Bouffarik, 
dit  M.  le  D1'  Cazalis  ',  Président  de  la  Société  d'Agriculture  de  l'Hérault, 
j'ai  assisté  au  milieu  d'août  à  une  invasion  d'altises,  et  je  n'exagère  nul- 
lement en  disant  que  sur  chaque  feuille  il  y  en  avait  plus  de  trente.  Que 
faire  contre  un  pareil  fléau?  Vous  avez  beau  organiser  la  chasse  la  plus 
intelligente  contre  ces  bestioles  :  celles  que  vous  détruisez  sont  vite  rem- 
placées par  d'autres  plus  affamées,  venues,  par  nuages  épais,  de  tous  les 
points  qu'elles  ont  dévastés  et  où  elles  ne  pouvaient  plus  vivre.  » 

Rien  de  semblable  ne  se  produit  jamais  eu  Europe,  et  ce  parasite  peut, 
en  résumé,  être  considéré  comme  indifférent  dans  le  nord,  assez  nuisible  dans 
le  midi  de  la  France  et  eu  Italie,  très  nuisible  en  Espagne  et  comme  un  véri- 
table lléauen  Algérie. Eudehors  des  faits  biologiques  étudiés  par  nous-uiême 
en  France,  c'est  donc  en  Algérie  que  noua  avons  dû  chercher  beaucoup  de 
renseignements  sur  les  ravages  exercés  par  C3t  insecte  et  les  moyens  de  le 
combattre.  En  citant  MM.  Lecq,  professeur  départemental  d'Agriculture 
d'Alger;  Barbier,  professeur  a  l'École  d'Agriculture  de  Kouiba.  et  d  Au- 

1  Messager  agricole  du  Midi,  10  septembre  I 

20 


$06  L  altise   ni:   LA   VIGNE. 

relies  de  Paladine,  nous  indiquons  suffisamment  à  quelles  sources  au- 
torisées nous  avens  puisé. 

I.   —  DESCRIPTION   ET  BIOLOGIE. 

UAllica  ampelophaga  à  l'état  parfait  a  été,  comme  nous  l'avons  dit, 
confondue  avec  VA.  oleracea,  espèce  beaucoup  plus  répandue,  qui  habile 
les  bois,  les  prairies  et  les  jardins  dans  toute  l'Europe  et  qui  a  été  décrite 
par  Linné  sur  des  e